‹ Les plantes tropicales de grande culture, Volume 1Chapitre 3 sur 78 · SUR LA · texte numérisé non relu

SUR LA

Végétation de TAfrique tropicale centrale

(Planches I-VI.)

L'étude scientifique d'une région est de première nécessité; sans elle, les efforts des colons restent souvent stériles. Bien souvent on a prétendu que Tétude de la végétation d*un pays était inutile et que Targent consacré à des missions scientifiques est de Targent perdu; parfois même on a affirmé que la pratique seule suffit à donner aux colons une idée nette et précise de ce qu'ils doivent cultiver.

Nous ne voulons pas réfuter ici ces idées; elles ont été heureusement combattues et n'ont guère été suivies, pour le plus grand bien de l'agriculture coloniale et de la colonisation en général.

Il faut en culture coloniale, comme d'ailleurs dans ce qui intéresse la culture en général, une union étroite entre la science pure et la science appliquée. Grâce à cette union, l'agriculture tropicale deviendra vraiment pratique, et elle seule est la base de toute colonisation sérieuse.

Il est actuellement très difficile, et même impossible, de présenter pour les régions tropicales un résumé un peu complet de leur végétation et des causes qui y président à la distribution des plantes. Mais on peut, et cela nous paraît utile, exposer sommairement les faits acquis; cette étude préliminaire servira naturellement d'introduction à des recherches plus détaillées sur la végétation du pays et sur ses produits naturels, d'où pourront se déduire, petit à petit, les lois régissant la culture rationnelle.

Ces considérations nous ont amené à jeter un coup d'œil sur la distribution des végétaux dans l'Afrique tropicale et, en particulier, dans l'État du Congo.

Il n'est pas facile, même pour l'Afrique, de déterminer exactement la limite nord et la limite sud de la région tropicale, qui ne dépasse pas 20** au nord et au sud de l'Equateur.

Tout l'État Indépendant du Congo se trouve compris dans la zone tropicale, mais cela ne veut pas dire que, dans son vaste territoire, il ne puisse exister des régions dont le caractère floral rappelle celui d'une zone plus tempérée. L'altitude a une action considérable sur la végétation et, en plein centre de l'Afrique, cette action se fait nettement sentir; à la limite de l'État Indépendant du Congo, de l'Afrique orientale anglaise et

de l'Afrique orientale allemande, on rencontre une chaîne de montagnes dont les sommets neigeux atteignent 4,000 mètres de hauteur et sur les flancs desquelles la végétation acquiert un aspect alpin assez caractérisé.

La flore de l'Afrique est souvent représentée comme plus pauvre que celle de l'Amérique, mais M. Schweinfurth, qui a pu étudier à Taise la végétation des forêts du Bahr-el-Ghazal, du pays des Bongos et du pays des Niams-Niams, compare la flore du Congo à celle du Nouveau-Monde. D'après le même voyageur, il semble très difficile de diviser le pays en régions botaniques, la flore lui ayant paru très uniforme. Cette uniformité, moins grande qu'on ne pourrait le croire, résulterait de l'isolement du pays, limité au nord et au sud par des déserts qui empêchent l'accès de certaines espèces exotiques. Le centre de ce continent, relativement isolé, a reçu cependant par le nord-est un certain nombre de plantes d'origine indienne cultivées dans l'est de l'Afrique, dans le nord et l'est de l'État du Congo.

Les Ficus, figuiers sauvages, sont extrêmement abondants dans la région tropicale africaine; les explorations récentes en ont fait découvrir pour le Congo une dizaine d'espèces nouvelles et, parmi celles-ci, deux paraissent donner dq caoutchouc exploitable.

Le Colaiier est une des plantes caractéristiques de la partie occidentale de cette région; les noix de cola font l'objet d'un grand commerce dans certains districts africains et sont fournies par plusieurs espèces botaniques différentes, assez rares dans l'est.

Les Musa ou bananiers sont aussi très répandus à l'état indigène dans toute l'Afrique tropicale. A l'est, dans le bassin du Nil, c'est le bananier gédiXiifMusa Enseie ou grand bananier d'Abyssinie ; dans l'ouest, cette espèce est remplacée par d'autres Musa à fruits non comestibles et de moindre vigueur ; ce sont, en particulier dans le Congo Indépendant et dans le Congo français, les Musa religiosa Dyb., Musa GilUHi De Wild. et Musa Arnoldiana De Wild., cette espèce très ornementale a fait son apparition dans le commerce européen. Les Musa comestibles sont cultivés un peu partout au Congo, et il est même devenu totalement impossible de déterminer leur origine.

L'Afrique tropicale est également la patrie de VElaeis guineensis ou palmier à huile, une des plantes les plus importantes de l'Afrique; elle fournit l'huile de palme et elle est répandue sur presque toute la surface de l'Afrique occidentale, depuis le Cap Vert jusqu'au Benguela, mais elle ne paraît pas se rencontrer à l'est, au nord de Mbomu, ni dans la région des lacs, et ne pénètre guère dans l'Afrique orientale allemande.

Citons encore le Baobab ou Adansonia digitata (Bombacée), dont tout le monde connaît les dimensions colossales; il est surtout répandu dans l'ouest de l'Afrique et se rencontre par pieds isolés dans le Bas et le Moyen-Congo; dans le Haut-Congo, le Kigelia aethiopica (Bignoniacée) ou faux baobab semble avoir pris sa place. Ce dernier s'étend surtout vers l'est, depuis la Nubie jusqu'au Mozambique. La forme allongée des fruits de ce Kigelia lui a valu le nom de Saucissonnier, et des voyageurs l'ont parfois confondu avec le vrai baobab.

Les Graminées sont abondamment représentées dans la flore africaine

et, en particulier, dans la zone tropicale. Le genre Andropogon s'y rencontre sous de nombreuses espèces, parmi lesquelles on peut citer le Sorgho, dont d'innombrables variétés sont cultivées par l'indigène.

Dans la Flora of Tropical Africa^ importante publication commencée il y déjà bien des années par M. Oliver et reprise dans cesfderniers temps par M. Thiselton-Dyer, puis par M. le Colonel Prain, directeur des Jardins royaux de Kew, avec la collaboration des botanistes de ce célèbre établis-

Fig. I. — Un Baobab en fruits (Bas-Congo).

sèment, la région tropicale d'Afrique est divisée en six régions secondaires, comme suit :

I. — Guinée supérieure, depuis l'embouchure du fleuve Sénégal jusqu'à la limite sud du Cameroun, comprenant, vers l'intérieur, tout le bassin du Niger jusqu'au lac Tchad.

II. — Région centrale septentrionale, limitée, au nord, par le tropique du Cancer; à l'ouest, par l'océan Atlantique; à l'est, par le vingt-sixième méridien de longitude est; au sud, par la région I et par l'État Indépendant du Congo; elle comprend donc toute la région au sud du Sahara et une grande partie du Soudan, une partie de l'Ubangi supérieur et une partie du pays des Niams-Niams.

