CÔTÉ DE LA FERME MODÈLE
Fig. i5. — Jardin botanique d'Eala. — Cycas Rumphii Miq. (plante javanaise). ,
L'étude botanique des lianes de la forêt, même de celles qui fournissent indiscutablement du bon caoutchouc, est loin d'être achevée.
Des caféiers indigènes existent aussi dans cette forêt centrale.
Dans toute la région, on rencontre sur les bords des principaux cours d*eau VElaeis ou palmier à huile. Cette plante, si importante, trouve dans le Congo Indépendant les limites australe et orientale de sa dispersion en Afrique tropicale.
L'exploration botanique de ce vaste territoire, à peine commencée, amènera indiscutablement la découverte de nombreuses et intéressantes espèces nouvelles, car la végétation de cette forêt s'étendant au nord et au sud de l'Equateur, est, on peut l'affirmer, beaucoup moins uniforme qu'on ne l'a cru souvent.
C'est dans cette zone que l'État du Congo a installé son Jardin colonial
Fig. i6. — Maison du directeur du Jardin botanique d'Eala.
d'Eala, centre de cultures et de recherches, dont l'influence sera considérable sur le développement ultérieur de l'agriculture, source indiscutable de la richesse des colonies.
Le Jardin botanique d'Eala possède, outre ses champs d'expériences, un vrai Jardin botanique où les directeurs ont essa3^é l'acclimatation de diverses plantes étrangères et installé une ferme modèle.
V. — La cinquième zone ou « zone du Katanga » comprend les bassins des lacs Kivu, Tanganika et Moero et le plateau traversé par le Lualaba et ses affluents. Elle comprend une mince zone autour du Kivu et se continue en bande étroite le long du Tanganika jusque vers Towa, puis s'élargit brusquement et sa limite nord passe à la Porte d'Enfer sur le Lualaba, sa limite ouest se trouve sur la crête relativement peu élevée, qui sépare les affluents du Lualaba Congo de ceux du Kasai. Cette zone intermédiaire, au point de vue botanique, entre la zone nilienne et celle du Zambèze située plus au sud, est caractérisée par quelques genres dont nous possédons des représentants en Europe, tel le genre Delphinium, Un genre- assez
particulier à la région est le genre Cryptosepalum, de la famille des Légumineuses; des espèces de ce genre existent également dans TEst africain anglais. Comme l'indique d'ailleurs la topographie générale du pays., la flore du Katanga doit avoir, avec la flore des Possessions anglaises et allemandes de l'est de l'Afrique, des affinités nombreuses, car le bassin du Tanganika s'étend sur une assez grande distance dans l'Afrique orientale allemande.
Fig. 17. — A (JAiCHE l'N Borassus
DONT LA TftTK SURPLOMBE LA BROUSSE DU BORD DU FLEUVE.
Pour le moment, une des caractéristiques du Katanga est de posséder une proportion très considérable d'espèces nouvelles. L'herbier, formé aux environs de Lukafu par M. Verdick, pendant sa période de commandement de la zone du Katanga, nous a permis d'entrevoir dans cette région une flore particulièrement variée.
De nombreuses espèces de cette flore appartiennent aux flores du nordest, de Test et du sud-est de l'Afrique, beaucoup moins à celle de l'ouest.
Rien d'étonnant à ce fait ; la configuration du sol paraît, en effet, diviser à cet endroit l'Afrique tropicale en deux parties bien distinctes : Tune orientale, l'autre occidentale. La chaîne de montagnes qui forme la séparation est très élevée vers le Ruwenzori, où elle donne naissance vers Test à la région si tourmentée des grands lacs et se termine au nord du lac Kivu par le volcan Kirunga (Afrique orientale allemande), dont la végétation entre 2000 et 3ooo mètres a été étudiée par le comte von Goetzen. Ce bassin du Kivu, très étroit d'après le capitaine Bastien — il a en certains endroits quelques kilomètres seulement — est particulièrement malsain à cause du grand nombre de marais; les Borassus, les Euphorbes géantes y sont très nombreux, et la flore en général, comme la nature du sol, font supposer que le Kivu a dû appartenir, dans le temps, à la zone nilienne,et que la Russisi, le déversoir du Kivu dans le Tanganika, s'est formée tardivement. A partir du lac Kivu, vers le sud, la chaîne de collines, séparant l'est et l'ouest de l'Afrique, diminue de plus en plus de hauteur et vient s'épanouir dans le plateau du Katanga.
