L'EN VI K
admirer le dévouement a\ec lequel il immole ses plus chères affections, quand il s'agit d'éclairer les autres.
\gissanl ainsi, parlant ainsi, sentant ainsi, l'em reux ne sait pas toujours, avec une conscience aette et précise de son infamie, qu'il parle ainsi, qu'il sent ainsi. Quelquefois il répand son venin comme la Heur donne son parfum, sans intention bien déterminée. Et plus il est réellement l'envieux typique, plus il ignore son acte. 11 esl à la fois dupe et fripon. Le véritable envieux est celui qui se trompe lui-même, après avoir trompé les autres sur la nature des sentiments qui le poussent. Et cependant il esl plein de ruses, plein de malices, plein de subterfuges. Mais ces ruses, ces malices, ces subterfuges égarent quelquefois sa propre conscience, autant que la conscience des autres. L'instinct agit dans l'envieux plus que toute autre chose. C'est I instinct qui le pousse à ravaler ce qui est grand. C'est l'instinct qui lui enseigne la manière de ravaler. C'est l'instinct qui choisit ceux qu'il faut ravaler, ceux qu'il faut exalter outre mesure.
C'est l'instinct qui lui dit : Le danger est ici, abaisse : le danger n'est pas là, exalte.
Pour l'envieux la vie est un labyrinthe, mais son instinct est le lil d' \riane ; l'Envie possède, plus que \r< autres vices, l'instinct de la conservation.
Elle appelle à son secours toutes les apparences ; elle esi d'autant plus féconde en expé-
dients que ce n'est pas le raisonnement qui la guide.
Elle est rouée et ne le paraît pas. Elle est rouée, et quelquefois elle ne le sait pas. Par moment elle joue la candeur. Elle ose, dans son audace, prendre le masque de la bonhomie. La chose du monde à laquelle elle est le plus contraire, c'est l'innocence. Et quelquefois elle joue à l'ingénuité. Elle est simple, bonne fille, candide. L'envieux est presque toujours ce qu'on appelle un camarade.
Le camarade est un homme léger. Quand un homme est léger, les autres hommes, dans leur erreur profonde, ne le croient pas méchant. La légèreté, cependant, c'est l'absence de cœur. La légèreté accompagne tous les vices et tous les crimes. Les grands scélérats sont quelquefois des hommes légers.
L'envieux est donc léger. Cette légèreté vient au secours de ses mensonges. Aux yeux des hommes sans intelligence, un homme si léger, un si bon enfant, un si bon camarade ne doit pas être un bien profond scélérat. Ils jouent sur le mot profond. Etre un profond scélérat, ce n'est pas être un esprit profond, c'est être un coquin, léger et envieux. Le calomniateur n'a pas besoin d'être un grand homme pour être un grand misérable. Ce n'est pas son génie qui est profond, c'est la boue où il s'enfonce.
Mais l'insouciance, le sans-façon, la bonhomie un peu plaisante, le rire très naturel, la camaraderie, toutes ces choses bourgeoises
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el légères dont il assaisonne le poison, persuadent à tons les lions vivants que ce poison est inoffensif. 11 est si drôle, si amusant ! 11 fait des calembours ! Au besoin il ferait vos commissions ! Il est gentil, il est ser viable.
L'envieux de mélodrame, qui a un manteau couleur de muraille, est un personnage de fantaisie : c'est un traître de commande qui ne vit et qui ne meurt qu'à la Porte-Saint- Martin.
Le véritable envieux est complaisant et fait dire à ses camarades qu'il est incapable de penser à mal. Il dit tout ce qui lui passe par la tète et fait tout ce qu'on veut. Et vous entendez les camarades juger le camarade :
C'est un gentil garçon ! léger, tant que \<his voudrez ! Mais méchant ? impossible ! Lui, méchant ? allons donc !