‹ Les plantes médicinales de la PicardieChapitre 16 sur 28 · CONVOLVULUS ARVENSIS. L · texte numérisé non relu

CONVOLVULUS ARVENSIS. L

(Du latin convolvere, s'enrouler.)

Syn. : Liseron des champs , Petit liseron, Clochette des blés. Petite vrillée, Bédille, Couronne de la Vierge ; en picard de Proyart : Lignon,

(Convolvulacées. )

Plante vivace, de 20 centimètres à 1 mètre de longueur^ très commune dans les champs. Elle fleurit en mai. La tige est glabre ou pubescente, volubile ou couchée, à

souche longuement traçante. Les feuilles sont sagitlées, haslées, obtuses ou subaiguës, à oreillettes. Les fleurs sont blanches ou roses. La corolle est quatre à cinq fois plus longue, que le calice. La capsule est glabre.

On employait autrefois les feuilles en infusion comme vulnéraires. La racine est purgative. Chevallier Ta analysée et a obtenu de la résine, un extrait gommeux, du sucre cristallisable, de la fécule, de l'albumine, du sulfate de chaux, de l'oxyde de fer. En médecine populaire, on fait une décoction de 8 à 10 grammes de racines de liseron dans un demi-litre d'eau, on laisse refroidir et on passe. Un verre à Bordeaux de cette tisane produit un effet purgatif. On peut considérer ce liseron comme notre jalap indigène. Certains auteurs prétendent que les feuilles sont laxatives et les conseillent en infusion (20 gr. dans 500 gr. d'eau ou de lait). Le sirop qui est préparé avec le suc de la racine, et la poudre de feuilles sont aussi purgatifs.

CaNVOLVULUS SEPIUM. L.

Syn. : Grand Liseron, Liseron des haieSy Grande vrillée. Boyaux du diable, Manchettes, Lignolet ; en picard de Proyarl : Lignon.

(Convolvulacées.)

Plante vivace, de 1 à 5 mètres, très commune dans les haies. Elle fleurit en juin.

La tige est volubile, grimpante, anguleuse. Les feuilles sont grandes, sagittées ou hastées, aiguës, à oreillettes. Les fleurs sont blanches, rarement rosées, très grandes. La capsule est subglobuleuse, glabre.

La tige de ce liseron renferme un suc de couleur laiteuse, d'une nature extracto-résineuse. Quelques auteurs considèrent cette plante comme un excellent purgatif indigène. Hal- 1er prétend que le suc épaissi agit aussi sûrement que la scammonée. Coste et Willemet l'ont prescrit dans plusieurs cas d'ascite et ont obtenu des succès. La racine n'est point amère : les porcs la mangent volontiers.

Toute la plante est purgative. On l'emploie aux mêmes closes que la racine du petit liseron. Bodard prônait beaucoup ce médicament.

GONVOLVULUS SOLDANELLA. L.

Syn. : Soldanelle, Chou marin, (Convolvulacées.)

Plante vivace de 10 à 60 centimètres, croissant dans les sables maritimes.

Elle fleurit en mai.

La tige est couchée, rampante. Les feuilles sont épaisses, réniformes, à oreillettes. Les fleurs sont roses, grandes. La capsule est ovoïde, glabre.

La tige et la racine contiennent un suc laiteux, extractorésineux, qui est purgatif. La plante fraîche a une saveur amère et salée qu'elle perd en partie par la dessiccation. Loiseleur-Deslonchamps et Planche ont démontré que cette soldanelle jouit de propriétés purgatives. Ce dernier a fait l'analyse de la racine et a obtenu un extrait gommeux, une résine verte, de l'amidon, une matière ligneuse et des sels. Loiseleur-Deslonchamps a vanté la teinture de soldanelle. On emploie ordinairement la poudre de racine à la dose de 1 à 2 grammes ou l'extrait alcoolique à la dose de gr. 25 à gr. 50.

GUSGUTA EPILINUM. WEIHE,

(De cassutha^ nom grec, ou de kechoat, nom arabe de la cuscute.)

Syn. : Cuscute du lin, Teigne, Bâche, Cheveux du diable^ Tignasse; en picard : Tuin,

(CUSGUTACÉES.)

Plante annuelle, très rare dans la Somme. Elle fleurit en juin.

Les tiges sont capillaires, lisses, simples ou rameuses. Les

fleurs sont d'un blanc jaunâtre, sessiles, en glomérules serrés ; le calice présente cinq lobes charnus appliqués contre la corolle qui est large, en grelot, à cinq lobes ovales-aigus; les écailles sont petites ; il y a deux styles plus courts que l'ovaire .

La cuscute du lin jouit de propriétés puirgatives, diurétiques, détersives et anligoutteuses. Son principe actif est la cuscutine qu'on emploie comme laxative à la dose de 6 à 12 centigrammes. Pour obtenir un effet purgatif, il faut donner 50 centigrammes.

Cuscuta epithymunij Murray (Cuscute du serpolet), Cuscuta irifolii. Babingt (Cuscute du trèfle), Cuscuta major. C. Bauh. (Grande Cuscute) ont à peu près les mêmes propriétés mais leur action purgative est moins marquée. On les vantait autrefois dans la tuberculose et les affections du foie.

Les anciens médecins se servaient souvent de la décoction de cuscute du serpolet (60 gr. pour un litre d'eau) pour nettoyer les plaies de mauvaise nature.

BORAGO OFFICINALIS. L.

(De l'arabe bou rash^ père de la sueur, ou du latin cor ago^ j'excite le cœur : allusion aux propriétés diaphorétiques et cordiales de la bourrache.)

Syn, : Bourrache officinale,

(BORAGINÉES.)

Plante annuelle de 25 à 60 centimètres, commune dans les lieux incultes, les jardins. Elle fleurit en avril.

La tige est épaisse, dressée, rameuse, hispide. Les feuilles sont ridées, épaisses ; les inférieures, ovales, les supérieures, embrassantes Les fleurs sont bleues, grandes, en grappes ; la corolle est en roue, les carpelles sont bruns et gros.

