‹ Les plantes médicinales de la PicardieChapitre 17 sur 28 · DATURA STRAMONIUM. L · texte numérisé non relu

DATURA STRAMONIUM. L

(De taty piquer, dont les Persans ont fait tatula et les Arabes datura.)

Syn. : Stramoine pomme épineuse y Herbe aux sorciers, Chasse-taupe.

(SOLANÉES

Plante annuelle de 40 centimètres à 1 mètre, croissant surtout dans les décombres. Elle fleurit en juillet.

La tige est herbacée, glabrescente, cylindrique, rameuse. Les feuilles sont pétiolées, grandes, ovales, aiguës, anguleuses, sinuées, à dents acuminées. Les fleurs sont blanches ; le calice est tubuleux, d'un vert pâle, un peu renflé inférieurement, à cinq côtes saillantes; la corolle est infundibuliforme. L'ovaire est surmonté d'un style cylindrique. Le fruit

est une capsule ; il est hérissé d'aiguillons robustes et présente quatre loges. Les graines sont brunâtres, réniformes; les plus mûres paraissent plus foncées.

Toutes les parties de la plante sont vénéneuses. On emploie particulièrement les feuilles et les semences. Prommitz a analysé les feuilles fraîches. Elles contiennent un extractif gommeux, un autre extractif, de la fécule, de Talbumine, de la résine, des sels et du ligneux. Brandes a découvert dans les feuilles et les semences, l'alcaloïde, la daturiney qui se présente sous la forme de petites aiguilles brillantes et réunies en aigrettes. Elle est incolore, inaltérable à Tair et plus dense que l'eau. Elle est acre et amère. Le datura renferme aussi deTatropine. La dalurine et Tatropine ont à peu près les mêmes propriétés. La daturine dilate la pupille plus rapidement que l'atropine, mais la dilatation dure moins longtemps. Elle n'est jamais suivie de contraction pupillaire. On ne peut dépasser la dose de 4 milligrammes en instillalions sur l'œil sans y déterminer de la conjonctivite avec douleur. Les congestions générales sont plus marquées, sans éruption scarlatiniforme. La céphalalgie est plus vive, le pouls plus rapide. Elle excite le système génito-urinaire (Charpentier) .

Les feuilles du datura ont une odeur vireuse et nauséabonde, leur saveur est acre et amère. L'odeur disparaît en partie par la dessiccation.

La pomme épineuse est la plus redoutable de nos solanées vireuses. Storck l'a employée le premier contre la folie et Tépilepsie. On donne les feuilles et la tige en poudre avec du sucre pulvérisé. L'extrait et la teinture sont aussi usités. L'action du datura ressemble à celle de la belladone. Ces deux plantes sont calmantes, antispasmodiques et produisent les mômes symptômes cérébraux. On conseille l'usage de l'extrait de datura dans les convulsions et dans la paralysie.

On peut employer la pomme épineuse dans tous les cas où la belladone est indiquée : dans la coqueluche, les névralgies, le rhumatisme, Tépilepsie, l'asthme. Dans ce dernier cas, on fait fumer les feuilles soit seules, soit mélangées au

tabac. Moreau Ta préconisée contre les hallucinations. Il a publié à ce sujet dix observations concluantes.

Les feuilles du datura sont sédatives. On les emploie surtout en cataplasmes dans le lumbago et la sciatique et en fumigations dans l'asthme.

On les administre aussi en cigares, en poudre (0,05 à 0,20) en suc, en infusion, en extrait, en huile. Les graines de datura fournissent 11 0/0 d'extrait (Soubeiran). On en prépare un vin, un extrait et une teinture. Cette dernière préparation est indiquée en frictions contre les névralgies faciales.

Quelques éleveurs donnent les graines de datura aux chevaux et aux porcs pour exciter leur appétit et les faire dormir plus longtemps. C'est une mauvaise pratique qui compromet souvent la santé des bêtes.

Certains jardiniers cultivent. cette plante dans leurs parterres et leurs potagers. Il paraît que son odeur éloigne les taupes.

HYOSGYAMUS NIGER. L.

(Du grec hys, porc, cyamos^ fève : fève de porc.)

Syn. : Jusquiame noire ^ Herbe aux engelures^ Mort aux poules, Porcelet, Hannebane, Careillade,

(SOLANÉES

Plante annuelle ou bisannuelle, de 30 à 80 centimètres, croissant dans les décombres, aux bords des chemins. Elle fleurit en juin.

