I. BSPEB \n< I 20 I
En général, ceux qui se laissent diviser perdent la communion de l'amour, sont directement victimes de l'esprit <lrs ténèbres, <|ui les calomnie les uns près des autres, (fui les trompe, qui surtout orée entre eux <los malentendus. Le malentendu est, dans l'ordre pratique, une des forées vives de l'espril qui veul diviser. Le malentendu occupe, dans l'ordre pratique, la place qu'occupe l'ignorance dans l'ordre théorique.
Le malentendu a pour complices l'amourpropre et le silence. 11 y a des mains faites pour se serrer, qui ne se serrent pas, parce que l'amour-propre et le silence s'entendent pour les paralyser. Il y a des hommes qui s'embrasseraient s'ils se parlaient : car ils s'apercevraient, en se parlant, que leurs âmes, unies par leurs désirs intimes et par les vérités divines, n'étaient séparées que par des fantômes et par des illusions diaboliques.
Que nous manque-t-.il pour nous unir ? Ce n'est, je crois, ni la nécessité pratique, ni la splendeur idéale de l'amour qui fait défaut.
Quant à la nécessité pratique, je crois que. pour en douter, il faudrait n'exister pas. Il faudrait n'avoir jamais ouvert ni l'histoire des faits, ni celles des idées. Il faudrait oublier à la fois la métaphysique et la vie. Il faudrait ne pas voir et ne pas entendre. Il faudrait être sourd et aveugle en face des deux monstres qui ouvrent la gueule pour engloutir toutes choses, qui s'appellent le panthéisme et l'indifférence.
Ces deux mofs, qu'on s'étonnera peut-être de trouver ici réunis, s'appellent plus qu'on ne le croit. Le panthéisme est le genre d'indifférence religieuse qui est adopté par les savants.
L'indifférence des ignorants est le résultat du panthéisme des savants.
L'indifférence est le fruit que le panthéisme porte. Elle est la forme qu'il donne à l'égoïsme humain. Il garde pour lui son langage scientifique. Mais il communique au monde et verse dans la société la sève intérieure qui est la vie de ses formules. Il établit la circulation de la mort.
Le panthéisme, c'est la formule. Cette formule, inaccessible en elle-même au public, s'ouvre; l'écorce tombe- et l'indifférence apparaît. L'indifférence était la mort cachée dans la formule scientifique.
Cette mort circule dans le monde.
A la circulation de la mort je ne vois qu'un remède, c'est la circulation de la vie.
La formule de l'erreur a donné le fruit de mort.
Il faut que la formule de la vérité fasse éclater au fond de nous le fruit de vie. Il faut que dans le grand corps humain le sang circule.
La circulation du sang est une nécessité pratique. La haine est la paralysie, c'est-à-dire la mort.
A côté de la nécessité, je crois avoir nommé
i 'bspér \m i i53
tout à l'heure, en parlant de l'union. la beauté.
Vous rappelez-vous le jour et l'heure où nous fui recommandé l'amour ?
Vous rappelez-vous le Nom de celui qui parlait et le Nom de celui qui entendait ?
Celui qui parlait s'appelle la Parole. Le Verbe éle\ ait la voix.
Celui qui entendait, c'esl Dieu le Père.
Vous rappelez-vous le modèle, le type qui fut proposé ce jour-là à notre union, la société qui fut montrée à la notre, afin que nos yeux fidèles puissent lire dans le livre de vie le nom des Personnes qui sont un Dieu, et contempler ?
Dans un instant très solennel, la veille de la Croix, Jésus leva les yeux au ciel et dit :
Pater, venit hora...
Et nunc clarifica me tu, tenter, apud temetipsum, clariUUe quam habui priusquam mundus esset apud te.
Otte parole incommensurable précède la prière qui va porter sur nos tètes. Le Verbe \ ient de parler de lui : il \a parler de nous.
Von pm eis rogo tant uni, sed et pro eis qui credituri sunt pér vcrhum enrum in me.
If omnes unum sint sicut tu, Pater, in me et ego in te, ut et ipsi in nohis unum sint.
Il est difficile de reculer : vous savez ce que veut dire en latin sicut. Sicut veut dire : de même que.
Et, comme pour répondre à une objection prévue, il leur donne son corps, son sang,
son âme et sa divinité, le même aliment à tous, et un aliment qui est lui. Pour démontrer l'unité, il fonde l'Eucharistie.
Ainsi nous devons élever, par la contemplation, notre vie jusqu'à la Trinité divine, et reproduire, par la pratique de l'union, la Trinité divine dans notre vie.
J'ai intitulé cet article : l'Espérance, et c'est de la Charité qu'il est question. Mais pour justifier le titre que vous avez lu, voulez-vous vous souvenir des paroles qui suivent, dans les mêmes versets, les paroles que nous venons de lire :
Ut et ipsi in nobis unutn sint, ut credut mundus quia tu me misisti.
« Afin que le monde croie que vous m'avez envoyé. »
N'entrevoyez-vous pas ici pour nous la récompense de la charité ? N'entendez-vous pas, après la prière, la promesse ?
Faisons-nous un, afin que le monde croie que Dieu le Père a envoyé Jésus-Christ.
Voyez-vous de quelle façon l'avenir di monde se relie à la charité qui doit nous uniri Voyez-vous pourquoi j'ai nommé l'Espérance ?
La formule panthéistique, la formule du mensonge a lancé sur la terre la circulation de la mort, l'indifférence, la paralysie. La parole de vérité versera sur la terre les torrents de vie, les effluves, les ruisseaux du feu qu'elle contient.