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CHAPITRE I

Introduction

Les plantes médicinales ou simples poussaient autrefois à l'état sauvage au Canada et aux Etats-Unis en quantités suffisantes pour répondre à tous les besoins du commerce. On se contentait de les récolter, et nul ne se donnait la peine de les semer ou de les cultiver. A la longue, l'inévitable se produisit: Ces plantes — et notamment certaines espèces comme le polygale de Virginie et l'hydraste du Canada devinrent si rares que l'on éprouva beaucoup de difficulté à se les procurer. Elles disparurent même presque entièrement dans certaines localité? et il devint bientôt évident que si l'on voulait se mettre en mesure de satisfaire à la demande à l'avenir, il faudrait cultiver ces plantes tout comme les autres récoltes de grande culture.

Mais on aurait tort de se lancer dans la culture de ces plantes sans étudier soigneusement la question sous tous ses aspects, sinon on pourrait fort bien s'exposer à un échec. Il faut d'abord s'assurer que le sol et le climat conviennent, puis que le prix de revient laisse un bénéfice suffisant. Pour un bon nombre de simples, la quantité totale employée dans le commerce est relativement faible; il est donc évident que la superficie consacrée à leur culture sur une ferme devra être restreinte, et que la plupart des travaux devront se faire à la main.

"La culture des plantes médicinales exige beaucoup de travaux à la main. La cueillette des feuilles, des graines et des fruits, l'arrachage de certains genres de racines, leur préparation pour le marché, le classement des produits, le triage, etc., toutes ces choses se font à la main" (R. H. True, 1903). Le séchage qui exige les plus grands soins demande beaucoup de manipulations et élève le prix de revient. Enfin, ce prix de revient se grossit encore des frais d'emballage et des frais de transport au marché le plus proche.

En outre, comme le commerce n'emploie qu'une quantité relativement faible de certains simples, il peut fort bien arriver que l'offre dépasse la demande, et alors les prix tombent si bas que les bénéfices sont pour ainsi dire supprimés. Il peut encore se faire qu'un cultivateur ne reçoive aucune offre pour sa récolte si les acheteurs sont déjà abondammenb pourvus. Or, il est peu de plantes médicinales qui puissent être conservées jusqu'à l'année suivante sans subir une détérioration considérable. Il n'en est pas de même des récoltes ordinaires: avoine, pomme de terre ou fruits. Le cultivateur peut toujours trouver un marché pour ces produits, même si les prix laissent quelque peu à désirer; en supposant qu'il ne trouve pas à les vendre, il peut les utiliser dans l'alimentation de ses bestiaux ou en disposer d'une autre façon. Mais, que peut-on faire de quelques tonnes de simples dont personne ne veut? Il n'y a qu'à les jeter sur le tas de fumier.

Comme le prix de la main-d'œuvre est beaucoup plus faible dans certains pays d'Europe qu'au Canada, il est très douteux que la culture de certaines de ces plantes soit avantageuse en notre pays, et il ne faut pas oublier qu'un grand nombre de plantes médicinales ne commencent à rapporter qu'au bout de deux ou trois ans après les semis; les arbrisseaux ne rendent même que plusieurs années après. Enfin, si un grand nombre de cultivateurs consacrent une partie considérable de leurs champs à la culture d'une plante qui se vend cher, il en résultera une surproduction, Les prix baisseront, et l'on aura perdu son temps et sa peine.

Le cultivateur qui n'est pas absolument sûr d'obtenir un profit plus élevé par acre avec les plantes médicinales qu'avec les récoltes ordinaires de la ferme, fera mieux de ne pas entreprendre cette culture, à moins que ce ne soit sur une

petite échelle, en vue d'augmenter ses recettes. Dans tous les cas, il ne courra pas un grand risque à leur consacrer une petite parcelle d'un acre environ, et à titre d'expérience, pendant quelques années. Il devrait en cultiver environ dix espèces différentes, choisies parmi celles qui conviennent le mieux à la localité. En s'y prenant ainsi, il ne souffrira pas autant de la surproduction ou de la baisse des prix sur une plante quelconque.

Le docteur Stockberger, du bureau de l'industrie des plantes à Washington, a publié sur cette question, une étude dont nous extrayons les remarques suivantes :

"Un grand nombre de lanceurs d'affaires, voulant tirer parti de l'engouement pour la culture des plantes médicinales en ce pays, ont rempli les colonnes des journaux et des magazines en ces dernières années, et ont distribué par la malle des annonces flamboyantes faisant entrevoir d'énormes profits; avant de fournir le moindre renseignement, ils exigent que leur victime leur remette d'abord une certaine somme, de $1 à $5, puis cette dernière ne reçoit que des instructions sans valeur ou à peu près, sur la culture d'une plante qui convient mal à nos conditions économiques. Je sais que des centaines de personnes se sont figuré que les plantes médicinales viennent partout, qu'elles peuvent être cultivées par le premier venu et qu'elles rapportent beaucoup plus que les récoltes ordinaires. Je suis convaincu que certains cultivateurs se sont laissé emporter par cette idée, mais je crois également qu'en tenant dûment compte à l'avenir des principes fondamentaux de l'économie agricole, on pourra créer une attitude rationnelle envers la culture des plantes médicinales pour le commerce."

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