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UTILITE DES VEGETAUX
Figuier sycomore centenaire du vieux Caire.
est accueilli aujourd'hui vers Noël avec bienveillance, car il apporte un signe de bonheur; le baiser sous le Gui se pratique encore dans certaines familles.
Figuiers, Sorbiers et Chênes. — La conception des druides sur le Gui paraît, au premier aspect, très différente de celle qui a contribué à (aire attribuer dans l'Inde un caractère divin au Figurer des pagodes, mais cependant il semble qu'il y ait un point commun dans l'origine de ces mythes religieux, car le Figuier n'acquiert son caractère sacré que lorsqu'il pousse sur un autre arbre (Acacia suma) ou sur une muraille. Le développement extraordinaire de ce Figuier qui, par sa végétation puissante, arrive à submerger tout le support sur lequel sa graine est déposée, était bien susceptible de frapper des esprits très attentifs à l'apparition de tous les phénomènes naturels, auxquels ils donnaient une signification mystique.
Les anciens Germains avaient déjà constaté des cas d épiphytisme accidentel pour le Sorbier et, quand ils observaient la présence de cette plante sur un autre arbre, ils lui attribuaient des propriétés merveilleuses ; d'après Adalbert Kuhn, on célébrait encore en Westphalie, au début du XIX0 siècle, et en Scandinavie, au XVIII0, à l'aide des baguettes de cette plante des cérémonies de sorcellerie quand le Sorbier avait poussé « sur un mur ou dans le creux d'un arbre ». La semence était encore apportée par « un oiseau » l'ayant laisser « tomber de son bec ».
Dans tous ces exemples, on voit que les légendes des arbres sacrés sont liées à celles des oiseaux divins. Ce lien se manifeste d'une façon particulièrement saisissante dans les traditions reli-
gieuses de l'Inde. On a souvent confondu l'açvattha ou pippala (Ficus religiosa) avec le vata ou nyagrodha (Ficus indica), dont l'un des noms sanscrits est bahupâdah, c'est-à-dire « qui a beaucoup de pieds ». L'açvattha est l'arbre qui n'a « ni commencement, ni fin », l'arbre de la sagesse par excellence, adoré par les Bouddhistes. A l'heure où naquit le Bouddha, une tige prodigieuse de l'arbre açvattha poussait au centre de l'univers. Dans le Rig Véda, il est question de « deux oiseaux amis et compagnons, qui tiennent embrassé un même arbre, et l'un mange la figue succulente » ; il s'agit probablement de l'açvattha ou pippala. Gubernatis dit que le pippala ou açvattha est hanté par les oiseaux qui mangent les douces figues, qui chantent que la figue suave ne peut être mangée que par ceux qui connaissent le mystère de la génération. Il y a là, semble-t-il, une double allusion au culte du « soma », la liqueur enivrante qui joue encore à l'heure actuelle un rôle si important dans les religions de l'Inde, et aux phénomènes de la caprification.
Ces cultes dérivés de la plante passent de l'un à l'autre et celui de la liqueur ambroisie est lié à celui d'Agni ou du feu. Les deux bâtons qui, par leur friction l'un contre l'autre, engendrent la flamme sacrée sont appelés les aranis. L'un, le pramantha (le bâton qui tourne), est formé d'açvattha (Ficus religiosa) ; l'autre, l'arani (le disque qui reçoit le premier dans un trou qui y a été pratiqué), est le çami (Y Acacia suma); les aranis sont donc formés de l'arbre et de son parasite. Allumer le feu est une cérémonie religieuse et le procédé que l'on doit employer est minutieusement décrit dans les sutras védiques. Pramathys, « celui qui a obtenu le feu par le frottement », est devenu le Prométhée des Grecs, celui qui fend le crâne de Zeus pour en faire sortir Athêné, déesse de l'éclair.
Arbre sacré, vénéré par les fellahs, au Caire.
Fig. 337.
La déesse Nouit
sortant du sycomore
et tenant l'eau de vie,
qui donne l'immortalité,
Fig. 338. — Mandragore, a, Fleur ; b, Fruit.
Or il est des traditions de l'ancienne Grèce qui nous font entrevoir les liens du culte du Figuier de l'Inde et du culte du Chêne en Gaule. Pausanias nous dit que Plutarque avait une théorie abstruse pour expliquer une légende singulière, celle de la bûche de bois de Chêne que Zeus prétendait épouser alors qu'il était en désaccord avec Hera ; cette bûche, que l'on appelait la femme muette, signifiait un arbre qui émergeait des flots.
Ces légendes bizarres des anciens nous apprennent, ce qui est confirmé par d'autres sources, que Zeus à l'origine a été un arbre
et probablement un Chêne. Cet arbre cosmogonique avait la propriété d'engendrer les hommes. On ne doit pas oublier l'opinion d'Homère qui dit que les hommes « sont nés de la pierre et du Chêne ». On conçoit donc que Baudry, dans son étude si curieuse sur les mythes du feu, ait pu dire : « Le feu céleste est le fruit (de l'arbre céleste) ou son rameau enflammé; et un oiseau divin, qui a son nid dans la branche, dérobe le feu et l'apporte à son bec sur la terre. »
Le rôle des plantes dans les conceptions religieuses se manifeste encore par la place extraordinaire que tiennent quelques arbres dans les religions anciennes, notamment dans celle de l'Egypte. Le Figuier Sycomore poussant à la limite du désert paraissait une plante miraculeuse par sa ramure impénétrable ; on le croyait animé d'un esprit qui se cachait en lui et qui, dans certaines circonstances, se manifestait. On sait que, dans leur voyage aux champs mystérieux d'Ialou, le paradis des Égyptiens, les âmes rencontraient dans le désert où elles s'enfonçaient un Sycomore toujours vert. Les peintures égyptiennes nous représentent cet arbre et, au milieu du feuillage, la déesse Nouit ou Hathor sort pour tendre à l'âme éplorée l'eau de vie qui doit lui assurer l'immortalité. Le Papyrus d'Ani dit: « O Sycomore de Nouit, donne moi l'eau et le souffle de vie qui procède de toi ! » On conçoit, d'après cela, que l'Egypte ait été appelée la terre du Sycomore et que cet arbre ait conservé ses fidèles qui viennent encore, à l'heure actuelle, aux environs du Caire, lui rendre un culte pieux en le recouvrant d'offrandes et d'étoffes.
