IX. - DIALYPÉTALES INFÉROVARIÉES
L'ovaire était presque toujours libre dans les Dialypétales étudiées jusqu'ici; il est, au contraire, presque toujours adhérent dans celles qui vont suivre. Les Dialypétales inférovariées peuvent se ramener à trois grandes familles, auprès desquelles nous en grouperons d'autres moins importantes :
Êtamines en 2 verticilles ou ramifiées . Saxifragacées.
Étamines nombreuses Cactacées.
Êtamines en 1 verticille Ombellifèrcs.
Saxifragacées. — Les Saxifragacées habitent les régions froides et tempérées ; leurs fleurs, régulières et hermaphrodites, sauf quelques rares exceptions, ont leurs pièces par cinq ou par quatre, avec un nombre double d'étamines et un pistil formé souvent par la soudure de deux (parfois quatre) carpelles; 1 ovaire est libre ou adhérent; le fruit est une capsule ou une baie. C'est une famille très polymorphe, se rapprochant surtout des Rosacées. Nous la diviserons en trois tribus : les Saxifragées, qui sont des herbes : leur ovaire est libre ou semi-infère; les Hydrangées, plantes ligneuses à ovaire infère et à feuilles opposées; enfin, les Ribésiées, plantes ligneuses à ovaire infère, à feuilles alternes et à cinq étamines.
La tribu des Saxifragées a pour type le genre Saxifrage, qui comprend près de 200 espèces, vivant surtout dans les régions montagneuses, jusqu'à 2 000 mètres d'altitude; elles poussent dans les plus petits amas de terre végétale rassemblés dans un creux de rocher (saxum, rocher, et frango, je brise). Les Saxifrages ont des feuilles radicales en rosette et de rares feuilles caulinaires alternes. Leurs fleurs (fig. 255, a et o) ont un calice à cinq (ou quatre) sépales, autant de pétales, dix étamines insérées en deux verticilles sur le calice ou parfois un plus grand nombre ; l'ovaire, plus ou moins adhérent, est à deux loges en général. Dans les pays de plaines, en France, on ne trouve que deux espèces : la minuscule Saxifrage à trois doigts (fig. 255), commune sur les murailles, et la Saxifrage granulée des prés et des bois, à fleurs d'un blanc de lait. Les Saxifrages sont employées pour la formation de tapis et de bordures dans les jardins d'agrément : Saxifrage ombreuse ou Désespoir des peintres, Saxifrage cotylédon qui est l'Orpin pyramidal des jardiniers, Saxifrage hypnoide ou Gazon turc, etc.
On rencontre encore en France dans les lieux humides les Donnes (Chrysosplenium), à fleurs verdâtres, et la Parnassie des marais, jolie plante dont les fleurs blanches se dressent solitaires, au sommet d'une hampe; l'ovaire est libre, le nucelle est transitoire, ce qui les fait ranger par Van Tieghem dans une famille spéciale.
L'Astilibé ou Holeia du Japon (inexactement reine des prés).
au feuillage très découpé et aux petites fleurs blanches groupées en grappes ramifiées et dressées, est une belle plante d'ornement. Les Hydrangées comprennent de remarquables plantes de jardins comme les Hydrangea, le Seringat et les Deuizia. Les Hydrangea sont des arbrisseaux à feuilles opposées et à fleurs en corymbes. Toutes fertiles chez certaines espèces, les fleurs sont du type 4 ou 5 avec huit ou dix étamines et un ovaire libre ayant de deux à quatre loges; chez d'autres il y a des fleurs fertiles au centre de l'inflorescence et des fleurs stériles au pourtour et au-dessus ; les premières ont un calice très réduit et des pétales assez développés; les secondes, un grand calice coloré et pas de pétales. L' Hydrangea hortensia est un sous-arbrisseau originaire de la Chine et du Japon. En pleine terre, dans le midi et l'ouest de la France, il forme de magnifiques buissons. Ses feuilles sont grandes, persistantes ; les fleurs, toutes stériles et, par suite de longue durée, sont roses, groupées en corymbes sphériques; on a obtenu aussi des variétés paniculées. On trouve dans le commerce des Hortensia aux fleurs d'un joli bleu, dont la teinte ne se maintient pas, en général ; elle est due à des conditions spéciales de composition du sol. Les horticulteurs de l'Anjou achètent, sous le nom de terre aux Hortensia bleus, un terreau qui provient de l'Étang Saint- Nicolas, près d'Angers, et qui est très riche en silice, en matières
organiques et humus, bien pourvu d'acide phosphorique, mais très pauvre en chaux et en potasse. Les Hortensia mis en pots s'y développent vigoureusement et leurs fleurs deviennent d'un bleu indigo; on provoque aussi le bleuissement par des arrosements avec de l'eau chargée de sulfate de fer ou en mélangeant à la terre des ardoises pilées ou des terreaux ferrugineux. Aux Açores, on voit partout au bord des routes et sur les rochers de gigantesques Hortensia bleus.