La tige est dressée, robuste, cylindrique, velue, visqueuse,d'un vert grisâtre, rameuse supérieurement. Les feuilles sont molles, douces au toucher, les radicales pétiolées, en rosette,, les caulinaires,sessiles,amplexicaules, grandes, ovales, aiguës,. sinuées,pubescentes, visqueuses; elles sont quelquefois presque pinnatifides. Les fleurs sont unilatérales, d'un jaune sale, veinées de lignes violacées, avec des taches d'un violet foncé dans le fond* de la gorge. La capsule est renflée à la base, elle est enveloppée par le calice qui la dépasse ; elle s'ouvre transversalement par un opercule supérieur (pyxide). Les

graines sont nombreuses, presque réniformes, comprimées, grisâtres. La racine est peu épaisse, blanchâtre.

Schroff a étudié les effets physiologiques de la jusquiame sur plusieurs personnes bien portantes et a fait les observations suivantes :

Système nerveux, — Peu après Pingestion de la poudre ou de l'extrait, il y a de la céphalalgie avec une sensation spéciale de compression dans les régions temporales, il y a, en outre, des douleurs orbitaires, de la sensibilité de la rétine à la lumière, des éblouissements, des vertiges, du sommeil troublé par des rêvasseries, la conjonctive est rouge, il y a un larmoiement continuel, la dilatation pupillaire n'est pas constante. A plus haute dose, la céphalalgie est plus vive, les vertiges plus fréquents, il y a une sensation de chaleur à Tinlérieur du crâne, de Fagitation, de l'anxiété, du coma vigil ; les troubles de la vue sont plus marqués. On a cru remarquer que la jusquiame excitait la colère. Barbier rapporte le fait suivant :« Deux époux vivant partout en bonne intelligence, se querellaient toujours lorsqu'ils se trouvaientensemble dans UQ appartement : ou reconnut que Tair y recevait les vapeurs d'un paquet de graines de jusquiame que le tuyau d'un poêle échauffait fortement. »

Système musculaire. — Il y a des convulsions, des contractures ; lorsqu'il y a congestion cérébrale, on observe de la résolution musculaire.

Système digestif. — On remarque de la sécheresse de la bouche et de la gorge ; la déglutition est difficile ; Tappétit est excité ; il y a des coliques violentes.

Système circulatoire. — Le pouls est lent, irrégulier, variable, la face est congestionnée.

Système respiratoire. — Il y a de la dyspnée.

Les urines et les sueurs sont plus abondantes après l'usage -de la jusquiame. Greding a remarqué des éruptions diverses.

< Le D*" Ratier prit le 12 septembre 1821, à jeun, dix grains d'extrait alcoolique de jusquiame que Planche avait préparé pour les essais du professeur Fouquier ; une heure après, -céphalalgie, légère d'abord, qui va en augmentant ; empâtement de la bouche avec une perversion singulière du goût ;

impossibilité de reconnaître la saveur des corps, langue blanche, beaucoup de sécheresse et de la chaleur à la gorge, peau chaude et halitueuse, pouls un peu accéléré, légère tendance au sommeil ; au réveil, pupilles dilatées, affaiblissement notable de la vue ; démarche chancelante, engourdissement des extrémités inférieures, facultés intellectuelles libres. Au bout de quatre heures, ces phénomènes avaient cessé, seulement la sécheresse de la bouche et la saveur désagréable persistaient jusqu'au lendemain. Le D' Ratier renouvela cette expérience dix jours après, et il obtint les mêmes résultats. » {Arch, gén, de médecine. Mars 1823.)

La jusquiame a une odeur vireuse fort désagréable ; elle a une saveur douce. Elle jouit de propriétés sédatives. On récolte les feuilles au moment de la floraison, les graines, lorsque les fruits spnt bien mûrs. Quand la plante est bisannuelle, il faut recueillir les feuilles la seconde année. L'alcaloïde de la jusquiame est Yhyoscyamine que Brandes appela d'abord hyoscyamin (1822). La plante renferme, en outre, de V hyoscine ^wïiQ petite quantité d'atropine, de la résine, de mucilage, de l'extractif et de l'acide malique. Doebereiner en a retiré du phosphate de magnésie.

