AVERTISSEMENT. III
savant, actif et laborieux copime lui, à reprendre, avec une meilleure fortune il faut Fespérer, le plan qu'il n'a pu réaliser.
L'identification des manuscrits cités par Brakelmann avec ceux des listes de MM. Raynaud et Schwan étant rendue très facile par la double table de la Bibliographie des chansonniers de M. Raynaud, on a jugé inutile de donner ici une table de concordance.
Paris, janvier 1891.
Mr
mers
Pi
Les mss. nous offrent différentes orthographes du nom de ce poète :
A : Catiers d'Aipinaus, Gathiers d'Aipinas {deux fois), Cathies d'AipinaSy Gatiers d'Apinaus (sept fois), Gatiers d'Aipinas, Gautiers d'Aipinaus {deux fois), Gautiers d'Apinaus, Gatiers Pinaus, Chevalier d'Aipinas.
E, F, G : Gautier d'Espinais,
Kj L : Gautiers d'Espinau,
Les dix-sept pilces de Gautiers d'Espinal qui lui sont attribuées dans le chansonnier de Berne {I, III, IIII, V, VI, VII, VIIII, XI, XIII, XIIII, XV, XVI, XVIII, XX, XXI, XXII, XXIII) ont été publiées dans mon édition de ce ms, {Herrig's Archiv fur das Studium der neueren Sprachen, vol. XLI, XLII, XLIII), de mime que les piïces VIII et XII, anonymes dans le ms. de Berne, mais attribuées à Gautiers par le ms. K. La piïce VI a aussi été publiée par M. Francisque Michel dans son édition des Chansons du châtelain de Coucy {p. (>(>), auquel elle est attribuée par le copiste des mss. E et F. M. Prosper Tarbé, dans ses Chansonniers de Champagne {p. 40), a en outre imprimé la neuviïme chanson d'à pris la copie du ms. de Berne conservée à la Bibliothèque impériale {Moreau 1687-1689, anc. Mouchet 8).
Parmi les pièces attribuées à Gautiers dans les différents mss., il y en a deux que j'ai cru ne pas devoir admettre.
2 GAUTIERS D'ESFINAL.
Cest d'abord celle renferma sous son nom dans le ms, F fol, 104 r :
Puis qu'il m'estuet de ma dolor complaindre (lisez chanter)
qui se trouve aussi sans nom d'auteur dans le ms. M, fol, loi r.
Elle prendra sa place parmi les chansons de Maistre Richars de
Furnival, auquel elle- est attribua par deux mss, du ^ groupe
(KfoL 12, J* fol, y) dont les copistes méritent gincralement
plus de confiance pour l'attribution des pièces que ceux du second,
fni exclu en second lieu de la liste des pikes de Gautiers la
chanson :
Au commencîer de ma nouvele amor *
qui lui est attribuée par le ms, F, fol, 104. Cest en vertu de cette autorité plus grande des mss. du y groupe dont je v'uns de parler, que je la mets sous le nom de Qucsnes de Bethune (les mss, portent Mesire Quesnes chevalier, cevaliers: Kfol, 22 v, Lfol, 98 r, y* fol. II). Elle nous est conservée du reste encore dans deux mss. du second groupe dont un la présente sans nom d'auteur (G), l'autre l'attribue à Jaques d'Espinais (E p, 214) que M, Paulin Paris croit le même que le chevalier d'Aipinas auquel le chansonnier de Berne attribue la pièce XX (Se j'ai lonc tens amors servi). Je ne crois pas que le chevalier d'Aipinas soit autre que Gautiers d' Aipinas, et l'existence d'un trouvère Jaques d'Espinais ne me paraît pas suffisamment prouvée par le témoignage d'an scribe qui, dans un autre ms, également de sa main (F) attribue à Gautiers d'Espinais la même pièce qu'il réclame pour Jaqnes d'Espinais dans le ms, E,
A fol. 13 r. B fol. 53 v. (Le 3' et le 4' couplet sont intervertis dans ce ms.).