Les Seringats ( Philadelphus ) sont des arbustes à feuilles opposées, à fleurs blanches, odorantes, à nombreuses étamines.
La tribu des Ribésiées ou Gros-
Fig. 255. — Saxifrage. sulariées comprend le seul genre
h, Fleur; b, Coupe de la fleur. Groseillier, formé d'arbustes à
Fuchsia brillant (fulgens).
feuilles alternes, simples, à fleurs régulières, solitaires ou en grappes, dont le calice tubuleux à quatre ou cinq lobes est souvent coloré ; les quatre ou cinq pétales sont petits; les étamines, insérées au sommet du tube du calice, sont en nombre égal ; l'ovaire est infère, à une loge, et formé de deux
carpelles ouverts soudés ; le fruit est une baie. Trois espèces fruitières indigènes sont cultivées en Europe : le Groseillier rouge ou à grappes (fig. 256) Ribes rubrum\, non épineux, à fleurs petites et vefdâtres, en grappes pendantes; le Groseillier noir (R. nigrum) ou Cassis, non épineux, au calice glanduleux, au fruit noir; enfin, le Groseillier épineux (R. Uva crispa), dont le fruit lisse ou velu est la groseille à maquereau (fig. 66, A). En dehors des espèces fruitières, plusieurs Groseilliers à jolies fleurs ornent les jardins (R. aureum, palmatum, sanguineum).
Hamamélidacées. — Les Hamamélidacées sont des plantes ligneuses à feuilles stipulées. Leurs fleurs, très petites, régulières ou non, unisexuées ou hermaphrodites, sont ordinairement réunies en glomérules; l'ovaire est plus ou moins adhérent; le fruit est une capsule ligneuse. UHamamélis de Virginie, de l'Amérique du Nord, a le port d'un Noisetier; ses fleurs sont jaunes et du type 4 ; l'extrait alcoolique de l'écorce et des feuilles est employé contre les affections du système veineux : varices, hémorroïdes, phlébites.
Les Liquidambars forment une famille voisine à canaux ; ce sont de beaux arbres à suc balsamique, à feuilles caduques, alternes, lobées, à port de Platane, à fleurs sans périanthe ; les fleurs mâles sont en capitules, groupés en épis ou en grappes; les capitules femelles, solitaires et longuement pédoncules, se transforment en capsules globuleuses enchâssées dans le capitule devenu ligneux et hérissé de pointes qui sont des styles durcis. Le Liquidambar oriental, haut de 12 à 15 mètres, forme des forêts dans l'Asie Mineure; de son écorce interne, bouillie dans l'eau, se dégage une résine, le styrax liquide, employé en médecine et en parfumerie. Le Liquidambar d'Amérique (L. styraciflua) ou Copalme atteint 40 mètres; son bois sert en ébénisterie; par incision de l'écorce, il laisse écouler le baume copalme ou ambre liquide, qui a les propriétés excitantes des autres résines aromatiques.