L'hyoscyamine cristallise en aiguilles soyeuses, elle est soluble dans l'eau C'est un excellent calmant delà toux. Comme hypnotique, elle est inférieure à la morphine. Schroff la prescrit mêlée au sucre pulvérisé. Elle dilate plus fortement la pupille que l'atropine. L'hyoscyamine a la rapidité d'action de la daturine, est un peu moins énergique que l'atropine avec prédominance dans la durée. Elle ne détermine ni la congestion de la daturine, ni la contraction pupillaire qui suit quelquefois les instillations d'atropine. Elle a une action plus spéciale sur le tube digestif, où elle détermine des douleurs, des coliques avec selles diarrhéiques. Son action purgative est très intense. Le délire est plus calme qu'avec les autres alcaloïdes des solanées vireuses. Le sommeil est presque comateux; les hallucinations sont très marquées. L'action de l'hyoscyamine est moins intense que celle de Tatropine qui est elle-même moins active que la daturine.

On conseille les feuilles de jusquiame contre les affections-

du système nerveux. On en fait aussi des cataplasmes qu on applique sur les tumeurs de mauvaise nature. Ces topiques calment souvent les douleurs. On les préconisait aussi contre certains ulcères. On vantait autrefois la poudre de feuilles contre la manie, Tépilepsie, l'hypocondrie, les névralgies. Stoll préférait la jusquiame à Topium dans le traitement de la colique de plomb; en calmant la douleur, elle ne détermine pas de constipation.

Méglin s'est servi avec succès de l'extrait de jusquiame pour combattre la névralgie faciale.

On administre les feuilles sous forme de poudre (0.20 à 0.60), de suc, d'infusion (2 gr. dans 150 gr. d'eau pour usage interne ; 10 gr. dans 500 gr. d'eau 'pour usage externe), de fumigations, d'extrait, de teinture, d'alcoolature, d'huile. Fumées sous forme de cigarettes, les feuilles calment la dyspnée. L'extrait de jusquiame est la substance active des pilules de Méglin. Les feuilles de jusquiame entrent dans la composition de Vonguent populeum.

L'hyoscyamine est beaucoup plus usitée aujourd'hui que les préparations de jusquiame. On la prescrit ordinairement en granules contre la chorée, l'épilepsie, etc.

Quand on est en présence d'un cas d'empoisonnement produit par une solanée vireuse : belladone, datura, jusquiame, etc., il faut d'abord administrer un vomitif ou un purgatif pour expulser la substance toxique : un vomitif, quand elle est encore dans l'estomac, un purgatif, lorsqu'elle est dans l'intestin ; on prescrira quelques verres d'eau iodurée (Roux de BrignoUes), des acides, des boissons froides ; les bains froids seront employés avec avantage et on pratiquera immédiatement une injection sous-cutanée de sulfate de morphine, ou bien on donnera à l'intérieur l'opium à hautes doses et spécialement le laudanum de Sydenham.

VERBASGUM THAPSUS. L.

(Altération de barbascum, barbu : plante couverte d'un duvet

cotonneux.)

Syn. : Bouillon-blanCjMoUne^Çierge de Noire-Dame^ Oreilles^ de Saint^Cloud, Herbe de Saint-Fiacre, Bonhomme; en picard : Queue de loup,

(Verbascées.)

Plante bisannuelle de 50 centimètres ^ 2 mètres, commune dans les lieux incultes. Elle fleurit en juillet.

La tige est robuste, cylindracée, ordinairement simple, effilée, cotonneuse. Les feuilles sont épaisses, un peu crénelées, ovales, lancéolées, les radicales atténuées en pétiole, les autres décurrentes d'une feuille à l'autre. Les fleurs sont grandes, d'un jaune pâle, en épi compact. La corolle est plus grande que le calice. La capsule est ovale.

Les fleurs de bouillon-blanc sont béchiques et pectorales. Elles font partie des fleurs pectorales. On les emploie dans les bronchites et les pneumonies, dans l'entéro-colite mucomembraneuse, sous forme d'infusion (20 gr. par litre d'eau. Avoir soin de passer à travers un linge pour en séparer les poils des étamines). L'infusion de feuilles (20 gr. par litre d'eau) est dépurative et laxative. Elle «st indiquée dans les affections cutanées et la constipation.

