‹ Les plantes médicinales de la PicardieChapitre 1 sur 28 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

De tout temps, rhomme s'est servi des plantes, des simples comme on disait autrefois, pour le traitement de ses maladies et de ses blessures, et lorsqu'il a éprouvé la première souffrance c'est probablement au règne végétal qu'il s'est adressé pour la calmer. La botanique est donc la plus ancienne de toutes les sciences. Elle est issue du besoin de pénétrer le secret des choses pour en tirer parti. Aujourd'hui encore, la plupart des gens ne semblent voir que des remèdes dans toutes les plantes; aussi, quand ils rencontrent un botaniste herborisant, ils ne manquent jamais de lui poser cette question : Pour quelles maladies recueillez-vous ces herbes ?

A Tépoque d'Homère, on attribuait souvent les maux de toutes sortes à la colère des dieux et on se contentait d'implorer leur secours pour la guérison des malades. La lecture des ouvrages de médecine d'alors est certainement beaucoup plus intéressante qu'instructive. Voici quelques traitements empiriques indiqués par un auteur ancien, id Hépatite. — On purge avec l'ellébore, si les autres purgatifs ne réussissent pas. On applique des topiques

Caussin 1

répercussifs et ensuite résolutifs, ces derniers chauds; on y ajoute de l'iris ou de l'absinthe. On donne du thym, de la sarriette, de rhysope,du calament, de l'anis, des baies de laurier, des fleurs de pin, de la pimprenelle, de la jnenthe, de la pulpe de coing et le foie de pigeo?i cru. Comme vous le voyez, on faisait déjà de l'organothérapie. Dans l'hypertrophie de la rate, il faut manger des salaisons, des olives conservées dans de la saumure forte, de la laitue et de la chicorée trempées dans du vinaigre, de la poirée assaisonnée de moutarde, des asperges, du raifort, du panais, de la semence de trèfle, de Tache, du serpolet, du cytise, du pourpier, du calament, du thym, de Fhysope, de la sarriette, de la roquette, du cresson et de la rate de bœuf. Dans l'hypocondrie, on purgeait le malade avec l'ellébore noir; si le dément était gai, on le faisait vomir avec l'ellébore blanc. Dans l'ascite, on pres^ crivait l'iris, le safran, la cannelle, la semence de cyprès^ les feuilles de rose, l'amande amère, le marum, la fleur de jonc, la semence de laitue marine. On faisait sucer au malade de lascille cuite, Erasistrate recommandait comme résolutives, les plantes suivantes : l'année, la marjolaine, la violette blanche, le lis, le marum, le mélilot, le serpolet, le cyprès, le cèdre, l'iris, la violette pourpre, le narcisse, la rose, le marrube, le jonc carré, la figue sèche,, l'origan; comme émoUientes, la figue sèche, le mélilot, la semence et la racine de narcisse, la semence de ciguë. Voici mp-inlenant un remède héroïque pour les maux de dents et recommandé par le même médecin: il faut arracher, avec ses racines, un pied de menthe sauvage, le mettre dans un bassin qu'on remplit d'eau, le placer près^ du malade qui est assis et bien couvert, jeter ensuite dans le bassin des cailloux brûlants ; le malade ouvre alors la bouche pour aspirer la vapeur. Préalablement on a placé des couvertures autour du malade et du bassin pour empêcher la vapeur de s'échapper » !!!

Depuis cette période d'empirisme, la botanique ne s*est pas développée insensiblement à travers les âges ; il y , avait une certaine indifférence pour les plantes dont on ignorait les vertus thérapeutiques. En quelques année&y avec Taide du microscope et de la chimie, les savants ont déterminé exactement la nature des principes médicamenteux renfermés dans la plupart des végétaux et nou» ont fait connaître leurs propriétés ; dernièrement encore, Léger a découvert Vhordéninej un alcaloïde qu'il a extrait des touraillons d'orge et qui est, paraît-il, un excellent anticholérique.