III. — Région nilienne, comprenant la plus grande partie du bassin du Nil ; elle est limitée, à Touest, par le vingt-sixième méridien de longitude est; à Test, par la mer Rouge et l'océan Indien; vers le sud, par rÉtat Indépendant, non compris l'enclave de Lado, et par l'Afrique orientale allemande. Elle comprend donc le Soudan égyptien, le Bahr-el-Ghazal, l'enclave de Lado, l'Abyssinie, le pays des Somalis, l'Afrique orientale anglaise et une très petite partie de la limite nord-est de l'État du Congo.

IV. — Guinée inférieure. Cette région est limitée, au nord, par la frontière sud du Cameroun ; au sud, par le tropique du Capricorne ; vers l'est, par l'État du Congo, le Kwango et, plus au sud, par le vingtième méridien de longitude est. Elle comprend donc tout le Congo français et le Gabon, le Bas-Congo, l'Angola et le Damaraland.

V. — Région centrale australe, comprenant la presque totalité de l'État Indépendant du Congo, la région de Lunda et l'Afrique portugaise à l'est du vingtième méridien de longitude.

VI. — Région du Mozambique. Cette région comprend la côte orientale de l'Afrique, depuis la frontière méridionale de l'Afrique orientale anglaise jusqu'au tropique du Capricorne, s'étendant donc sur tout le territoire de l'Afrique centrale anglaise, de l'Afrique orientale allemande et de l'Afrique portugaise, jusqu'au vingtième méridien de longitude.

Si, dans leurs grandes lignes, on peut admettre ces subdivisions botaniques, il faut, cependant, faire remarquer que certaines d'entre elles ne cadrent pas avec les données scientifiques récentes et doivent être considérées comme artificielles. Il ne paraît pas très juste, en effet, de prolonger la région centrale australe au sud de la limite des bassins du Congo et du Zambèse, comme il ne semble pas très heureux de limiter à l'est la région IV, Guinée inférieure, par la frontière de l'État du Congo. Cette région devrait être arrêtée à l'est, à la limite du bassin du Congo, le nord-est du Congo français paraissant appartenir, au point de vue géobotanique, à la même région que le bassin central du Congo dont l'ensemble constitue, pensons- nous, une région botanique assez caractérisée, si l'on en excepte les districts du Bas-Congo, séparés de la zone centrale par une chaîne de montagnes au travers de laquelle le fleuve Congo (District des Cataractes) a dû se frayer un passage.

Mais il est, dans l'état actuel de nos connaissances, difficile de définir la limitç de dispersion des espèces végétales. On possède sur la flore tropicale de l'Afrique des données éparses dont la coordination n'a pas encore pu être faite, et si toutes les indications publiées étaient réunies, elles ne pourraient suffire à établir des zones géobotaniques nettes et précises.

Dans une remarquable étude sur la flore de l'Afrique tropicale, en particulier sur celle de l'Afrique orientale allemande, M. le professeur Ad. Engler, directeur du Jardin botanique de BerHn, a subdivisé l'Afrique tropicale et subtropicale en trente-neuf districts. De l'étude des nombreux

matériaux amenés à Berlin par des voyageurs allemands, M. Engler conclut que la différence entre les flores de l'Afrique occidentale et de l'Afrique orientale n*est pas aussi considérable qu'on ne l'avait cru. Cependant, pour M. Engler : la Sénégambie, Sierra- Leone, la Guinée supérieure, les bassins du Niger et du Tchad, le Benue, le Cameroun, le Gabon, le Loango, l'Angola, le Bas-Congo et son district du Congo supériem*, c'est-à-dire le centre du Congo, ont une végétation très particulière et différente de celle du reste du continent.

La végétation de l'Afrique tropicale, et en particulier, celle du Congo, se présente sous quatre aspects principaux :

Ce sont : des brousses^ des savanes, des forêts ou des marais. Chacun de ces aspects de végétation pouvant se reproduire dans toutes les zones, mais acquérant, suivant la zone, une importance prépondérante; il existe entre ces formes caractéristiques de nombreux intermédiaires, surtout aux points de contact de la forêt et de la brousse, où les conditions climatériques mélangent plantes hygrophyles et xérophites, amenant ainsi une grande variété dans les éléments constitutifs de la flore.

I^ savane est généralement constituée par de vastes étendues où abondent les graminées, entremêlées de légumineuses, de composées, de malvacées, etc. Le développement de ces plantes se fait rapidement pendant la saison pluvieuse, puis elles se dessèchent très vite et s'enflamment avec une extrême rapidité, soit accidentellement, soit intentionnellement; à la saison humide suivante, toutes ces plantes repoussent du pied. De là, naturellement, le manque de hautes plantes ligneuses dans la savane ou campine.

La brousse a avec la savane de grandes ressemblances ; comme dans la savane, le fond de la végétation est formé par des graminées et des plantes herbacées, mais on voit apparaître quelques arbres isolés. Les lianes se rencontrent rarement dans la brousse et, quand elles apparaissent, c'est sous la forme de massifs, comme cela se voit au Sénégal pour le Landolphia Heudelotit, une des bonnes lianes à caoutchouc.

Quant à la forêt tropicaley au lieu d'être, comme nos forêts d'Europe, formée par de nombreux pieds d'une même essence, elle est constituée par des espèces différentes mêlées les unes aux autres, et dont la végétation luxuriante a excité l'admiration de tous ceux qui ont traversé le Congo. Cette forêt du Congo, que Stanley, le premier, fit connaître au monde, a une apparence propre difficile à décrire.

On y rencontre des Légumineuses SirhoTescentes {Erythrophlaeumguineense, Detarium, Dialium, Pentaclethra), des Rosacées arborescentes (Parinarium), des Trectilia et de très nombreuses lianes ; parmi celles-ci plusieurs représentants du genre Landolphia, dont le tronc acquiert souvent un diamètre consi 'érable.

A l'intérieur de ces forêts, la végétation phanérogamique est relativement peu abondante, les arbres très élevés, à couronne compacte, font régner sous le feuillage une grande obscurité et une humidité pénétrante, dans lesquelles les plantes ne germent pas facilement, et si même elles germent, elles ne peuvent se développer faute de lumière. La végétation cryptoga-

mique est, par contre, plus abondante; les champignons y revêtent, au dire des voyageurs, des couleurs magnifiques et remplacent les fleurs.

Une formation secondaire se rencontre également dans les forêts du Congo : elle a été dénommée Soutou par M. Chevalier, qui a pu Tétudier à loisir pendant son exploration de la Casamance (Sénégal).

« En certains endroits de la forêt, dit-il, ou même dans la brousse, il se forme parfois des îlots très denses de végétation arborescente, des arbustes ou des arbres de seconde grandeur se mêlent aux essences habituelles de la forêt, enfin et surtout, il vient s*y ajouter des lianes appartenant à la famille des Combrétacées, des Apocynacées, des Légumineuses etc. Ces fourrés, ordinairement impénétrables, sont dénués d*arbres, faute de lumière. »

Les marais sont nombreux dans la plupart des régions de TÉtat et d'ailleurs dans tous les bassins des grands fleuves du centre de l'Afrique* Ils possèdent la flore caractéristique des stations analogues de toutes les régions chaudes et même des marais de nos régions tempérées; on y trouve des Uiriculaires, des Jussieua, des Nymphaea^ des Drosera^ des Trichomatus, de nombreuses Cypéracées, des Fougères herbacées remarquables, et des Orchidées, par exemple, le Lissochilus giganteus dont les tiges, terminées par une grappe de fleurs, peuvent atteindre 2'"5o et 3 mètres de hauteur.