En médecine populaire, le bouillon-blanc jouit d'une grande vogue. On applique les feuilles réduites en cataplasmes sur les furoncles, les hémorroïdes, les dartres, les ulcères, comme émoUientes. On les fait cuire dans du lait et on fait prendre trois verres par jour de ce breuvage calmant. Les feuilles et les graines du bouillon-blanc sont narcotiques. Pilées et jetées dans les viviers et les rivières, elles font mourir les poissons.

Verbascam thapsiforme, Schrad. (Molène à grandes fleurs), V, floccosum, Waldst. (Bouillon-blanc floconneux), V. lychnilis, L. (Bouillon-blanc lychnis), V. nignum,L.(Molbne noire), V, blattaria. L. (Herbe aux mites), jouissent des mômes propriétés.

VERONIGA OFFIGINALIS. L.

(Dédiée à sainte Véronique.)

Syn. : Véronique officinale, Véronique mâle, Thé d* Europe, Herbe aux ladres,

(SCROFULARIÉES.'Ï

Plante vivace, de 10 à 40 centimètres, commune dans les bois et les pâturages. Elle fleurit en mai.

Les tiges sont dures, couchées, diffuses, radicantes à la base, redressées au sommet, cylindriques, velues. Les feuilles sont opposées ou ovales arrondies, dentées en scie, un peu velues. Les fleurs sont d'un bleu pâle, petites, en grappes spiciformes sur des pédoncules axillaires. Le calice est poilu, à quatre lobes inégaux, lancéolés. La corolle dépasse peu le calice. La capsule est velue, triangulaire, obcordée, échancrée au sommet. .

La saveur du thé d'Europe est amère et aromatique. Ses propriétés sont légèrement excitantes, toniques, stomachiques, digestives,amères,astringentes et vulnéraires. On administre les sommités, en infusion, dans les catarrhes bronchiques (10 à 20 gr. de sommités par litre d*eau). On conseillait autrefois la véronique dans la dyspepsie, l'ictère, la goutte. Il paraît que l'infusion de véronique facilite le travail intellectuel.

La véronique officinale entre dans la composition du Fal^ trank ou Thé suisse.

Veronica chamœdrys, L. (Véronique petit-chêne, Herbe- Thérèse, Véronique femelle. Fausse Germandrée) possède des propriétés analogues.

Veronica teucrium. L. (Véronique Germandrée, Germandrée bâtarde, Véronique des prés, Teucriette) jouit de propriétés amères, stimulantes et sudorifîques.

VERONIGA BEGGABUNOA. L.

(De rallemand Bach, ruisseau, Bange^ tambour.)

Syn, : Véronique beccabonga, Cresson de cheval, Salade de chouette,

(SCROFULARIÉES.)

Plante vivace, de 20 à 60 centimètres, commune aux bords des étangs, dans les endroits marécageux. Elle fleurit en juin.

Les tiges sont couchées, radicantes, puis redressées, épaisses, cylindriques. Les feuilles sont opposées, ovales ou elliptiques-obovales, obtuses. Les fleurs sont bleues, petites, en grappes axillaires opposées, les pédicelles sont filiformes, le calice est glabre, la corolle dépasse peu celui-ci. La capsule est suborbiculaire.

Le cresson de cheval a une saveur piquante et amère. Il est tonique et antiscorbutique.

Au printemps, on mange les jeunes pousses en salade ; on les mélange avec les feuilles de pourpier, de cresson et d'épinard.

Veronica anagallis. L. (Véronique-mouron) possède les mêmes propriétés.

SGROFULARLA AQUATIGA. L.

(Du latin Scrofulde, scrofules : allusion à de prétendues propriétés médicales.)

Syn. : Scrofulaire aquatique ^Herbe du siège, Bétoine aquatique.

(SCROFULARIÉES.)

Plante vivace de 50 centimètres à 1 mètre, commune dans les marais, aux bords des rivières. Elle fleurit en juin.

La tige est glabre ou pubérulente, creuse, à quatre angles ailés. Les feuilles sont ovales-oblongues, obtuses, cordifor-.î mes, non décurrentes. Les fleurs sont d'un brun rougeâtre, en cymes, les pédicelles sont une à deux fois plus longs que le calice. La capsule est sub globuleuse, apiculée.

Cette plante était autrefois vantée dans les engorgements ganglionnaires. Elle jouit de propriétés vulnéraires.

SGROFULARIA NODOSA. L.