Cette plante a une odeur faible et une saveur herbacée et mucilagineuse. Suivant une analyse de Braconnot, on y trouve une substance muqueuse abondante, une substance animale, insoluble, un acide végétal combiné à la potasse et

à la chaux, de Tacétale de potasse, du nitrate de potasse. Les feuilles de bourrache sont émoUientes, béchiques^ adoucissantes, diaphoréliques et diurétiques. Fraîches, elles agissent comme émoUientes et diaphorétiques; sèches, elles sont plutôt diurétiques. Elles sont aussi considérées, comme lactigënes. On les administre en infusion (10 gr. par litre d'eau), dans la bronchite, la pneumonie, les fièvres éruptives, les maladies de la peau et, en général, dans les maladies infectieuses. Quelques médecins prétendent que la décoction facilite Texpectoi^tion. Le suc de bourrache est indiqué à la dose de 100 grammes dans le catarrhe de la vessie. On en prépare un suc, une eau distillée, un extrait, un sirop. On fait aussi avec les feuilles une infusion théiforme assez agréable» On mange les jeunes pousses en salade. Elles ont un goût légèrement sucré. Dans certains pays, on met les feuilles dans les potages et les Heurs dans les salades.

ANGHUSA ITALIGA. RETZ.

(Du grec anchousa, fard : les racines fournissent une couleur rouge.)

Syn. : Buglosse^ Langue de bœuf.

(BORAGINÉES.)

Plante vivace de 30 à 80 centimètres, très rare en Picardie. Elle croît sur les coteaux calcaires et fleurit en mai.

La tige est hérissée de poils raides. Les feuilles sont oblongues^ lancéolées. Les fleurs sont bleues ou roses, assez grandes. Les pédicelles sont aussi longs que les sépales et les bractées. Les carpelles sont grisâtres, dressés.

La racine contient une matière colorante, Vacide anchusl^ que, qu'on retrouve dans celle du grémil.

On emploie les sommités fleuries en infusion, comme béchiques et expectorantes.

LTGOPSIS ARVENSIS. L.

(Du grec lukos, loup, opsis, vuCc)

Syn : Lycopside des champs. Petite Buglosse, Grisette, Grippe des champs, Face de loup.

(BORAGINÉES.)

Plante annuelle, de 20 à 50 centimètres, assez commune aux bords des chemins, dans les champs cultivés. Elle fleurit en mai.

La tige est dressée ou ascendante, rameuse, hérissée de soies raides et piquantes. Les feuilles sont sinuées, ondulées, oblongues, lancéolées. Les fleurs sont bleues, petites, peu apparentes, en grappes. Le tube de la corolle est courbé, grêle ; les carpelles sont grisâtres.

La petite buglosse est émoUiente, béchique et rafraîchissante. On l'administre en infusion. Elle est peu usitée.

STMPHTTUM OFFICINALE. L.

(Du grec symphuo, j'unis, je soude.)

Syn. : Grande Consoude, Consoude officinale. Herbe a la coupure. Langue de vache, Oreille d*àne.

(BORAGINÉES.)

Planle vivace de 40 centimètres à 1 mètre, assez commune dans les prairies humides. Elle fleurit en juin.

La tige est velue-hérissée, robuste, ailée, rameuse. Les feuilles sont épaisses, ovales, lancéolées, sessiles, décurrentes. Les fleurs sont blanches ou purpurines, en épis. Les carpelles sont luisants. La racine est allongée, peu rameuse, d'un brun noirâtre à l'extérieur, d'une saveur d'abord fade et mucilagineuse, puis astringente.

En médecine, on emploie ordinairement la racine. Elle a une odeur faible et renferme beaucoup de mucilage et du 4annin. Elle est émoUiente et légèrement astringente. On la

recommandait surtout dans les hémorragies du poumon, des intestins, dans la diarrhée, la dysenterie. On s'en servait aussi comme vulnéraire. Chomel la conseillait pour calmer les accès de goutte. Il la faisait cuire et appliquer bien chaude sur les articulations douloureuses. On l'ordonne sous forme de tisane (20 gr. en décoction dans 1 litre d'eau). On en prépare un sirop (30 à 100 gr. par jour).

L'infusion de fleurs est pectorale.

A la campagne, les empiriques râpent la racine et en font un topique pour les brûlures et les crevasses des seins. Cazin conseillait de creuser un trou en forme de dé à coudre dans la racine de consoude et d'y introduire le mamelon.

Toute la plante est alimentaire. Les Islandais mangent les feuilles comme les épinards .

ASPERUGO PROGUMBENS. L.

(Du latin asper^ rude.) Syn. : Rapette porle^ feuille,

(BORAGINÉES.)

Plante annuelle, de 20 à 60 centimètres, croissant aux bords des chemins, dans les décombres. Elle flsurit en mai.

Les tiges sont couchées, diffuses, assez grêles, rameuses. Les feuilles sont rudes, elliptiques-oblongues. Les fleurs sont bleuâtres.

La rapette est peu usitée. Elle est vulnéraire, détersive et incisive.

GTNOGLOSSUM OFFICINALE. L.

(Du grec cynos^ chien, glossa, langue : forme des feuilles.) Syn. : Cynoglosse, Langue de chien. Herbe au diable.

(BORAGlNÉES.)

Plante bisannuelle, de 30 à 80 centimètres, assez commune

dans les dunes, aux bords des chemins. Elle fleurit en mai.

La tige est robuste, rameuse, poilue. Les feuilles sont mol-

les, pubescentes, les inférieures, grandes, les supérieures, demi-embrassantes. Les fleurs sont d'un rouge vineux ; la corolle dépasse peu le calice ; les carpelles sont entourés d'un rebord saillant.

La plante a une odeur vireuse, nauséabonde, comparable à celle des chiens. Elle est émoUiente et pectorale. La racine est considérée comme narcotique. Elle entre dans la composition des pilules de cynoglosse, ces dernières agissent surtout par l'opium qu'elles renferment. On emploie encore en médecine la partie corticale de la racine. C'est une matière absolument inerte. On l'administre en sirop et en pilules. Dom Robbe rangeait cette plante dans les rafraîchissantes et épaississantes.

PULMONARIA OFFIGINALIS. L.

(Du latin pulmo, poumon : allusion aux taches des feuilles et aux prétendues propriétés de la plante.)

Syn. : Pulmonaire officinale^ Herbe aux poumons, Sauge de Bethléem, Herbe au lait de Notre-Dame, Grande pulmonaire^

(BORAGINÉES.)

Plante vivace de 10 à 30 centimètres, croissant dans les bois ombragés. Elle fleurit en avril.

La tige est ordinairement simple, hérissée. Les feuilles radicales sont maculées de blanc. Les fleurs sont rouges, puis bleues ; les carpelles, ovoïdes-aigus.

On employait autrefois les sommités fleuries de la pulmonaire en infusion (15 gr. par litre d'eau) comme émollientes, adoucissantes, astringentes, béchiques, pectorales, vulnéraires, diurétiques et diaphorétiques. Elles étaient vantées contre les maladies du poumon et les hémoptysies. On l'administrait aussi en décoction.