Jadis certaines plantes n'avaient d'attrait que par les idées superstitieuses qu'on y attachait. Au commencement de notre ère, le grand naturaliste Pline s'exprime ainsi au sujet du dracunculiis : <f. J'ai vu, dans cette province, dans le champ d'un homme chez qui je logeais, une plante nommée dracunculus qu'on y avait nouvellement découverte. Elle était de la grosseur du pouce et marquée des mêmes couleurs que la peau de la vipère.. On prétendait que c'était un spécifique contre la morsure^ des serpents. Elle jouit d'une propriété étonnante. Elle sort de terre à la première mue des serpents et s'élève jusqu'à la hauteur de deux pieds relie s'y enfonce ensuite^ avec eux, et aucun serpent ne se montre pendant tout le* temps où elle reste cachée. » On remarquera que pour Pline la beauté de la fleur et les caractères de la plante n'avaient pas d'importance, il indiquait seulement les. propriétés vraies ou fausses du végétal.

Il écrit aussi, à propos de la pivoine : « Le Pœnia est de toutes les herbes celle dont la découverte est la plus ancienne. Elle est aussi appelée Pentorobos ou Glycyside. C'est encore une des difficultés de la botanique que les mêmes plantes, suivant les diverses contrées, aient des noms différents. Celle-ci croît dans les montagnes boisées ; sa tige a quatre doigts de hauteur entre chaque.

point d*où sortent les feuiUes et porte à son sommet quatre ou cinq fruits semblables aux noix grecques et remplis de graines rouges ou noires. Le Pœnia est un préservatif contre le cauchemar. On recommande de Tarracher pendant la nuit, parce que si Ton est aperçu de 1 -oiseau de Mars (pivert), il s'élance sur celui qui le cueille et lui arrache les yeux. >

Vous reconnaîtriez difficilement la pivoine, d'après cette description. La botanique n^était pas très compliquée du temps de Pline qui se plaignait cependant déjà qu'il y eût plusieurs noms pour désigner la même espèce. « La connaissance des plantes, dit-il, s'acquiert assez facilement. Pour nous, à l'exception d'un fort petit nombre, nous avons eu la satisfaction de les examiner toutes dans le jardin d'Antonius Castor, vieillard centenaire qui avait le plus de réputation dans cette partie. »

Au XI* siècle, Jean le Milanais composa un poème latin intitulé Flos medicinœ^ destiné au fils de Guillaume le Conquérant, Robert, duc de Normandie. C'est le seul ouvrage remarquable de l'École de Salerne. Toutes les célébrités médicales salernitaines d'alors collaborèrent à ce poème. Parmi les plantes recommandées par cette Faculté, citons : la menthe qui chasse les vers, la mauve qui provoque les règles, la sauge qui guérit le tremblement des mains, la violette qui améliore Tépilepsie, l'aunée bonne aux hernieux, le cresson qui arrête la chute des cheveux, le pouliot qui calme la goutte, le saule qui fait disparaître les verrues, etc., etc..

En plusieurs siècles, la botanique ne s'est enrichie d'aucune découver te . Les Arabes connaissaient néanmoins les propriétés d'un grand nombre de plantes et employaient souvent les simples avec succès. Au xv* siècle, les^ médecins se figuraient qu'il devait y avoir un rapport intime entre la forme et l'aspect de certaines parties de la plante et ceux des organes de l'homme. On les appe-

lait alors les signatures. Ils ont rendu à la botanique des services semblables à ceux que la chimie doit aux alchimistes.

La sticte pulmonaire ressemble assez bien à l'extérieur du poumon ; ses préparations seront indiquées dans les affections de ce viscère ; le pavot représente à peu près une tête humaine avec sa couronne ; sa décoction sera donnée à ceux qui souffrent de la tête ; la pulmonaire^ avec les marbrures de ses feuilles, rappelle aussi Taspect du poumon, elle sera recommandée dans la tuberculose ; les feuiUes du cabaret, dans les maladies de l'oreille ; le duvet des fruits du cognassier, contre la chute des cheveux. Les principaux signatores furent Crollius et J.-B. Porta.