Onagracées. — Le Fuchsia est une plante populaire; il n est pas de bonne fête sans lui; on le cultive dans tous les jardinets; il orne les fenêtres des plus humbles demeures de ses jolies fleursrouges qui pendent comme des sonnettes, et qui se succèdent jusquà l'arrière-saison. Feuilles simples, le plus souvent opposées; fleurs longuement pédonculées, formées d'un calice tubuleux coloré à quatre lanières, de quatre larges pétales, de huit étamines saillantes, d un ovaire adhérent à quatre loges, avec un long style que couronnent quatre stigmates ; te fruit est une baie : tels sont les caractères des Fuchsia et ceux de la plupart des Onagracées. Les Onagracées ou Œnothéracées ont de grandes affinités avec les Saxifragacées
(i. i Liquidambar d'Amérique, au Mexique.
par leur double rangée d'étamines, mais leur ovaire est plus complètement adhérent et leurs graines n'ont pas d'albumen. L,'Onagre bisannuelle (Œnothera), des lieux sablonneux, est venue de l'Amérique du Nord vers 1614; c est une grande herbe à larges fleurs jaunes disposées en un épi terminal ; son fruit est une capsule. Les Êpilobes sont des herbes à fleurs roses, d'un port élégant ; leurs graines sont entourées de filaments soyeux. Dans les jardins, on utilise aussi les Clarifies, les Gaura et les Godetia. Plusieurs Onagracées sont aquatiques.
Les jussiées vivent dans les rivières des pays chauds; elles ont une souche d'où partent, en plus des racines ordinaires, des organes dressés qu'on a qualifiés de racines natatoires et qui sont, en réalité, des réservoirs d'air pour les parties submergées. La Mâcre ou Châtaigne d'eau ( Trapa nalans) est une plante annuelle flottante; elle naît dans la vase et s'y fixe par un rhizome ; plus tard, elle se détache du sol, flotte entre deux eaux et ne s élève à la surface que pour y porter ses fleurs. Ses feuilles flottantes forment une rosette au sommet de la tige ; leur pétiole, d'abord cylindrique, se renfle en son milieu en une vésicule qui maintient la plante au-dessus de l'eau. Aux fleurs petites et blanches, du type 4, succèdent des fruits à coque épaisse, pourvus de quatre cornes épineuses très dures qui représentent les sépales accrus et lignifiés; chaque fruit renferme une graine volumineuse, que l'on mange crue, ou cuite sous la cendre. En Chine, au Japon, on cultive la Mâcre à deux cornes, pour son fruit comestible, qui ressemble, en petit, à une tête de bœuf.
Haloragacées, Lythracées. — Des Onagracées aquatiques on rapproche les Pesses ou Hippuris, les Myriophylles, qui forment la famille des Haloragacées. Les Cornifles ou Cératophylles, les Callitriques appartiennent à des familles aquatiques voisines. Ce sont des plantes submergées dont le sommet apparaît ordinairement à la surface de l'eau pour la floraison. Avec leurs fleurs minuscules, leurs feuilles souvent découpées en lanières filiformes, elles rappellent les Charaignes et les autres Algues qui les accompagnent dans les eaux douces (Voir planche en couleurs des PLANTES d'eau). Les Lythracées sont des Onagracées à ovaire libre. Il y en a une trentaine de genres propres aux régions tropicales; en France, nous possédons le genre Lythrum ou Salicaire, qui affectionne les lieux humides. La Salicaire commune porte des feuilles opposées et se termine par de longs épis de glomérules de fleurs d'un beau rouge pourpre. Chaque fleur comprend un calice à six dents (et un calicule), une corolle à six pétales, douze étamines; l'ovaire libre, à deux loges, devient une capsule (fig. 101, C, D, E).
Dans les jardins on cultive les Cuphéa, qui sont de jolies plantes américaines à fleurs irrégulières. Le Lawsonia inerme ou Henné
est un arbrisseau de 3 à 4 mètres, à feuilles opposées; ses fleurs sont petites, blanches, odorantes, du type 4, groupées en panicules.