Nous ne pouvons songer à tracer un tableau complet et définitif de la végétation de l'Afrique centrale, pas plus qu'il ne nous est possible d'étabhr actuellement un parallèle entre la flore tropicale africaine et celles de l'Asie et de l'Amérique.

Il existe des espèces communes à ces diverses parties de la région tropicale du monde, mais ces espèces sont, à peu d'exceptions près, ou des plantes répandues sur presque toute la surface de la terre, ou des végétaux introduits par la culture; on trouve, même parmi les plantes du Congo, des espèces des régions tempérées et quelques-unes existent en Belgique (i).

Parmi les plantes communes aux flores tropicales d'Asie, d'Afrique, d'Australie et d'Amérique, nous citerons : Sida rhombifolia (Tiliacées); Wissadula rostrata, Eriodendron anfractuosiim (Malvacées); Oxalis sensitiva (Oxalidacées) ; Hyptis spicigera (Labiées); Achiranihes aspera (Amarantacées); Pistia Straiiotes (Aracées); de nombreuses Cypéracées, des Graminées, des Fougères et une série de représentants d'autres familles dont l'énumération serait trop longue à faire ici.

La flore de l'Afrique tropicale paraît avoir beaucoup de rapports avec celle de l'Asie tropicale ; il y a dans ces deux flores un certain nombre d'espèces communes et surtout un grand nombre de genres communs.

En 1896, époque à laquelle un premier travail d'ensemble un peu étendu

(i) On peut citer parmi les plantes communes à la flore du Congo et à celle de la Belgique plusieurs graminées : Setaria glauca, Cynodon dactylon, OpUsmenus Cms-Galli; des Fougères : Osmunda regaïis^ Ophioglossum vulgatum et le Pteris aquilina, se présentant cependant sous une forme un peu différente de celle sous laquelle elle existe en Belgique.

parut sur la flore de TÉtat Indépendant, on connaissait un peu plus de mille espèces, réparties sur tout le territoire; depuis, les récoltes des particuliers, les expéditions nombreuses, les missions organisées soit par TÉtat du Congo, soit par le Comité colonial allemand, ont amené à Bruxelles et à Berlin des matériaux dont l'étude se poursuit journellement. Au bout de cinq ans, le nombre des espèces trouvées au Congo belge avait doublé, et le relevé, fait à la fin de 1900, comporte un peu plus de deux mille espèces;

Fig. 2. — Un Eriodendron ou Kapokier, à Eala.

ce nombre s'accroît encore rapidement, actuellement il atteint plus de quatre mille.

En 1896, on pouvait citer parmi les dix-huit voyageurs et botanistes, dont les collections avaient servi à dresser Ténumération des plantes du Congo, six Belges. Actuellement, sur une cinquantaine de voyageurs et botanistes ayant étudié la flore de cet État, nous comptons une trentaine de nos compatriotes.

Sans faire l'historique complet de la flore du Congo, il est juste de rendre

hommage à ceux qui ont le plus contribué au développement de la science botanique dans notre Afrique centrale.

Le peintre anversois, M. Frans Hens, fut le premier Belge qui rapporta en Europe une collection de plantes sèches. Il entreprit son voyage en 1887-1888 et découvrit plusieurs espèces nouvelles.

Le professeur É. Laurent, de Tlnstitut agricole de Gembloux, parcourut le Mayumbe en 1893 et fit» en 1895-96, un voyage agronomique autour du Congo; en 1903- 1904 il entreprit un troisième voyage qui lui fut fatal. Il récolta durant ces trois expéditions un certain nombre de plantes, importantes au point de vue économique et au point de vue horticole. Il suffira de citer parmi les plantes introduites par lui en Belgique : le Crinum Laurentii, une belle Amaryllidée qui, par sa floraison abondante et la grandeur de ses fleurs d'un blanc éclatant, mérite de fixer l'attention de Thorticulteur; le Crinum coiigohnse qui appartient au même groupe; VEulophia Luàbersiana, jolie petite Orchidée à feuillage panaché, et VHaemafUhus Laureniii, à fleurs d'un rose saumoné.

On ne peut passer sous silence Alfred Dewèvre, docteur en sciences ; il fut le premier Belge chargé officiellement au Congo d'une mission purement botanique. Parti le 6 juin 1895, il visita le Mayumbe, les bords du Congo, ceux de la Lulonga jusqu'à Bassankusu, passa par Stanleyville, Nyangwe, atteignit Kasongo et reprit le même chemin pour entrer en Europe, mais il mourut à Léopoldville le 27 février 1896. Il avait réuni un herbier composé d'environ 1200 numéros de phanérogames et de cryptogames vasculaires et une centaine de cryptogames cellulaires. Une Légumineuse très remarquable, type d'un genre nouveau, lui a été dédiée sous le nom de Dewevrea bilabiata; plusieurs autres espèces nouvelles portent aussi son nom et Ténumération des plantes qu'il a récoltées a été publiée, sous le titre « Reliquiae Dewevreanae », dans les Annales du Musée du Congo.

Après Dewèvre, il faut citer le Frère J. Gillet, S. J., qui a actuellement récolté, avec ses collaborateurs, plus de 4000 numéros. Nous devons à J. Gillet la découverte des Musa Arnoldiana et Musa Gilleiu, dont le premier surtout paraît appelé à un grand succès horticole, et du Pandanus Butayei De Wild. Cette plante, dont les graines ont été expédiées en Europe et ont été mises en culture par la maison Vilmorin-Andrieux, est lancée dans le commerce.

Les districts de Banana, de Boma, de Matadi et des Cataractes, formant la bande étroite de territoire par laquelle le Congo central est relié à la mer, ont été déjà assez bien explorés.

L'expédition du capitaine anglais, R. Tuckey, qui toucha le Congo en 1816, avait amené avec elle un botaniste, Christian Smith; celui-ci mourut malheureusement dans le Bas-Congo, mais son herbier fut ramené à Londres, où il est conservé au Jardin botanique de Kew. Ce furent là les premiers renseignements acquis sur le Congo Parmi les plantes récol-

tées par Christian Smith, plusieurs n'ont pas encore été retrouvées; ceci prouve, d'une façon évidente, que cette région relativement bien explorée est encore loin d'être épuisée. n

La flore des districts du Stanley-Pool et des Cataractes est assez bien connue; de cette région proviennent en grande partie les récoltes de J.Gillet, S. J.

Nous connaissons la flore du Kwango uniquement par les résultats des expéditions des botanistes allemands : Pogge, Buchner, von Mechow et Teusz et par les récoltes du Révérend Père Butaye, S. J.

