HISTORIQUE
La connaisance des pleurésies putrides remonte à la plus haute antiquité et l’on trouve celles-c1 mentionnées dans les œuvres d'Hippocrate
« Lorsqu'à l'ouverture d'un empyème, on trouve un pus blanc et de bonne nature, les malades guérissent ; mais, au contraire, ils succombent si le
liquide est bourbeux et fétide ».
Ce passage d'Hippocrate résume les idées que l'on pouvait avoir de son temps sur les pleurésies putrides et montre que déjà, à cette époque, la gravité exceptionnelle de cette forme d'empyème était connue.
Au dire de Littré, ce serait Dioclès qui aurait le premier reconnu que ce n'était pas les parois mêmes de la poitrine — comme on le croyait alors — mais bien la plèvre qui était malade dans les pleurésies.
On ne trouve rien de nouveau chez les auteurs qui écrivirent ensuite sur ce sujet et même, au milieu du XVI siècle, au temps de Guy de Chauliac, on s'exprime dans des termes analogues
« Dans l'empyème, si la sanie est louable, les malades peuvent en réchapper ; si elle est mauvaise,
ils meurent ).
DE
Cet auteur ne fait en somme que répéter ce qu'avait écrit Hippocrate.
C’est avec Laënnec seulement que l'histoire des pleurésies putrides entre dans une nouvelle phase et qu'apparait la première étude d'ensemble sur ces questions.
Pour Laënnec, la gangrène de la plèvre est extrèmement rare, mais elle existe. Elle est le plus souvent secondaire et « n’a lieu qu'à la suite de la rupture dans la plèvre d’un abcès gangréneux du poumon ; quelquefois aussi, elle a lieu dans les pleurésies chroniques si la maladie a eu déjà une certaine durée ».
Il dit ensuite « Quelquelois l'escharre gangréneuse
décomposée se fait jour dans la plèvre et devient la
cause d’une pleurésie ordinairement accompagnée d'un pneumothorax qui parait être l'effet du gaz exhalé par le putrilage gangréneux ; d’autres fois, l'excavation gangréneuse s'ouvrant à la fois dans la plèvre, l'air extérieur contribue évidemment au développement du pneumothorax ».
Ainsi Laënnec, avec son sens clinique génial, avait en même temps bien entrevu les causes des pleurésies putrides, reconnu le pneumothorax qui, si souvent, les accompagne et bien déterminé le mode de production de ces « fluides aériformes auxquels ils sont dus ». Il admet, en effet, le développement d'un pneumothorax par (la décomposition, sous l'influence exclusive des lois chimiques, d'une partie de la matière albumineuse, puriforme épanchée ».
La naissance de gaz dans la cavité pleurale par le simple développement de la putréfaction était donc
envisagée et devait, dans la suite, être démontrée d’une éclatante façon.
En 1828, Monod observe un ramollissement presque total de la plèvre gauche avec épanchement d’un liquide noir et fétide dans la cavité thoracique.
En 1830, Corbin reprend l'étude de cette question encore obscure et cherche à y mettre un peu de lumière. Mettant à contribution les travaux de Laënnec et plusieurs faits observés dans les services de Lherminier et de Chomel, il distingue :
1° la gangrène pulmonaire profonde avec expectoration fétide qui ne produit pas de pleurésie.
2° la gangrène pulmonaire superficielle sans expectoration caractéristique, qui est souvent méconnue et qui détermine ordinairement une pleurésie suraiguë par épanchement de la matière gangréneuse dans la plèvre.
Il admet donc que la pleurésie putride est une affection toujours secondaire, en opposition sur ce point avec Laënnec qui avait admis la possibilité de pleurésies putrides primitives.
En 1838, dans le Journal de l'Expérience, Fournet rapporte quelques observations, de pleurésie putride et la considère comme consécutive à la gangrène pulmonaire.
En 1841, parait la thèse de Baron : « La pleurésie chez l'enfant » dans laquelle cet auteur admet la gan-
grène pleurale d'emblée et la possibilité pour le spha-
cèle de se limiter à la plèvre sans intéresser le poumon.
ND
En 1846, Chavignez publie, dans les Bulletins de la Société Anatomique, une nouvelle observation de pleurésie putride.
Chomel, dans le Dictionnaire de Médecine, résume les faits observés par ses devanciers ; il expose, non seulement le tableau des lésions anatomiques, mais la description des symptômes cliniques, en imsistant tout spécialement sur l'anxiété et l’affaiblissement des malades. On y trouve aussi reconnue l'existence du pneumothorax par simple exhalaison gazeuse indépendant de toute perforation pulmonaire.
Les particularités climiques de la pleurésie gangréneuse commencent donc à se dégager.
En 1875, à la Société Médicale des Hôpitaux eut lieu une discussion, demeurée célèbre, au sujet des pleurésies gangréneuses, et Besnier, à la suite d'une observation, propose des conclusions qui ouvrent les débats.
