‹ Les plantes médicinales de la PicardieChapitre 2 sur 28 · ANEMONE NEMOROSA. L · texte numérisé non relu

ANEMONE NEMOROSA. L

Syn, : Sylvie^ Anémone des bois, Sanguinaire. (Renonculacées.)

Plante légèrement pubescente, vivace, de 10 à 20 centimètres, très commune dans les bois. Comme sa parente, elle ne porte qu'une seule fleur qui s'épanouit en mars.

Caussin 2

iS LES PLANTES MÉDICINALES DE LA PICARDIE

Les feuilles sont palmatiséquées. La corolle est blanche, souvent d'un blanc rosé ; les sépales sont ovales, glabres.

Cette anémone est un peu moinsvénéneuseque la pulsatille, néanmoins on s'abstiendra de porter aux lèvres le pédoncule de la fleur.

A la campagne, on utilise les propriétés vésicantes de la plante dans la teigne, le rhumatisme et môme les paralysies.

Nous donnons ici le môme conseil que pour la pulsatille : c'est un médicament trop dangereux pour être recommandé.

11 paraît que les indigènes du Kamtchatka chassent le phoque avec des flèches qu'ils empoisonnent en les trempant dans le suc d"ane/none ranunçuloïdes, espèce à fleurs jaunes, très rare en Picardie.

RANUNGULUS AGRIS. L.

(Du latin rana, grenouille, colère, habiter.)

Syn. : Renoncule acre, Bouton d'or, Bassin d*or, Pied-de^coq. En picard deProyart : Pipou, nom donné à presque toutes les espèces de renoncules.

(RENONCULACéES.)

Plante pubescente, vivace, de 20 à 50 centimètres, très commune dans les pâturages, les bois, aux bords des chemins. Elle fleurit en mai. La tige est dressée, creuse, non sillonnée, poilue supérieurement. Les feuilles sont velues, les radicales, palmatipartites, les supérieures tripartites. La fleur, dun beau

Jaune, lui a valu le nom de bouton d'or; les sépales sont velus, es pédoncules ne sont pas sillonnés.

Appliqué sur la peau, le suc de cette plante produit de la rougeur et môme de la vésication. On Ta employé ainsi dans les névralgies, dans les affections bronchiques, pulmonaires, gastriques et intestinales. Les propriétés toxiques des renoncules se peMent par la dessiccation, aussi est-il prudent de ne pas donner aux bestiaux du foin vertdans lequel on remarque beaucoup de renoncules .

Autrefois, dans les cas de fièvre intermittente et au moment des accès, on enveloppait les poignets des malades de feuilles de renoncules. La teinture de renoncule est, paraît-il, un excellent sédatif. On l'emploie à l'extérieur, en compresses, contre la migraine, le lumbago, etc..

On indiquait aussi autrefois la renoncule acre comme purgative, comme détersive. Elle est à peu près inusitée aujourd'hui.

RANUNGULUS FLAMMULA. L.

Syn. : Flammette, Petite Douve, (Renonculacées.)

Plante généralement grêle, vivace, de 20 à 50 centimètres, assez commune dans les endroits marécageux ou humides. Elle fleurit en juin. La tige est rameuse, glabre, creuse, dressée ou couchée, radicante; les feuilles sont glabres, entières, les inférieures sont ovales ou oblongues, lancéolées, linéaires ; les fleurs sont jaunes, petites ; les sépales, pubescents ; les pédoncules sont légèrement sillonnés.

Les expériences faites sur R. acrisy bulbosus, sceleratus et flammula ont démontré que la plus active est sceleratus, puis, par ordre de toxicité, acris, bulbosus et flammula. Dans acris et sceleratus^ la tige et les feuilles sont plus vénéneuses ; dans bulbosusj ce sont les racines et la tige ; dans flammula, c'est la fleur.

Ces quatre renoncules doivent leurs propriétés à un principe acre, très volatil. De bulbosus, on a extrait un alcali, la corydaline. On employait autrefois les fleurs pilées de la flammette pour produire de la révulsion. La racine de renoncule bulbeuse a été conseillée dans les névralgies et les bronchites chroniques.

Toutes les renoncules sont vénéneuses et ne sont plus guère usitées en médecine.

FIGARIA RANUNGULOIDES. MŒNGH.

(Du latin ficus, figue.)

Syn. : Ficaire^ Petite Eclaire,

(Renonculacées.)

Plante glabre, vivace, de 10 à 20 centimètres, commune dans les endroits humides, surtout dans les bois. Elle fleurit en mars.

La tige est rameuse, glabre; les feuilles sont luisantes, épaisses, cordiformes, réniformes; les fleurs sont solitaires, d'un beau jaune doré, un peu verdâtres en dehors.

On a conseillé les feuilles comme antiscorbutiques.

Les signatures employaient les racines contre les hémorroïdes.

La souche de la plante présente des fibres fasciculées renflées en massue qui ont une vague apparence de figues, d'où le nom de ficaire. D'autres ont cru voir une ressemblance avec les hémorroïdes, d'où leur indication dans cette maladie.

Les feuilles sont alimentaires; on les prépare en salade ou on les fait cuire comme l'oseille. On en fait une soupe qui est assez estimée dans certains pays. Les racines cuites sont aussi comestibles.

GALTHA PALUSTRIS. L.

(Du grec calathos, corbeille.)

Syn. : PopulagCy Souci d'eau,

(Renonculacées.)

Plante glabre, vivace, de 10 à 40 centimètres, assez commune dans les marais et les prés humides. Elle fleurit en avril.

La tige est creuse, glabre, luisante ; les feuilles sont cordi-

formes, crénelées ou dentées. Les fleurs sont grandes, d'un beau jaune doré ; les sépales sont pétaloïdes, il n'y a pas de pétales.

Le populage jouit de propriétés caustiques et n'est plus guère employé en médecins. Par la dessiccation, la plante est moins vénéneuse.

Traités par l'alun, les sépales donnent une très belle couleur jaune dont on se servait autrefois pour colorer le beurre. Elle était aussi usitée en teinturerie.

Dans certaines régions, on mange comme condiment les boutons des fleurs confits dans le vinaigre. On les vend même souvent pour des câpres.

HELLEBORUS FŒTIDUS. L.

(Du grec helein, faire mourir, bora, nourriture.)

Syn. : Hellébore fétide, Pied-de-Griffon, Rose de serpent. Herbe aux fées.

(Renonculacées.)

Plante glabre, vivace, à odeur fétide, de 20 à 70 centimètres, croissant surtout dans les terrains calcaires. Elle fleurit en février.

La tige est robuste, droite; les feuilles sont d'un vert sombre, coriaces; les rameaux et les pédoncules sont munis de larges bractées ovales d'un vert pâle; les fleurs sont verdâtres ou rougeâtres, penchées ; les sépales sont dressés.