La pulmonaire est surtout indiquée comme diurétique et diaphorétique ; elle est très riche en sels de potasse.

LITHOSPERMUM OFFICINALE. L.

(Du grec ZiïAos, pierre, sperma, graine.) Syn. : Grémil officinal^ Herbe aux perles.

(BORAGINÉES.)

Plante vivace de 30 à 80 centimètres, poilue, assez commune dans les lieux incultes. Elle fleurit en juin.

La tige est robuste, dressée, rameuse. Les feuilles sont lancéolées, acuminées, sessiles, rudes. Les fleurs sont blanchâtres, petites, en grappes feuiilées; les carpelles sont blancs, luisants, ovoïdes.

Autrefois on ordonnait la graine contre la gravelle. On se sert aujourd'hui de toute la plante comme diurétique. On fait avec les feuilles une infusion théiforme d'un goût assez agréable. Elle est vantée dans la lithiase et dans toutes les manifestations arthritiques, principalement le rhumatisme, la goutte, la migraine. Elle entre dans la composition de Tanticalculose du D' Chevreux.

La racine de grémil, rouge au printemps, servait autrefois aux jeunes paysannes Scandinaves, pour se farder les joues (Linné). Pelletier a étudié cette matière colorante sous le nom d'acide anchusique.

On remploie aussi pour colorer le beurre.

EGHIUM VULGARE. L.

(Du grec echis, vipère : allusion aux soies piquantes, aux taches de la tige, à la forme des carpelles en tête de vipère et à de prétendues propriétés contre la morsure de ce reptile.)

Syn. : Vipérine, Herbe aux vipères^ Langue (Voie,

(BORAGINÉES.)

Plante bisannuelle de 30 à 80 centimètres, commune aux

bords des chemins, dans les lieux secs. Elle fleurit en juin.

La tige est hérissée, rameuse, présentant de petits tuber-

cules noirâtres. Les feuilles sont hispides, oblongues, lancéolées; les inférieures, pétiolées, les supérieures, sessiles. Les fleurs sont bleues ou violacées, en grappes. La racine est pivotante.

La vipérine est rafraîchissante, pectorale et diurétique. On la substitue souvent à la bourrache. Elle jouit, du reste, à peu près des mômes propriétés. On l'emploie ordinairement en infusion (20 gr. par litre d'eau). Elle contient une notable proportion de nitrate de potasse. On la vantait jadis contre la morsure des vipères.

SOLANUM DULGAMARA. L.

(Du latin solarîy soulager.)

Syn. : Morelle douce-amère, Morelle grimpante ^ Loque, Vigne de Judée, Crève-chien.

(SOLANÉES

Sous-arbrisseau sarmenteux de 1 à 2 mètres, assez commun dans les bois humides. Il fleurit en juin.

Les rameaux sont herbacés, volubiles, cylindriques ; les feuilles sont ovales-acuminées, souvent cordiformes, les supérieures triséquées, les deux segments latéraux plus petits. Les fleurs sont violettes, en cymes corymbiformes, le calice est vert. Les baies sont rouges, ovoïdes.

En médecine, on emploie les tiges de la douceamère. On recueille les jeunes rameaux de Tannée précédente ; ils sont demi-ligneux et exhalent par le froissement une odeur désagréable. La plante doit son nom à sa saveur qui est amère et sucrée. Quand on mâche la tige, on perçoit d'abord une saveur amère qui est suivie d'un goût douceâtre sucré. PfafF a donné le nom de picroglycion à cette matière sucrée. Elle est cristalline et d'une saveur amère et douce ; elle se dissout dans l'eau et l'alcool. La tige renferme deux glucosides : la solanine et la dulcamarine, de la picroglucine. La solanine est inodore, d'un blanc brillant et d'une amertume légère.

Leprofesseur Clarus,de Leipzig, a publié un travail remar-

Gaussin 13

quable sur les effets de la solanine. En voici à peu près les conclusions :

« La solanine et la douce-amère sont pour Phomme et les lapins des substances toxiques pouvant, à dose élevée, causer la mort.

L'action de l'extrait de douce-amère est de cinq à dix fois plus énergique que celle des tiges

La solanine et la douce-amère produisent une forte congestion du côté des reins et quelquefois une augmentation d'urine avec albuminurie.

Elles ralentissent la respiration, par suite de la paralysie de la moelle allongée et de la dixième paire de nerfs cérébraux. La mort est probablement le résultat d'une paralysie de Tappareil respiratoire .

L'accélération des battements du cœur paraît être le résultat d'une paralysie du nerf vague et non pas d'une excitation du grand sympathique.

La solanine et la douce-amère sont rapidement résorbées et leurs premiers effets se manifestent sur la moelle allongée et sur la moelle épinière.

Les phénomènes cérébraux que le professeur Clarus a observés sur lui-même ne doivent être dus qu'à l'extension de l'action produite sur la moelle allongée. Le mouvement de balancier imprimé à la tête permet de supposer que le nerf accessoire est intéressé.

Porté sur Toeil, l'acétate de solanine agit comme un puissant excitant. Le rétrécissement pupillaire est très souvent faible, il s'explique par la paralysie du grand sympathique.

En somme, la solanine et la douce-amère sont des narcotiques amers. Elles se distinguent de l'atropine, de la daturine et de l'hyoscyamine par l'absence de délire et de stupeur, de dilatation des pupilles et de paralysie des sphincters.

Ces substances possèdent une action thérapeutique dans, la toux spamodique simple, la coqueluche, l'asthme spasmodique. Leur action dans les maladies dyscrasiques : la goutte, le rhumatisme, la syphilis constitutionnelle, et dans certaines maladies de peau : l'acné, l'eczéma, Tecthyma, l'impéjtigo,

pourrait bien être due à raugmentation des déchets de la circulation rejetés par les reins.

La solanine et la douce-amère peuvent être données sans danger dans les inflammations de Pestomac et de Tintestin puisqu'elles n'exercent aucune action sur ces organes. Elles peuvent être administrées dans Tinflammation des voies respiratoires, quand les reins fonctionnent normalement.