I droit se plaint et a droit se gamente, '(^i toz jors sert senz guerredon avoir; 'Tant ai amor servi a mon pooir,
GAQTIBRS D'BSPINAL.
Qu'adés i ai espérance et atente.
5 N'onques por ce qu'ele m'a fiait doloir, N'en poi avoir a nul jor altre rente.
Nel di por ce que j'encor m'en repente; Par Deu, amors^ ainz ai mis mon pooir En vos servir et trestote m'entente.
10 La mielz vaillanz del mont et la plus gente Et elle a tôt en li, sen et savoir, Et je sui cil, qui sor tôt la covoit, Et cil, dame, qui trestot vos présente Et cuer et cors et penser et voloir.
1 5 Cil jangleor, qui vos firent dolente,
M'ont plus grevé^ que nuls mais que je sente; Si atendrai, dame^ en bpen espoir Vostre merci, ja ne sera $i lente.
Sovent avient d'une gent fiere et cointe, 20 Qui en l'estor vienent de tel randon^ Et qui premiers mostrent lor colz félons, Si les trueve on mains fiers a l'altre empointe. Si va de cels, qui quierent ochoison, Por quoi amors soit marrie et estainte, 2 5 Et quant il l'ont sorduite et destrainte^ Rien n'i ont plus, ce est lor guerredons, Mais mielz ne puet amors estre raainte.
Dame, por ce ai comencié ma plainte.
Qu'or seroit bien d^avoir merci raisons 30 Et bien seroit leus et tens et saisons, Por jangleors n'iert ja la joie maindre.
Se il janglent, dame, nos amerons.
Ne ja por els n'iert bone amors estainte,
A costume ont, dire mensonge mainte 3 5 Et nos sons cil qui tôt lor sofrerons Et lor jangler et lor parole Sainte!
K fol. i8o r.
mors, a qui toz jors serai,
Me proie et semont de chanter.
Puis qu'il li plaist, si chanterai,
Nel oseroie refuser, 5 Car plus me puet joie doner
Que ja desservir ne porrai.
Por ce a son voloir serai,
Que de li cuit avoir secors;
Nuls ne tient a moi s'il n'aime par amors.
(Le copiste a laissé en blanc la place de deux couplets.)
A fol. i8 r (Penvoi manque). B fol. 59 r (les couplets 3 et 4 sont intervertis).
Amors et bone volentez M'ont doné de chanter talent Et ce, que voi renverdir prez.
Ne m'i atraira de néant, 5 Si me merveil, coment je chant, Que tant aurai, senz avoir gré.
Servi en pardon longuement.
Amors, se vos tort en avez, De moi sosfrez vos en atant
10 Et s^il vos plaist, si m'enmieldrez, Ce que je vos ai servi tant, Qu'a petit d'asouagement Seroie si resconfortez, Que jamais n'auroie torment.
1 5 Amors, iert il ja avérez, Li guerredons, que j'en atent?
Nenil, se vos nel consentez, Ma dame n'en fera néant.
Certes, trop debonairement,
20 Se de rien fusse aseùrez, Alasse mes mais endurant.
Amors, ja en fine bialté Ne deùst avoir orguel tant.
Car c'est la riens, qui sa bonté
2 5 Va sor tote altre empirant.
Ahi, fine de bel semblant, Por Deu ! car vos amesurez !
Si serez plus a toz plaisant.
Amors, s'ele eûst enduré
30 Les mais ensi, com je les sant, Encor me fust guerredonez Cist mais tôt a mien esciant.
Amors ! car faites sol itant, Qu'ele les ait assavorez !
35 Si me gardra plus dolcement.
Nonper, sor tote rien vivant, A vos me sui liges donez,
6 GAUTURS D^BSrafAL.
Or en faites vostre talent !
Chançons, alez inelement, 40 Al conte de Briene direz, Soie merci que 3 vos chant.
A foi. 9 r. B fol. 133 r (les couplets i, 2 et 4).