La racine de l'Hellébore renferme un principe actif qui est très vénéneux, VHelléborin. Dans l'antiquité, on employait surtout celle-ci, et la poudre de semences contre la manie et certaines paralysies. Certains médecins conseillent encore aujourd'hui FHelIébore dans l'ascite et dans certaines maladies de peau. Dioscoride, médecin et botaniste grec du !•' siècle de notre ère, prétendait qu'elle améliore l'hypocondrie. Matthiole, son traducteur français, dit qu'un morceau de racine mis dans l'oreille rend l'ouïe aux sourds.

L'Hellébore est un violent drastique. Ses effets sont trop rapides et provoquent souvent des accidents mortels. Helleboras viridis, L. jouit des mômes propriétés.

AQUILEQIA VULGARIS. L.

(Du latin aquilegium, réservoir, ou aquila^ aigle.)

Syn. : AncoUe, Gants de Notre-Dame, Colombine,

Bonne- femme. En Picardie : Bonnet d'évêque.

( ReNONCUL ACÉES .)

Plante légèrement pubescente, vivace, de 30 centimètres à 1 mètre, croissant surtout dans les bois ombragés. Elle fleurit en juin.

La tige est rameuse, supérieurement ; les feuilles, d'un vert pâle en dessous, présentent des folioles larges, incisées ; les fleurs sont bleues, blanches ou purpurines.

L'ancolie est acre et vénéneuse. Elle agit à la manière des narcotico-âcres. On l'employait autrefois comme sédative, apéritive, diurétique et diaphorétique. On l'administrait au début de la rougeole, de la variole et de la scarlatine pour favoriser l'éruption. Aujourd'hui on conseille encore la décoction de feuilles fraîches en lotions contre la teigne et en général contre les affections parasitaires.

DELPHINTOM CONSOLIDA. L.

(Du grec </e//)/ii*5, dauphin; allusion à l'éperon du sépale sup'.)

Syn. : Pied d'alouette, Dauphinelle^ Herbe de cardinal.

(Renonculacées.)

Plante grêle, annuelle, de 20 à 40 centimètres, assez commune dans les terrains calcaires. Elle fleurit en juin.

La tige est rameuse ; les feuilles présentent des lanières linéaires, allongées. Les fleurs sont irrégulières, d'un bleu

vif, en panicule assez lâche ; le sépale supérieur a un éperon. allongé.

, On a conseillé le pied d*aIouette comme vomitif, purgatif et anthelminthique. On emploie encore aujourd'hui la décoction de semences en lotions, contre la gale et les affections parasitaires. On peut se servir aussi, dans ces cas, d'une pommade composée d'une partie de poudre de semences et de dix parties de vaseline.

Les semences de pied d'alouette sont très vénéneuses.

ACONITUM NAPELLUS. L.

(Du grec aconé, clocher.)

Syn. : Aconit napel, Casque ^Capuchon, Tue-loup bleUyCapuce de moine^ Sabot du pape, Pistolet.

(Renongulacées.)

Plante glabre, vivace, de 90 centimètres à 1 m. 50, rare en Picardie. Elle fleurit en juillet.

La tige est feuillée, simple ou rameuse ; les feuilles sont alternes, à cinq ou sept lobes présentant des divisions linéaires-lancéolées ; les fleurs sont bleues, irrégulières, en grappe terminale ; les graines sont ridées sur une face. La racine présente des tubercules ressemblant à de petits navels, d'où le nom de napellus.

L'aconit napel est une belle espèce qu'on cultive généralement pour la fleur dans les jardins et qui cause bien souvent des accidents. C'est un narcotico-âcre qui agit surtout sur le système nerveux. La racine contient un alcaloïde, Tacomïme, qui est un précieux médicament, de l'albumine, de la cire verte, un extrait brun et amer, de la gomme, des acides acétique et malique. L'absorption de l'aconitine par le tube intestinal est très rapide. Les effets toxiques se manifestent d'abord sur les organes centraux, puis sur les nerfs périphériques. Il y a de l'engourdissement, des vertiges, abolition de la respiration, de la sensibilité réflexe, des mouvements

volontaires et ralentissement des battements du cœur. Au début Texcitabilité disparaît de la périphérie.

Appliquée sur la peau; Façon itine produit de la chaleur et une sorte de frémissement avec engourdissement qui persiste pendant plusieurs heures. On prépare aujourd'hui une aconitine cristallisée qui est encore beaucoup plus active ; 1/4 de milligramme de cet alcaloïde mis sur la langue détermine une sensation spéciale de fourmillement ; il a la saveur du poivre et détruit pour quelque temps la sensibilité spéciale du goût. La racine d'aconit, appliquée sur la même muqueuse, produit une cuisson douloureuse. L'aconitine n'a pas d'odeur ; sa saveur est amère, un peu brûlante.

L'aconit et Taconitine sont de puissants narcotiques. A l'extérieur, celle-ci a été employée avec succès dans des cas de névralgies faciales, sciatiques , dans la goutte, le rhumatisme, l'otite (Turnbull, Roots, Skey).

Les principales affections contre lesquelles on emploie Taconit ou son alcaloïde sont: les névralgies, les fièvres intermittentes, le rhumatisme, l'angine, la bronchite, la pneumonie, la coqueluche, l'aménorrhée, certaines affections cutanées. L'aconit ne réussit pas toujours dans ces diverses maladies. Il a surtout des succès dans les affections névralgiques et rhumatismales, mais notamment encore dans les névralgies. On Ta employé aussi contre l'épilepsie, la chorée et le tétanos. On conseillait autrefois les feuilles pilées d'aconit comme rubéfiantes et vésicantes dans la sciatique, la névralgie et le rhumatisme. Dans le but de prévenir le retour d'un accès de fièvre intermittente, on enveloppait les poignets du malade de feuilles d'aconit.

Dans ces dernières années, on a extrait de la plante un nouveau produit, la napelline, qui est, dit-on, moins énergique que Faconitine. Elle est indiquée comme analgésiante, narcotique, dans les névralgies, mais son action est très variable et par suite d'un emploi dangereux. Vaconitine cristallisée est le véritable principe actif de l'aconit ; Vaconitine de Hottot ou du Codex est inférieure ; quant à la napelline de Hubschmann, et à Vaconelline de T, et H. Smith, il faut les rejeter.

Les préparations les plus usitées sont Faconitine amorphe (Hottol), Faconitine cristallisée, Taconelline et la napelline, l'extrait d'aconit, la teinture et Falcoolature d'aconit.

AGTŒA SPIGATA. L.

(Du grec actaia, sureau.)

Syn. : Actée, Herbe de Saint-Christophe, Herbe aux poux.

(Renonculacées.)

Plante glabre, vivace, de 40 à 80 centimètres, croissant dans les bois ombragés et montueux. Elle fleurit en mai.

La tige présente deux à trois feuilles au sommet ; celles-ci sont grandes, minces, luisantes, à segments ovales incisés ; les fleurs sont petites, blanches, irrégulières, ordinairement disposées en deux grappes. Le fruit est une baie ovoïde noire, luisante.