La douce-amère est dépurative, sudorifique et apéritive. Les fruits sont émétiques. Dunal a démontré qu'ils ne sont pas toxiques. A haute dose, cette plante produit de la céphalalgie, de l'ivresse, de l'embarras de la langue, du délire, de la nymphomanie, de l'anurie, des démangeaisons et une éruption à la peau. Linné et Carrère la donnaient dans le rhumatisme chronique. Cullen prétendait qu'elle donne peu de suc^ ces dans cette maladie. De Haen la conseillait dans l'asthme. Elle est surtout recommandée dans la goutte, dans les dermatoses, la lèpre, la syphilis, la scrofule. Bretonneau la vantait comme dépurative. Il continuait le traitement jusqu'à ce que le médicament produisît des troubles de la vue, du vertige et des nausées. Carrère disait que la douce-amère occasionne quelques mouvements convulsifs aux mains, aux lèvres et aux paupières, surtout quand le malade a froid. La chaleur fait cesser ces petites contractions. Elle excite les organes sexuels, y donne des démangeaisons et provoque des désirs vénériens. Elle donne parfois de l'agitation, des picotements et de l'insomnie.

On administre la plante en poudre, en infusion (2 à 100 gr. par litre d'eau), en décoction (20 gr. par litre d'eau), en extrait (2 à 3 gr. en potion), en sirop (2 à 3 cuillerées à soupe par jour pour les enfants).

SOLANQM NIGRUM. L.

S}'n. : Morelle noire, Raison de loap, Crève-chien,

(SOLANÉES

Plante annuelle, de 10 à 60 centimètres, commune dans les jardins, aux bords des chemins. Elle fleurit en juin.

La tige est glabre ou pubescente, rameuse, anguleuse. Les feuilles sont d'un vert foncé, ovales, sinuées ou dentées. Les fleurs sont blanches, petites, en cymes ombellif ormes. Les baies, d'abord vertes, puis noires, sont petites, globuleuses. Les feuilles sont émollientes et narcotiques. Leur odeur est vireuse, nauséabonde, leur saveur acre. On les appliquait autrefois sur les hémorroïdes. On les emploie aussi à l'extérieur, en décoction calmante (20 gr. par litre d*eau) pour lotions et injections vaginales. Les feuilles demorelle entrent dans la préparation du baume tranquille et de l'onguent populéum. Les baies sont vénéneuses. Desfossés en a extrait de la tol&nine qu'on retrouve surtout dans la tige et les feuilles.

Le climat a une influence considérable sur les propriétés des plantes. Ainsi, aux Antilles et à Bourbon, on cultive la morelle noire qui est comestible et très estimée.

SOLANUM TUBEROSUM. L.

Syn. : Morelle tubéreusey Pomme de terre, Parmentière.

(SOLANÉES

Plante vivace, de 30 à 80 centimètres, originaire du Pérou, acclimatée en Europe depuis trois siècles environ. Elle est cultivée dans tous les potagers et fleurit en juin.

Les tiges sont herbacées, velues, robustes, anguleuses. Les feuilles sont alternes, pétiolées, pinnatiséquées. Les fleurs, en corymbes rameux, sont violettes, lilacées ou blanches, grandes. La corolle est rotacée, pubescente.

La baie est du volume d'une cerise, globuleuse, pendante, d'un vert jaunâtre ou violacé. La racine présente de gros tubercules. Ce sont des organes particuliers, des dépôts de fécule qui se forment autour des bourgeons, sur les rhizomes.

Les tiges et les feuilles de la parmentière renferment de la solanine. Buchner l'a trouvée dans le suc des tubercules.

Les feuilles, les tiges, les fleurs et les baies sont sédatives et légèrement narcotiques. Leur décoction (25 gr. par litre d'eau) est quelquefois recommandée dans les névralgies, le rhumatisme, la diarrhée et les convulsion^.

En médecine populaire, on applique la pomme de terre râpée sur les brûlures pour en calmer les douleurs. On prescrit le tubercule cru dans le scorbut. Dans le diabète, on permet l'usage des pommes déterres cuites au four ou à Peau,

La fécule de pomme de terre est une poudre blanche, moins fine que l'amidon. Elle a une apparence cristalline. On çn prépare des cataplasmes. On en saupoudre, mais à tort, les parties enflammées.

La fécule sert principalement aujourd'hui à la fabrication du glycose ou sucre de fécule ou d'amidon qui entre dans la composition de la bière, des liqueurs, des sirops, des dragées. On ajoute un peu de saccharine au glycose pour lui donner la saveur du sucre ordinaire. Par la fermentation de la fécule, on obtient aussi un mauvais alcool et une eau-de-vie très usitée dans la région du Nord.

On range généralement les pommes de terre en trois grandes classes : 1° les Patraques^ tubercules arrondis offrant des yeux rapprochés ; 2° les Parmentièresy qui sont allongées, cylindroïdes ou légèrement aplaties, ayant des yeux écartés ; 3° les Vitelottes, qui ont une forme allongée, cylindrique et qui ont des yeux très rapprochés, enfoncés et bien apparents (Moquin- Tandon) .

' Ce n'est pas Parmentier, mais John Hawkins qui le premier importa la pomme de terre en Europe. Parmentier fit connaître ses propriétés en France et y vulgarisa sa culture. Chaque année, on plante encore, sur sa tombe, au Père- Lachaise, quelques pieds d<5 ce précieux tubercule.

La pomme de terre contient 75 0/0 d'eau, 20 0/0 de fécule et très peu de substances azotées nécessaires à notre alimentation. Il ne faut donc pas exagérer sa valeur nutritive. C'est néanmoins un excellent aliment, sain et de facile digestion.

Elle renferme dans toutes ses parties de la solanine. Il faut éviter de donner, pour la nourriture des animaux, le liquide qui a servi à la cuisson des tubercules. Par l'ébullition, la solanine passe dans l'eau. Il est aussi imprudent de donner des pommes de terre crues non pelées et surtout des épluchures à la volaille et aux autres animaux, à plus forte raison les tiges, les feuilles et les tubercules germes.

La solanine est narcotique et analgésique. On la donne à la dose de 5 à 30 centigrammes par jour dans la paralysie générale et la gastralgie.

Solanum lycopersicum (Tomate) est une solanée qui nous vient aussi d'Amérique. Les signatores la conseillaient pi^obablement contre les hémorroïdes. En Espagne, l'onguent de tomate est très usité dans cette maladie. On fait aussi des cataplasmes émoUients avec les feuilles. L'infusion de la plante fraîche est fébrifuge. Le suc des fruits est diurétique.

PHTSALIS ALKEKENGI. L.

(Du grec physé^ vessie : calice fructifère renflé en vessie.)

Syn. : Coqueret alkékenge^ Coqueret officinal, Physalide^ Lanterne^ Cerise de juif. Herbe à cloques^ Amour en chemise.

(SOLANÉES)

Plante vivace, de 30 à 60 centimètres, à racine traçante, croissant dans les terrains calcaires. Elle fleurit en juin.