Vers la fin du xvii® siècle, grâce aux découvertes de Garcias, de Clusius, de Hernandez, de Prosper Alpin, de Tournefort et d*un grand nombre d'autres naturalistes qui ont consacré leur vie à la recherche et à la science des végétaux, la liste des plantes connues était déjà longue, mais le plus grand désordre régnait dans leur nomenclature. Magnol, professeur de botanique à TÉcole de médecine de Montpellier, employa en 1689 le terme de famille et Ton trouve dans son ouvrage cette phrase remarquable : « Je ne doute pas que les caractères des familles ne puissent être tirés aussi des premières feuilles du germe au sortir de la graine. > (D' Richer. Cours de botanique.) Soixante-dix ans plus tard, Bernard de Jussieu classe par familles les plantes du jardin de Trianon. Quelques années après, Tournefort créait les gendres presque en même temps que Camerarius découvrait le sexe des plantes. Linné fit, de cette notion, la base du plus célèbre système de classification. Si admirable que soit l'ingénieuse conception du botaniste suédois, nous devons constater l'évidente supériorité de la méthode naturelle créée par Laurent de Jussieu en 1789. Pen-

iS LES PLANTES MÉDICINALES DE LA PICARDIE

dant que ces grands progrès révolutionnaient la botanique, de Humboldt, Robert Brown, Dumont d'Urville exploraient le continent et dotaient cette science de 'nouvelles découvertes.

A cette époque, un homme d'une haute valeur scientifique, une des gloires de l'Ecole de médecine d'Amiens, médecin éminent et botaniste distingué, j'ai nommé Barbier, était professeur de botanique au muséum du jardin des plantes d'Amiens. Il continua cet enseignement pendant près de quarante ans et fit de nombreux adeptes. Il s'occupa de botanique médicale et son principal titre de gloire est son Traité de matière médicale, Dom ^Robbe, prieur des Feuillants, fut le premier titulaire de cette chaire de botanique.

En 1751, le duc de Chaulnes, gouverneur d'Amiens, fit la concession à l'académie do cette ville du terrain où fut créé le jardin botanique. Dom Robbe publia alors son catalogue des plantes usuelles et son premier cours eut lieu en 1754.

' Ce savant groupa les plantes du jardin en vingt et une classes, d'après leurs propriétés médicinales: pectorales, stermUatoires, hystériques, apéritives, etc. Ce système médico-botanique appartient à Dom Robbe et cette classification fut appliquée par un habile jardinier, Jourdain, qui était un botaniste fort instruit. Pendant son séjour à Amiens, J.-J. Rousseau allait souvent lui rendre visite et était devenu son ami.

A Barbier, succédèrent Fauteur de la première flore pi- 'carde, Pauquy, botaniste érudit, puis Févezet enfin notre regretté maître, le professeur Richer. Qu^il nous soit permis d'adresser ici un hommage de profonde gratitude au savant modeste, d'une bonté et d'une affabilité extrêmes, excellant dans l'art de professer, cachant avec soin sous les roses, les épines de la science et qui sut si bien nous -communiquer l'amour de la botanique. Il contribua beau-

coup, avec quelques hommes d'élite, à la reconstitution de la Société Linnéenne du Nord de la France (30 décembre 1865). Cette association, aujourd'hui si florissante, compte dans son sein des membres actifs, des chercheurs infatigables, qui ajoutent tous les jours de nouveaux noms à la liste des plantes de la Somme. Pour ne citer que nos contemporains, nommons surtout : E. Gonse, Copineau, Guilbert, Dequevauviller, V. Brandicourt, Desmaisons, etc., etc., qui continuent Tœuvre entreprise par Pauquy (1831), Boucher de Crèvecœur et Eloy de Vicq dont la flore (1883) est un modèle du genre et contient la description des espèces connues jusqu'alors dans la Somme. Mais de nouvelles découvertes ont lieu, le catalogue des plantes de la Picardie augmente sans cesse et quelques années après, E. Gonse publie son Supplément à la flore de la Somme (1889). Depuis cette époque, les membres de la Société ont signalé bon nombre d'espèces qui n'avaient pas encore été mentionnées dans le .département. Au point de vue botanique, les lignes de chemin de fer, leurs talus, leurs fossés, ainsi que les voies de garage présentent un très grand intérêt : c'est surtout là qu'on recueille de nouvelles plantes.