L'actée jouit de propriétés antinévralgiques. Les feuilles sont très irritantes : appliquées sur la peau, elles produisent de la rubéfaction et de la vésication. On vante la décoction de feuilles fraîches et de racines, en lotions, contre les affections parasitaires, d'où le nom d'herbe aux poux, Onemployait autrefois cette plante dans la pneumonie, la pleurésie et les fièvres éruptives.

La racine est purgative à la dose de 1 gramme à 1 gr. 50, en poudre. La baie est toxique. C'est une espèce très vénéneuse.

PŒONIA OFFIGINALIS. L.

(Dédié à Pœon. médecin grec, qui découvrit ses propriétés antispasmodiques.)

Syn. : Pivoine, Herbe Sainte-Rose, Herbe aux sorciers, Rose bénite, Pione,

(Renonculacées.)

Plante vivace, de 40 à 80 centimètres, cultivée dans les jardins. Elle fleurit en juin.

La tige est glabre ; les feuilles sont alternes et présentent des segments plus ou moins larges ; les fleurs sont grandes, d'un beau rouge. La racine est grosse, charnue.

La pivoine jouissait autrefois d'une grande vogue. On lui attribuait la vertu de préserver des épidémies et de guérir les plaies de mauvaise nature. La racine possède des propriétés antispasmodiques. On l'emploie, à Tétat frais, contre Fépilepsie, la chorée et les convulsions. On en prépare aussi une décoction (10 gr. de racine fraîche pour 500 gr, d'eau). Les semences de la pivoine sont purgatives. On les conseille contre la goutte, le rhumatisme et certaines maladies de peau. Les feuilles et les semences sont antiparasitaires. Les racines cuites sont comestibles.

C'est une plante trop vénéneuse pour être recommandée.

BERBERIS VULGARIS. L.

(Du grec berheri, coquille.)

Sya. : Epine-vinette^ Vinettier.

(Berbéridées.)

. Arbrisseau épineux, de 1 à 3 mètres, croissant en certaines régions dans les haies et à la lisière des bois. . Les feuilles sont simples, ovales, fasciculées, munies de cils raides, les épines sont beaucoup moins longues que les feuilles ; les fleurs sont jaunes, en grappes plus longues que les feuilles. Les baies sont ovoïdes, oblongues, rouges.

L'écorce de l'épine-vinette est tonique, diurétique et fébrifuge. On emploie ordinairement la décoction (30 gr. d'écorce pour 500 gr. d'eau).

Les feuilles sont antiscorbutiques. Mâchées, elles raffermissent les gencives molles et saignantes. Dom Robbe classait Tépine-vinette dans les vulnéraires astringentes.

On fait avec les baies une tisane diurétique. On remplace quelquefois le jus de citron par le suc de ce fruit. Ces baies ont un goût aigrelet et sont rafraîchissantes. On les mange souvent avec du sucre. On en fait des gelées, des sirops et des

limonades. On en fabrique aussi une piquette assez agréable, de là probablement le nom & épine vinette.

On extrait de la plante un alcaloïde, la berbérîne, qui est indiquée comme tonique, antipériodique et diaphorétique.

Cet arbrisseau deviendra très rare dans, quelques années. On le détruit partout. La guerre qu'on lui a déclarée est justifiée par les grands dommages qu'il cause à l'agriculture. Un champignon {tilletia caries) qui produit la carie du froment, autrement dit le blé noir, se développe sous les feuilles de Fépine-vinette. Le vent est le véhicule des spores qui se déposent sur les épis des céréales.

Le suc des fruits, combiné avec l'alun, fournit une laque rouge très recherchée. On retire de la racine et des fleurs une belle couleur jaune.

NTMPHŒA ALBA. L.

(Du grec nymphe^ nymphe des eaux.)

Syn. : Nénuphar blanc, Lis des étangs, Volant d'eau. Dans ' notre région^ les feuilles du nénuphar sont connues sous le nom de f. ed Walhieu, de gâteau. — Pour faire cuire la pàtis' série on mettait dessous des feuilles de nénuphar.

(Nymphéacées.)

Plante vivace, assez commune dans nos étangs. C'est certainement notre plus belle espèce aquatique. Elle fleurit en juin.

Les feuilles sont suborbiculaires, cordées, nageantes, à pétiole cylindrique d'une longueur variant avec la profondeur de l'eau. Les fleurs sont blanches, très grandes, nageantes.

Morin de Rouen a analysé la racine de nénuphar blanc et y a trouvé une combinaison de tannin et d'acide gallique, une matière végéto-animale, de la résine, une matière grasse, de Tamidon, un sel ammoniacal, des acides malique et phosphorique combinés à la chaux, de Tacétate de potasse, du sucre incristallisable, de Tulmine, du ligneux, etc. Par l'incinéra-

tion de cette racine, on a obtenu des sels et une petite quantité d'oxyde de fer. (Journal de ph., t. VII, p. 450.)

La racine est amère et tonique. Elle a joui autrefois d un grand crédit comme anaphrodisiaque. Les fleurs sont indiquées comme rafraîchissantes et béchiques. On emploie encore la décoction du rhizome dans la dysenterie et le catarrhe des bronches. La racine est alimentaire et rafraîchissante .

Dom Robbe rangeait cette plante dans les rafraîchissantes et épaississantes.

NUPHAR LUTEUM. SIBTH.

(Diminutif de nénuphar.)

Syn. : Nuphar, Plateau^ Aillout d'eau.

(Nymphéacées.)

Plante vivace, commune dans nos étangs et nos petites rivières à courant peu rapide. Elle fleurit en juin.

Les feuilles sont nageantes ou submergées : les premières, sont ovales-orbiculaires, cordées; les secondes sont molles plissées. Les fleurs sont jaunes, grandes.

Cette espèce a été très peu usitée en médecine. On recommandait autrefois la décoction de racine de nuphar (30 gr. par litre d'eau) comme anaphrodisiaque. Dans certains pays, on emploie la racine comme aliment. Elle est très riche en fécule et en tannin.

PAPAYER SOMNIFERUM. L.

Syn. : Pavot somnifère , œillette.

(Papavéracées.)

Plante glauque, souvent glabre, annuelle, haute de 1 à 2 mètres, cultivée pour ses graines. Elle fleurit en juin. La tige est ramifiée supérieurement. Les feuilles sont

sinuées, dentées, les caulinaires amplexicaules ; les fleurs sont grandes, d'un blanc violacé, tachées de noir à Tonglet. La capsule est très grosse, globuleuse ou subglobuleuse.

Les graines fournissent Phuile d'œillette ou mieux oliette {oleolurriy petite huile), employée en lavements, à la dose de 60 grammes. Elle n'est pas narcotique.

Les capsules de pavot sont calmantes et narcotiques, comme Fopium, mais sont bien moins actives. A Textérieur, on conseille la décoction (1 à 3 têtes par litre d'eau). On les emploie souvent aussi en infusion contre les coliques et la diarrhée. Si la tête de pavot a été récoltée verte, on a un médicament très énergique qui peut causer Tempoisonnement. L'alcaloïde du pavot est la papavérine, qui se présente sous la forme de cristaux incolores, insolubles dans Peau. Elle est toxique, convulsivante, mais non soporifique.