Syn. : Scrofulaire noueuse^ Grande scrofulairey Scrofulaire des boisj Herbe aux écrouelles,

(SCROFULARIÉES.)

Plante vivace, de 40 à 80 centimètres, commune dans les bois ombragés, dans les lieux humides. Elle fleurit en juin,

La tige est dressée, pleine, à quatre angles non ailés ; les feuilles sont ovales-lancéolées, aiguës, cordiformes ou tronquées à la base, dentées en scie. Les fleurs sont d'un brun olivâtre, en panicule étroite ; les pédicelles sont deux à quatre fois plus longs que le calice. La capsule est ovoïde conique. La racine est noueuse.

L'odeur de cette scrofulaire est désagréable. On préconisait autrefois cette plante contre les abcès ganglionnaires cervicaux, dans le goitre, les affections cancéreuses et la gale. Elle a des propriétés vulnéraires, dépuratives et résolutives. Il faut se servir de la plante fraîche. L'infusion (15 gr. pour 1 litre d'eau) est conseillée dans les affections cutanées. On prescrivait autrefois les racines qui sont purgatives et vomitives. Cette scrofulaire a joui jadis d'une grande vogue dans le Nord où on l'employait surtout contre la rage. On pilait la tige et les feuilles qu'on étendait ensuite sur des tartine» de pain beurré.

DIGITALIS PURPUREA. L.

(Du latin digitus^ doigt, ou digitale, dé: forme de la corolle^

Syn. : Digitale pourprée, Gantelée, Doigtier, Gants de Notre-Dame, Péterelle.

(SCROFULARIÉES.)

Plante bisannuelle ou vivace, de 50 centimètres à 1 m. 50^ croissant dans les terrains siliceux, dans les bois et le* lieux incultes. Elle fleurit en juin.

La tige est dressée, robuste, cylindrique, creuse, pubescente, ordinairement simple. Les feuilles sont ovales- oblongues, crénelées, pubescentes, blanchâtres-tomenteuses, ridé es et verdâtres en dessous. Les fleurs sont rouges, tachées de pourpre foncé en dedans, très grandes, pendantes, en grappes unilatérales. Le calice est velu, persistant, à lobes ovales oblongs, mucronés ; la corolle est gamopétale, à peu près campaniforme, glabre en dehors. La capsule est ovoïde, acuminée, tomenteuse, dépassant le calice, les graines sont nombreuses, très petites, brunes.

De toutes les parties de la plante : racine, fleurs, semences, feuilles, ce sont les dernières les plus actives. Il faut recueillir les feuilles de la seconde année un peu avant la floraison, dans un lieu découvert, sec et bien exposé au midi.

La digitaline a été découverte et extraite des feuilles en 1844 par HomoUe et Quevenne; en dehors de ce principe, on y trouve encore : la digitoxine^ la digitaléine ou digitonine, de l'acide antirrhinique, de Pacide tannique, de l'amidon, du sucre, de la pectine, une matière azotée albuminoïde, une matière colorante rouge, de la chlorophylle, une huile volatile, du ligneux. Le nitrate de potasse est le seul sel important à signaler dans la digitale. Un seul de ces produits est •employé en médecine, la digitaline ; sauf la digitaléine, qui a une action vomitive assez énergique et auquel il faudrait rattacher les troubles de la vue observés après l'ingestion de la digitale, les autres substances n'ont pas d'action bien marquée sur l'économie.

La digitaline est en fragments d'un jaune pâle. Elle a une amertume très intense ; une odeur s ai generis. Elle est peu soluble dans Teau, mais très soluble dans l'alcool. C'est la digitaline amorphe (Homolle et Quevenne). La digitaline cristallisée (Nativelle) est beaucoup plus active.

Homolle et Quevenne ont fait des expériences avec la digitale et la digitaline. Ils ont observé que la digitaline détermine, à très petites doses un ralentissement de la circulation. Déposée sur le derme, elle exerce une action irritante locale. La dose nécessaire pour produire un effet sur la .circulation est de 2 à 4 milligrammes par jour, équivalant à

peu près à 0. 20 et 0. 40 centigrammes de digitale. Non seulement cette action persiste après la cessation de Tusage du médicament, mais elle s'accroît souvent. La dose de digitaline administrée atteint son maximum d'action de quatre à six heures après l'ingestion. L'accoutumance ne s'établit pas pour la digitale et la digitaline. On donne ce dernier médicament deux heures environ avant le repas, mais il vaut mieux soumettre le malade au régime lacté pendant le traitement. Une dose trop forte produit des vomissements et de la diarrhée.