En Picardie et en général dans notre pays, les végétaux sont bien petits à côté de certaines espèces de con- -trées plus favorisées. Si vous comparez une de nos grandes fleurs, celle du nénuphar blanc, par exemple, à celle du raffesia de Java, vous avouerez que celle-là fait à côté bien piteuse mine ; en efiet, cette dernière mesure 3 mètres de circonférence, pèse 7 kilos et peut contenir 9 litres d'eau dans sa corolle. Quant à l'âge et à la hauteur de certains arbres, les difiérences sont encore plus sensibles. Nos hêtres et nos chênes qui vivent quelque- .fois un ou deux siècles et atteignent une hauteur de 20 à 40 mètres paraîtraient des avortons auprès des baobabs -de 150 mètres et de 5.000 à G.OOO ans d'existence.

Le professeur Richer nous apprend que « dernièrement on a sacrifié un platane contemporain de Charlemagne. Les cèdres du Liban avaient 600, 700 et 800 ans quand les Turcs les ont abattus. Un chêne, contemporain d'Attila, d'autres plus âgés, de 800, 1.000 et 1.300 ans n'ont point trouvé grâce. Enfin un if de 2.880 ans et un adansonia de 5150 ans sont inscrits dans le martyrologe du règne végétal. Par bonheur, quelques rares individus ont échappé à la hache du bourreau. Salut aux derniers survivants des anciens âges ! Salut aux cyprès du palais de Grenade qui ont ombragé les derniers rois maures ! Salut à Toranger de sainte Sabine à Rome, planté en Tan 1200 et aux oliviers de Jérusalem qui ont plus de 1900 ans! Salut enfin aux géants de la Californie, les contemporains d'Adam ! Un gouvernement éclairé protège leurs 6.000 ans et leur assure une paisible vieillesse. >

Il est certainement extraordinaire que des arbres puissent atteindre ces âges respectables, mais voici un fait beaucoup plus curieux: récoltez un lichen, desséchez-le, aplatissez-le entre les feuillets d'un livre, placez-le dans votre herbier ; conservez-le pendant cinquante ans. Au bout de ce temps, donnez-lui de l'humidité et de la lumière, il continuera de croître. Il n'était pas mort, il n'était qu'endormi.

Que de choses curieuses y aurait-il encore à signaler dans le règne végétal? Pour ne parler que d'une question qui passionne beaucoup de botanistes, la fécondation des plantes par les insectes, Darv^in nous apprend qu'epipactis latifolia AU. est fécondé parla guêpe, jamais par l'abeille. Si cet insecte quittait nos contrées, cette orchidée disparaîtrait probablement aussi. N'y a-t-il pas là quelque chose de mystérieux !

Arrivons maintenant aux importantes applications des plantes à l'art de guérir. Il ne suffit pas de savoir distinguer la digitale, l'aconit, etc., il faut connaître les carac-

tères des végétaux. Il est nécessaire que la botanique serve de guide au médecin. Quel immense champ d'études et quelle source inépuisable de satisfactions ! Tous les botanistes vous diront la joie inexprimable goûtée à la détermination d'une nouvelle espèce. Combien de personnes ayant éprouvé des déceptions et des chagrins ont recherché dans l'étude des plantes des consolations et Toubli de leurs peines, tel J.-J. Rousseau ! Connaître les plantes et leurs propriétés : utile dulci I II n'y a pas de science plus attrayante. Dmnum est opus sanare dolorem (Ovide).

Les genres d'une même famille participent souvent des mêmes propriétés; il en est ainsi des espèces d'un genre. Les salicinées ont une écorce astringente et fébrifuge ; les ombellifères, des semences aromatiques et stimulantes ; les labiées sont stomachiques ; les solanées sont narcotiques ; les sauges, céphaliques ; les cochléarias antiscorbutiques. Il y a souvent analogie entre la forme des végétaux et leurs propriétés. C'est à Camerarius que nous devons Tapplication de ce principe en thérapeutique. Un jour, le botaniste anglais Fors^^r faisant partie d'une expédition, naviguait dans le Pacifique, lorsque l'équipage fut atteint de scorbut. Il trouva un alyssum, pensa qu'il devait avoir les propriétés antiscorbutiques des crucifères et l'employa avec succès.