La limite nord-ouest de notre zone descend en gradins rapides vers la cuvette centrale du Congo, rivières et fleuves traversant cette région dans des gorges profondes.
Sauf dans les vallées, où la forêt apparaît encore le long des rivières sous forme de rideaux de peu d'épaisseur, la presque totalité de la surface du Katanga est occupée par la savane ou la brousse, mais cette savane, du moins dans le sud, présente un aspect un peu différent de celle du Bas Congo; les arbres sont assez nombreux, nos voyageurs belges sont revenus enchantés de leur séjour dans ces régions, le paysage leur a rappelé les vergers de notre Belgique. Dans les endroits où la savane proprement dite domine, on rencontre de nombreuses plantes grasses.
L'Expédition scientifique, conduite par le capitaine Lemaire, a aussi rencontré au Katanga des forêts compactes de bambous; ceux-ci appartiennent à une espèce peut-être identique à V Arundinaria alpina, découvert à 2000 mètres d'altitude, par l'expédition de Walther Goetze, dans la région de Kinga. M. le lieutenant Verhaeghe a traverse dans la région du Kivu. à l'ouest du lac, des forêts de bambous séparées des lacs et de la grande forêt centrale par des bandes de steppes; le passage entres ces tiges élancées, d'un vert foncé, atteignant 12 mètres de haut et 20 centimètres de diamètre, fait une impression inoubliable.
Dans les environs de Kabambare, plus au nord, mais toujours dans la même région, on a observé la même végétation.
Des bambous ont été également rencontrés par M. Johnston à l'est du lac Victoria, dans la partie orientale du Protectorat de l'Uganda; ils y existent en forêts notables entre 8000 et 10.000 pieds d'altitude; à l'est du Kivu, dans le Kigeri, le Comte von Goetzen les a aussi remarqués.
On a prétendu que le bananier n'existait pas dans le Katanga; cependant des spécimens de Musa cultivés, ou peut-être indigènes, ont été vus par le capitaine Lemaire.
Fig. I8. — RÉGIME DE FRUITS DE BorasSUS (FORTEMENT RÉDUIT).
VI. — La sixième zone comprend une partie du bassin du Kasai à son embouchure, le Sankuru supérieur, la Lulua, le Kasai supérieur, ses affluents : la Fini et le Kwango. et les bords du Congo, depuis le sud de Bolobo jusqu'aux gorges de Zinga.
Cette région se prolonge en dehors de l'État Indépendant du Congo, dans une partie de TAngola; il semble qu'on puisse la caractériser par la brousse et la fréquence du « caoutchouc des herbes », dans lequel on avait cru reconnaître le Carpodinus îanceoîata K. Schum. Pendant plusieurs années, on rappoita à cette espèce les plantes produisant du caoutchouc dans leurs rhizomes; déjà, en 1902, nous avions émis des doutes sur ce rapprochement; depuis peu, grâce à des matériaux nouveaux et grâce aux observations faites sur place par M Chevalier, nous pouvons certifier que le Carpodinus Ianceoîata n'est pour rien dans la production du caoutchouc des herbes. Celui-ci est fourni par plusieurs espèces, et une des principales est le Landolphia Thoîlonii, créé par notre regretté compatriote Alfred Dewèvre sur des échantillons recueillis au Congo français par ThoUon. On a attribué encore la production du caoutchouc des herbes à plusieurs autres espèces, parmi lesquelles : Clifandra gracilis et Landolphia humilis, Carpodinus hucaniha et chylorrhiza. Cet exemple prouve bien ce que nous avons avancé plus haut; sans Tétude approfondie, scientifique et pratique, on ne serait pas arrivé à déterminer l'origine du « caoutchouc des herbes»; ce problème a une certaine importance commerciale et peut, par la suite, en acquérir une beaucoup plus considérable encore.