Les mss. da 2* groupe présentent une rédaction assez différente de celle suivie par À et B, Elle se compose des couplets i> 4, 2 du ms. A, d'un quatriïme qui ne se trouve pas dans ce ms, (je l'ajoute à la fin) et du y du ms. A: E pag. 214, F fol. 103 r, G fol. 119 r, Ofol. 58 r, a fol. 231 r, c fol, 6 v. Le ms. P (fol. 83 r) intervertit les couplets i et ^ de cette rédaction.
Le principal ms. (K) du 3* groupe contient les couplets \,^et 2 du ms. A. Un autre ms. de ce groupe (celui que nous désignons sous la lettre M) nous présente la rédaction du 2* groupe. Il offre en général beaucoup d'analogies avec ce groupe, bien qu'il dérive pour la plus grande partie de la même source que les autres mss. du y groupe. L'ordre alphabétique adopté par le scribe de M nous a empêché de décomposer ce chansonnier en plusieurs sections comme nous avons pu le faire pour les mss. C, J et R qui ont été composés à l'aide de deux ou trois recueils appartenant à des groupes différents.
hi amans fins et vrais, ^Se li mons iert vostre en pais, N'ai je paor ne dotance, Que de si bone vaillance 5 Vos aint nuls ahres jamais.
Mais par faute de merci Me sont a bien près failli
GAUTIBRS D'ESPINàL.
Confors et bone espérance.
Or, s'il vos plaist, m'iert meri,
lo Ce que j'ai lonc tens servi.
Il n'est dolors ne e^nais, Quant me membre des eus gais Et de sa dolce semblence, Ne me tort en aligence,
1 5 Quant plus en soffre grief feus.
Ne riens tant ne m'abeli , Com.li remembrers de li Et sa simple contenence.
Mais tant me tniis esbabi,
20 Que le parler en obli.
Ensi corn de Février M^ Et del safir li balais De bialté n'a nule igaBce, Est grande la dessevrance
2 5 De celé dont je n^ pais.
Mais or seront bien péri Si dolz bien fait signori, S'or ne fait tel demostr^nce Envers son leal ami, p Dont félon soient boni.
Jangleor, vostre buffois, Qui adés faites sordois As ameors de vaillance, De parler a lor nuisance
3 5 Ne finerez vos jamais ?
Nenil voir, ainz iert ensi, De vilain oisel lait cri
Et de félon malvoillance; N'onques de vessel porri
40 Nule bone odors n'issi.
Seignor fin amant cortois, Gardez vos del tor Englois, Qui sont de foie espérance, Qu'il ne vos facent nuisance,
4J N'a moi ne a toz François.
Car de moi grever cnsî N'ai je mie deservi Et se je tor a faillance, Bien seront cil fol naïf,
50 Qui jamais queront merci.
Dolce dame, ne puis mais D'amor soffrir les essais Que plus ne sui en balance De la mort, mais a fiance
J5 Et por ce del tôt me tais.
Que del tôt m'a mal bailli Et le cuer mi destraint si Vostre grant dessevrance, Que se n'en avez merci
60 Par tens ert en .11. parti.
A fol. 29 r. B foi. 106 r. L fol. 37 v. (Les couplets i, 2, 4 de A et B, puis deux autres qui manquent dans les mss, du premier groupe et que j'ajoute à la fin.) -- La pièce est attribuée
dans le ms, L à Maistre Symons d'Autie, elle a la même attribution dans la table dés chansons du ms» K, Le feuillet sur lequel elle Hait transcrite dans le corps du vol. a probablement étc arraché à cause d'une lettre historià qui s'y trouvait. N fçL 6-j v (réd, de L, sans nom d'auteur).
iOne amor qui m'agrée *Me plaist a maintenir,
Mais ma joie ont troblée
La poine et li sospir 5 Que j'en trais en celée.
Si me merveily cornent
J'ai nul airement
En ma dolce pensée,
Dont si grant joie atent.
I o Bien m'ont la mort donée
Félon et mesdisant,
Et longue demorée
Me va désespérant,
Que j'ai chier comparée ; 15 Et se par son plaisir
Ne me fait resjdir
Pitiés bien eûrée,
N'i a que del morir.