Les espèces qui se ressemblent jouissent à peu près des mêmes vertus. « Plantœ quœ génère conveniunt, etiam virtuteconveniunt^qiiœ ordine naturalicontinentur, etiam virtute proprius acceditnt. > (Linné). Salviœ omnes swit cephalicœ^ anchusœ pectoralesy cochleariœ antiscorbuticœ^

euphorbiœ catharticœ^ rubiœ diiireticcB ac tinctorial

Gramineœ nutritiœ sunt ac farinaceœ, cruciferœ diverse scorbuttim impugnanti, labialœ aromaticœ dantur et amarœ. (A. L. de Jussieu).

La station et l'exposition des plantes ont une grande

influence sur leurs propriétés : la digitale, qui croît à l'ombre, est bien moins active que celle qui reçoit beaucoup de lumière ; au contraire, la belladone est plus narcotique quand elle se développe dansun endroit ombragé; certaines ombellifères alimentaires sont plus acres dans un terrain humide que dans un sol aride. « Umbellatêe in siccis aromaticœ calefacientes et pellentes, in aquosis venenatœ )►. (A. L. de Jussieu).

Avant le système sexuel de Linné et la méthode naturelle de de Jussieu, les végétaux étaient classés d'après leurs propriétés médicinales.

Ce système avait été imaginé par les premiers botanistes qui étaient médecins. C'était une classification pratique, botanico-médicale, c'était aussi le système Robbe. Dans cet ouvrage, nous avons suivi un ordre naturel pour la description des espèces officinales qui croissent spontanément en Picardie ou qui sont cultivées communément dans les jardins.

Les anciens avaient donc divisé les plantes en béchi^ ques, céphaliques, vulnéraires, etc., etc. Il est nécessaire de donner la définition de ces mots qu'on trouve souvent dans ce travail. Béchique signifie bonne contre la toux ; céphalique, contre les maux de tête ; vulnéraire^ contre les plaies; résolutive^ qui favorise la guérison d'un engorgement, d'une contusion ; émolliente, qui relâche, qui ramollit les parties ; antipériodique ^ qui combat la fièvre ou la névralgie revenant toujours à la même heure ; €arminative, bonne contre les gaz ; fébrifuge, contre la fièvre ; tonique, qui fortifie ; stimulante ou excitante, qui provoque l'activité ; expectorante, qui facilite l'expulsion des mucosités bronchiques ; sialagogue^ qui augmente la sécrétion salivaire ; emménagogue, qui favorise l'écoulement des menstrues ; apéritive, qui excite les sécrétions ; digestive, qui active la digestion ; cholagogue, qui fait rejeter la bile ; hjdragogue, qui ieiii évacuer, avec les

selles, une grande quantité de liquide ; maturative, qui fait aboutir les abcès; narcotique on stupéfiante, qui procure le sommeil ; purgative, qui produit des évacuations alvines ; laxative, légèrement purgative ; émétique, qui fait vomir ; émétocathartique , qui provoque des vomissements et des selles ; drastique, purgatif violent; diurétique, qui fait uriner ; sudorifique ou diaphorétique, qui excite la transpiration ; astringente, qui resserre les tissus; pectorale, bonne contre les affections des bronches; aphrodisiaque, qui provoque les désirs vénériens ; anaphrodisiaque , qui calme ces désirs ; vermifuge, ténifuge, qui expulse les vers intestinaux, le ténia ; sternutatoire, qui fait éternuer ; errhine, qu'on introduit dans les fosses nasales ; stomachique, bonne pour l'estomac ; cordiale, qui donne des forces ; caustique, qui brûle ; dépurative, qui favorise l'élimination des principes nuisibles à la santé ; détersive, qui nettoie les plaies ; narcotico-âcre , qui agit sur le système nerveux et, en même temps, détermine rinflammation des organes digestifs ; vésicante, qui produit des ampoules à la peau ; épispastique, qui irrite les téguments ; cardiaque, bonne contre les maladies du cœur.

