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BANANIERS

Les bananiers, si utiles à divers points de vue, appartiennent au grand genre Musa. On a cherché à donner une patrie, à plusieurs de ces espèces utiles, mais cela est très dififtcile, car, dans la plupart des cas, ces plantes sont cultivées depuis si longtemps que leur stade sauvage se perd. Les bananiers à fruits comestibles paraissent originaires de l'Amérique ; ils auraient été introduits en Afrique, il y a des siècles, mais cette région possède ses bananiers propres, des Musa à fruits non comestibles, à graines; plusieurs d'entre eux sont considérés comme fétiches.

Les bananiers ou Musa sont des plantes herbacées, dont les longues gaines foliaires, emboîtées les unes dans les autres, constituent un tronc ou stipe plus ou moins résistant. Le limbe est plus ou moins développé et du centre des feuilles part T inflorescence plus ou moins longue et recourbée, pendante, constituée par un certain nombre de glomérules de fleurs, appelés mains, et garantis chacun par une bractée caduque.

Après la fructification, la plante meurt, mais de son pied partent un ou plusieurs rejets, destinés à perpétuer la plante. C'est d'ailleurs le seul moyen de propagation que l'on possède pour les Musa à fruits comestibles, car ils ne donnent pas de graines.

On peut donc, au point de vue utilitaire, subdiviser les espèces et variétés innombrables de Musas en deux grands groupes :

Musa à fruits comestibles; Musa à graines

Les Musa à fibres et plusieurs des Musa cultivés pour l'ornementation des jardins se rangent dans ce second groupe.

Musa ou Bananiers à fruits comestibles

La culture du bananier à fruits comestibles, Musa paradisiaca ou pisang, et de ses nombreuses variétés, doit fixer l'attention du colon. En efifet, la banane, qu'elle soit banane de dessert ou banane à cuire, est un aliment de grande utilité pour le blanc et pour l'indigène.

Les bananiers sont cultivés dans toutes les régions tropicales, et même

en dehors de la zone de croissance des bananiers, qui s'étend parallèlement à réquateur à environ 3o degrés au nord et 3o degrés au sud, on a cherché à cultiver ces plantes et Ton a parfois eu à enregistrer des succès.

La facilité de culture de la banane, la diversité d'aliments qu'elle fournit suivant ses degrés de maturité (féculente ou sucrée), la rendent doublement précieuse sous les climats tropicaux, où elle constitue une nourriture abondante, saine et variée. Mûre, elle contient une forte proportion de sucre et l'absence de cellulose dans la pulpe fait, pour ainsi dire, qu'elle fond dans la bouche. Depuis qu'on a eu l'idée d'importer les bananes aux États-Unis, pour les faire entrer dans l'alimentation de la classe ouvrière, le commerce des bananes a pris, dans ce pays, comme le disait M. H. Lecomte, une importance et une extension qu'il n'était pas possible de prévoir.

Ce commerce est devenu également très conséquent en Angleterre et journellement il s'accroît.

Dans les pays de grande culture de la banane, on classe les innombrables variétés en deux grands groupes :

Bananes figues.

Bananes à cuire,

La première de ces dénominations correspond à la « bacove » des Guyanes, au « Sweet-banana m ou « banana » des Anglais, au « Camburi » ou « platano guinea » des Espagnols. La banane à cuire est le « plantain » des Anglais et le « plantano arton ») des Espagnols.

Les Musa à fruits proviennent des espèces suivantes ou de leurs variétés (i) :

M, paradisiaca ; M, Cavendishii .

La première a donné naissance à d'innombrables variétés économiques ; nous citerons plus loin en passant les variétés les mieux connues ; à cette espèce il faut rapporter une partie des bananes de dessert que les Anglais ont dénommées « bananas » , et les bananes à cuire ou « Plantain » .

Le M, Cavendishii ou Musa de Chine ne paraît pas varier autant, ou, du moins, ses variétés n'ont pas attiré l'attention. Cette plante se différencie facilement des formes du M. paradisiaca, elle est, d'ailleurs, cultivée depuis moins longtemps ; c'est en 1829 que Telfair l'introduisit de la Chine méridionale dans les cultures de Maurice. Depuis lors, le « bananier nain » a fait du chemin.

La culture des bananiers est une des plus faciles. Les bananiers à fruits se développent dans tous les genres de terrains, si bien entendu, ils renferment en certaine quantité des substances azotées et s'ils ne sont pas trop marécageux ou trop secs.

Les bananiers à fruits comestibles étant le plus généralement privés des

(i) On trouvera plus loin une liste des espèces du genre Musa et de leurs synonymes.

feuilles, la multiplication se fait uniquement par les rejets qui poussent à la base de la souche qui a fructifié, souvent même avant la fructification.