La tige est dressée, anguleuse, pubescente. Les feuilles sont géminées, ovales, acuminées, quelquefois deltoïdes. Les fleurs sont blanches, solitaires, penchées ; le calice florifère est petit, vert, velu, en cloche, à cinq lobes, le fructifère gonflé en vessie très ample, tronquée et ombiliquée à la base, veinée, rouge et enveloppant le frjait ; la corolle est rotacée ; la baie a deux loges ; elle est globuleuse et grosse comme une cerise, d'un rouge vif. Les graines sont réniformes*

Les baies de l'alkékenge sont aigrelettes, un peu amères, d'un goût agréable. Elles sont légèrement diurétiques et laxatives. Le calice est très amer.

Les fruits de l'alkékenge entrent dans les pilules antigoutteuses de Laville et dans le sirop de rhubarbe composé. On les administre en poudre, en décoction et en vin. Cette dernière préparation convient surtout aux anémiques, aux chlorotiques et aux convalescents.

On employait autrefois les baies dans la gravelle et le

calice comme fébrifuge et tonique. Gendron recommandait Talkékenge comme fébrifuge dans les fièvres intermittentes. Les feuilles et les tiges jouissent des mômes propriétés que le calice.

ATROPA BELLADONA. L.

(Du grec Atropos, nom d'une des Parques.)

Syn. : Belladone officinale, Belle dame, Morelle furieuse, Herbe empoisonnée, Bouton noir.

(SOLANÉES)

Plante vivace, de 1 à 2 mètres, croissant dans les bois, les lieux frais. Elle fleurit en juin.

La tige est dressée, robuste, cylindrique, pubescente. Les feuilles sont amples, ovales, acuminées. Les fleurs sont d'un pourpre brunâtre, axillaires, solitaires ou géminées, pédonculées ; le calice est pubescent, campanule, persistant, à cinq lobes ovales, acuminés ; la corolle est en cloche.

La baie a deux loges ; elle est globuleuse, grosse comme une cerise, noire et luisante, plus courte que le calice. La racine est vivace, épaisse et charnue.

On emploie ordinairement les feuilles et les racines de la belladone. On recueille les racines au printemps et en automne, les feuilles quand la plante est fleurie. Les racines sont plus actives que les feuilles. Toute la plante a une odeur vireuse, •désagréable. Les baies ont une saveur aigrelette assez agréable. Elles ressemblent fort aux cerises. Trompés par la couleur, les enfants mangent souvent ces fruits qui causent de redoutables accidents. On observe alors de la sécheresse de la bouche et de la gorge, une soif vive, des nausées, des crampes d'estomac, des coliques, la face bouffie et rouge, les jeux hagards, la pupille dilatée, la conjonctive injectée, du délire souvent gai, une difficulté de se tenir debout, un rire «ardonique, du trismus, de l'impossibilité d'avaler, de l'agitation, des convulsions, des soubresauts de tendons, des palpitations de cœur, de Toppression, une éruption de taches noires à la peau, un pouls petit, des sueurs, des lipothymies,

du refroidissement des extrémités et la mort. A forte dose, les feuilles et la racine produisent les mômes accidents. Les empoisonnements dus à la belladone sont toujours terribles, alors même que le contrepoison a été administré et que le malade survit ; il est souvent sujet à des attaques d'épilepsie, il a de l'amnésie, des paralysies partielles ou complètes et conserve toujours de Thébétude.

Vauquelin a trouvé que le suc de la belladone contient une substance animale, une substance soluble dans l'alcool et qui a une saveur amèreet désagréable, du nitrate, du muriate, du sulfate de potasse, de Poxalate acide de potasse, de l'acétate de potasse et de Tacide acétique. Ce chimiste affirme que la propriété narcotique de la plante réside dans la substance qui est soluble dans l'alcool. C'est Brande qui, le premier, a découvert Talcaloïde de la belladone, V atropine, qui est d'un blanc de neige. Elle cristallise en longues aiguilles, elle est à peu près insoluble dans l'eau et soluble dans l'alcool. Elle a une saveur fade,

A haute dose, la belladone produit des désordres dans presque tous les organes. Nous allons énumérer les symptômesde l'intoxication dans les diverses fonctions.

Système nerveux. — H y a des douleurs frontales, une sensation spéciale de gêne dans la région temporale, dans lespaupières, dans les yeux, des éblouissements, des .vertiges^ des troubles de la vision : les objets sont déformés et entourés d'un nuage, ils changent de place, il y a une impossibilité de lire, des apparitions de fantômes, de lumières, de la dilatation pupillaire ; l'ouverture palpébrale semble rétréciey la surface oculaire est sèche, il y a du clignotement, de l'insomnie ou un sommeil agité ; le goût est perverti, la saveur est très mauvaise, la face animée, les yeux mobiles ; quand il y a congestion cérébrale, le malade a une sensation de pesanteur dans la région sus-orbitaire, de la prostration, de la résolution musculaire, de l'engourdissement dans les membres, de la bouffissure de la face, de l'hébétude.

Système musculaire, — Les muscles n'obéissent plus aussi facilement. Il y a des contractions. La marche est pénible,, la station debout, impossible.

Système digestif, — On observe de la sécheresse de la bouche et de la gorge, une soif très vive, souvent une salivation exagérée, des coliques, de la diarrhée et des vomissements.

Système circulatoire. — Il y a de Tarythmie, le pouls est irrégulier, la face est congestionnée ; chez les jeunes femmes, les règles paraissent en dehors des époques.

Système respiratoire, — La respiration est ralentie.

Système urinaire. — Le malade éprouve une gêne particulière pour uriner ; le jet d'urine s'arrête tout à coup et ne se rétablit qu'après bien des tentatives. Il y a désordre dans l'innervation de la vessie.

Nous citons un extrait du très intéressant travail de Meuriot sur la belladone et l'atropine.

« L'atropine est le principe actif de la belladone ; elle résume toutes les propriétés de cette solanée.

Ses effets sur Thomme sont surtout violents ; aucun animal n'y est réfractaire. Ils sont différents suivant les doses; ainsi de petites doses d'atropine accélèrent le cœur et augmentent la pression ; de fortes doses font tomber la pression et ralentissent le cœur.

La belladone est un poison vasculo-cardiaque, suivant la classification de Germain Sée ; son action se localise spécialement sur les vaisseaux et sur les nerfs du cœur.

L'atropine agit sur le cœur par l'intermédiaire du nerf pneumogastrique, dont elle paralyse les extrémités périphériques. Elle augmente constamment la fréquence des battements du cœur.