La région du Kasai est aussi, en partie, couverte de forêts, mais ces forêts sont formées d'arbres peu élevés et espacés, et les intervalles sont remplis par une vigoureuse végétation; les plantes herbacées, les arbrisseaux et les lianes s'y rencontrent en abondance La flore de cette région, peu étudiée encore, paraît, d'après les renseignements fournis par les voyageurs allemands, riche en espèces particulières. La région du Kasai est-elle une région botanique bien naturelle? Nous n'oserions l'afFîrmerî Vers le sud-est, la flore paraît différer sensiblement de celle du nord, qui forme une transition très nette vers la forêt tropicale, comme le démontre, d'ailleurs, la présence de certaines essences forestières de haute futaie et celle de divers Landolphia (lianes).
VII. — La région VII comprend leBas-Congo jusqu'aux gorges de Zinga, en exceptant le Mayumbe; elle appartient à la zone côtière de l'Afrique et se continue dans l'Angola et dans le Congo portugais au nord: sa flore est très semblable aux flores côtières du nord et du sud et est relativement pauvre. Si l'embouchure du Congo est plus ou moins boisée, l'intérieur des terres est, dans cette région, couvert par de la brousse, de ci de là se dressent quelques âîbres rabougris. Pendant la saison sèche, le plateau est brûlé par le soleil, mais, à la saison des pluies, la végétation vigoureuse peut atteindre deux mètres de hauteur. Un des genres de plantes caractéristiques de la région est le baobab ou Adansonia; cet arbre attire l'attention du voyageur par le développement extraordinaire de son tronc, par ses grandes fleurs blanches longuement pédonculées et pendantes, qui appa-
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raissent pendant la saison des pluies; pendant la saison sèche, où T^rbre est privé de ses feuilles, les fleurs sont remplacées par les gros fruits suspendus aux branches par de fines cordelettes. Ce géant des steppes du Congo est une des plantes ligneuses, peu nombreuses, du reste, qui résistent aux feux réguliers de la brousse, grâce à son écorce très épaisse et gorgée d*eau. Par ce fait, le terrain abrité par le baobab peut se couvrir d'une végétation qui résiste parfois aux incendies et forme ainsi dans la steppe, dominée par ces arbres, de vrai îlots de verdure. Le baobab peut atteindre 5o mètres de circonférence et son tronc, très irrégulier, se divise assez vite en branches très fortes, atteignant 3o mètres de long; il résiste aux tornades, et repousse avec facilité.
Le baobab se rencontre encore dans la région VL dans les environs du Stanley-Pool et jusqu'à l'embouchure du Kasai, mais il ne pénètre pas plus avantdans la forêt tropicale; il existe aussi dans d'autres parties de l'Afrique, notamment dans l'Abyssinie, le Kordofan Sennaar, dans le Mozambique, dans rUsambara. dans les steppes de Massaï. dans hi région des lacs et dans celle du Zambèse, soit toujours en dehors de la zone forestière centrale. Sous d'auties formes, les baobabs reparaissent à Madagascar, où ils se font également remarquer dans la brousse par leur forme et leur développement colossal.
Dans la région Vil apparaît une autre plante qui a, avec le baobab, une certaine-analogie pour la forme du fruit; cest le Kigelia africana, il préfèf^ les bords des rivières et se différencie par ses grandes grappes pendantes composées de fleurs rougeâtres et par ses feuilles composées-pennées.