L'opium est extrait des capsules d'une variété de P. somniferum. Voici comment on procède à cette opération en France : lorsque les capsules sont sur le point de jaunir, on y pratique des incisions longitudinales un peu obliques, on recueille immédiatement dans un verre avec le doigt le suc laiteux qui s'en écoule. On réunit le produit de la récolte dans de grands vases à fond plat, on l'expose au soleil pour donner de la consistance au suc qu'on divise en pains de 50 grammes. On les laisse sécher et quand ils sont assez fermes, on les enveloppe de papier huilé.

En Asie Mineure, on récolte l'opium d'une autre manière : on fait des incisions circulaires vers la base de la capsule, le suc durcit aux lèvres de la petite entaille sous forme de larmes, on le recueille alors et on le façonne en petites masses recouvertes de feuilles de pavot et de fruits de rumex.

L'opium renferme la morphine, la codéine, la narcéine, etc. A faible dose, il produit d'abord de l'excitation suivie de relâchement musculaire, puis du sommeil. A dose toxique, il y a abolition de la sensibilité, des convulsions, du coma, puis la mort. L'opium est un des meilleurs médicaments de la matière médicale. Il est indiqué dans un très grand nombre de cas. Quand on veut calmer l'élément douleur, on a presque toujours recours à l'opium. C'est le type des narcotiques.

On le conseille dans les bronchites, les pneumonies^ les hémorragies, les diarrhées, la dysenterie, etc..

Les préparations les plus usitées sont : le sirop d'opium, le sirop diacode, le laudanum ; on emploie très fréquemment aussi les alcaloïdes, notamment la morphine.

PAPAYER RHŒAS. L.

Syn : Coquelicot, Pavot des champs, Ponceau, En picard de Proyart : Mahon.

(Papavéracées.)

Plante hérissée, annuelle, de 30 à 60 centimètres, très commune dans les champs. Elle fleurit en juin.

La tige est dressée, rameuse. Les feuilles sont alternes, pinnalipartites, à lobes lancéolés. Les fleurs sont grandes, d'un rouge écarlate, tachées de noir à l'onglet. La capsule est subglobuleuse.

Les pétales de coquelicot renferment de l'albumine végétale, une matière colorante rouge, une matière astringente, la gomme, un alcaloïde, la rhœadine et des sels. Ils ont une odeur vireuse et sont adoucissants, béchiques et calmants. On les emploie en infusion (5 à 10 gr. par litre d'eau) contre la bronchite, les fièvres éruptives, la coqueluche, l'angine. On en prépare un sirop (30 à 60 gr. par jour) et une eau distillée.

L'infusion de capsules de coquelicot jouit de propriétés calmantes.

Papaver dubium L. possède les mêmes vertus que Papaver rhœas.

GHELIDONIUM MAJUS. L.

(Du grec chelidon, hirondelle.)

Syn. : Grande chélidoine, Eclaire, Herbe aux hirondelles, Herbe à cors.

(Papavéracées.) Plante vivace, de 30 à 80 centimètres, commune dans les décombres, le long des haies. Elle fleurit en avril.

La tige est dressée, légèrement hérissée. Les feuilles sont molles, glabres, glauques en dessous, à segments ovales, incisés. Les fleurs sont jaunes.

La tige et les feuilles contiennent un suc jaune très caustique qu'on emploie contre les cors et les verrues. C'est un violent poison narcotico-âcre. Il jouit de propriétés excitantes, diurétiques et vomitives. C'est un drastique trop violent qu'on a complètement délaissé. On recommandait autrefois le suc de chélidoine étendu d'eau, en lotions détersives contre les plaies de mauvaise nature, contre certaines conjonctivites chroniques et les taches de la cornée, d'où le nom d'eclaire. On l'a conseillé aussi dans l'ictère, le rhumatisme, la goutte et l'ascite.

Les feuilles renferment deux alcaloïdes : la chélédonine et lai chélérythrine, de l'acide chélédonique, et une matière colorante jaune, la chélidoxanthine. On recommande aujourd'hui à rintérieur l'extrait aqueux à la dose de 1 à 2 grammes par jour comme narcotique et calmant dans certaines affections de l'estomac.

La racine sèche était considérée comme apéritive. On administrait la macération de cette racine dans le vin blanc contre les obstructions intestinales.

Chélidoine vient du grec chélidon, qui signifie hirondelle : les anciens, très observateurs, avaient constaté que la durée de la floraison de cette plante coïncidait avec celle du séjour des hirondelles dans notre région. On prétend aussi que ces oiseaux se servent de la chéhdoine pour guérir leurs petits.

GLAUCroM FLAVUM. GRANTZ.

(Du grec glaucos, glauque.)

Syn. : Pavot jaune. Pavot cornu, Glaucière jaune,

(Papavéracées.)

Plante bisannuelle, glauque, de 30 à 70 centimètres, assez commune dans les endroits sablonneux et pierreux du littoral. Elle fleurit en juin.

La tige est dressée, rameuse ; les feuilles sont épaisses et velues ; les fleurs sont jaunes, grandes, terminales. La capsule est très longue, arquée, tuberculeuse.

Le suc du pavot cornu a les mômes propriétés que celui de réclaire.

On falsifie souvent Popium avec la graine.

GORTDALIS SOLIDA. SM.

(Du grec corydallos, alouette : allusion à l'éperon de la corolle qui ressemble au doigt postérieur de T alouette.)

Syn. : Corydalle bulbeux, Fumeterre solide.

(FUMARIACÉES.)

. Plante vivace, à souche bulbeuse, de 10 à 30 centimètres, croissant surtout dans les lieux ombragés. Elle fleurit en avril.

La tige est herbacée, dressée, munie d'une écaille au-dessous des feuilles ; celles-ci sont glabres, pétiolées, à divisions cunéiformes, incisées. Les fleurs sont purpurines, en grappe simple.

La tige et les feuilles sont quelquefois employées comme vermifuges.

FUMARIA OFFIGINALIS. L.

(Du latin fumus, fumée : ces plantes ont Famertume de la

fumée.)

Syn. : Fumeterre officinale^ Herbe à la jaunisse, Fine-terre^

Pisse-sang .

(FUMARIACÉES.)

Plante annuelle, de 20 à 60 centimètres, affectionnant surtout les endroits cultivés. Elle fleurit en mai. Les feuilles sont alternes, pétiolées, bi-tripinnatiséquées,.

glabres, molles, d'un vert glauque. Les fleurs sont ordinairement nombreuses, souvent purpurines, en longues grappes assez lâches.

Toute la plante est employée en médecine. Elle a une saveur amère un peu salée. On en extrait la fumarine et Tacide fumarique.

Ses principes se dissolvent dans Peau, le vin etTalcool.