Myrtacées. — Le Myrte croît sur les collines du littoral méditerranéen ; c'est un arbrisseau aromatique, rameux, à feuilles opposées, persistantes, coriaces, parsemées de poches glanduleuses. Les fleurs, blanches, odorantes et solitaires, présentent un calice en tube ovoïde terminé par cinq dents, une corolle à cinq pétales égaux, un grand nombre d'étamines à filets libres qui sont disposées sur plusieurs rangs, un ovaire adhérent à trois loges; le fruit est une baie d'un bleu noirâtre.
Fig. 256.
Groseillier à grappes.
a, Coupe de la fleur.
Salicaire commune.
Forêt d'Eucalyptus (Australie).
Eucalyptus en fleurs.
Les Myrtacées forment une grande famille d'arbres ou d'arbustes presque tous tropicaux, à feuilles généralement opposées, simples, à fleurs hermaphrodites régulières dont les pièces sont par quatre ou par cinq ; les étamines, très nombreuses, sont, le plus souvent, ramifiées en groupes dans lesquels elles sont plus ou moins soudées ; l'ovaire adhérent donne un fruit variable. Ces plantes fournissent des bois durs et incorruptibles, des essences médicinales, du tanin, des fruits ou graines comestibles. Voisines des Rutacées par leurs canaux sécréteurs, des Hypéricacées par leurs nombreuses étamines, les Myrtacées se rapprochent par leur structure florale des Saxifragacées et surtout des Lythracées, mais les sécrétions aromatiques de l'écorce et des poches sécrétrices les distinguent nettement de toutes les familles du groupe étudié en ce moment.
Le Caryophylle aromatique ou Giroflier, originaire des Moluques, est un arbre de 8 à 15 mètres, à feuilles persistantes; le fruit est une drupe sèche, ovoïde; les fleurs non épanouies sont les clous de girofle. Beaucoup d'Eugéniers voisins ont des fruits comestibles : YEugénier de Michel ou Cerisier de Cayenne, Cerise carrée; Y Eugénier jambos ou Jambosier de l'Inde, etc. Les fruits de YEugénier piment (Pimenta officinalis et acris) des Antilles servent de condiment.
Les Goyaviers sont de petits arbres fruitiers des régions chaudes de l'Amérique et de l'Asie; leurs fruits ou goyaves sont des baies à quatre ou cinq loges. Le Goyavier blanc ou Goyavier poire (Psidium Goyava, var. pyrijerum) fournit les fruits les plus estimés; puis viennent le Goyavier rouge ou Goyavier pomme (var. pomiferum); le Goyavier fraise (P. Cattleyanum), plus rustique, qui mûrit en Provence ses fruits dont on fait des confitures.
L' Eucalyptus globuleux ou Gommier bleu de Tasmanie est acclimaté sur le littoral de la Provence et en Algérie ; il orne les avenues, les jardins, les parcs ; on admire sa forme robuste, l'aspect singulier de son feuillage. A Paris, pendant l'hiver, on vend ses branches chargées de fleurs étranges et de feuilles glauques recourbées en faux. Lorsque l'Eucalyptus est tout jeune, il porte des feuilles opposées, sans pétiole et à limbe horizontal, comme celles de nos arbres; mais les feuilles qui apparaissent à l'âge adulte sont alternes, plus longues, plus étroites, et pourvues d'un pétiole qui subit une demi-torsion ; elles pendent verticalement et n'arrêtent guère les rayons solaires; les forêts d'Eucalyptus de l'Australie sont des forêts sans ombre. Les boutons floraux, dont l'épanouissement exige une année, sont solitaires à 1 aisselle des feuilles; le calice est épais, coriace; les sépales en sont soudés en un tube court et presque quadrangulaire que surmonte la corolle, sous la forme d'un capuchon renflé en son milieu ; le tout est d un vert foncé, avec des reflets bleuâtres. Plus tard, l'opercule se détache circulairement et laisse jaillir une couronne d étamines jaune pâle, fixées en grand nombre à la paroi interne du calice ; elles entourent l'ovaire arrondi, à quatre loges multiovulées ; le fruit est une toute petite capsule.