Il nous reste maintenant à jeter un coup d'oeil sur les produits que la flore indigène peut fournir. Ils sont très variés : les uns sont alimentaires, d'autres peuvent être employés en pharmacie, d'autres constituent les matières premières pour la fabrication de l'huile, des produits de teinture; les gommes et les résines sont très abondantes, de nombreux textiles sont exploités par l'indigène. La forêt fournit aussi des bois de première valeur; enfin, l'horticulture a déjà puisé, dans les ressources végétales du Congo, de nombreux types intéressants et pourra dans la suite glaner encore bien des choses remarquables.
Rappelons ici les Musa, bananiers fétiches, introduits par le Frère J. Gillet, S. J., divers H aemanthus tels les H. Lescrauwaetii. les H, Eeiveldeattus et H. fascinaior, importés du Congo par MM. Luja et Duchesne: leurs fleurs coupées ont attiré l'attention des horticulteurs et sont devenues de vente courante en Belgique, en Angleterre et en France où ces plantes, présentées par VHorticole internaiiottale, ont obtenu un succès mérité.
U Aiisellia congoensis . une des premières orchidées introduites du Congo par Linden, peut soutenir la comparaison avec certaines orchidées américaines, et il existe bien d'autres familles dont des représentants mériteraient de fixer l'attention de nos horticulteurs.
Les produits alimentaires ont surtout une grande importance pour la colonie elle-même ; ce n'est pas, comme on le comprend, dans les plantes alimentaires de T Afrique tropicale que l'on pourra songer à trouver un produit d'exportation; mais la culture de ces plantes doit être dévelpppée afin de mettre l'indigène et l'Européen à l'abri de la famine qui peut les assaillir dans les régions difficiles à ravitailler.
Fig. 20. — Pied fleuri d'Hatmanthus Lescrauwaetii De Wild.
On a introduit au Congo bien des légumes, bien des fruits qui ont souvent donné des résultats très peu satisfaisants; il existe heureusement à l'état indigène beaucoup d'espèces dignes d'être cultivées, et l'attention de l'agronome devrait être attirée sur elles, car il est probable que, par une culture appropriée, on pourrait obtenir de certaines plantes, soit des fruits de tables excellents, soit des légumes appétissants.
Une des plantes importantes, au point de vue alimentaire, est le bananier comestible, répandu dans tous les villages indigènes.
Le manioc est également très cultivé au Congo, c'est le Manihot utilissima, une plante de la famille des Euphorbiacées dont on connaît deux variétés, Tune douce et l'autre amère : la première paraît, en général, inoffensive, la seconde est très toxique. La culture du manioc est facile et d'un bon rendement; on mange les tubercules crus après leur avoir enlevé la pelure, ou bouillis à l'eau, afin d'éliminer l'acide cyanhydrique qu'ils contiennent. Avec les racines fermentées, dont on a enlevé les fibres, on fabrique les sortes de pains constituant la chikwangue; les noirs mangent ce pain avec de l'huile de palme et du piment, et les blancs ne le dédaignent pas, surtout quand il est découpé en tranches, rôties ou frites dans du saindoux ou dans du beurre, puis saupoudrées de sucre. Les jeunes pousses de la plante, lorsqu'elles sont bouillies, constituent, paraît-il, un excellent légume.
Pour donner une idée du rendement du manioc, disons que certaines cultures ont donné 5o,ooo kilos de tubercules à l'hectare; notre pomme de terre, dans de bonnes conditions, fournit 20 à 3o,ooo kilos. Comme il est facile de le comprendre, la culture d'une plante donnant un tel rendement, épuise rapidement le sol et l'on ne peut espérer immédiatement une seconde récolte sur le même terrain.
La patate douce (Convolvulus Bataias ou Ipomoea Batatas) bien que d'origine indienne, est cultivée sur une assez grande échelle par les noirs; mais la saveur sucrée de ce tubercule ne le rend pas agréable dans l'usage courant, les nègres le mangent bouilli ou cuit sous la cendre après l'avoir desséché au soleil et pulvérisé.
