‹ Les plus anciens chansonniers françaisChapitre 2 sur 16 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Jules Brakelmann, qui fut tué à 26 ans, dans les rangs de l'armée allemande, à la bataille de Mars-la-Tour, le 16 juillet 1870, avait conçu le dessein de publier un corpus de la poésie lyrique française des xii*^ et xiii* siècles. Il avait commencé l'impression du premier volume, qui devait contenir les pièces dont les auteurs, nommés dans les manuscrits, appartiennent encore au xii* siècle. Il avait donné le bon à tirer de la 14* feuille, quand son devoir militaire l'obligea à quitter Paris et à se rendre à son poste. Ni la suite du manuscrit préparé par lui, ni ses notes, ni les épreuves des feuilles suivantes ne se sont retrouvées. L'éditeur aurait souhaité que quelque philologue continuât, au moins jusqu'à un certain point, l'œuvre interrompue, la munît d'une préface et la complétât par les indications manquantes sur les mai^uscrits, la constitution du texte, etc. Mais on verra facilement que cette tâche ne pou-

Il AVERTISSEMENT.

vait être remplie par personne, à moins d'un travail considérable et en somme peu utile. La science a marché depuis vingt ans, et Brakelmann, s'il entreprenait sa publication aujourd'hui, en modifierait sans aucun doute en beaucoup de points et le plan et l'exécution. Il a semblé toutefois qu'il serait fâcheux de mettre au pilon ces quatorze feuilles élégamment imprimées, qui contiennent des pièces dont un assez grand nombre, malgré les publications faites dans ces dernières années, sont encore inédites. Il a paru aussi qu'il serait juste de ne pas priver la mémoire de Brakelmann de l'honneur que doit lui valoir la conception de son vaste projet et même (autant qu'on peut en juger) l'exécution, si on se reporte aux conditions scientifiques d'il y a vingt ans. C'est ce qui a décidé le successeur de F. Vieweg à communiquer au public qu'il peut intéresser ce firagment d'une grande œuvre qu'une destinée tragique a empêchée de se produire à l'heure où elle aurait été d'une réelle utilité pour la science et aurait singulièrement accru la réputation dont commençait à jouir le jeune philologue qui l'avait entreprise. Ce volume ne sera pas sans intérêt pour ceux " qui étudient maintenant la poésie lyrique française ; il conservera le souvenir de Jules Brakelmann, et il epgagera peut-être quelque

Page 1