L'Eucalyptus globuleux, qui atteint jusqu'à 100 mètres de hauteur dans son pays d'origine, est très aromatique; il sécrète une huile essentielle, l'eucalyptol, qui a des propriétés fébrifuges,
stimulantes et aromatiques. On connaît, en Australie, plus de cent espèces d'Eucalyptus ou Gommiers, formant d'immenses forêts dont 1 exploitation est très active ; certaines espèces atteignent jusqu'à 165 mètres de hauteur. Plusieurs fournissent un lcino utilisé pour le tannage et la teinture: d'autres, une manne analogue à celle des Frênes; la plupart sont importantes par leur bois. Le Jarrah ou Acajou australien (Eucalyptus marginata) ne dépasse pas 30 mètres; son bois rouge et très dur résiste d'une façon merveilleuse à l'eau, aux tarets et aux termites; on en fait des pilotis, des pavés, des meubles; le Karri ou Gommier blanc (E. diversicolor) atteint 100 mètres; il fournit un bois un peu moins dur.
Les forêts d'Australie sont aussi riches en Mélaleuques, arbres odorants, à feuilles rigides, dont les fleurs sont du type 5. Le Mélaleuque arbre blanc des Moluques (Niaouli cajeput) donne l'huile de cajeput, essence d'odeur forte employée en frictions contre les rhumatismes; les Mélaleuques à fleurs Certes et arbre blanc fournissent l'essence de niaouli, utilisée en parfumerie; on en a extrait le goménol, très utile dans les affections des voies respiratoires.
Les Myrtacées, dont il nous reste à parler, ne sont pas aromatiques. Le Grenadier (Punica Granatum) est cultivé autour du bassin méditerranéen (fig. 257). C'est un petit arbre un peu épineux, à feuilles entières, luisantes, non ponctuées ; les fleurs, fort jolies, ont un calice coriace à cinq lobes, une corolle à cinq pétales un peu chiffonnés et d'un rouge éclatant insérés au sommet du calice, de nombreuses étamines, un ovaire adhérent à plusieurs loges et comprenant deux verticilles de carpelles, parmi lesquels cinq sont extérieurs et trois intérieurs; au cours du développement, les carpelles externes se trouvent portés au-dessus des autres. Le fruit ou grenade est une capsule globuleuse couronnée par les dents du calice, entourée par une enveloppe coriace et renfermant dans ses loges de nombreuses graines dures, dont le tégument rouge, transparent, à saveur aigrelette et sucrée, constitue la partie comestible. L'écorce de la tige et le péricarpe du fruit sont astringents; l'écorce
fraîche de la racine renferme un alcaloïde, la pelletiérine, doué de propriétés téniafuges énergiques. Le Bertholletia élevé ou Châtaignier du Brésil est un grand arbre à gros fruits quadrangulaires et dont les graines comestibles ou noix de Para sont oléagineuses (Lécythidée).
Les Mélastomacées forment une famille de plantes tropicales se distinguant des Myrtacées par leurs étamines en nombre défini; leur corolle est à préfloraison tordue ou valvaire.
Beaucoup d'espèces ont un feuil- Fig. 257. — Grenadier 'a8e ornemental et sont cultivées
et Grenade ouverte. dans les serres.
Cierge (Cereus ocamponis) [Mexique].
Rhizophoracées. — Le famille des Rhizophoracées se relie aux Onagracées par ses genres à pistil adhérent, aux Lythracées par ses genres à pistil libre ; elle diffère de ces deux familles par ses feuilles pourvues de stipules caduques.
Les Mangliers ou Rhizophora (fig. 1 14) font partie de la mangrove, c est-à-dire de cette forêt singulière du littoral dans les pays chauds, et dont toutes les plantes, bien qu'appartenant à des familles diverses, présentent une certaine ressemblance due aux conditions d'existence analogues, et ont reçu le nom général de Palétuviers. Nous avons déjà décrit (p. 18) les curieuses racines en échasse des Palétuviers, qui forment un fouillis inextricable fréquenté par des légions de crabes et servant de support à une foule de mollusques. Hauts de 10 mètres, les Mangliers portent des feuilles opposées, entières et coriaces ; les fleurs, d'un jaune verdâtre, sont du type 4, avec huit étamines à court filet, insérées sur les pétales; l'ovaire adhérent est à deux loges; le fruit est indéhiscent, à une loge, à une seule graine qui présente la propriété déjà signalée d'être vivipare.