La fumeterre jouit de propriétés apéritives, dépuratives, diurétiques et toniques. Elle est aussi emménagogue. Elle favorise la congestion utérine en excitant les fibres musculaires de l'organe. Elle a été conseillée dans les affections des intestins et de l'estomac ; mais c'est surtout contre la jaunisse qu'elle était autrefois vantée. On donnait le suc de la plante mélan gé avec celui du pissenlit et de la chicorée sauvage.

Elle jouissait, il y a un demi-siècle, d'un grand crédit dans les maladies de la peau. Certains pensent que ces affections sont dues à des âcretés du sang et administrent la fumeterre comme dépurative, pour chasser de l'économie ces principes nuisibles. On a remarqué qu'elle réussissait surtout chez les personnes faibles. Elle stimule les fonctions des organes et augmentent les sécrétions.

Son usage est aussi indiqué dans le scorbut, la scrofule, dans certaines fièvres et même contre- les vers intestinaux. Sauf pour le dernier cas, on doit suivre le traitement pendant plusieurs mois. On fait prendre le suc matin et soir, puis comme boisson, de la tisane de fumeterre. On se sert aussi avec succès de la poudre ajoutée au petit lait.

La tisane se prépare par infusion (20 grammes de plante fraîche ou 40 grammes de plante sèche pour 1 litre d'eau). On administre le sirop à la dose de 60 grammes contre l'impétigo des enfants ; on fait J aussi un extrait aqueux (0 gr. 50 à 2 gr.).

On emploie indistinctement les autres espèces : F. parvîflora, Vaillantli, capreolata^ Borœiy densiflora.

Caussin

GHEIRAIfTHUS GHEIRI. L.

(Du grec cheir, main, anthosy fleur.)

Syn. : Giroflée de murstille^ Violier jaunCy Murailler, Muretier^ Ravenelle ; en picard : Gino fraie.

(Crucifères.)

Plante vivace, de 20 à 40 centimètres, assez commune sur les vieux murs. Elle fleurit en mars.

La tige est subligneuse, anguleuse ; les feuilles sont entières, lancéolées, pubescentes, persistant souvent pendant Phiver ; les fleurs sont jaunes, très odorantes ; les siliques sont dressées.

Autrefois on employait la giroflée dans les maladies du foie.

BARBAREA VULGARIS R. Br.

(Du latin Barbara^ nom de Sainte-Barbe.)

Syn. : Barbarée, Herbe au charpentier. Herbe de Sainte- Barbe, Bondotle,

(Crucifères.)

P ante glabre, de 30 à 60 centimètres, assez commune dan» les endroits humides. Elle fleurit en mai.

La tige est dressée, anguleuse ; les feuilles inférieures sont pinnati partîtes lyrées, les supérieures obovales, crénelées. Les fleurs sont jaunes, en grappes souvent allongées. Les siliques sont courtes, à bec allongé.

La barbarée est employée en médecine comme antiscoAutique, apéritive, amère, stimulante et dépurative. Elle est indiquée contre Tinappétence, la dyspepsie, les affections du rein, la gravelle, la goutte. Les feuilles mâchées raffermissent les gencives enflammées.

On fait un vin de barbarée (5 à 10 gr. de semences pour 1 litre de vin). On mange les feuilles en salade ou préparées comme les épinards.

GARDAMINE PRATEIfSIS. L.

(Du grec cardamouy cresson.)

Syn. : Cardamine des prés, Cresson des prés, Cressonnelte.

(Crucifères.)

Plante vivace, de 20 à 50 centimètres, commune dans les endroits humides. Elle fleurit en avril.

La tige est dressée, simple, glabre ; les feuilles sont pinnatiséquées ; les radicales à segments ovales, suborbiculaires, les supérieures à segments linéaires ; les fleurs sont d'un rose lilas, rarement blanches.

La cardamine est stimulante et dépurative. On mange quelquefois les jeunes pousses en salade comme le cresson.

N ASTUBTIUM OFFIGINALIL R. BR.

(Du latin nasuSy nez, iortus, tordu : allusion à la saveur piquante du cresson qui fait froncer le nez,)

Syn. : Cresson de fontaine, Cresson d'eaa.

(Crucifères.)

Plante vivace, glabre, de 5 à 25 centimètres, assez commune dans les ruisseaux, auprès des sources. Elle fleurit «n juin.

La tige est flstuleuse, rameuse, glabre, couchée radicante ou dressée; les feuilles sont pinnatiséquées, à lobes ovales ou oblongs, le terminal plus grand; les fleurs sont blanches, en grappe ; les sépales sont verts ; les siliques sont linéaires, arquées, étalées.

Le cresson renferme du fer, du soufre, des phosphates, de l'oxalate de potasse. Depuis longtemps, on connaît ses propriétés dépuratives, antiscorbutiqusâ, apéritives, expectorantes, diurétiques et stimulantes. On Ta conseillé longtemps dans la tuberculose. On le recommande encore aujourd'hui

3fr LES PLANTES MÉDICINALES DE LA PICARDIE

contre Finappétence, la dyspepsie, le scorbut, la scrofule, les affections cutanées. Cazin ordonnait le jus de cresson mêlé avec autant de lait, à la dose de 120 grammes, aux sujets faibles et lymphatiques.

Dans le scorbut on donne le jus et on fait mâcher les feuilles. Récamier le conseillait dans Tascite comme diurétique. On mélange souvent les jus de cresson, de fumeterre, de chicorée sauvage et de ményanthe. On met du cresson dans les bouillons de veau, de poulet, de grenouille et d'oseille. On mange ordinairement aussi tige et feuilles en salade. La culture du cresson dans les endroits demi-inondés, dans les jardins, est assez facile. Il suffît d'arroser fréquemment. On choisit, dans un coin du potager, dit F. de la Roche, à une exposition ombragée, une plate-bande, dans laquelle on creuse des rigoles parallèles peu profondes, larges de m. 12 et espacées de 20 à 25 centimètres. Au fond de celles-ci, on dépose des racines de cresson qu'on recouvre d'une mince couche de terreau. On mouille ensuite fortement et on tasse. Le cresson des eauK courantes est préférable.

Les premières cressonnières de France ont été établies en 1809, à la suite de l'entrevue d'Erftirt. Après avoir vu celles de FAllemagne, Napoléon !«'' en fit creuser à Saint-Léonard (Oise), sous la direction de Cardon, officier d'Administration. Ces tranchées sont parallèles et disposées en pente pour que l'eau puisse s'écouler de l'une dans l'autre. , Cette culture a pris aujourd'hui, en France, une extension considérable.

SISTMBRIUM OFFICINALE. SGOP.

(Du grec sîsymbrîon, espèce de cresson.)

Syn. : Vélar officinal^ Tortelle, Herbe aux chantres,

(Crucifères.)

Plante velue, annuelle, de 30 à 80 centimètres, très commune dans les décombres. Elle fleurit en juin. La tige est raide, effilée, dressée, cylindrique, rameuse

supérieurement ; les rameaux sont divariqués ; les feuilles sont alternes, pétiolées, les inférieures roncinées-pinnatifides ; les fleurs sont petites, jaunes ; les siliques sont pubescentes, subulées, appliquées contre la tige.