A petite dose, elle augmente la tonicité des muscles vasculaires ; à dose toxique, elle la diminue et la détruit ; d'où les applications de la belladone dans l'épilepsie, dont les accès semblent être dus à des troubles de circulation cérébrale.

A petite dose, Tatropine accélère la respiration ; une dose toxique la ralentit. L'accélération tient à une excitation des centres respiratoires ; le ralentissement à une paralysie des extrémités des nerfs vagues, d'où son application possible dans le traitement de l'asthme.

A dose thérapeutique, l'atropine augmente les fonctions excito- motrices de la moelle, à dose toxique, elle exagère le

pouvoir réflexe, jusqu'à produire des convulsions. Elle donne de Tagitation, de Tinsomnie, du délire, du coma. Ce n'est pas un narcotique. Elle s'élimine par les reins, par les muqueuses et parfois par la peau, chez Thomme. Son élimination est toujours rapide ; aussi son action est-elle de courte durée.

Les effets dus à l'élimination de l'atropine sont nombreux : rougeur des muqueuses et de la peau, envies fréquentes d'uriner, des coliques, des épreintes, du ténesme anal et vésical, des sueurs profuses, de la diarrhée. La rougeur et la sécheresse des muqueuses expliquent l'aphonie, la dysphagie, la dysurie. Non seulement les sécrétions des muqueuses diminuent, mais les liquides épanchés à la surface de ces muqueuses et des plaies sont résorbés, d*oii son utilité dans les catarrhes des bronches et ses effets contre la toux.

Appliquée sur les tissus, l'atropine détermine toujours une certaine activité de la circulation capillaire ; si la dose est considérable, il y a hyperhémie.

Le processus de l'angine et de Téry thème belladones est analogue à celui de l'inflammation. La diminution et l'augmentation de l'urine se rattachent aux variations de la pression artérielle.

La belladone n'est pas un agent paralysant des fibres musculaires lisses ; elle ne détermine des phénomènes de paralysie qu'à doses très élevées et toujours consécutivement à des contractions exagérées ; aussi réussit-elle dans Tincontinence d'urine et des matières fécales, dans la paralysie de la vessie, dans la constipation.

L'atropine n'a pas d'action élective sur les nerfs sensitifs ; son application locale est toujours suivie de douleurs vives et persistantes. Elle agit seulement sur les nerfs hyperesthésiés •et détermine souvent de l'analgésie ; mais elle doit être appli- •quée directement sur les nerfs affectés. Déposée sur le derme dénudé, l'atropine y cause une irritation très vive, comparable à la sensation d'un fer chaud qu'on placerait sur la plaie.

De petites doses d'atropine augmentent la température ; des doses toxiques la diminuent. Cet alcaloïde possède, en outre, la propriété de dilater la pupille ; c'est l'effet le plus cons-

tant et le plus persistant. Ses applications sont nombreuses en oculistique. Elle paralyse les branches du nerf terminal de la troisième paire ; c'est le seul fait bien démontré par la physiologie expérimentale, dans l'étude de la mydriase belladonée.A cette paralysie des rameaux ciliaires du nerf moteur oculaire commun se rattache celle du muscle de l'accommodation. La belladone est donc un sédatif et un antispasmodique.

On l'a conseillée à l'intérieur contre les névralgies (1 pilule de 1 centigr. d'extrait toutes les heures jusqu'à manifestation de vertiges). Dans la névralgie faciale, on fait souvent des frictions de la peau avec l'extrait. Trousseau préconisait la méthode endermique dans la sciatique. Fonssagrives a employé avec succès la belladone contre la colique endémique nerveuse des pays chauds. On l'a vantée dans l'incontinence d'urine et la spermatorrhée. Heustis dit qu'elle est anaphrodisiaque. Bretonneau et Faure donnaient Textrait à la dose d'un centigramme dans la constipation. Ad. Richard et Bercioux ont eu des succès avec l'extrait dans l'incontinence des matières. Neuman l'a prescrit en applications locales pour arrêter la sécrétion du lait ; Leclerc contre le ténesme de la dysenterie et Behren contre Tirritabilité de la vessie. On a préconisé la poudre de belladone contre le cancer, l'iléus, l'épilepsie (Greding et StoU), le tétanos, la rage, la folie, la coqueluche (Wetzler), l'angine, l'asthme essentiel, l'ascite, l'ictère, la fièvre quarte. Dans l'asthme, on fait fumer les feuilles sèches soit seules, soit mêlées avec le tabac. Ayant remarqué que la pupille est toujours contractée dans le dfeZirinm tremenSy le D' Grieve faisait frictionner les paupières du malade avec l'extrait de belladone. Quand la pupille commence à se dilater, le délire devient moindre et le malade ne tarde pas à dormir. On attribuait autrefois à la belladone la propriété de préserver de la scarlatine (Hahnemann, Guersant, de Lens, Stiévenart, Godelle). Richart a employé la belladone comme préventive de la variole. Cette plante était autrefois très usitée dans les affectioas oculaires, aujourd'hui l'atropine a pris sa place.

Les feuilles sont narcotiques et passaient pour résolutives.

On les conseillait jadis dans la scrofule, la syphilis et les paralysies. On en faisait des cataplasmes qu'on appliquait sur les tumeurs cancéreuses et les engorgements ganglionnaires. Les baies sont aussi narcotiques. On en fait un rob.

On administre les feuilles en fumigations, en poudre dans du sucre pulvérisé (0.05 à 0.20) (Wetzler), en eau distillée, cq huile, en teinture, en alcoolature, en sirop, en extrait. Elles font partie du Baume tranquille. (La dose de la poudre de racines est de 0.03 à 0.15).

On prescrit l'atropine à Pintérieur à la dose de 1/2 à 1 milligramme. On peut l'employer dans les mômes cas que la belladone, mais elle la remplace avantageusement par la sûreté de son dosage. Elle a donné des succès dans le tétanos et dans un cas de chorée contre lequel la belladone avait échoué. Elle a donné de très beaux résultats dans Tépilepsie (Lusanna, Bouchardat). On l'a vantée aussi dans les fièvres intermittentes, contre les sueurs profuses.

On prépare aussi un sulfate et un valérianate d'atropine. Le sulfate est une poudre blanche, soluble dans l'eau. Il est très employé dans les affections des yeux. On le conseille aussi en injections sous-cutanées dans les névralgies. Le valérianate d'atropine est surtout indiqué dans les affections spasmodiques ou convulsives : épilepsie, hystérie, chorée, coqueluche, asthme essentiel. (Dose 1/2 milligr. à 1 milligr.).

