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LES PASSIONS, LES CARACTÈRES LES AMES

L'homme a toujours étudié l'homme. Il se regarde avec une curiosité mêlée d'inquiétude. Il s'admire, il se méprise, il s'étonne, il se creuse, il se regarde en tous sens, comme s'il voulait trouver et dire, sur ce personnage bizarre qui est lui-même, un dernier mot, un mot qu'on n'ait pas encore dit. Or, pour le dire, ce mot, l'homme doit arrêter son regard sur l'homme ; mais il ne doit pas arrêter son regard à l'homme. Pour se voir, il faut qu'il se domine. Il faut qu'il se place au-dessus de lui pour se connaître. Il faut qu'il parte de haut pour aller au fond. Le regard ne plonge dans les abîmes que quand il tombe des hauteurs.

L'Art, dans ses études sur l'homme, a pris mille formes, mille aspects, mille habitudes, mille sentiments. Il a ri, il a pleuré, il a frémi. Il s'est divisé (car l'homme classe toutes choses), il s'est divisé, et quand la division vraie, la division organique lui a échappé, il a inventé, en se considérant sous ses divers costumes, la division mécanique des genres. Il a fait des tragédies, il a fait des comédies. En somme, qu'a-t-il fait ?

Nous allons essayer de jeter la sonde et de mesurer la profondeur de ses différentes tentatives.

L'Art peut considérer l'homme dans son rapport avec telle personne ou telle chose er particulier.

Il peut le considérer dans ses rapports avec les personnes ou les choses en général.

Il peut le considérer dans ses rapports avec lui-même et avec l'infini.

Le drame, le conte sont nés du besoin qu'éprouve l'homme de se mettre en scène et de se regarder. Là il est son propre confident, il voit jouer à découvert les ressorts qui le font agir, il voit l'amour et la haine des êtres.

Mais comme l'homme obéit en toute chose à la tentation de se séparer, il regarde souvent un seul point de lui-même en rapport avec un seul objet. Quand il regarde fixement un point unique dans le monde intérieur, et un point unique dans le monde extérieur il arrive à la peinture d'une passion. Mais la vie exigeant, pour se manifester, un système complet de sentiments et d'actions ; la vie exigeant, pour se développer, une certaine étendue de relations, la passion, dès qu'elle est isolée, devient abstraite.

Tombant dans ce piège, le drame s'est appelé la tragédie.

La tragédie a pris le convenu pour le réel et l'abstraction pour l'idéal.

La chute du réel et celle de l'idéal entraînent celle de l'homme.

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