‹ Les Plateaux de la balanceChapitre 36 sur 47 · I. BSPÉB \m l ■' if · texte numérisé non relu

I. BSPÉB \m l ■' if

très curieux. Il y a des alliances secrètes, des traités occultes, en vertu desquels l'erreur semble réconcilier les ennemis, afin de les unir dans une haine générale, supérieure à la haine particulière qui les animait. Il y a, en effet, des intérêts plus ou moins grands. Quelquefois L'erreur, qui pourtant aime bien tendrement la haine, sacrifie une haine secondaire, une haine privée, une haine humaine, au profit de la haine supérieure, capitale et infernale, qui est la pierre angulaire de ses remparts : la haine de la vérité révélée et surnaturelle... L'erreur ne fait ces sacrifices-là qu'à la dernière extrémité ; mais s'il l'eût fallu absolument, elle eût réconcilié Luther et Carlstadt.

L'union est donc bien nécessairement la loi de la force, puisque l'erreur elle-même, l'erreur, qui, par nature, est la négation de l'union, se voit réduite à puiser, dans les ruines qu'elle fait, l'image brisée du monument qu'elle veut détruire, pour donner à l'ombre de son palais l'ombre de la solidité en lui communiquant l'ombre de l'union.

Et nous, nous qui n'avons pas besoin, pour être unis, de parodies, nous qui habitons le temple de l'unité, nous qui sommes les rameaux de la vigne, nourris du Dieu un, nourris de la même foi, nous qui avons reçu sur la tête l'eau du baptême, nous qui adhérons à la vie, n'est-il pas temps pour nous de déjouer les efforts de l'enfer qui voudrait nous paralvser en nous refroidissant ?

L'enfer travaille de ses deux mains pour rompre l'unité de ceux qui chantent le même Credo.

D'une main il travaille pour briser dans l'âme de l'individu l'unité de la pensée chrétienne. Il veut lui persuader qu'il suffit d'être chrétien à demi, et qu'il n'est pas nécessaire de l'être entièrement. Il veut lui persuader que le christianisme n'a pas droit sur l'âme entière, qu'il y a des réserves à faire, des barrières à ne pas lui laisser franchir, une part à garder pour l'esprit contraire au sien

De l'autre main l'enfer travaille à briser l'unité de ceux qui croient, en introduisant dans la société chrétienne le grand dissolvant, l'amour-propre. L'enfer spécule sur l'amourpropre, qui est le principe de la division, et la cause de toutes les divisions. L'enfer fait des efforts inouïs pour établir entre catholiques la froideur, et celui de nous qui accepterait ce don qu'il veut nous faire lui accorderait une obéissance précieuse. Dans l'ordre moral, la froideur correspond à la paralysie physique.

Membres du même corps, nous perdons, par la froideur, l'élasticité, la vie, le jeu libre de nos mouvements. La froideur est le fruit empoisonné de l'amour-propre. L'amour-propre s'oppose à l'union qui correspond à la circulation du sang, c'est-à-dire à la santé.

Le sacrifice de l'amour-propre répond au rétablissement de la circulation du sang. Celui qui fait miséricorde offre un sacrifice.

Page 1