Les botanistes belges, qui sont passés par cette région, ont retrouvé une partie des plantes observées en dehors des limites de l'État, soit par Welwitsch, soit par les botanistes allemands que nous venons de citer. La 'flore de ce district a la plus grande analogie avec celle d'une partie de l'Angola.

La flore du district de l'Equateur commence à être connue grâce aux recherches d'Ém. Laurent, M. Marc. Laurent, M.L. Pynaert et par celles eff'ectuées antérieurement par Alf. Dewèvre et M. L. Gentil.

Nous possédons pour la région des Bangalas, en dehors des bords du fleuve, des renseignements sur le territoire situé entre la Mongalla et le Congo et exploré, en 1896, par M. Frans Thonner. Les 120 plantes rapportées de ce voyage furent données par M. Thonner au Jardin botanique de Bruxelles, et nous y avons trouvé plusieurs espèces nouvelles pour la science.

Les données sur le district de l'Ubangi sont encore peu nombreuses et ne permettent guère de se faire une idée précise de la végétation d'une partie de cette zone extra forestière qui aura des analogies nombreuses avec celle des possessions françaises.

On peut signaler, avec certitude, la présence dans cette région du Funtumia ela^tica (Preuss)O.Stapf {=-Kickxia elastica Preuss),un des arbres à caoutchouc de l'Afrique tropicale occidentale. Les échantillons transmis à Bruxelles ont été récoltés en août 1898 à Libenge par M. Mardulier, faisant fonction de commissaire de district. La même plante existe également dans la région des Bangalas où elle a été observée par M. Frans Thonner et, depuis, par des agents de l'État du Congo. Elle n'est cependant pas caractéristique de ces deux districts, car on la retrouve dans le Haut-Ituri, c'est-à-dire dans le nord-est du district des Stanley- Falls. D'après des renseignements qui demandent vérification, elle paraît se retrouver au sud de l'Equateur. Au Cameroun et au Lagos elle est exploitée par les indigènes ft fournit le « Silk-rubber » si estimé sur les marchés d'Europe.

Nous avons sur la dispersion des plantes dji district de l'Uele des indications assez vagues, les renseignements fournis par l'expédition du professeur Schweinfurth dans les pays des Niams-Niams et des Monbuttus font entrevoir une flore riche et particulière, mais nous ne savons pas toujours exactement si les matériaux ont été récoltés dans l'État du Congo ou en dehors de ses limites.

Quant au district de 1,'Aruwimi, on connaît la végétation des bords du Congo, très peu de l'intérieur des terres, et il en est en partie de même pour

le Grand district des Stanley- Falls, qui doit renfermer des zones très différentes les unes des autres. Une partie de la bordure, dans laquelle se trouve le lac Albert- Edouard, appartient au bassin du Nil et une autre partie, comprenant les lacs Kivu, Tanganyka et Moero et le Katanga,est séparée du centre du district par la chaîne des Mitumba, dont les contreforts sont coupés à la Porte d'Enfer et aux gorges de Zungo, vers le cinquième degré de latitude sud, par le Congo et le Lomami.

La flore de la zone du lac Albert-Edouard, dépendant de l'État du Congo, aura tout naturellement des rapports avec la flore du bassin du Nil et avec celle de l'Afrique orientale anglaise, mais nous ne possédons sur elle aucun renseignement.

M. Harry Johnston, au retour de son voyage d'exploration au Runssoro ou Ruwenzori, a apporté sur la flore de cette région, effleurée par les expéditions de M. Stuhlmann, des indications qui permettent de se faire une idée de la végétation de ce coin de pays. Contrairement à ce que Ton pourrait croire, la forêt tropicale dépasse le Semliki. déversoir probable de l'Albert- Edouard Nyanza dans l'Albert Nyanza, dans là partie médiane de son cours et vient mourir au pied des contreforts du Ruwenzori ; cette forêt est arrêtée au nord et au sud de cette formidable chaîne de montagnes par les collines plus ou moins élevées qui séparent le bassin du Nil de celui du Congo.

La flore du Ruwenzori, dont les sommets sont couverts de neiges éternelles, présente des caractères très particuliers, et il est fort regrettable que l'on ne puisse déduire des données fournies par le célèbre explorateur anglais, si les plantes qu'il signale ont été récoltées sur le territoire du protectorat de l'Uganda, ou dans le domaine de l'État Indépendant du Congo. Sur les pentes du Ruwenzori, entouré de nombreuses chaînes secondaires, M. Johnston a observé à 6000 pieds d'altitude des Dracaena et des Fougères arborescentes se mêlant aux essences d'une forêt plus ou moins tropicale. Dans la zone herbeuse, rappelant les prairies de nos régions tempérées, il a rencontré une petite Composée assez semblable à notre « marguerite »; il y a vu aussi des renoncules et des myosotis, qui deviennent particulièrement abondants vers 7000 pieds, au moment où disparaissent les Fougères arborescentes. Avec cette disparition, la forêt perd son caractère tropical et l'on voit apparaître, chose digne de remarque, un Conifère du genre Podocarpus qui reste confiné entre 7000 et 10,000 pieds . d'altitude. Ce Podocarpus est un très bel arbre dont les feuilles analogues comme forme à celles de notre if, mais plus longues, rappellent le feuillage de certains Eucalyptus, Cet arbre se fait également remarquer par sa coloration, qui jette une note caractéristique dans le paysage; à l'état adulte, ses feuilles sont luisantes et d'un vert foncé; à l'état jeune, elles sont d'un vert jaunâtre très vif; les chatons et les cônes sont d'un rosemauve superbe et tranchent fortement sur le vert du feuillage. Dans certaines parties de ces régions, cet arbre atteint 24 mètres de hauteur. Mélangées avec ce Conifère, on rencontre des bruyères, petites et grandes, et, vers 8000 pieds, on voit des exemplaires d'un petit Hypericum très semblable à notre mille-pertuis. A une plus forte altitude, vers çSoo pieds,

on rencontre une Composée du genre Semcio; mais au lieu d'être une petite herbe comme les Séneçons de notre pays, cette plante forme un grand buisson. La caractéristique de la végétation des pentes supérieures du Ruwenzori est la présence de Lobelia à apparence de Dracaena. Ces espèces se rencontrent non seulement au Ruwenzori, mais encore dans d'autres parties de l'Afrique orientale, où, sur les montagnes, elles donnent toujours au paysage un cachet spécial. Ces Lobelia sont formés d'une tige se dégarnissant de ses feuilles inférieures, à l'état adulte, elle présente à son extrémité un bouquet de feuilles porté parfois à 20 pieds au-dessus du sol. Du milieu de ce bouquet part une hampe florale,- parfois d'un mètre de long et recouverte de fleurs densément serrées les unes contre les autres.

Lorsqu'on monte plus haut encore sur la montagne, on remarque le développement extraordinaire des mousses. Pendant près de deux milles, l'expédition anglaise a dû se frayer un passage à travers un enchevêtrement de troncs d'arbres tombés de vétusté et recouverts d'une luxuriante végétation de mousses. Celles-ci communiquent à ces forêts des. teintes passant par toute la gamme des tons jaunes et rouges, et même violets, mais le calme qui règne dans ces parages donne au paysage un aspect triste; les longues traînées de lichens d'un blanc verdâtre, qui pendent aux arbres, leur font prendre un aspect lugubre (i).