Bien s'est amors penée 20 De moi faire esjoîr,
Mais ma dame honorée
Ne le vuet consentir
Car mercis est serrée
Et pitiés, qui ratant
10 GAUTIERS D'BSPINAL.
2$ Son dolz comandement Ne par est si osée Qu'ele rien li créant.
Deus! ou iert donc trovée Riens qui me fait joiant i
)0 Doice dame honorée, Vos en trais a garant, Que de vos n'ai rien née Fors atendre a loisir, Car par ior bien soffrir
3 5 Ont sovent recovrée Cent tomée a fuir.
Se fins cuers s\imilie, Je sai veraiement Que ma dame et s'aie
40 Ne m'iront plus targant ; Car je Pai tant proie De fin cuer et d'entir, Ne ja por repentir N'iert ma joie eslongie
45 De ce que plus désir.
Deus ! en est ce ma vie Mes confors ensement, La belle, l'eschevie Qui tant a le cors gent ?
50 Chançons va, si li prie, Se ja por bien servir Porraiachiefvenir De Vamor qui maistrie Mon cors et fedt languir.
GAUTIERS d'ESPIKAL. Il
A foL 38 V (l'envoi manque), B fol. )i r, C foL 74 v (les couplets 1-4)^ E pag. 94 (1-4)^ F fol, 39 i* (4 vers du premier coupL seulement. Tout le reste a été enlevé avec le cahier suivant), GfoL 153 V (i'4), h fol. 63 V {la fin du 4* couplet manque), KfoL 178 r (le début et la fin ont été coupés avec la lettre histo» née qui contenait probablement les armoiries de Gautiers)^ M fol. 28 V {texte complet comme dans B), f {la 26* parmi les pièces qui y sont attribuées à Moniot), B f. 1^2 v [le 2* coupé, isolé).
Comencemens de dolce saison bêle Que je voi revenir, Remenbrence d'amor qui me rapele.
Dont ja ne quier partir, 5 Et la malvis, qui comence a tentir Et li dolz sons del ruissel sor gravele.
Que je voi resclarcir, Me font resovenir De la ou tuit mi boen désir 10 Sont et seront jusqu'al morir.
Toz tenz m'est plus s'amors firesche et novele, Quant recors a loisir Ses euz, son vis qui de joie sautele.
Son aler, son venir, I $ Son bel parler et son gent contenir, Son dolz regart qui vient d'une estancele Mon cuer el cors ferir, Senz garde de périr.
Et quant je plus plaing et sospif ,
20 Plus sui joianz, quant plus m'air.
Leals amors et fine et droituriere M^a si a son voloir, Que ne m'en puis partir ne traire arrière, Ne je n'en ai pooir.
2 5 N'est pas amors, dont on se puet movoir,
Ne cil amis, qui en nule manière La bée a décevoir; Or sai je bien de voir Qu'ensemble covîent remanoir ;o Moi et amor par estovoir.
Se li anuis de la gent malparliere Ne me feïst doloir, Bien peûsse avoir ma joie entière D'esgarder, de veoir.
3 5 Mais ce que n'os por els ramentevoir,
Conoissiez, bele, al vis et a la chiere, Que je n'os mon voloir Dire por percevoir, Mais bone dame doit savoir, 40 Conoissance et merci avoir.
Vos merci je, ma dolce dame chiere, Qu'ains vos deigna seoir Et qu'il vos plaist a oïr ma proiere, Ensi com je l'espoir ; 45 Mais se merci m'i poist escheoir, Granz fust ma joie et ma poine legiere Senz point de mescheoir.
Mais molt fait bien paroir Amors, qu'ele me trait a hoir
GAUTIERS D'eSPINAL. IJ
50 De moi faire tôt son voloir.
Chançonete^ por voir A celui^ qui tant set valoir Te feras en Flandres savoir.
Phelipe, a mon pooir 5 $ Pri amor que vos laist veoir Ce que fins amanz doit avoir.