On emploie les sommités de vélar contre les enrouements et les catarrhes bronchiques. Elles jouissent de propriétés pectorales, expectorantes et antiscorbutiques. Elles sont indiquées contre la scrofule et le scorbut. On les administre en infusion (10 gr. pour 1 litre d'eau) ou en sirop (30 à 60 gr. par jour).

La racine possède les vertus apéritives, diurétiques, anliscorbutiques et rubéfiantes de celle du raifort.

Le vélar était déjà préconisé du temps de Boileau contre les affections du larynx. Dans une lettre à Racine, ce poète parle d'un chantre de Notre-Dame auquel des infusions de vélar auraient rendu la voix qu'il avait perdue depuis six mois. Il y a certainement là de l'exagération ; néanmoins le nom à! Herbe aux chantres a persisté et on le vante encore aujourd'hui dans l'aphonie et les enrouements.

SISTMBRIUM ALLIARIA. SGOP.

Syn. : Alliaire, Herbe à Vail^ Julienne alliaire. (Crucifères.)

Plante d'un vert pâle, vivace ou annuelle, de 30 à 80 centimètres, assez commune dans certaines régions, le long des haies. Elle fleurit en avril.

La tige est dressée, un peu rameuse supérieurement, velue à la base ; les feuilles intérieures sont réniformes, crénelées, les supérieures ovales-cordiformes ; les fleurs sont blanches, grandes ; les siliques sont raides, étalées, ascendantes.

Les graines, oblongues, noires, slriées, remplacent quelquefois celles de la moutarde, mais elles sont bien moins actives.

Par le froissement, les feuilles dégagent une forte odeur d'ail.

L'alliaire communique aussi cette môme odeur au lait des Tache» qui la broutent.

SISYMBRroM SOPHIA. L.

Syn. : Thalictron, Sagesse des chirurgiens.

(Crucifères.)

Plante pubescente annuelle, de 30 à 90 centimètres, croissant le long des chemins, dans les décombres. Elle fleurit

en mai.

La tige est dressée, rameuse supérieurement ; les feuilles sont bdtripinnatiséquées ; les fleurs sont petites, jaunes ;. les silicpes sont glabres, grêles, étalées.

Autrefois employée comme vulnéraire, le thalictron est ^lujpurd'hui délaissé.,

ERYSIMUM GHEIRANTHOIDES. L.

(Du grec erao, je sauve, oïmé, le chant.)

Syn. : Vélar fausse-giroflée.

(Crucifères.)

Plante velue, annuelle, de 30 à 60 centimètres, assez commune dans les décombres, sur les voies ferrées, dans les fossés. Elle fleurit en juin.

La tige est dressée ; les feuilles sont entières, oblongueslancéolées ; les fleurs sont jaunes, petites, en grappes allongées ; les siliques sont étalées, ascendantes.

Oir employait autrefois les sommités de la fausse giroflée en infusion contre les laryngites. Cette espèce était aussi très vantée contre les bronchites. Racine en conseilla «n jour à son ami Boileau qui se plaignait d'une toux tenace.

HESPERIS MATRONAUS. L.

(Du grec esperos, soir.)

Syn. : Julienne des darnes^ Hespéride des jardins ; en picard:

Lébeurré.

(Crucifères.)

Plante bisannuelle ou vivace, de 30 à 70 centimètres, croissant souvent près des habitations. Elle fleurit en mai.

La tige est dressée, rameuse ; les feuilles sont ob longues, dentées, rudes ; les fleurs lilacées, blanches, odorantes ; les sépales égalent le pédicelle ou sont plus courts; la grappe fructifère est longue ; les siliques sont ascendantes, grêles, glabres ou pubescentes.

Les sommités de la julienne sont diurétiques et antiscorbutiques. On les a conseillées dans le rhumatisme, la goutte, la gravelle, les maladies du foie et de la peau. On a employé le suc de la plante dans les bronchites catarrhales et le scorbut.

Les anciens attribuaient à F hespéride des propriétés résolutives et appliquaient les feuilles sur les engorgements ganglionnaires.

DIPLOTAXIS iniRALIS. Da

(Du grec diplos, double, taxisy rang : disposition des graines dans la loge.)

Syn. : Diplotaxe des murailles y Roquette,

(Crucifères.)

Plante pubescente, bisannuelle ou vivace, de 10 à 40 centimètres, croissant sur les murs, dans les champs. Elle fleurit ^n juin.

La tige est herbacée, ascendante, fouillée à la base ; les feuilles sont sinuées, pinnalifides, à lobes ovales ; les fleurs sont jaunes ; les siliques sont linéaires, comprimées.

Le diplotaxe est antiscorbutique. On en fait un sirop ayant à peu près les propriétés du vrai sirop antiscorbutique qui est préparé avec le cochléaria, le cresson, le ményanthe et le raifort.

BRASSIGA OLERAGEA. L.

(Du grec prasiké, légume.) Syn. : Chou sauvage.

(Crucifères.)

Plante glauque, ordinairement bisannuelle, de 40 à 80 centimètres, affectionnant la région maritime. On la rencontre, en Picardie, dans les fissures des falaises de Mers. Elle fleurit en mai. C'est le type de nos choux cultivés.

La tige est rameuse ; les 'feuilles sont épaisses, charnues ; les inférieures lyrées, sinuées, ondulées, les supérieures obovales, sessiles, les fleurs sont jaunes, en grappes lâches ; les siliques sont étalées, ascendantes.

Le chou sauvage a des propriétés antiscorbutiques et pectorales. Il jouissait d'une grande renommée chez les Romains. Il est encore indiqué en décoction dans certaines bronchites et dans les engorgements ganglionnaires.

Les variétés du chou sauvage sont nombreuses : chou de Bruxelles, chou frisé, chou pommé, chou-fleur, chou-rave^ chou rouge. Elles jouissent toutes des mômes vertus.

Les autres espèces : B. napus, B. râpa et leurs variétés oleifera (colza), esculenla (navet), napobrassica (rutabaga), a. oleifera (navette d'été), B. esculenla (rave), étaient employées autrefois dans les bronchites et les entérites.

Le bouillon, le sirop de chou rouge et de navet avaient une grande vogue.

Les semences de navet sont diurétiques et sudorifîques. On les administre en poudre à la dose de 4 à 8 grammes dans une infusion de tilleul.

Les feuilles de colza sont stimulantes, apérilives, diurétiques et antiscorbutiques.

On les donne en infusion (25 à 50 gr. par litre d'eau) dans les maladies de peau, la scrofule, Tanémie.

L'huile de colza est laxative et vermifuge. On la conseille à la dose de 60 à 100 grammes le matin à jeun. Contre les vers intestinaux, on emploie surtout l'huile en lavements.

BRASSIGA NIGRA. KOGH.