La zone du Tanganyka comprend le Katanga et le bassin du Kivu ; elle est en partie mieux étudiée et les résultats des observations faites dans ces régions, montrent des rapports indéniables avec les flores de l'Afrique orientale allemande, de l'Afrique centrale anglaise et du nord du Mozambique.

Peut-on, d'après les renseignements que nous possédons sur la flore de l'État du Congo, se faire une idée de la dispersion des végétaux que l'on y rencontre ?

On trouve souvent, dans les récits des voyageurs, des descriptions de régions avec l'indication d'espèces caractéristiques, mais rarement ces

(i) Entre 4500 pieds et i3,ooo pieds (neiges éternelles), M. H. Johnston a trouvé les plantes suivantes : Ranunculus pubescens^ Nymphaea sttUata, Cardamint prattnsis (notre vulgaire cardamine des prés ou fleur de coucou), Arahis alpina, Hypericum lanceolatum^ Symphonia, Hibiscus Grantii, Grewia mollis tt populifolia, Gtranium aculeolatum^ Impatitns Eldersii, Cardiospermum microcarpnm^ Dolichos shuterioides, Ttphrosia dichroocarpa, Parochetus communis, Cynometra AUxandri^ Rubus Dogxêttii^ Combrttum racemosum^ Anthriscus dissectus^ Oldtnlandia abyssinica, Pentas Ainsworthii et occidentaliSy Mussaenda erythrophylla, Vtrnonia hymtnolepiSf Gerbera Lasiopus, Coreopsis Steppia, Helichrysum abyssinicum, Lobelia Giberroa^ Deckenii et Stuhlmanni, Erica arborea, Asclepias macrantha^ Belmontia grandis^ Cynoglossum coeruleutn^ Solanum runsorense, Hypoeste triflora, Justicia pinguior, Streptocarpus caulescens, Lantana salviifoliaet ternifolia^ Clerodendron myricoides^ Fleurya aestuans, ArthrosoUn latifolius, Eulophia milanjiafta^ Disa Stairsii, Gladiolus Quartinianus, Asparagus africanus^ CMorophytum blepharophytum, Gloriosa virescens^ Bulbostylis trichobasis var uniseriata^ Carex runssoriensiSy Imperata arundinacea, Olyra latifolia, Davallia elegans, Chtlanthes farinosa^ Pteris flabeîlata, AspUniutn furcatum, amoenum et rutaefolium^ Polypodium rigescens, Lycopodium daerydioideSy Breutelia Stuhlmanniiy Rhacocarpus Humboldtii, Herberta Juniper ina et diverses autres espèces qui n'ont pas été déterminées.

descriptions ont été faites d'après des matériaux déterminés par un spécialiste ; les auteurs se sont en général contentés d'à-peu-près, et Ton ne peut tenir compte de leurs données dans un exposé rigoureusement scientifique.

Comme il est facile de s*en rendre compte par ce rapide aperçu, une partie relativement très faible du territoire de TÉtat a fourni des matériaux botaniques. Tout le centre du Congo, entre la Lulonga au nord, le Lomami à l'est, le Sankuru et le Kasai au sud, le lac Léopold II et le lac Tumba à l'ouest, est presque totalement inconnu ; les vastes territoires s'étendant à l'est du fleuve, entre l'Uele au nord et le Moero au sud, n'ont fourni presque aucun renseignement botanique. Ces régions renferment certainement bien des végétaux intéressants et utiles, et leur exploration amènera la découverte de plus d'une plante digne d'être exploitée.

De l'ensemble des connaissances acquises, on doit conclure que le centre de l'État Indépendant semble être couvert par une forêt assez épaisse; dans les clairières, l'indigène se livre à la culture. Cette forêt centrale s'étend à l'ouest jusqu'au delà de l'Ubangi, au nord jusqu'à la limite, entre le bassin de l'Uele et de la Dua et du Congo, elle s'infléchirait vers l'ouest à la passe de Zongo; à l'est elle va jusque vers la limite de l'État oij elle est arrêtée en partie par la chaîne de montagnes séparant le bassin du Nil de celui du Congo, mais pénètre dans le bassin du Nil jusqu'au pied du Ruwenzori, comme nous l'avons dit plus haut; au sud, la zone forestière cesserait aux chutes de Hinde, aux gorges de Zungu, à Lusambo, suivrait le Kasai pour remonter vers le nord, le long du lac Léopold II.

Cette forêt tropicale de l'Afrique centrale, assez isolée, est cependant réunie par des rideaux de forêts à la zone forestière de l'Afrique occidentale ; celle-ci commence dans le Mayumbe et se prolonge en une étroite zone le long de la côte, s'élargissant plus fortement vers l'Ogoue, s'étalant sur une plus vaste surface dans le Cameroun et se continuant toujours en zone côtière jusqu'à la Guinée française; à partir du Dahomey et du Lagos, la bande forestière devient de plus en plus étroite et ne persiste, somme toute, que sous forme de rideau. Ce dernier caractère s'accuse encore plus au Sénégal, où la végétation luxuriante des forêts tropicales se rencontre seulement dans la Gambie moyenne et dans la Casamance. Au delà de cette zone, la forêt ne présente plus du tout l'aspect des forêts tropicales ; elle est constituée principalement par des gommiers et s'étend, depuis l'ouest de l'Afrique jusque vers le Nil, dans le Soudan égyptien. Dans cette forêt, point d'ombre : les arbres y atteignent rarement plus de six mètres de hauteur et, pendant une grande partie de l'année, ils sont dépourvus de feuilles.

La forêt centrale, qui nous intéresse particulièrement, est séparée de la forêt occidentale par une large bande de terrain arrosée par tous les affluents de la rive droite de l'Ubangi et du Congo; cette bande se continue même au delà de la ligne de séparation des bassins du Kwilu et de l'Ogoue.

On ne peut actuellement encore déterminer avec certitude l'étendue des

forêts de l'Afrique tropicale ni même celle de la forêt de l'Afrique centrale, car la région est immense et les renseignements que Ton possède, relativement peu nombreux.

Néanmoins cette étendue semble diminuer, les incendies de la brousse entament petit à petit la forêt, qu'ils détruisent sans rémission; là où le feu a passé, la forêt ne repousse jamais.

N'a-t-on d ailleurs pas bien hâtivement généralisé, et le vaste territoire compris entre le lac Albert et le lac Albert- Edouard, le nord-est du Kivu et la limite occidentale de l'État Indépendant est-il bien couvert d'une forêt continue ?

Dans toutes les régions tropicales et particulièrement dans le centre de l'Afrique, la végétation est souvent condensée le long des rivières, et il se pourrait fort bien que, dans certaines régions, la forêt, dite continue, soit constituée simplement par des rideaux forestiers de peu d'épaisseur, laissant entre eux de vastes espaces de brousse ou de marais, comme cela se remarque dans l'est. Plusieurs voyageurs, tout en affirmant l'existence d'une forêt continue, sont du reste d'accord pour reconnaître que, dans certaines régions du Haut-Congo, la forêt n'est pas partout également compacte; la futaie très claire laisse à certains endroits passer les rayons du soleil.