Le contrepoison de l'atropine et de la belladone est la morphine. Abeille rapporte ce fait peut-être unique dans la science, sous le rapport de la dose énorme de poison ingéré et de la dose aussi considérable de morphine injectée. « Un enfant de 6 ans et 1/2, avale ô centigrammes de sulfate d'atropine en solution dans 5 grammes d'eau. Pendant une heure et quart, rien n'est fait pour expulser le poison de l'organisme ou l'annihiler. L'enfant reste aphagique, dans le coma le plus profond. Ce n'est qu'une heure et quart après l'ingestion de l'atropine que j'ai commencé les injections sous cutanées d'une solution de 50 centigrammes de chlorhydrate de mor^ phine dans 10 grammes d'eau. > L'enfant a guéri radicalement: la morphine est donc bien l'antagoniste de la belladone, sinon l'enfant aurait été foudroyé : 1» par l'atropine j 2° par la

morphine, dont la dose est plus que suffisante pour tuer quatre adultes.

Le sulfate et le valérianate d'atropine s'administrent souvent en granules. On prépare un sirop d'atropine, une teinture, un collyre, un papier (Steafield), des dragées.

La belladone est une de nos plantes médicinales les plus précieuses. Elle agit toujours sûrement.

NIGOTIANA TABAGUM. L.

(Dédié à Jean Nicot, ambassadeur de France en Portugal, d'où il rapporta le tabac en 1560.)

Syn. : Grand Tabac, Nicotianey Herbe a la reine ^ Herbe à V ambassadeur^ Herbe à tous les maux, Médicée, Catherin nairey Herbe du grand prieur.

(SOLANÉES

Plante annuelle de 1 à 2 mètres, cultivée dans quelques jardins. Elle fleurit en juillet.

La tige est dressée, arrondie, rameuse, pubescente. Les feuilles sont vertes, molles, très amples, oblongues, lancéolées, acuminées, séssiles, amplexicaules, légèrement décurrentes, pubescentes, visqueuses. Les fleurs sont rosées ou d'un vert rougeâtre, grandes, en panicule étalée, terminale et munie de bractées; la corolle est tubuleuse; la capsule est ovale.

Le tabac est originaire de l'Amérique. Christophe Colomb remarqua que les indigènes des Antilles fumaient les feuilles sèches du tabac dans un tube grossier qu'ils nommaient tabacos. Ils attribuaient à cette plante des propriétés merveilleuses. A Sainl-Domingue, les habitants se servaient d'une sorte de pipe, tabacco. En 1518, le grand navigateur fit parvenir de la graine en Europe. On l'y cultiva d'abord comme plante médicinale et ornementale. Vers 1558, un moine, André Thevet, importa en France le « Tabac herbe parfum fort salubre pour faire distiller et consumer les humeurs superflues du cer* -veau, qui fait passer la faim et la soif, et dont les chrestiens

établis en Amérique sont devenus merveilleusement frians ».

« La vogue que Tusage du tabac a obtenue dans tous les pays est un des faits les plus singuliers que Thistoire de l'homme puisse offrir. Une plante est ignorée en Amérique ; vers 1560, elle est apportée en Europe ; son odeur est repoussante, sa saveur est désagréable ; elle blesse les tissus avec lesquels on la met en rapport ; tout semble devoir la tenir éloignée de l'homme. Eh bien I il arriva tout le contraire. Avec cette production, l'homme imagina de tourmenter deux de ses surfaces sensitives : celle de Todorat et celle du goût. Ces agressions lui plaisent, lui sont agréables ; elles deviennent même pour lui des jouissances. Dès lors, le crédit de la nicotiane est assuré, tous les jours, elle acquiert de nouveaux prosélytes; en vain on porte des lois prohibitives contre cette plante, en vain on punit ceux qui s'en servent, son action a créé un nouvel appétit qu'il faut satisfaire. L'effet narcotique de cette plante serait plus propre à détourner de son emploi qu'à le mettre en faveur. On ne supporte ces influences stupéfiantes que lorsqu'elles conduisent à des visions délicieuses, à des rêves enchanteurs, comme le font les compositions exhilarantes des Orientaux : Faction du tabac ne produit rien de semblable. »(Barbier.)

Jean Nicot, ambassadeur de France en Portugal, sous Charles IX, en 1560, en envoya à Marie de Médicis.Ala même époque, Hernandez d'Oviédo l'introduisit en Espagne, Francis Drake, en Angleterre, le cardinal de Santa-Cruz et Cisalpin en Italie, Gessner en Allemagne.

On réduisit d'abord le tabac en poudre et on le prisa. Cette singulière innovation fut d'abord regardée comme dangereuse. Eq 1604, Jacques I^sroi d'Angleterre, en 1624, le pape Urbain VIII, défendirent Tusage de cette plante sous des peines très sévères. En Turquie et en Perse, on menaça même de couper le nez des priseurs, mais le tabac était d autant plus recherché, qu'on rencontrait d'obstacles. On ne se contenta plus de le priser, on le fuma et on le mâcha. L'usage de le fumer se développa d'abord en Portugal et en Espagne.

Au moment de la récolte, les feuilles sont essuyées et triées avec soin. On les enfile et on en forme des paquets d'une cin-

quantaine ou d'une centaine (manoques). On suspend ces paquets dans des lieux bien aérés ; les feuilles se dessèchent. On les examine alors une à une pour en retirer les parties attaquées : c'est Vépoulardage. On les arrose plusieurs fois avec une solution aqueuse de sel marin, c'est le mouillage. Dans certains cas, au lieu de sel, on met dans Peau de la mélasse ou de Teau-de-vie. On détache alors et on enlève la côte médiane, c'est Vécûtage, On môle enfin ensemble les diverses qualités de feuilles pour corriger les plus faibles par les plus fortes. Alors s'opère la séparation du tabac à fumer et du tabac à priser. On mouille de nouveau le premier avec de l'eau pure et on le laisse fermenter quelque temps. On le hache ensuite grossièrement et on l'expose sur une platine à un feu doux qui le fait crisper, c'est le frisage. Ainsi préparé, on roule le tabac dans des feuilles entières et on le tord pour en former une corde qui, tordue sur elle-même, produit un rôle. Ces cordes sont coupées en lames minces dont on sépare les feuillets, ce qui donne le tabac à fumer ordinaire ou tabac frisé. On façonne ce même tabac en petits cylindres atténués aux extrémités et on obtient les cigares.

Le tabac à priser est mouillé avec de Teau salée. On le laisse aussi fermenter quelque temps, puis on coupe les rôles en morceaux d'égale longueur, que Ion place dans des moules cerclés de fer, où ils sont foulés et comprimés. On les retire de ces moules et on les entoure de ficelle très serrée. 11 en résulte des carottes que Ton râpe de diverses manières pour le réduire en poudre. (Moquin-Tandon.)