Le genre de plantes, qui fournit peut-être dans tout le Congo le plus de tubercules pour l'usage culinaire, est le genre Dioscorea, très abondamment représenté, non seulement dans l'Afrique centrale, mais en Amérique et en Asie. De nombreuses espèces sont indigènes au Congo et le Dioscorea huîhifera est très cultivé par le noir. Le tubercule souterrain de ces plantes volubiles, à tiges grêles, peut atteindre dans certains cas des dimensions colossales; on en a rencontré qui pesaient 5o et même 60 kilos. Il se forme fréquemment sur ces plantes des bulbilles aénens réputés vénéneux, mais ils sont cependant mangés par certaines tribus de noirs en cas de disette.
Nous ne nous appesantirons pas sur le riz (Orysa sativa), dont la culture n'est pas très poussée au Congo, ni sur le maïs, le sorgho, le millet, Véleusine^ la canne à sucre, dont la culture est plus ou moins importante dans certaines régions, ni sur Vorge, dont certaines variétés sont cultivées dans la zone arabe et dans le Katanga. Parmi les arbres fruitiers, il faut citer le Papayer {Carica Papaya) qui, introduit il y a fort longtemps de l'Amérique, s'est implanté au Congo et s'y développe avec rapidité. Au bout d'un an, la plante peut atteindre 10 à 12 mètres de haut et porter des fruits, mais elle ne peut vivre longtemps et pourrit assez rapidement sur place. Le papayer mérite de fixer particulièrement l'attention; son fruit excellent renferme dans son latex un ferment appelé « papaïne », analogue à la pepsine et capable de digérer très activement l'albumine, sans provoquer de réaction acide dans l'estomac. L'usage de ce fruit ne peut donc être assez conseillé sous les tropiques.
L'ananas {Ananassa sativa), les orangers, les citronniers, le manguier {Mangifera indica), ont été introduits au Congo.
L'anacardier (Anacardium occidentale) se rencontre aussi dans la région. On peut citer encore des espèces d'Anona dont certaines sont indigènes, d'autres introduites. Une des espèces indigènes les plus abondantes est VAnona senegalensis, très répandu dans tout le Congo; c'est un petit arbuste à feuilles velues et blanchâtres sur la face inférieure et dont le fruit rappelle vaguement l'abricot. Les espèces introduites sont : VAnona squamosa ou pomme cannelle, VAnona reticuîata ou cœur de bœuf, VAnona muricata ou sappadille.Le goyavier {Psidium guajava ou pomme rose), l'avocatier (Persea gratissitna) sont également introduits. UArtocarpits ou arbre à pain est abondamment répandu; on en plante souvent dans les allées et ses fruits se mangent avant maturité, cuits de diverses manières.
Il existe également au Congo plusieurs vignes indigènes; leur culture pourrait être essayée sur place et donner des résultats. Outre les fruits que nous venons de citer, il y en a encore un grand nombre d'autres appréciés par les indigènes, tels par exemple les fruits de certains Landoîphia, dont les noirs sont très friands; ils évitent même, paraît-il, de saigner certaines de ces lianes à caoutchouc pour s'en conserver les fruits.
Les noirs cultivent comme légumes de très nombreuses Cucurbitacées ; l'expédition scientifique du Katanga a eu l'occasion de faire dessiner un grand nombre de fruits provenant de plantes de cette famille Bien d'autres petites plantes herbacées servent de légumes. L'arachide (Arachis hypogaea) et le voandzou ( Voandseia subterranea) sont cultivés dans certaines régions et consommés sur place, soit la graine entière, soit l'huile que Ton en peut extraire.