Le pourtour de la zone forestière est occupé par la steppe ou la brousse: ces formations se présentent un peu différemment suivant qu'on les envisage vers l'embouchure du fleuve, vers le nord, le sud, le sud-est ou l'ouest.

Il ne nous est pas possible de définir actuellement quelles sont les plantes caractéristiques de ces steppes. Vers l'embouchure du Congo, la plaine est sillonnée de ravins assez profonds, oij l'humidité constante amène une végétation plus luxuriante que sur la crête, où la brousse brûlée par le soleil et par l'incendie des herbes est composée principalement de graminées; entre elles s'élèvent par-ci par-là des arbres rabougris. Cette brousse se continue sur les plateaux de 700 à 800 mètres d'altitude qui séparent la forêt tropicale centrale de la forêt occidentale ; partout elle paraît avoir le même aspect; dans les vallées qui sillonnent ces plateaux, la végétation est puissante et parfois même dans les endroits où, par suite du peu d'écoulement des eaux se sont formés des marécages, les forêts sont devenus touffues.

Dans l'est, le nord-est et le sud-est surtout, le pays prend un aspect différent; on n'y voit plus guère de ravins profonds, le terrain est mamelonné, les grandes lianes deviennent rares, même dans les vallées peu profondes; la flore est plutôt composée de plantes réduites, dont certaines font songer aux végétaux de nos flores tempérées. Par contre, dans certaines régions, des graminées gigantesques, semblables aux bambous des Indes, donnent bien au voyageur l'impression de la nature tropicale. Les Légumineuses et les Composées sont très abondantes, et on rencontre dans la brousse de nombreuses Iridiés et Liîiacées aux couleurs vives. Nous pourrons citer, parmi les belles espèces de cette région, le Buphane toxicaria ; cette plante est également répandue dans le Mozambique

et dans le sud de l' Afrique, et on la trouve presque partout dans la brousse sèche du Katanga où ses fleurs, d'un rouge vif, attirent Tattention de l'explorateur.

L'État Indépendant peut être divisé en sept régions botaniques, dont les deux premières n'appartiennent pas au bassin du Congo proprement dit et s'étendent surtout en dehors des limites de l'État. Ces zones, dont il n'est pas possible de donner une délimitation exacte, sont :

Zone nilienne ;

» du Mayumbe;

» septentrionale ;

» forestière centrale ;

» du Katanga;

» du Kasai;

» du Bas-Congo.

Il n'est pas nécessaire de tenir compte de la zone maritime, le développement des côtes étant très réduit au Congo. La flore est d'ailleurs la même sur toute la côte tropicale occidentale d'Afrique, qui est très sablonneuse et peu couverte de végétation ; celle-ci n*y atteint pas la luxuriance de celle des côtes des Indes néerlandaises ou anglaises.

I. — La zone nilienne comprend : l'Enclave de Lado et une partie de la limite est de l'État, dépendant du bassin du lac Edouard ; la flore de cette zone a de nombreuses analogies avec celle de la région soudanienne, mais nous possédons sur elle fort peu d'indications.

Le commandant Chaltin a fait parvenir à Bruxelles les éléments botaniques de deux plantes : le Bassia Parkii ou Butyrospermum Parhii, arbre à beurre, sur lequel l'attention a été attirée vivement en France par M. le professeur Heckel, de l'Institut colonial de Marseille, et le Balanites aegyptiaca. D'après les expériences faites â Marseille et à Nancy, le latex de ce Bassia donnerait une gutta-percha de valeur, mais des essais récents ont démontré la non valeur de cette plante au point de vue guttoïde. Le Bassia, abondant au Sénégal et au Soudan, ne se rencontrera fort probablement pas dans le reste du bassin du Congo; il paraît plutôt caractéristique de la région soudanienne. Cette zone nilienne confine au Bahr-el-Ghazal et possède fort probablement une flore analogue à celle de toute la région localisée entre le 6® et le 14* degré de latitude nord, et qui est déjà mieux connue du côté du Niger que du côté oriental de l'Afrique.

Lorsque les Bongos et les indigènes du Bahr-el-Ghazal défrichent un bois pour agrandir leurs cultures, ils ont toujours soin de ménager le plus grand nombre possible de ces Butyrospermum et d'autres arbres fruitiers, tel le Parkia biglobosa, ce qui donne au pays un faciès tout particulier ; certains voyageurs ont comparé cet aspect à celui de nos vergers.

Le Bassia , encore appelé « Karité », est d'ailleurs un arbre remarquable;

il peut atteindre 20 mètres de haut et son tronc droit et élancé est terminé par une ample couronne de feuilles.

Une écorce rugueuse et comme découpée régulièrement en carrés recouvre un bois rouge très dur que Ton pourrait utiliser dans l'industrie. Le fruit, de la grosseur d'une belle prune, est assez agréable au goût; il renferme un noyau assez volumineux, entouré d'une coque luisante et contenant une amande d'un brun pâle, dont on extrait le beurre de Karite ou de Galam. Ce produit a une grande importance pour Tindigène : il est comestible et possède le grand avantage de se corrompre difficilement, même par les plus fortes chaleurs. On a même essayé son introduction sur le marché européen où cette substance grasse trouvera peut-être un débouché (i).

« Le long du Nil, entre la première chaîne de montagnes et le fleuve, dit le commandant Chaltin, on trouve disséminés çà et là, des exemplaires du Bassia, depuis un point situé à une demi-journée de marche en amont du confluent de la Kaya jusqu'aux environs de Labore. Ces exemplaires manquent généralement de vigueur; ils sont de loin inférieurs comme taille et beauté à ceux des environs du mont Loka. Il n'en est pas de même de ceux que j'ai rencontrés au pays des Kigwas, dans la large vallée qui s'étend entre la deuxième et la troisième chaîne de montagnes, à une bonne journée de marche au nord du poste de Dufile. Ce sont de magnifiques et vigoureux arbres qui fournissent la matière graisseuse nécessaire à l'alimentation de la tribu. Mais où ces arbres sont particulièrement beaux et nombreux, c'est sur l'immense plateau qui se déroule au-dessus de^ la troisième chaîne où habitent les Koukous, les Niephus et, plus à l'ouest, les Lugwarets. 11 y en a des milliers; la couronne de certains d'entre eux est tellement vaste qu'une centaine de personnes pourraient se tenir à l'aise sous son ombrage. A une demi-journée de marche de la Kaya, le Bassia disparaît complètement pour ne reparaître vers le nord-ouest qu'aux environs du mont Loka. La région où il n'existe plus est particulièrement aride et tourmentée. »

La seconde plante communiquée par M. C^haltin est également assez caractéristique pour cette région c'est : le Balanites aegyptiaca, dont les fruits peuvent être mangés et dont les graines fournissent une belle huile comestible, très estimée et recherchée par les indigènes. Cette plante affectionne particulièrement la steppe, et est du reste des mieux constituée pour ces régions arides. Elle forme des buissons pouvant atteindre deux mètres de diamètre; ses tiges épineuses, très ramifiées, à petites feuilles, résistent facilement à l'action directe du soleil. Elle se retrouve au nord, à l'ouest et à l'est du Congo et existerait même dans l'Angola.