LES CACTACÉES
Les Cactacées forment une famille très homogène et très isolée; elles comprennent un millier d'espèces vivaces, localisées à peu près complètement dans les régions chaudes et sèches de l'Amérique, et principalement du Mexique. Ce sont des plantes grasses aux formes étranges, adaptées d'une façon merveilleuse à la vie sur les plateaux rocailleux, où quelquefois une année s'écoule sans une goutte de pluie. Leurs tiges simples ou ramifiées sont en colonnes cannelées, en boules, en rubans ou en raquettes articulées; elles sont revêtues d'une écorce épaisse, verte et charnue, constituant une abondante réserve d'eau. Pour diminuer la surface évaporante et économiser l'eau, les feuilles ont disparu ; à leur place on trouve des coussinets hérissés de faisceaux d'épines souvent redoutables, défense nécessaire contre la dent des animaux herbivores. De plus, les racines courent à la surface du sol et envoient, entre les interstices des pierres, de longs filets qui plongent et aspirent l'humidité dans la profondeur. Les fleurs des Cactacées sont souvent grandes et belles, mais très éphémères. Régulières, hermaphrodites, solitaires, elles se composent de nombreuses pièces florales, disposées suivant une spirale continue, et sont plus ou moins longuement soudées entre elles; l'ovaire est adhérent, à une seule loge, à style unique divisé en segments radiés dont le nombre égale celui des carpelles; le fruit est une baie. En somme, les Cactacées correspondent aux Nym»
f)héacées, chez les Dialypétales à ovaire ibre, par la disposition spiralée de leurs pièces florales.
On divise les Cactacées en trois tribus : les Opuntioïdées, chez lesquelles la tige est en raquettes aplaties; les Céréoïdées, à tige cylindrique ou sphérique; enfin les Péreshioïdées , qui ont des feuilles.
L'Opuntia figuier d'Inde, du pre- Fig. 258. — Mamillaire
Cl. de M. Diguet.
Cierge (Cereus chichipe) [Mexique].
mier groupe, dit aussi Cactus raquette, Nopal, Figuier de Barbarie, est naturalisé aujourd'hui sur tout le pourtour du bassin méditerranéen. Lorsqu'il est jeune, il est herbacé; ses tiges sont formées d'articles plats en raquettes; les vieux exemplaires ont un tronc ligneux presque circulaire, et atteignent 2 à 3 mètres de hauteur. Les fleurs sont grandes et rougeâtres; le fruit, ou figue de Barbarie, gros comme un œuf de poule, présente à sa surface de petits tubercules munis de piquants; la pulpe en est farineuse, sucrée, assez délicate. L'Opuntia a pris une certaine importance culturale en Algérie, en Tunisie, et surtout en Sicile.
