IX. - FOLKLORE, MYTHES ET LÉGENDES
L'étude des légendes et du folklore, les contes populaires où les plantestiennentune place, méritent de nousarrêter.carcesujet touche à l'histoire la plus lointaine de l'espèce humaine. Gubernatis a pu dire : « Les superstitions botaniques sont aussi vieilles que l'esprit humain » ; elles bravent les philosophies, la science et les religions ( 1 ).
Le Gui. — Un premier témoignage à citer à ce propos est celui de Pline qui, dans un texte célèbre, parle du rôle que jouait le Gui chez nos pères, les Gaulois : « Aux yeux des druides, dit-il, rien n'est plus sacré que le Gui et l'arbre qui le porte, si toutefois c'est un Chêne Rouvre. Le Rouvre est déjà par lui-même l'arbre dont ils lorment les bois sacrés; ils n'accomplissent aucune cérémonie sous le feuillage de cet arbre. Tout Gui venant du Rouvre est regardé comme un envoyé du ciel ; ils pensent que c'est un signe d'élection que le dieu même a faite de l'arbre. Le Gui du Rouvre est extrêmement rare et, quand on le trouve, on le cueille avec un très grand appareil. Avant tout, il faut que ce soit le sixième jour de la lune, jour qui est le commencement de leurs mois, de leurs années, de leurs siècles qui durent trente ans. Ils l'appellent d'un nom qui signifie remède universel. Ayant préparé, selon les rites, sous l'arbre, des sacrifices et un repas, il font approcher deux taureaux de couleur blanche, dont les cornes sont attachées pour la première fois. Un prêtre vêtu de blanc monte sur l'arbre et
(I) Voir COSTANTIN : Biologie et Religion chez les primitijs. «Revue Encyclopédique», 28 oct. 1899.
Druide récoltant le Gui.
coupe le Gui avec une serpe d'or : on le reçoit dans une saie blanche; puis on immole les victimes, en priant que leur dieu rende le don qu'il a fait propice à ceux auxquels il l'accorde. On croit que le Gui pris en boisson donne la fécondité à tout animal stérile et qu'il est un remède contre les poisons. » Le Gui sur le Chêne est, en effet, très rare; on l'a cependant trouvé plusieurs fois au XIXe siècle : dans le Doubs, en 1859; dans la forêt de Jeugny, en 1878.
Les peuples méditerranéens avaient des notions sur l'origine de ce Gui, car on connaît un proverbe latin qui dit d'une manière un peu grossière que les grives déposent sur les arbres la glu qui doit servir à les prendre, car le fruit du Gui contient une matière agglutinante qui est employée depuis longtemps par les oiseleurs pour capturer les oiseaux (lurdus ipse sibi perniciem cacat). Gaidoz a trouvé aux environs de Coulommiers ce dicton : « Le Gui vient de la chiasse des oiseaux. » Les Gaulois évidemment savaient aussi bien que les Romains que la germination de cette plante ne se produisait qu'après le passage de fruits au travers du tube digestif des grives et des merles. Il est très vraisemblable de croire que, pour nos ancêtres, lorsqu il s'agissait du Gui du Chêne, l'ensemencement avait dû être fait par un oiseau mystérieux, probablement prophétique et divin. Les légendes relatives au Gui paraissent particulièrement vivaces en France, en Angleterre, en Scandinavie. La chanson du « Gui l'an neuf » a longtemps retenti au premier janvier dans toutes les provinces de la vieille France; le marchand de Gui
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