Syn. : Moutarde noire ^ Sénevé, (Crucifères.)

Plante hérissée, annuelle, de 60 centimètres à 1 mètre^ assez commune dans les environs d'Abbeville. Elle fleurit en juin.

La tige est dressée, rameuse ; les feuilles sont pétiolées, les inférieures lyrées-pinnatifides, les supérieures sont lancéolées ; les fleurs sont jaunes ; les siliques dressées.

Le principe actif de la moutarde noire est la myrosine qui ressemble beaucoup à l'albumine.

La graine renferme en outre une huile fixe et un glucoside (myronate de potasse ou sinigrine).

La préparation qu'on emploie ordinairement est la poudre ou farine de moutarde. On a donné autrefois la poudre de^ moutarde à l'intérieur pour exciter les fibres musculaires de l'estomac.

Murray prétendait que la moutarde dispose à la gaîté. Bergius faisait*administrer quatre ou cinq cuillerées à soupe de graines de moutarde, par jour, dans la constipation. Il faut éviter de boire après Pingestion du remède. Il traitait la fièvre intermittente de la même manière. Dans les formes rebelles, il faisait prendre un mélange de poudre de quinquina et de poudre de moutarde. Cailisen vantait aussi ce mélange dans les fièvres putrides, néanmoins il avouait que ce médicament provoquait le vomissement. La graine de moutarde a été vantée aussi comme diurétique dans certains cas d'ascite. Elle déterminait des selles et des émissions d'urine abondantes qui amélioraient considérablement l'état du malade.

42 LES PLANTÉS MÉDICrNALES DE LA PICARDIE

Le vin de semences de moutarde était autrefois considéré comme un excellent antiscorbutique. On faisait macérer dans 1 litre de vin blanc, pendant quarante-huit heures, 30 grammes de semences concassées.

C'est surtout pour Tusage externe que la farine de moutarde est indiquée. La meilleure manière de l'employer est la suivante : prendre une serviette, si on veut agir, par exemple, sur la base de la poitrine, la tremper dans Peau froide, l'exprimer, étendre ensuite le linge, puis saupoudrer de farine de moutarde, appliquer sur la peau et recouvrir d'une couche d'ouate. Une vingtaine de minutes suffisent souvent pour obtenir une révulsion efficace, après avoir ôté ce sinapisme improvisé, laver la peau avec un peu d'eau tiède pour enlever les parcelles de farine.

La poudre de moutarde est certainement le meilleur des révulsifs. Infiniment supérieure au vésicatoire comme action, elle n'en a pas les inconvénients.

Elle est recommandée comme dérivative, dans les méningites et les affections cérébrales, les convulsions, sous forme de bains sinapisés (100 grammes de farine de moutarde pour 250 grammes d'eau froide ; verser dans l'eau tiède du bain), dans la diarrhée infantile et les diarrhées graves ; comme révulsive, dans la pleurésie, la bronchite, la laryngite, la pneumonie, la néphrite, l'entérite, le lumbago, le rhumatisme, la goutte, etc., etc.

La moutarde, ce condiment si connu en cuisine, est préparée avec la farine de moutarde noire.

Cette espèce est cultivée en Picardie, en Flandre et en Alsace.

La graine de Picardie est la moins estimée.

Les autres moutardes : Sinapis arvensis, L. (vulg. Sénevé, Moutarde sauvage, Moutarde des champs, Sanve), en picard de Proyart: Ganet, et Sinapis alba, L. (vulg. Sénevé, Moutarde blanche), ont à peu près les mêmes propriétés que Brassica nigra^ mais sont bien moins énergiques.

Le principe actif de la moutarde blanche est la sinapisine (Bouchardat). La graine renferme une huile fixe, un mucilage, un ferment (myrosine) et un glucoside (sinalhiné).

Elle constitue encore un remède populaire contre la constipation et certaines affections intestinales.

RAPHANUS SATIVUS. L.

(Du grec ra, promptement, phaïnomai, j'apparais.)

Syn. : Raifort ordinaire^ Radis cultivé.

(Crucifères.)

Plante hispide, annuelle ou bisannuelle, de 40 à 8(1 centimètres, cultivée dans les jardins. Elle fleurit en juin.

La tige est dressée, rameuse ; les feuilles sont rudes, pinnatiSdes, à lobes arrondis; les fleurs sont violettes ou blanches, veinées de violet ; les siliques sont continues, renflées, spongieuses.

La racine de raifort ordinaire est renflée ; elle a été employée autrefois sous forme de décoction, de vin, de bière, de sirop, contre les affections de poitrine, dans les catarrhes bronchiques, dans les angines î Elle est excitante, antiscorbutique et expectorante.

La variété m'^rer (Radis noir, en picard de Proyart : Rameula), les sous-variétés rotundus (Radis), oblongus (Petite rave), l'espèce Raphanus raphanistrum, L. (Ravenelle, Raveluche, Jotte) ont à peu près les mêmes propriétés.

La décoction de radis noir est encore recommandée comme antiscorbutique.

ALTSSUM CALTGINUM. L.

(Du grec a, privatif, lyssa^ rage: on croyait autrefois que ces plantes préservaient de la rage.)

Syn.: Alysson des champs, Corbeille dorée sauvage.

(Crucifères.)

Plante blanchâtre, velue, annuelle, haute de 10 à 20 cenimètres, commune dans les endroits calcaires. Elle fleurit en maii

Les tiges soat nombreuses, ascendantes, subligneuses. Les feuilles sont ob longues, entières. Les fleurs sont d'abord jaunes, puis deviennent blanchâtres. Les silicules sont suborbiculaires, un peu échancrées.

La graine a été jadis employée contre la rage.

GOGHLEARIA ARMORACIA L.

(Du lalin cochleare^ cuiller.)

Syn. : Raifort sauvage^ Grand raifort. Cran de Bretagne^ Cranson rustique, Moutarde des capucins. Moutarde des Allemands.

(Crucifères.)

Plante robuste, vivace, de 80 centimètres à 1 m. 20, subspontanée près des habitations. Elle fleurit en juin.

La tige est dressée ; les feuilles radicales sont pétiolées, ovales, crénelées, les caulinaires inférieures, pinnatifides, les supérieures, lancéolées-linéaires ; les fleurs sont blanches ; les silicules, subglobuleuses.

La racine est cylindrique, épaisse, charnue, blanche. Elle a une saveur piquante. Elle renferme de la myrosine et du myronate de potasse qui donnent avec Teau une essence analogue à celle de la moutarde noire.

Dans le Nord, on fait dessécher la racine, on la pulvérise et on en confectionne une moutarde, en ajoutant un peu de vinaigre.