Nous prétendons que l'homme malade peut trouver partout les plantes indigènes qui lui sont nécessaires pour apaiser ses souffrances, qu'il réside en Picardie, en Bretagne, en Touraine, en Provence, en Russie ou en Chine. Généralement la présence du végétal indique celle de l'homme et celui-là précède toujours celui-ci : c'est la loi primordiale du monde (Cotty). Au Groenland et au Spitzberg,on observe encore un certain nombre de plantes, mais dans l'Antarctique, qui est inhabité, on n'a trouvé jusqu'aujourd'hui que des cryptogames et une seule plante florifère. Ou a remarqué aussi que souvent, dans la nature, le remède est à côté du mal. En effet, le saule -croît dans les marais, c'est-à-dire dans les endroits où.

se développe la fièvre paludéenne ; les fébricitants ont donc à leur portée le remède dansTécorce du saule. Aux bronchitiques, on recommande les stations à une certaine altitude : sur les montagnes, on voit ordinairemeat les pins qui fournissent le goudron, la créosote, le gaïacol, la terpine, le terpinol.

Un Picard est-il atteint de maladie de cœur ? Il a la digitale, le muguet de mai, le genêt à balais, etc. A-t-il besoin d'iode ? Il trouve dans le chou marin et le fucus vésiculeux, le médicament nécessaire. Veut-il un purgatif ? Il a le liseron, ce jalap indigène, les baies de nerprun, répurge, la vaquerie, etc. Veut-il un émétique ? (1 peut se procurer la violette, la parisette, le sceau-de- Salomon, la bryone,cet ipécacuanha européen, etc.,etc, A-t-il besoin d'un anthelminthique ordinaire ou d un ténifuge ? Dans le premier cas, il a les graines de tanaisie, Tarmoise et Fail, etc. ; dans le second cas, le rhizome de la fougère mâle et les pépins de citrouille et de potiron. A-t-il de la fièvre ? Il trouve partout des feuilles de lilas, de Técorce de marronnier, de frêne et de saule. Veut-il des toniques ? Il a Técorce de chêne, la racine de la benoîte, les capsules vertes de lilas, etc. Lui faut-il un antidiarrhéique? Il a la re nouée des oiseaux ou salouche, la racine de bistorte ; comme calmant, le pavot, la beUadone et Taconit ; comme diurétique la digitale, le muguet de mai,les fruits du genévrier ,les pointes d'asperge, le chiendent.

Il est vrai que dans certaines maladies nous sommes impuissants; mais qui sait, par exemple, si dans les herbes que nous foulons aux pieds, il n'y en a pas une qui recèle les propriétés du mercure ? Servons-nous donc le plus possible des plantes et de leurs alcaloïdes jusqu'au jour où la sérothérapie aura dit son dernier mot. Il est triste de constater qu'on délaisse un grand nombre de bonnes espèces médicinales indigènes précisément parce qu'elles

croissent chez nous ; originaires de l'Asie ou de FAmérique, elles seraient prônées et recommandées comme des médicaments d'une efficacité certaine.

Le règne végétal a été divisé en deux grands embranchements : les phanérogames et les cryptogames. Nous décrivons d'abord les simples appartenant aux premiers. Les seconds comprennent ici les fougères, les équisétacées, les champignons, les lichens et les algues. Les mousses de la Somme ne nous fournissent aucune espèce médicinale. Nos champignons sont en général alimentaires ou vénéneux, nos lichens sont amers et toniques, nos algues sont alimentaires et antiscrofuleuses- Nous avons évité autant que possible d'employer des expressions techniques, botaniques ou médicales, et indiqué seulement les principaux caractères des plantes ainsi que leurs noms les plus usuels, pour que ce traité fût clair et pût rendre quelques services : c'est là notre principal but.

Octave Caussin.

Proyart, 8 février i907.

GLEMATIS VITALBA. L.

(Du grec clema, sarment)

Synonymes : Clématite des haiesy Herbe aux gueux. Vigne blanche, Vigne sauvage^ Vigne de Salomon, Berceau de la MergCy Consolation,

(Renonculacées.)

Arbuste très commun dans les haies, à la lisière des bois» II fleurit en juin.

