‹ Les Plateaux de la balanceChapitre 18 sur 47 · LES PREJUGES I · texte numérisé non relu

LES PREJUGES I

lui est pas même permis d'y songer. Le repentir peut chanter, mais non pas le remords ! Entre le repentir <'t le remords, la distance

est infinie, car le repentir espère et le rémoras n'espère pas. Le repentir croit au pardon ; le remords croit à la perte irréparable, et chacun d'eux est entraîne dans la direction qu'il choisit. Celui qui, au lieu de se livrer au repentir, se livre au remords, refuse le pardon à un homme, et cet homme, c'est lui-même. Celui qui refuse un pardon demandé semble livrer son prochain au remords, et celui qui pardonne le livre au repentir.

L'antiquité est avide de remords ; c'est pourquoi elle chantait peu. Le repentir est une mélodie qui célèbre la gloire de Dieu sous la figure de la miséricorde.

Si Hamlet et la reine sont voués au silence, est-ce Ophélia qui chantera ? Encore moins, >'il est possible. 11 ne lui reste pas ce qu'il faut de pureté pour produire une harmonie. Ophélia est froide comme la folie et corrompue comme la tristesse. Si Hamlet était le type du jeune homme. Ophélia serait le type* de la jeune fille ; mais c'est le contraire qui est vrai. Le cœur héroïque et le cœur virginal sont ignorés du monde d'en bas ; dans ce drame ténébreux, l'homme c<t mollasse, et la femme flétrie.

Shakspeare a du goùl pour le désespoir et du goùl pour l'obscénité : le désespoir est son travail, l'obscénité son repos. Il se délasse dans l'obscénité qui remplit ses petites scènes,

des violences du désespoir qui remplit ses grandes scènes.

Quelques paroles sublimes, quelques scènes profondément humaines sont égarées entre ces deux monstres et vite étouffées par eux.

Parmi les plus irréconciliables ennemis qui soient au monde, il faut citer la musique et la grossièreté. Celle-ci n'a pas figuré dans l'opéra. L'opéra, qui a tant de défauts, n'a jamais été grossier.

Le désespoir et l'obscénité ne se ressemblent pas en apparence, et ne s'appellent pas logiquement ; mais ils s'appellent en fait, parce qu'ils sont deux émanations d'en bas.

Peu d'œuvres, sur cette terre, ont eu autant qu H amlet, la puissance d'éveiller l'écho.

Il y a quelque chose de géant et de royal dans la nature de Shakspeare. Mais comme l'orgueilleux d'autrefois, il marche à quatre pattes et son œil est fixé à terre. Or les oiseaux chantent, mais les quadrupèdes ne chantent pas.

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