Parmi les épices, il faut citer, en dehors de celles qui, comme le cannelier, le poivre de Cayenne, le gingembre, ont été introduites assez récemment par la culture, certains Xyîopia, grands arbres dont le bois peut être employé à divers usages, et dont les graines très aromatiques servent de poivre aux indigènes.
Il existe des poivres indigènes, tels le Piper guineense et ses variétés congoîense et Gilletii qui, sans avoir de valeur comme condiments, pourraient être employés pour l'extraction de la pipérine dont on pourrait faire de l'héliotropine. parfum très employé de nos jours.
La vanille {Vanilîa planifolia) a été introduite dans certaines régions; il existe d'ailleurs plusieurs espèces du même genre dans les forêts du Congo. Dans la région de Ki-Santu, on rencontre même le plus grand vanillier connu, le Vanilla grandifoîia, qui avait été découvert dans l'Ile des Princes et ne paraissait plus avoir été revu depuis 1862. Cette découverte est due au Frère J. Gillet. auquel la science est redevable de trouvailles nombreuses.
D'autres vanilles gigantesques ont été découvertes dans la région du Kasai, dans les Plantations Lacourt.
Grâce à J. Gillet, le Jardin colonial de Laeken et le Jardin botanique de Bruxelles ont été les premiers établissements du monde à posséder des pieds vivants du remarquable Vanilla grandifolia.
Beaucoup de plantes sont employées dans la médecine indigène et pourraient probablement être usagées chez nous.
Les colatiers sont très abondants, mais leurs noix ne sont pas identiques à celles qui fournissent le cola si estimé de Sierra-Leone. Les colatiers du Congo appartiendraient aux deux espèces : Cola acutninata et Cola Ballayi, dont la valeur serait de beaucoup inférieure à celle de la noix de Sierra- Leone fournie, en partie du moins, par le Cola vera, étudié par le regretté professeur K. Schumann, du Jardin botanique de Berlin. Des recherches faites, depuis peu, dans l'Afrique occidentale allemande semblent prouver que le Cola vera n'est pas seul à fournir des noix de valeur, et l'on pourra trouver probablement dans le domaine de l'État Indépendant du Congo des espèces de colatiers différentes du Cola vera, mais dont le produit serait équivalent à celui de ce dernier.
On a essayé l'introduction du quinquina dans l'État du Congo, mais les essais n'ont pas été nombreux et ne paraissent pas devoir donner des résultats.
De nombreuses euphorbes lactescentes entrent dans la constitution des poisons cîe flèches. Le Tephrosia Vogelii, une Papilionacée à végétation rapide, à tige de 2 à 3 mètres de haut, est très employé pour la pêche; ses extrémités, feuillues et fleuries, jetées dans l'eau ont la propriété de paralyser les poissons qui se laissent alors prendre à la main. De nombreux Sirophanthus existent dans la région, mais aucun d'eux n'a été étudié au point de vue chimique; on ne sait si leur graine mérite l'exportation. Les espèces indigènes utilisées en médecine sont innombrables, le noir accordant des vertus à bien des plantes qui doivent être considérées plutôt comme inoff'ensives. Nous ne pouvons, comme de juste, en donner l'énumération ici.
Parmi les plantes oléagineuses répandues dans l'État, il faut citer : le palmier à l'huile ou Elaeis qui fait l'objet d'une grande exploitation commerciale. Ce palmier a non seulement de l'importance au point de vue commercial, mais encore au point de vue de la nourriture des indigènes. L'huile qu'il fournit est une de leurs principales huiles alimentaires, elle leur sert aussi comme cosmétique, toujours très employé, et la pulpe du fruit est mangée soit bouillie, soit rôtie; le noyau lui-même est parfois croqué. U Elaeis fournit encore le vin de palme et le chou palmiste qui, très estimés du noir, ne sont pas dédaignés par le blanc, il emploie souvent l'huile en guise de beurre. Il faut encore ajouter que les longues feuilles servent à la construction des cases et que les fibres servent à fabriquer des vêtements et des cordes.