Après avoir reconnu que ce chapitre de la pathologie est presque tout entier à créer, « 1l admet l'existence d’une pleurésie fétide qu'il y a lieu d'étudier et de décrire à part, à cause des signes qui l’accompagnent, de l'odeur caractéristique que présente d’emblée le liquide épanché dans la plèvre, et des lésions anatomiques gangréneuses qui lui sont propres ».
Pour lui, il y a lieu de distinguer deux variétés principales de pleurésie gangréneuse :
l’une la pleurésie gangréneuse primitive,
-l'autre, la pleurésie gangréneuse secondaire à une lésion du parenchyme pulmonaire.
Re La première étant moins fréquente et plus grave.
Dans un mémoire écrit à l'occasion de cette communication de Besnier, Bucquoy soutient une opinion opposée et conclut que toute pleurésie fétide est consécutive à une grangrène superficielle plus ou moins étendue du poumon, que le liquide épanché tient ses caractères de sa commumication avec le foyer pulmonaire et quenfin la gangrène primitive n'est pas démontrée.
Ainsi deux doctrines se trouvaient en présence et ce
fut celle soutenue par Bucquoy qui prévalut.
Cependant quatre ans après, Rendu publie une observation que l'on peut considérer comme démonstrative de gangrène primitive de la plèvre. Debove, en 1814, apporte un fait semblable, puis Netter apporte un examen anmatomo-pathologique à l'appui de cette thèse et fait connaître la nature des espèces bactériennes que l'on trouve dans ces pleurésies.
En 1888, Bouveret propose une nouvelle classification. Il isole pleurésies fétides et pleurésies gangréneuses, les premières étant indépendantes de toute lésion gangréneuse de la plèvre et du poumon. Sepet, puis Simon, dans sa thèse, font de même. Ainsi on admettait l'existence de pleurésies fétides indépendamment de toute gangrène pleuro-pulmonaire et Widal peut en apporter la première observation vraiment concluante.
Après Widal, Courtois-Suffit et Achard publièrent,
à leur tour, d’autres cas semblables et dégagèrent enfin toute l’individualité clinique de cette forme.
RAA
En 1893, Veillon montre que dans les pleurésies putrides, il s’agit, au point de vue bactériologique, d'une flore microbienne spéciale exigeant une méthode de culture particulière et il met en lumière, en collaboration avec Zuber, le rôle considérable des anaérobies dans les processus putrides.
En 1900, Dieulaloy reprend toute la question des pleurésies gangréneuses et met de l'ordre dans nos connaissances sur les pleurésies dont le liquide « sent mauvais ». Il les appelle les pleurésies ozéneuses, quels que soient leurs caractères et leur origine, ne donnant selon l’éthymologie à ce qualificatif que la signification grossière, olfactive qu'il comporte.
Il montre que les pleurésies ozéneuses sont de trois ordres : :
1° les pleurésies fétides qui, d’après lui, donnent issue à un liquide d'odeur infecte. Mais 1] ne se dégage pas de gaz dans la cavité pleurale,
2° les pleurésies putrides dont le liquide sent mauvais comme celui des pleurésies fétides, mais qui donnent maissance à la production de gaz putrides,
3° les pleurésies gangréneuses, dans lesquelles, à l'odeur nauséabonde (comme dans les pleurésies fétides) et à la production de gaz putrides (comme dans les pleurésies putrides) s'ajoute l'existence de débris sphacélés correspondant à un processus de nécrose pleurale.
L'accord s'est fait immédiatement sur la signification qu'il fallait donner à ces divers quahficatifs juxtaposés.
PS Le
Mais cette classification ne revêt pas une valeur définitive. Elle n'est en somme qu'une classification d'ordre purement symptomatique, grossière, qui ne précise même pas la qualité des sensations olfactives. Dans la classification de Dieulafoy, sont opposés les concepts olfactifs — fétide, putride à un concept anatomo-pathologique : gangréneux. Par là déjà, la
classification de Dieulaloy apparait comme insuffisante.
Elle à cependant le mérite d’avoir fixé les idées sur les divers caractères de ces pleurésies nauséabondes et surtout de les avoir groupées sous une seule étiquette : les pleurésies ozéneuses.
Par la suite, les travaux contemporains ont eu surtout pour objet, la mise en évidence de la cause microbienne de ces pleurésies.
En 1904, Guillemot, Hallé et Rist, dans une revue critique, font observer que la séparation entre les pleurésies fétides et putrides est toute factice et que, si cette division peut être d'une certaine utilité en clinique, elle n'est pas justifiée par les recherches de laboratoire. Pour ces auteurs, il n’est pas possible de décrire un processus de la putridité distinct de celui de la fétidité et ils s'avouent incapables d'établir une distinction entre les propriétés gazogènes des microbes en culture et leurs propriétés de putréfaction. Au contraire, disent-ils, toute l’histoire des suppurations fétides et gangréneuses montre qu'il est souvent impossible d'établir une distinction entre la fétidité, la putridité et la gangrène. Les microbes observés dans tous ces processus sont les mêmes et leur mode d’aclion semble comparable.