A la tribu des Céréoïdées appartiennent de nombreux genres. Dans la Basse-Californie et les autres régions arides du Mexique, le Cierge géant (Cereus giganteus) se dresse isolé ou par petits groupes au milieu d'autres plantes grasses de taille plus réduite. C'est une sorte de colonne verte, charnue, hérissée, atteignant parfois 1 5 à 1 8 mètres de hauteur, avec un diamètre de 80 centimètres à la base ; quelquefois elle se ramifie, porte trois à quatre branches, six à huit au plus, et prend l'apparence d'un gigantesque candélabre. Globuleux quand il est jeune, le Cierge géant devient cylindrique, sillonné de côtes longitudinales que surmontent des faisceaux d'épines très aiguës. Le Cierge géant, le Cierge de Pringle sont désignés au Mexique sous le nom de Cardon; ils sont très utiles dans ces régions dénuées de ressource; leur tronc ligneux sert de bois de construction ou de combustible; leurs fruits, nommés pitayas (C. pruinosus, queretarensis, Dpc^rï, Thurberi, etc.), sont excellents ; on en retire par fermentation une boisson enivrante. Le Cierge du Pérou est aussi une très grande espèce atteignant jusqu'à 20 mètres de hauteur. Sous le nom de Cierge rocher, on cultive en serre froide une variété monstrueuse à port épaissi, devenant une grosse masse charnue, mamelonnée et presque informe. Tous les Cierges ont des fleurs superbes de 10 à 15 centimètres de largeur; chez certaines espèces, elles ne s'ouvrent que la nuit et leur durée est très courte. Le Cierge à grandes fleurs et le Cierge magnifique, à rameaux faibles et sarmenteux, peuvent servir à tapisser un mur de serre et fleurissent abondamment ; d'autres ont des tiges cylindriques traînantes ou grimpantes, se pliant facilement sur les supports et prenant les formes les plus curieuses : tels sont le Cierge serpent et le Cierge fouet. Les Echinopsis, les Pilocereus sont parmi les Cierges les plus cultivés dans les serres. Tandis que chez les Cierges les fleurs naissent latéralement, elles se développent sur les aréoles chez les Êchinocactus, plantes dont la tige globuleuse, oblongue ou cylindrique, porte plusieurs rangs de côtes saillantes armées de faisceaux d'épines. Les Visnaga des Mexicains sont de volumineux Êchinocactus semblables à des grosses bornes de 3 mètres de hauteur; leur tronc ne se lignifie pas comme celui des grands Cierges. Quand le fourrage
manque, les habitants enlèvent toutes les épines du Visnaga, le débitent en tranches charnues dont les chevaux sont très friands.
Les Mamillaires(fig. 258) sont de petites Cactacées à tige courte, couverte de tubercules mamelonnés, à épines ; les fleurs, assez menues, naissent à l'aisselle des mamelons.
Les Phyllocactus et les Êpiphyllum diffèrent des plantes précédentes Fig. 259. — Ficoïde. par leurs tiges plates donnant l'idée
de feuilles épaisses et charnues; chez les seconds, elles sont, de plus, articulées (Voir PLANCHE EN COULEURS).
Les Péreskioïdées sont les seules Cactacées pourvues de feuilles bien développées, un peu charnues, avec des aiguillons à la base; elles ont une tige cylindrique ramifiée qui leur donne l'aspect ordinaire des arbrisseaux. L'espèce la plus intéressante est la Péreskia
principales, des côtes secondaires. On y range, à côté de la Carotte, plusieurs plantes utiles. La Coriandre cultivée est annuelle, à feuilles très découpées et à fleurs blanches ; ses fruits verts sentent la punaise, mais la dessiccation leur fait acquérir une agréable odeur; ils sont digestifs comme l'anis. Les fruits du Cumin ont les mêmes usages. Les Thapsia sont de grandes herbes vivaces de la région
Cierge serpent.
Cl. F. Faideau.
Cierge rocher (C. du Pérou).
Echinocacius ingens
épineuse ou Groseillier d'Amérique (des Barbades), dont les fruits rappellent la groseille à maquereau par l'aspect et par la saveur. Les Cactacées sont très recherchées pour l'ornementation des serres et de l'appartement. Elles tiennent peu de place, sont d'une extraordinaire résistance, se bouturent et se greffent avec facilité.
Ficoïdées. — La famille des Fico'idées ou Mésembtyanthémacées, qui a des affinités avec celle des Caryophyllacées, en présente aussi avec les Cactacées par ses fleurs et par le tissu charnu des feuilles qui font de beaucoup d'entre elles des plantes grasses. Il nous suffira de citer les Ficoides (fig. 259), herbes ornementales par leurs feuilles charnues de formes bizarres. Leurs fleurs, régulières, assez grandes, formées de nombreuses pièces, s'ouvrent chaque jour vers midi et se referment dans la soirée.