U arachide ou cacaouette, dénommée chez nous « noisette du Congo », cultivée surtout en Sénégambie, existe abondamment au Congo. Sa graine et l'huile que l'on en extrait sont mangées par l'indigène. Sa culture, abandonnée pendant assez longtemps, a été reprise vigoureusement au Congo ; l'huile d'arachides a acquis une importance très considérable dans la fabrication des savons durs et elle est même employée depuis ces dernières années, dans la fabrication des fromages dits de Hollande.
Dans certaines régions, l'indigène cultive le sésame^ dont il extrait l'huile
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pour les usages culinaires ; il cultive parfois aussi le ricin. Quant au cocoiiâr, sa culture a été essayée dans le Bas- Congo et pourra être faite avec assez de succès.
Parmi les plantes tinctoriales, on peut citer divers indigotiers assez répandus, soit à Tétat indigène, soit subspontanés ; le rocouyer (Bixa orellana) que Ton rencontre par pieds isolés dans la plupart des villages. Les bois rouges fournissant le Nkula, poudre rouge employée comme teinture par les indigènes dans tout le Bas- et le Moyen-Congo, paraissent appartenir à certaines espèces de la famille des Légumineuses; du moins, le Nkula du Mayumbe est fourni par le Pterocarf>us Cabrae, un assez grand arbre dont le bois de cœur est d'un beau rouge.
Nous n'avons pas à insister sur les caouichoutiers, ni sur les copaliersx de très nombreuses sortes de caoutchouc sont exportées du Congo et ont fait du marché d'Anvers un des premiers marchés caoutchoutiers du monde.
Le copal, fossile ou récolté sur des arbres vivants, pourrait être amené en quantités énormes sur le marché.
Les textiles sont très nombreux au Congo; le coton existe abondamment sans être cependant cultivé sur une grande échelle; la ramic a été introduite et pourra donner de bons résultats. Les Calamus, les Sansevîeria, les Aloë^ VHib'Uus cannahinus, les Cyperus^ les Ficus, V Adattsonia ou Baobab et une foule d'autres plantes fournissent des fibres qui sont utilisées par les indigènes et pourraient être exploitées, hejute existe à l'état spontané et sa culture mériterait peut-être d'être tentée.
Les bois sont encore peu connus au point de vue scientifique. 11 en existe de toutes couleurs et capables d'être employés à tous usages. Un arbre, le Sarcocephahis Diederichii, existe, paraît-il, en quantité dans le Mayumbe, il a fourni le bois jaune dont sont faits les ornements et la charpente interne du Musée colonial de Tervueren. Ce bois est de densité assez forte et ne se rompt à la compression que par une charge de 570 kilos par centimètre carré. 11 est donc beaucoup plus résistant que les arbres des régions tempérées, car ceux-ci ne supportent guère plus de 525 kilos (frêne).
Il y a au Congo, pour l'industrie belge, une mine inépuisable de bois pour tous usages, et il serait à désirer que l'on parvienne à exploiter régulièrement les forêts du Congo, afin de permettre à nos nationaux de n'être plus tributaires de l'étranger pour les bois d'ébénisterie.
Nous n'avons pas cité dans cette émunération, déjà longue, le café que l'on trouve à l'état sauvage au Congo, le cacao qui y a été introduit et pourra peut-être fournir un bon rendement, ni le tabac sur la culture duquel on a fondé grand espoir. Ces trois produits sont de la plus grande importance au point de vue colonial et leur valeur est suffisamment connue pour que l'on ne do ve pas la faire ressortir ici. De ces trois plantes, le cacao est d'introduction récente; le tabac a aussi été importé en Afrique, mais il y est cultivé depuis très longtemps et se rencontre même à l'état subspontané. Quant aux caféiers, il en existe plusieurs espèces, indigènes et même endémiques, dont l'étude n'est pas encore totalement tei minée et que nous examinerons plus loin.