C'est à la zone nilienne que devrait appartenir la flore du Ruwenzori ; mais comme nous l'avons fait remarquer, en cet endroit la forêt tropicale centrale empiète sur le bassin du Nil, grâce à une sorte de brèche formée dans la crête qui sépare le bassin du Nil de celui du Congo, et il s'établit une zone intermédiaire entre les forêts de l'est et du centre.

(i) Voir à ce sujet : Le Karitéet VArgan, par Ém. Perrot, Paris, Challamel, 1907.

II. — La seconde zone est formée par le bassin du Chiloango, dans lequel commence la zone forestière du Mayumbe. Celui-ci fait partie d'une région spéciale dont l'État Indépendant ne possède qu'une minime portion; la plus grande partie s'étendant dans le Congo français et au travers de l'Enclave portugaise.

La région du Mayumbe est caractérisée par la forêt d'où elle tire son nom (Mayumbe signifie en fiote « pays de forêts »), elle a, au dire du professeur É. Laurent, beaucoup d'analogie avec notre Ardenne.

Fig. 3. — Racines aériennes et lianes dans la for^t.

La zone côtière assez étroite, s'étendant sur quelques dizaines de kilomètres seulement, est caractérisée par une végétation herbacée pauvre et fait petit à petit place à une zone de transition vers la zone forestière. Le sol s'élève, se creuse de ravins profonds, l'humidité devient plus considérable dans ces vallées et la végétation y est luxuriante. Les belles essences forestières sont nombreuses dans cette forêt du Mayumbe, certains arbres ont un tronc s'élançant droit vers le ciel et portant au-dessus du sous-bois leur gigantesque couronne. De nombreuses lianes réunissent les arbres les uns aux autres. Il paraît y avoir dans cette forêt beaucoup d'essences caoutchoutifèies, on y signale des Kickxia ou Funiumia dont la valeur caoutchoutifère n'a pas encore pu être déterminée. Dans la région

Fi.i;. 4. — Chkvri-s dans t:n village du Mayumbf:.

Fig. 5. — Poste dans une clairière de la forêt du Mayumbe.

du Mayumbe commence la forêt tropicale occidentale, elle se prolonge en une zone étroite le long de la côte, s'élargit vers l'Ogoue et s'épanouit dans le Cameroun où elle atteint son maximum de développement.

C'est de la forêt du Mayumbe que M. J. Dybowski dit : a L'aspect de cette série de troncs robustes, majestueux, revêt un caractère d'étonnante grandeur; et c'est de toutes parts un emmêlement de branches, de lianes qui les embrassent étroitement et s'élancent d'arbre en arbre, en des méandres élégants et bizarres. On est surpris de voir combien cette grande forêt est muette. C'est à peine si on entend le chant de quelques petits oiseaux pendant le jour. Ce n'est que lorsque la nuit se fait qu'alors des bruits retentissent de toutes parts. » Cette forêt entrecoupée çà et là, sur les collines, de clairières, steppes herbeuses, est suivie, lorsqu'on se dirige de l'ouest vers l'est, par la brousse, puis par la steppe nue, au fur et à mesure que l'on se rapproche de la crête de séparation du Bomu, du Congo et du Chiloango ; la végétation forestière est limitée au fond des vallées qui conduisent les eaux soit directement à la mer, soit vers le Congo (i).

III. — La troisième zone ou zone septentrionale comprend les bassins du Bomu et de TUele. Les seuls renseignements que nous possédions sur cette région sont ceux publiés par M. G. Schweinfurth. La flore de cette zone constitue peut-être une transition entre celle du bassin du Congo, d'une part, et celles des zones soudanienne et nilienne, d'autre part.

Le pays rocheux est creusé de vallées, la forêt existe sous forme de rideaux, au delà, c'est la brousse, dont il nous serait difficile de donner la constitution botanique. M. Schweinfurth a pu seulement jeter un coup d'œil sur la région, dont la flore paraît très intéressante. Dans une de ses parties, la frontière nord du Congo serait une frontière géobotanique, car M. G. Schweinfurth a remarqué que, si l'on passe du bassin du Nil dans celui du Congo, la flore change brusquement d'aspect, et les Pandanus, absents dans le bassin du Nil, apparaîtraient dans celui du Congo. (M. Schweinfurth rapporte au Pandanus candelabrum l'espèce observée.)

M. Johnston a observé également, dans le district de Toro, des Pandanus croissant dans la rivière qui traverse la forêt tropicale orientale; mais, d'autre part, M. le professeur Warburg, dans un travail de revision qu'il a publié sur la famille des Pandanacées, ne fait pas mention de Pandanus dans cette partie de l'Afrique australe.

IV. — La quatrième zone, ou zone forestière centrale, est constituée par le bassin du Lualaba supérieur, depuis la Porte d'Enfer, le bassin du Congo jusqu'au sud de Bolobo, les bassins du Lomami, de l'Aruwimi, de la Mongalla, du Ruki et de ses afiluents et de l'Ubangi et une partie des bords du Kasai, jusqu'à la passe de Zungo, et pénétrerait,- vers l'est, dans le bassin du Nil, occupant, au pied du Ruwenzori, une partie du bassin de la Semliki.

(i) Une des espèces de cette région est le Pterocarpus Cabrae De Wild., un bel arbre de la forêt, qui fournit un bois rouge.

Cette zone occupe donc presque toute la dépression de l'Afrique centrale. La zone forestière centrale, telle que nous la comprenons au point de vue géobotanique, finit, veps Touest, à peu près aux limites de l'État du Congo; depuis le Stanley-Pool, la forêt existe en rideaux le long des deux rives du fleuve, à partir de Bungu et du confluent du Kasai et de TUbangi, cette forêt s'élargit mais principalement vers le centre du bassin du Congo,

Fig. 6 — Fougères éi'iphytes dans la grande forêt centrale du Congo.

car elle reste en bande relativement étroite, variant de quelques kilomètres à une centaine, sur toute la rive française du Congo et de l'Ubangi.

La forêt centrale s'étend non seulement dans le centre de l'Afrique et vers la côte occidentale, mais réapparaît à une certaine distance à. l'est, s'étendant au nord et au sud de l'Unyoro, dans l'Ankole, et se continuant, malgré des interruptions, plus ou moins parallèlement à la côte du lac Albert et du lac Albert- Edouard, formant une zone côtière autour du lac Victoria.