Comme la plante enlève au sol de la potasse, on lui donnera avec bénéfice une certaine quantité de cet amendement; c'est d'ailleurs pour cette raison que les bananiers poussent très bien dans des terrains récemment dérodés et amendés par les cendres de la combustion, toujours riches en potasse. On conseilK: également de mettre lors, de la plantation, les rejets assez profondément en terre; on fera des trous de y 5 centimètres à i mètre

Fi.i;. 45. — Rejets entourant une tige florii ère.

(P. Hubert, Le Bananier.)

de profondeur et on mettra les rejets presque sur le fond. Cette manière d'opérer retarde peut-être un peu la production, mais elle a le grand avantage de fixer plus fortement les plants dans le sol et de les mettre ainsi à l'abri des tornades qui dévastent souvent les plantations faites superficiellement.

Il faut naturellement entretenir le sol de la plantation, le priver de mauvaises herbes qui épuisent rapidement la couche superficielle au grand détriment du rendement.

Durant la culture, on peut également employer du fumier et des engrais verts ; pour ces derniers, on emploiera de préférence des légumineuses qui

seront à retourner dans le sol avant la floraison, et même un peu plus tôt, si la plante a des tendances à devenir grimpante.

Durant la période de production, il faut conserver dans chaque touffe une tige développée, une tige semi -développée et un rejet, tous les autres bourgeonnements seront soigneusement écartés.

A la fin de la première année de culture, la plante donne un régime, puis

Fig. 46. — Bananiers a fruits comestibles employés pour l'ombrage

DANS UNE jeune PLANTATION DE CAFÉIERS (BrÉSIL).

il se développe à son pied des rejets, dont il faudra conserv^er ceux nécessaires pour maintenir la plante en état de continuer régulièrement la production.

On peut obtenir 1,100 pieds à l'hectare, et ceux-ci peuvent fournir de 3,000 à 4,000 régimes du poids de 60,000 à 80,000 kilos.

La durée d'une bananeraie varie grandement, et tout naturellement d'abord suivant la richesse du sol. Dans une région à terrain, même riche,

s'il n'est fait usage d'aucune fumure, il sera nécessaire; au bout de quelques années de production, d'abandonner la plantation. On pourra naturellement remédier à l'inconvénient de l'abandon prématuré d'une plantation, en rendant aux sols les éléments minéraux capables de maintenir en bon état de production les rejets de la souche.

Le bananier est une plante très épuisante; il est nécessaire de lui donner non seulement un engrais potassique, l'élément potasse étant un de ceux dont elle a le plus besoin, mais bien un engrais complet dont la formule variera naturellement d'après la richesse du sol. Il devra renfermer comme éléments principaux : azote, potasse, acide phosphorique, chaux.

D'après des expériences faites au Panama, ce dernier élément aurait une très grande importance dans la culture du bananier, comme d'ailleurs dans toutes les cultures tropicales; c'est un de ceux qui manquent généralement dans les terres de ces régions.

Les essais d'engrais faits à Conakry par M. Teissonnier lui ont permis de fixer comme suit la formule d'une fumure :

Azote 5,47 p. c.

Potasse II, 02 »

Acide phosphorique 10,20 »

Chaux . 8,17 »

Chaque bananier recevrait par an 6 kilos du mélange, l'application se fait par petites doses afin d'éviter des pertes et d'assurer à la plante le maximum de bénéfices.

Comme on l'a fait remarquer à la Jamaïque, et, comme le dit également M. Teissonnier, l'emploi des engrais chimiques seuls ne peut être de grand effet, il faut dans le sol de la bananeraie beaucoup d'humus; celui-ci sera apporté par le fumier de ferme et des détritus végétaux qu'il sera utile d'appliquer deux fois par an.

On pourra, s'il n'existe pas de fumier, obtenir un excellent humus en séparant du pied toutes les feuilles vieilles qui retombent, en les découpant en morceaux ainsi que les tiges ayant • fructifié et en les^ recouvrant partiellement de terre. De cette façon on rendra au sol, comme nous l'avons dit, au moins une partie des éléments lui ayant été enlevés.

On peut donner à titre de mémoire et pour faire voir la quantité notable de sels que le bananier enlève au sol, les données suivantes fournies par l'analyse des cendres de fruits et publiées par Corenwinder :

Sulfate de potassium . . .• 3. 61

Chlorure de potassium . . 14.34

Phosphate de magnésie 8.24

») de potassium 7.12

Carbonate de potassium 41.66

» de magnésie 1.54

» de chaux .... 2.96

Oxyde de fer 1.17

Silice 0.36

La durée d'une bananeraie sera encore notablement allongée si Ton a soin d'enlever de la souche les parties anciennes mortes et souvent pourries qui relèvent le pied, le déchaussent et le privent ainsi du contact du sol Par Tenlèvement de ces parties, sans utilité pour la plante, on amène la formation de nouvelles racines ; celles-ci pourront puiser vigoureusement des matières dans le sol et en faire profiter toute la plante.

Parmi les nombreuses variétés de bananes à cuire et de bananes de dessert, il est difficile actuellement de faire un choix; il n'existe aucun travail d'ensemble permettant de juger de la valeur comparative de ces plantes et de leurs produits.