Les feuilles du tabac ont été analysées par Vauquelin, Posselt et Riemann, qui y ont trouvé de la nicotine, de la nico^ tianine^ un extractif, de la gomme, de la chlorophylle, de l'albumine, du gluten, de l'amidon, de l'acide malique, du muriate d'ammoniaque, du nitrate, du muriate de potasse et certains sels. Les feuilles fraîches exhalent une odeur vireuse, désagréable.

La nicotine est un liquide fluide, transparent, incolore, anhydre, s'épaississant et devenant jaunâtre, puis brun, au contact de l'air ; son odeur est acre. La nicotianine est solide : c'est une espèce d'huile volatile, insoluble dans Teau, soluble dans

l'alcool et l'éther. L'odeur de la nicotianine est celle du tabac. La saveur de la nicotine est brûlante, celle de la nicotianine amère.

Le tabac a des propriétés irritantes, purgatives, narcotiques et diurétiques. C'est un narcotico-âcre. Physiologiquement, il se rapproche des autres solanées vireuses, mais il en diffère aussi complètement sous plusieurs rapports. La nicotine ne ressemble pas aux alcaloïdes des autres solanées. Elle n'agit pas comme caustique (Praag). Son application n'occasionne aucune douleur. Après son ingestion, on remarque une accélération de la respiration suivie d'un ralentissement. Cl. Bernard a observé un certain bruit qui se produit pendant la respiration. 11 y a des crampes, du spasme du globe de l'œil, des tremblements et de l'adynamie. La nicotine donne aussi de l'hypersalivation. La sécrétion urinaire n'est pas. modifiée. En résumé, l'action est d'abord excitante, puis déprimante.

L'abus du tabac peut donner lieu à des accidents aigus ou chroniques. L'empoisonnement aigu se produit accidentellement ou criminellement, les lotions au jus de tabac, la déglutition involontaire d'une chique, et, par plaisanterie, le dépôt de tabac à priser dans le verre d'une personne attablée. La nicotine est un violent poison : quelques gouttes de cet alcaloïde instillées sur la conjonctive d'un chien le tuent en peu de minutes ; 1 à 3 milligrammes de nicotine pure suffisent pour donner lieu à des symptômes sérieux. Les nausées, les vomissements, les douleurs abdominales, les syncopes, la dilatation de la pupille, le ralentissement de la circulation et le refroidissement des extrémités sont les signes de cette intoxication. Dans ce cas, on administre des cordiaux, des spiritueux, du café, du thé, de la strychnine, du tannin, une décoction d'écorce de chêne .

L'empoisonnement chronique, le nicotisme, se manifeste une dizaine d'années après Tusage d'un tabac très fort. Les fumeurs de cigares y sont plus sujets. Il y a d'abord des troubles de la digestion, de la circulation : palpitations de cœur, arythmie, tremblements. On observe parfois de véritables crises d'angine de poitrine {angine des fumeurs^ Beau). Les fumeurs doivent éviter d'avaler la fumée, car, dans ce cas, la

nicotine agit directement sur la muqueuse gastrique. Ils doivent choisir une pipe à long tuyau pour refroidir la fumée ; les pipes courtes provoquent une inflammation des lèvres et peuvent déterminer le cancer des fumeurs.

Le D' Richer, d'Amiens, a remarqué que le tabac a une action sur la mémoire des mots.

Une pipe, imprégnée de nicotine, culottée, pour employer l'expression vulgaire, est plus irritante qu'une autre. Il faut, en outre, éviter de fumer à jeun. Quand l'estomac renferme un peu de café ou de vin, les effets de la nicotine sont bien atténués.

On a conseillé le tabac contre les dermatoses, la gale, la teigne. Fowler, médecin anglais, l'employait dans Tascite.

On administrait autrefois la poudre de tabac à l'intérieur. Ce médicament est trop dangereux et trop infidèle pour le recommander. Il irrite la muqueuse de l'estomac, cause des nausées et des vomissements, un état spécial d'anxiété, puis l'irritation se propage à l'intestin et détermine des coliques et des évacuations avec du ténesme. Il donne aussi des tremblements, des vertiges et des troubles intellectuels avec torpeur. On a encore à déplorer trop souvent des empoisonnements par le tabac. « Santeuil, célèbre par ses poésies et ses bons mots, est mort victime d'une malheureuse plaisanterie ; on versa, à' son insu, une certaine quantité de tabac d'Espagne dans le vin qu'il allait boire. » (Barbier.)

Si l'on applique le tabac sur la peau quand il y a plaie, les principes actifs de la plante sont absorbés par l'économie, et on observe alors des vertiges, des mouvements convulsifs, des vomissements, de la diarrhée, des sueurs et des urines abondantes. L'effet diurétique du tabac dans ce cas est tout à fait remarquable. Fouquier, médecin de la Charité, a rapporté l'observation suivante : un homme, atteint de gale, se frictionnait les membres matin et soir avec une décoction de tabac ; le deuxième jour, il survint des nausées, des vomissements avec des envies fréquentes d'uriner. Le malade avait, en outre, un goût de tabac très prononcé dans la bouche, (Bulletin de la Faculté de médecine, n® 8, 1819.)

Aujourd'hui on préconise encore la décoction de tabac en Gaussin 14

lavements dans l'asphyxie, les paralysies, les hernies étranglées, les obstructions intestinales, pour détruire les ascarides. C'est un médicament dangereux qu'on doit proscrire de la thérapeutique. L'absorption du tabac par les muqueuses produit toujours de la torpeur et des vomissements. On a vanté la fumée de tabac dans l'asthme. On conseillait aussi autrefois le sirop de nicotiane dans les catarrhes chroniques des bronches. On a remarqué que les ouvriers des manufactures de tabac sont préservés des fièvres intermittentes. Les peintres calment leurs coliques en s'appliquant sur le ventre des compresses imbibées de décoction de nicotiane. L'usage du tabac comme errhin et masticatoire est bien connu.

On recommande aussi quelquefois des fomentations avec les feuilles fraîches ; les fumigations et les lavements se font avec les feuilles sèches. On compose un vin et un sirop de tabac.

Nicotiana rustica, L. (Tabac femelle, Tabac du Mexique, Tabac à feuilles rondes) jouit des mêmes propriétés. C'est cette espèce qui fournit la plus grande partie du tabac de la Corse et peut-être Valoutcha de la Crimée.

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