Lotus, Mandragore. — Le Lotus a été également l'objet d'un culte important, et souvent la divinité Horus ou Ra naît d'une fleur de Lotus. Ce culte existe encore dans 1 Inde et en Extrême-Orient, et il n'est pas rare de voir l'œuf du monde dans le sein de l'Océan primordial engendrant une plante se terminant par un Lotus, lequel produit un dieu.
Le rôle des arbres s'est maintenu à travers les âges. Dans les premiers siècles de notre ère, les conciles d'Arles, de Tours, ont dénoncé le culte des plantes. Mais ces conceptions sont très vivaces et réapparaissent dans les histoires de sorcellerie à travers le moyen âge. Les légendes sur la Mandragore méritent d'être rapportées à ce propos. La racine tuberculeuse de cette plante affecte des aspects bizarres et elle rappelle souvent par ses formes les jambes et les bras d'un homme ou d'une femme. On en faisait des amulettes. On ne la déterrait pas sans dangers, et il est communément rapporté qu'un cri perçant retentissait à sa sortie de terre, et les mortels qui l'entendaient devenaient fous. Elle naissait là où la présence d'un criminel avait pollué le sol ou au voisinage des gibets. Cette plante mystique était vendue pour ses propriétés médicinales : elle servait à guérir de la stérilité, et la fable de La Fontaine « la Mandragore » repose sur son pouvoir de prolification. Les
Fleurs de Passiflore.
sorcières l'employaient dans leurs philtres d'amour. En Silésie, en Thuringe, en Bohême, la Mandragore est associée à la découverte des trésors cachés.
Pour frapper l'imagination des peuples primitifs, il suffit d'ailleunsd'un fait insignifiant, d'une simple apparence. Croyez-vous qu'une figure grimaçante, comme celle que notre photographie reproduit, apparaissant sur la coupe d'un tronc, ne donnerait pas prétexte, dans un tel milieu, à bien des légendes? Et, cependant, il s agit simplement d'une disposition singulière des zones ligneuses d accroissement d'un tronc, avec une coloration plus foncée que celle des zones voisines.
Plantes américaines. — Toute plante ayant des caractères particuliers, nocifs, narcotiques, par exemple, acquiert un rôle mystérieux et divin. Dans la région du Darien (isthme de Panama), les Indiens se servaient des graines de Datura sanguinea pour produire chez les enfants un délire prophétique dans lequel ils révélaient les points où se trouvent cachés des choses précieuses. L' Erythroxylon coca, qui donne la Coca, a été autrefois considéré au Pérou comme une plante sacrée par les Incas, qui la brûlaient sur les autels des temples du Soleil. Elle jouit, en effet, de propriétés très remarquables, car c'est un excitant qui joue le rôle d'anesthésique local et qui peut supprimer la sensation de faim ; aussi les Incas l'employaient-ils pour se soutenir sans nourriture pendant les marches les plus pénibles et au cours des travaux les plus fatigants.
Au Mexique, toutes les plantes extraordinaires avaient attiré l'attention des sujets de Montezuma, et le culte des fleurs y était extrêmement répandu ; il semble avoir été dévié vers le christianisme par les efforts des missionnaires espagnols. Selon Bateman, « pas d'enfant n'est baptisé, pas de mariage célébré, pas de mort enterré, sans que les Orchidées ne soient appelées à exprimer les sentiments si divers relatifs à ces circonstances». C'est en tenant compte de ces sentiments, qui tirent leur origine de traditions antérieures à la conquête espagnole, qu'il faut expliquer les noms vulgaires de plusieurs de ces fleurs admirables : flor de los muertos (fleur des morts), qui est VOncidium tigrinum ; flor del paradiso (fleur du paradis), qui est le Sobralia dichotoma ; boca del Dragon (gueule du Dragon), qui est V Epidendrum atropurpureum. Ce sont évidemment les prêtres espagnols qui ont imaginé les noms de flor de Jésus (Lœlia acuminata) et flor de Espiritu santo (Peristeria elata). Ce sont eux également qui ont cru retrouver dans les Passiflores (fleurs de la Passion) tous les objets qui ont joué un rôle dans la mort de Jésus- Christ : la collerette de staminodes représente la couronne d'épines; les styles sont les clous; les étamines, les marteaux; enfin la feuille est la lance, et la vrille, le fouet.
C'est à des traditions plus anciennes qu'il faut rapporter le nom espagnol du Cheirostemon platanoides, « flor ou arbol de las manitas », à cause de la forme étrange de la fleur qui rappelle une main. Cette plante a probablement joué un rôle fantastique analogue à celui qu'on a attribué aux « mains de gloire » en Europe, c'est-à-dire à la Mandragore.
En somme, les noms des plantes, comme le langage des fleurs, nous renseignent d'une manière très curieuse sur le rôle considérable qu'ont joué les végétaux aux temps passés dans les conceptions humaines ; ces appellations se rattachent à la cosmogonie, à la fable, à la sorcellerie, à la médecine, en un mot à la science des hommes primitifs et barbares.
Nœuds du bois simulant une face humaine.
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