La tige grimpante, très longue, a parfois une longueur de vingt mètres. C'est une véritable petite liane indigène. Les feuilles sont pennées ; les fleurs sont blanches, en panicules ; les sépales sont tomenteux ; il n'y a pas de pétales ; les carpelles présentent une arête plumeuse.

Toutes les parties de la plante jouissent de propriétés acres, vésicantes, très vénéneuses; fraîches, elles sont éméto-cathartiques. La clématite a jadis joui d'une grande vogue dans le traitement de la goutte et du rhumatisme. On appliquait les feuilles pilées sur les articulations douloureuses pour produire de la révulsion. On les a conseillées aussi contre les chancres vénériens et les douleurs ostéocopes.

Autrefois certains mendiants trituraient les feuilles de la vigne blanche et se les appliquaient sur les membres pour déterminer des ulcères et inspirer la pitié; d'où le nomd'Aeri&e aux gueux.

Les tiges servent aussi de liens ; dans certaines contrées, on en fait môme des paniers et des ruches pour les abeilles y Dans notre région, les enfants fument, en guise de cigares, la tige de cette plante.

THAUGTRUM FLAVUM. L.

(Du grec thallein, verdir; îctar, vite.)

Syn. : Pigamonjannej Rue des prés j Rhubarbe des pauvres. (Renonculacées.)

Espèce palustre, vivace, de 60 centimètres à 1 mètre, croissant aussi dans les endroits humides. Elle fleurit en juin.

La tige est dressée, verte, glabre, creuse. Les feuilles sont ovales, bi-tripinnatiséquées. Les fleurs sont jaunâtres, en glo* mérules. La racine est longue, rampante.

Le pigamon est une plante vénéneuse, comme du reste la plupart des renonculacées. La racine jouit néanmoins de propriétés purgatives qui ne sont guère utilisées en médecine. Elle contient un principe toxique très violent, la tha^liclrine, Dom Robbe classait cette plante dans les vulnéraires apéritives (Catalogue des plantes usuelles).

On extrayait autrefois de la racine du thalictrum une matière colorante jaune qui servait à teindre les laines.

ANEMONE PULSATILLA. L.

(Du grec anemos, vent.)

Syn. : Anémone pulsalilley Coquelourde, Coquerelle, Herbe au vent, Herbe de Pâques.

(Renonculacées . )

Plante velue, vivace, de 10 à 30 centimètres, assez commune dans les endroits calcaires, surtout dans les clairières des .bois. Elle fleurit en. avril. Les feuilles sont bi-tripinnatiséjquées, velues. Les fleurssontrougeâtres, d'un beau bleu violet, grandes, solitaires, penchées.

La pulsatille est très toxique, surtout à Tétat frais. Elle peut remplacer le sinapisme. Appliquée sur la peau, elle détermine de la rougeur. Elle est inodore, mais très acre. Elle perd ses propriétés par la dessiccation. On recommandait autrefois la pulsatille dans le rhumatisme et les névralgies. On appliquait les feuilles pilées sur les endroits douloureux. Dans les cas de fièvre intermittente, on enveloppait les poignets des malades de feuilles de cette anémone, quelques heures avant l'accès.

Dans certaines contrées, on prise les fleurs séchées et pulvérisées dans le coryza et la migraine.

La pulsatille est anticatarrhale et emménagogue.

Storck, médecin viennois, l'employait contre la paralysie et Tamaurose. Les homéopathes la conseillent contre la migraine .

La décoction de pulsatille, en lotions, réussit assez bien dans les affections parasitaires. L'infusion de feuilles (2 gr, pour 100 gr. d'eau) est ordonnée contre la coqueluche, l'hystérie et certaines maladies de peau, ainsi que l'extrait à la dose de 30 à 60 centigrammes dans les mêmes cas. On conseille aujourd'hui Talcoolature de fleurs et de feuilles à la dose de 2 à 8 grammes par jour et Talcoolature de racines à la dose de 1 à 4 grammes .

Il faut éviter de se servir de cette espèce qui renferme un violent poison, Vanémonine, qui jouit des mêmes propriétés que la plante. Elle est anticatarrhale, emménagogue et sédative des affections utérines. Dose : 0.05 à 0.10 en cachet deux heures avant le repas.

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