On emploie, en médecine, l'infusion de racines fraîches de raifort sauvage (20 gr. pour 1 litre d'eau) comme antiscorbutique. On prépare un vin et un sirop de raifort. Cette plante jouit de propriétés stimulantes, expectorantes et antiscorbutiques. C'est aussi un excellent stomachique. Elle stimule les fonctions de l'estomac et de l'intestin. Elle est indiquée par certains auteurs comme diurétique. Autrefois on employait la poudre de racine à l'extérieur comme révulsive. Elle remplaçait la farine de moutarde. Cette espèce est recommandée dans le lymphatisme, dans les engorgements ganglionnaires^

dans les catarrhes bronchiques, dans rœdème du poumon, dans le rhumatisme. Bergius conseillait, dans ce dernier cas, l'usage du raifort pendant un mois.

Dans certains pays, on fait un usage habituel de la racine de raifort aux repas ; on la môle aux aliments ; d'où le nom de moutarde des capucins, des Allemands.

GAMELINA SATIVA. GRANTZ

(Du grec camaï\ à terre, linon, lin : cette plante croit . souvent dans les champs de lin.)

Syn. : Cameline cultivée,

(Crucifères.)

Plante poilue, annuelle, 40 à 80 centimètres, subspontanée. Elle fleurit en juin.

La tige est dressée, un peu rameuse ; les feuilles sont oblongues, entières ou denticulées ; les supérieures, sagittées à la base. Les fleurs sont jaunâtres, en grappes terminales. Les silicules sont ovoïdes.

On s'est servi autrefois, en médecine, de l'huile de cameline comme émolliente.

Dans la Somme, on cultive généralement la variété y Zaj&ra^a.

Les Picards la nomment camamille et font des balais avec les tiges.

THLASPI ARVENSE. L.

(Du grec thlaein, comprimer.)

Syn. : Tabouret des champs ^ Monnoy ère, Herbe aux écus.

(Crucifères.)

Plante glabre, annuelle, de 20 à 40 centimètres, assez rare en Picardie. Elle fleurit en mai.

La lige est dressée, simple ou rameuse supérieurement, les feuilles sont oblongues, entières ou dentées, les radica-

les pétiolées^ les caulinaires sagittées, amplexicaules. Les fleurs sont blanches. Les silicules sont très grandes, suborbiculaires, à bords membraneux.

Lorsqu'on froisse les feuilles de cette plante, elles dégagent une certaine odeur d'ail.

On préconisait autrefois cette espèce dans le scorbut, le rhumatisme, les engorgements ganglionnaires.

GAPSELLA BURSA PASTORIS. MŒNGH.

(Diminutif de capsula, petite boîte.)

Syn. : Bourse à pasteur. Tabouret, Boursette, Bourse à berger, Malet te,

(Crucifères.)

Plante ordinairement pubescente à la base, de 10 à 50 centimètres, très commune aux bords des chemins. Elle fleurit en mars.

La tige est dressée, simple ou rameuse supérieurement^ Les feuilles radicales sont en rosette, entières, dentées ou pinnatifides ; celles de la tige, plus petites, amplexicaules, sagittées. Les fleurs sont blanches, en grappes terminales. Les silicules ont une petite échancrure.

La bourse à pasteur est inodore ; sa saveur est légèrement salée. Elle est astringente. On employait le suc de cette plante, à la dose de 100 grammes, dans certaines hémorragies. L'infusion de sommités (50 gr. pour 1 litre d'eau) est encore préconisée aujourd'hui pour les femmes qui ont des règles peu abondantes. Il faut prendre deux verres de cette tisane dans les vingt-quatre heures quelques jours avant Tépoque présumée des règles et en continuer l'usage quelque temps après l'apparition des menstrues.

Elle est indiquée aussi dans l'hématurie (pissement de sang), dans le scorbut, la diarrhée. Dom Robbe l'indiquait comme fébrifuge.

LEPIDIUM GAMPESTRE. R. BR.

(Du grec lepis^ écaille ; allusion aux écailles qui couvrent la

silicule.)

Syn. : Passerage des champs^ Bourse de Judas.

(Crucifères.)

Plante velue, grisâtre, annuelle, de 30 à 50 centimètres, assez commune dans les champs, dans les lieux incultes. Elle fleurit en mai .

La tige est dressée, souvent rameuse supérieurement. Les feuilles radicales sont en rosette, oblongues, dentées. Les fleurs sont petites, blanches, en grappe serrée. Les silicules sont ovales, oblongues, échancrées, à lobes arrondis.

La passerage a des propriétés antiscorbutiques. Elle est employée en infusion comme stimulante, apéritive. Elle a dû être administrée contre la rage, d'où son nom.

Les feuilles sont quelquefois indiquées comme rubéfiantes. Leur infusion est stimulante, diaphorétique, diurétique et antiscorbutique.

Les autres espèces : Lepidium sativum, L. (cresson des jardinSj cresson alénois, passerage cresson, nasilorl), Lepidium latifolium, L. (petite passerage^ chasserage, nasitort sauvage), Lepidium ruderale, L. (passerage des rues), ont toutes des propriétés antiscorbutiques. Le cresson alénois sert souvent d'assaisonnement aux salades de laitue.

ISATIS TINGTORIA L.

(Du grec isazo, je rends uni : le pastel servait autrefois de cosmétique.)

Syn. : Pastel, Guède, Herbe de saint Philippe, Vouède.

(Crucifères.)

Plante bisannuelle, de 50 à 80 centimètres, assez commune dans les carrières, les décombres. Elle fleurit en mai.

La tige est dressée, rameuse supérieurement. Les feuilles sont oblongues, les radicales sont pubescentes, celles de la tige sont sagittées. Les fleurs sont jaunes, petites, en grappes lâches.

Le pastel a des propriétés antiscorbutiques, mais il est aujourd'hui à peu près délaissé.

On le cultivait autrefois en Picardie pour la couleur bleue qu'on extrayait de ses feuilles.

GRAMBE MARITIMA. L.

(Nom grec du chou.)

Syn. : Chou marin.

(Crucifères.)

Plante robuste, glauque, à racine épaisse, de 30 à 60 centimètres. C'est une espèce très rare qu'on ne rencontre que sur le littoral. Elle fleurit en mai.

Les tiges sont en touffe, les feuilles sont charnues, ondulées, ovales, arrondies, un peu sinuées ; les fleurs sont blanches, petites, en panicule corymbiforme ; les silicules sont grosses, subglobuleuses, dures, monospermes.

Le chou marin est un excellent antiscorbutique. On emploie les feuilles en décoction. Au Hourdel et à Cayeuxsur-Mer, on le cultive dans quelques jardins.

HELIANTHEMUM VULGARE. GAERTN.

(HelioSy soleil, anthosy fleur.) Syn. : Hélianthème, Herbe c/'or. Fleur du soleil.

(CiSTINÉES.)

Plante ligneuse, pubescente, de 10 à 40 centimètres, commune sur les coteaux arides, bien exposés au soleil. Elle fleurit en juin.

La lige présente des rameaux étalés, ascendants ; les feuilles sont opposées, ovales, à bords roulés, blanchâtres en dessous ; les fleurs sont grandes, jaunes, en grappes lâches terminales. Elles ne durent qu'un jour.

L'hélianthème est encore employé aujourd'hui comme vulnéraire.

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