La digitale et la digitaline ont une influence marquée sur la température. Bouley et Reynal ont observé une élévation de température après l'ingestion d'une dose toxique ; à dose thérapeutique, il y a, au contraire, abaissement thermique. Duméril, Démarquay et Lecointe ont fait la même remarque que Bouley et Reynal, tandis que Traube, de Berlin, a vu la température s'abaisser.

Les propriétés thérapeutiques de la digitaline ont été surtout bien étudiées par Bouillaud. Les effets du médicament portent sur les organes de la circulation, de la digestion, sur les reins et sur les centres nerveux.

Action sur la circulation. — Dès le lendemain de l'administration, le pouls est influencé. Le maximum d'effet est atteint après huit ou quinze jours. Cette action consiste en une diminution dans le nombre des contractions du cœur; on remarque rarement de l'accélération. Il ne faut jamais continuer l'usage de la digitaline plus de dix jours (Bouillaud).

Action sur Vestomac et les intestins, — A dose élevée, la digitale et la digitaline produisent des symptômes d'irritation sur les voies digestives : nausées, coliques, vomissements, quelquefois diarrhée.

Action sur la respiration. — D'après les professeurs de l'École d'Alfort, il y a un ralentissement notable de la respiration. Joret, Bouillaud et Paul Duroziez n'ont pas fait la même remarque.

Action diurétique et action élective sur les organes génitaux. — On a douté d'abord que la digitaline possédât l'action diurétique de la plante. Homolle et Quéveane, Hervieux, Strohl, Andral, Lemaistre et Christison ont présenté des

observations concluantes à ce sujet. La digitaline est réellement diurétique. Brughmans prétendait qu'elle a une action hyposthénisante sur les organes génitaux et Tordonnait dans les cas de chancres, de blennorrhagies, pour combattre Téréthisme. Bouchardat Ta employée avec succès contre rérotomanie et la nymphomanie.

La digitale agit dans les inflammations en s'attaquant à l'élément fièvre. Elle fait baisser la température en ralentissant la circulation (Traube, Hirtz, Bulletin de thérapeutique). Les principales propriétés de la digitale sont donc de ralentir la circulation en diminuant la fréquence des contractions cardiaques, d'abaisser la température, de favoriser la diurèse et de calmer le système nerveux. Les maladies dans lesquelles on conseille la digitale se groupent sous trois chefs : maladies de cœur, phlegmasies, ascite.

Elle est surtout indiquée dans les inflammations parenchymateuses ou séreuses.

On l'a recommandée dans les anévrysmes du cœur, les palpitations nerveuses, l'anasarque, la néphrite albumineuse, Tasthme idiopathique nerveux, la tuberculose, Tépilepsie (Duclos et Aneille), la manié (Homolle et Quévenne, Robertson, Dumesnil et Lallier), la spermatorrhée (Corvisart, Laroche), les blennorrhagies, blennorrhées, chancres, les fièvres intermittentes (Bouillaud), la fièvre typhoïde, le delirium tremens, la métrorrhagie, l'inertie de l'utérus (Delpech, Trousseau), la fièvre puerpérale (Serre, Delpech). la pneumonie (Rasori, Hirtz, Millet), le rhumatisme (Hirtz, Pulmore).

On administre la digitale en poudre (10 à 30 centigr. rarement plus), en suc, en infusion (0.50 pour 100 gr. d'eau), en teinture, en alcoolature. en vin (vin diurétique de FHôtel- Dieu. — Trousseau), en extrait, en sirop.

Dans le cas de palpitations de cœur, on applique quelquefois sur la région précordiale une compresse imbibée de quelques gouttes de teinture de digitale. Il faut avoir soin de recouvrir le linge d'un tissu imperméable.

On emploie la digitaline en granules de 1 milligramme (Homolle et Quévenne), en sirop, en pommade. Les granules

de digitaline cristallisée de Nativelle sont dosés à 1/4 de milligramme.

La digitale pourprée est un médicament de la plus haute importance. Elle a été appelée à juste titre le « Quinquina du cœur. »

Digitalis lutea, L. (Digitale jaune, Digitale à petites fleurs) jouit à peu près des mêmes propriétés.

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