Il est probable aussi que telle variété, s'étant montrée excellente dans une région, ne pourra pas être directement productive dans une autre; il faudra par sélection essayer l'acclimatation.

M. Bernegau insiste en particulier au point de vue culture sur les variétés suivantes : Musa Cavendishii, banane d'argent et la banane pêche de Toasis de Gabès en Tunisie.

Les bananiers cultivés n'ont pas encore eu beaucoup à souffrir des maladies. On a signalé la présence dans leurs racines de Nématodes, qui occasionnent la pourriture des souches,' Ce parasite, VHeierodera radicicola, attaquant beaucoup de cultures, reste non seulement confiné dans les souches, mais remonte dans les tissus des gaines, tout en paraissant se reproduire uniquement dans la base. La maladie se signale, comme la plupart des maladies similaires, par l'apparition de feuilles atrophiées. Elle a été observée une des premières fois en Egypte sur des plants originaires de la Jamaïque.

Les remèdes préconisés : amendements azotés, chaux, ne paraissent pas avoir eu grand effet.

M. le Prof. Delacroix, qui a eu l'occasion d'étudier beaucoup de maladies similaires, préconise, soit comme agent de destruction, soit comme traitement d'entretien, le sulfure de carbone. Celui-ci sera injecté au sol quand les plants malades auront été arrachés et brûlés.

On emploiera donc ici, avec les mêmes précautions, le pal injecteur, et dans le traitement d'entretien on pourra faire usage du procédé que nous avons signalé à propos de la même maladie vermiculaire chez le caféier.

Cette même maladie semble avoir déjà fait son apparition à Trinidad, aux Iles Fidji, dans la Nouvelle Galle du Sud et au Queensland; elle ne paraît cependant pas avoir causé encore de très grands dégâts; le planteur fera néanmoins bien de ne pas traiter cette maladie à la légère et de surveiller étroitement les plantes qui en présenteraient les symptômes.

Le fait de l'attaque des bananiers par VHeierodera a fait même dans diverses régions rejeter l'usage de ces plantes comme ombrage dans les cultures de caféiers.

On a parlé également de la stérilité des bananiers qui pourrait être due dans certains cas à une maladie ; l'inflorescence, au moment où elle devrait

sortir de la gaine, se décompose et cette décomposition ne tarde pas à envahir toute la tige.

On ne connaît pas la raison de cette décomposition observée par M. Teissonnier au Jardin d'Essais de Camayenne.

On a également attiré Tattention sur une maladie cryptogamique qui occasionne des stries sur la surface des fruits. Cette maladie a été signalée aux Nouvelles Galles du Sud, mais on n*a pas encore fait d'essais pour Tenrayer, elle paraît d'ailleurs rare.

Récemment, cependant, des maladies plus graves ont été signalées : des centaines d'hectares auraient été détruits dans la République de Panama (division de Bocas del Toro) par une maladie encore inconnue. ACosta-Rica, plusieurs hectares de bananeraies paraissent avoir été infestés par la larve d'un Lépidoptère, le Cossina subtilts; elle s'attaque aux racines. Il est possible que cette larve puisse causer de grands dégâts, et il sera nécessaire de lutter contre elle. C'est peut-être l'insecte dont la présence a été signalée au Guatemala.

A la Trinidad, les bananiers souffraient de l'atteinte de champignons du genre Marasmius et M. le D*" Morris a indiqué à la Jamaïque la même maladie. Cependant, des recherches approfondies faites par de grands planteurs semblent avoir démontré que cette maladie n'occasionne aucun dégât sérieux dans les circonstances ordinaires.

Jusqu'à ce jour, les études sérieuses sur les maladies et les dégâts causés aux bananiers, par des animaux et des champignons, n'ont pas encore été poursuivies régulièrement. Cette importante question mérite cependant d'attirer l'attention du planteur.

La banane est, quand elle est arrivée à maturité, un excellent aliment pour l'homme, et elle constitue une des meilleures nourritures pour les animaux de la ferme, surtout si elle est donnée en assez grandes quantités. Les bœufs, les chevaux, la volaille la mangent très volontiers, mais pour le porc on fera bien d'y ajouter du maïs.

La banane paraît être utile en particulier pour le cheval, elle est donnée mûre et entière.

La direction du laboratoire du Musée colonial de Haarlem a publié l'analyse d'un certain nombre de bananes d'origine Indo-néerlandaise, dans lesquelles les principaux principes se trouvent dans des proportions variant entre les chiffres ci-dessous :

Matières azotées . ... o.i6-o.32 p. c.

Matières grasses 0.21-0.54 >»

Hydrates de carbone 13.98-29.28 »

Cellulose brute 0.19-0.49 »

Cendres 0.48-1.36 »

Eau 66.11-83.37 »

Chifire nutritif 21-40 »

D'autres analyses publiées dans l'annuaire de la Société « Ooft teelt » donnent des pourcentages différents :

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