Dans cette région orientale, la forêt paraît moins compacte et forme des massifs espacés. La chaîne du Ruvvenzori, dont les hauts sommets

ta y.

atteignent environ 6000 mètres d'altitude, paraît être le nœud de l'Afrique centrale. On rencontrerait, dans cette zone orientale de la grande forêt tropicale, la plupart des types de la flore du Congo central, mais certains des végétaux de ces régions, tout en ayant des rapports évidents avec ceux de la forêt centrale, présentent beaucoup d'affinités avec ceux de la flore du bassin occidental du Nil et de l'Afrique orientale allemande. Les Elaeis et les Calamus, qui paraissent caractéristiques de la grande forêt centrale et de la forêt occidentale, semblent manquer dans la plus grande partie de la forêt orientale, bien que Stanley signale, sur les bords de la Semliki, la présence du palmier à huile. Dans le Toro, à l'est donc du Ruwenzori, M. Johnston a rencontré, dans les vallées forestières, une belle Cj^cadée qu'il signale sur les flancs du Ruwenzori, et, chose digne de remarque, dans les régions du sud du Congo, dans les environs de Lusambo, en dehors de la zone forestière, M. le capitaine Lemarinel, puis Ém. Laurent, ont rencontré également une Cycadée {EncepkaîaHos Lemarimliamis), dont nous possédons actuellement à Bruxelles (Jardin colonial et Jardin botanique de l'État) des spécimens vivants, grâce à des récoltes de M. L. Gentil. Dans la région du Kasai, M. Gentil a encore trouvé une autre Cycadée VEncephaîartos Laureniîanus, et Bûttner, lors de son expédition à travers l'Angola et le sud-ouest du Congo, en a observé une troisième.

Ces plantes paraissent donc assez spéciales à la zone de transition entre la forêt tropicale et les steppes qui l'environnent.

La zone forestière centrale est caractérisée comme son nom l'indique, par une forêt très dense, très fréquemment marécageuse. Au dire des voyageurs, le pays est plat, sillonné par de nombreux cours d'eau et forme le fond de l'ancienne mer intérieure qui, d'après les géographes, aurait occupé le centre de l'Afrique.

Comme nous l'avons déjà fait ressortir, il n'est pas possible de donner pour cette région une idée de la caractéristique de la végétation. Il est mçme difficile de se faire une idée de l'aspect de la forêt d'après les descriptions des auteurs, car les opinions émises au sujet de cette partie de l'Afrique sont souvent contradictoires, tantôt la forêt est décrite comme admirable, tantôt comme triste et monotone.

M. H. Stanley a donné de la forêt du Semliki cette description frappante : « Il y avait des massifs de palmiers, des fougères arborescentes, des bananiers sauvages et des arbres divers revêtus de la tête au pied d'un épais tapis de mousses vertes; des fourrés impénétrables de plantes à larges feuilles... C'est le plus beau spécimen de serre chaude qu'il m'a été donné de voir.

» Dans chaque bifurcation des branches et le long des branches horizontales un développement de fougères magnifiques, de lichens, des « oreilles d'éléphants » magnifiques {Plaiycerium) par douzaines, des orchidées serrées les unes contre les autres, les mousses avaient formé de vrais coussins autour des branches et à chaque brindille pendait une goutte d'eau brillante. »

Partout les arbres élevés, à tronc droit, portent leur cime au-dessus du

Fig. 8. — Dans la (.kandi: iorki : Ki'iphvtks ht Liani:s,

fouillis du sous-bois; ces arbres, toujours feuillus, à rameaux jeunes, fréquemment garnis de feuilles colorées en rouge plus ou moins vif, sont réunis par un lacis de lianes. Dans cette forêt, comme dans celle du Mayumbe, tout est calme. Les arbres de la grande forêt tropicale présentent très souvent à leur base des sortes d'ailes ou contrefoits qui permettent à la plante de résister aux tornades les plus violentes. D'autres plantes, au lieu d'un tronc unique, possèdent de nombreuses racines adventives élevant les branches feuillues sur un véritable échafaudage. Un

Fig- 9- — Platycerium sur un tronc de Dracaena.

des beaux exemples de ces plantes est le Musanga Stnithii; c'est un arbre curieux et très répandu dans toute l'Afrique tropicale, il est parfois dénommé parasolier à cause de ses grandes feuilles composées-peltées. Le Musanga possède la propriété remarquable de laisser écouler de ses multiples racines supports, coupées à une certaine distance du sol, une grande quantité d'eau, parfois même jusqu'à trois litres. Les nègres connaissent fort bien cette particularité et l'utilisent quand ils se trouvent en disette d'eau dans la grande forêt Chez les Bajandes, qui s'établissent parfois assez loin des rivières, chaque famille possède un certain nombre de Musanga fournissant chacun de l'eau pendant cinq à six jours.

Les fleurs sont assez rares dans la forêt tropicale, et en général de couleur peu apparente. Cependant on y rencontre de belles Rubiacées. des genres Randia et Gardem'a, dont les fleurs peuvent atteindre i5 centimètres de long; de grandes Légumineuses arborescentes étalent leurs fleurs voyantes au-dessus du fourré. Les fougères arborescentes se rencontrent parfois. Les épiphytes existent, mais paraissent moins nombreux que dans les forêts américaines, les fougères et les orchidées fixées sur les branches semblent peu variées.

Fi^. lo. — Fragments du Dracaena de la figure préckdknte.

Dans le nord, sur les rives du Congo, dans les forêts de la Mongalla et de rUbangi, le Funtumia elasiica, caoutchoutier de Lagos, confondu pendant longtemps avec le Fnniumia africana, est assez répandu. La région est très caoutchoutifère ; vers le sud, le long du Kasai, se trouve la zone à « caoutchouc rouge » si estimé, obtenu du latex du Landolphia owarieusis{i). Il reste, néanmoins, certaine obscurité dans cette grosse question, car s'il

(i) Le Landolphia owariensis est la première espèce décrite dans ce genre si important. Ce genre créé, par le botaniste français Palisot de Beauvois, a été dédié au capitaine Landolphe qui commandait l'expédition française au royaume de Bénin et d'Oware.

Fig. n. — Un sommet d' Elaeis Ramifié en candélabre.

Fig. 12. — RixiiMKs u Elaeis: av pkkmii.k plan dis i-kuits séi'arics.

est vrai que le Landolphia owariensis, découvert dans le pays d*Oware et de Bénin, bien au nord du Congo, par le botaniste français Palisot de Beauvois, est semblable à la plante du Kasai, il faudra expliquer pourquoi cette liane ne donne qu'au Kasai un caoutchouc rouge et partout ailleurs un caoutchouc noir, néanmoins de bonne valeur? Diverses autres lianes caoutchoutifères abondent dans cette région ; leurs fruits, dont la couleur se modifie suivant l'état de maturité, attirent les regards et sont souvent

Fig. i3. — Allée uk jeunks Elaeis dans une plantation de caféiers.

estimés des noirs qui apprécient la saveur aigre-douce de la pulpe dont sont entourées les graines.

Le Landolphia florid a, une des lianes caoutchoutifères les plus répandues dans toute l'Afrique tropicale, est remarquable par ses jolis bouquets de fleurs et particulièrement estimée des noirs; aussi réservent-ils cette plante pour ses fruits Heureusement, ce Landolphia n'a guère de valeur au point de vue du caoutchouc; le coagulum précipité du latex de ses tiges est fortement résineux et, peu de temps après sa préparation, il perd toute élasticité.

Fi^. 14 — Une vuk du Jardin botaxVique d'Eala sur le Ruki

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