A fol. 53 V {Vmoi manque), B fol. 129 r (/</.), E p. 113, F fol. 103 V, G fol. 129 r, C* fol. 58 v (le premier couplet, puis trois autres et an envoi qui ne se trouvent dans aucun autre ms.), r fol. 1 1 5 V, Kfol. 178 V {les couplets i, 2, 4), Lfol. 98 r (id.), M. f. 42.
Desconforté et de joie parti Me fait chanter volentez desirriere,
Ne por joie ne chant, ne por merci,
Qu'amors est trop de grever costumière 5 Les otroiez de cuer leal a li ;
Mais ne di pas, que je m'en plaigne si;
Qu'onques riens tant el mont ne m'abeli,
Com li travals et la longue proiere :
Mais failli ai a ma joie première.
10 Et nonporquant, s'a ma joie ai failli,
N*i truis je pas ochoison droituriere,
Que j'ai amor et ma dame servi
De volenté fine et leal entière.
Mais senz eûr ne sera ja meri 1 5 A fin amant ce qu'il a desservi,
14 GAUTIERS D'BSPINAL.
Mais se eûr ou pitié ou merci
Peûsse avoir en alcune manière.
Ne fusse pas de tote joie arrière.
Et en mon chant et jmans et marris 20 Me plaing adés d'une gent losengiere
Qui sovent ont moi et altrui trài
En raconter mençonge noveliere.
Qu'a mien espoir eusse je joî
De ce dont ai a gré d'araor choisi, 25 Se ne fussent li félon esbahi,
Qu'en lor mentir et en lor false chiere
Metent amans en pensée dobliere.
Cornent porroit amors durer ensi,
Qui adés croit celé gent malparliere!
jo Mais se je ja puisse plaire a celi,
Qu'est de bialté mireors et lumière,
Mis seroient li félon en obli
Et moi auroit de toz mes mais gari.
He! franche riens, s'envers vos m'umili, j 5 N'en soiez pas plus cruels ne fiere,
Soffrez itant qu'adés merci vos quiere !
Par Deu, Camier, bel m'est que j'ai 01
Qu'amors ont pris mon seignor et saisi
Mais je nel voi destroit en tel manière 40 Qu'il n'en traie pénitence legiere.
Les trois couplets qui se trouvent seulement dtm le ms. C*
Ne place a Dieu que je soie escondiz, Que de s'amour ne me puis trere arrière Servirai la et si en soi haïz
GAUTIBRS D^BSPINAL. I5
De celerienz qui je aing et tieng chiere S Face en son gré ne m'en verra partir
Ne pour dolor, tant la sache (trouver) forte ne fiere. Se je li di, dame, je vous aing,
Si ele dira, qu'une autre amour quiere,
Bien est reson, car n'aferoit a mi, 10 D'amer si haut, trop oi foie manière.
Qu'a tel dame n'a tel cors seîgnori
Deveroit bien tretouz li .mons faillir.
N'est nus servh-s, qui tele honor conquière,
S'est bien resons, que je m'en traie ariere.
1 5 Or puis muser en atendant merci,
Se bonne amours n'i met sa grant puissance.
Ou se pitié ne vaint reson aussi,
Por ,moi aidier de mort sui en balance.
Trop haut pensai, je n'en sai la chevance, 20 Or en conviengne amours qui me puet fere
Et povre et riche et grant joie et contrere.
Chanson va tent a ma dame et H prie,
Qu'ele ait de moi pitié par sa franchise
Et sainsi est que ele me desprise, 25 Dont ne sai je quel part quiere manaie.
AfoL 68 V {ions nom d'auteur), Kfol, 181 r{les couplets i et 2, puis deux vers du cinquihme; le scribe a laissé en blanc la place de deux couplets).
En tote gent ne truis tant de savoir, Qu'il me sache de mon mal conseillier, Ne as sages ne vient il a voloir Qu'il me vuelent de mon anuî aidier.
l6 GAUTIERS D'ESPINAL.
5 Deus ! qu'ai je dit ? ja n'en ont il pooir Et je sui fols, que conseil lor en quier; A toz amans me plaing del boen espoir, Qu'ensi me sot dolcement engignier.
Se ma dame me met en nonchaloir,
10 Dont sui je mors, n'i a nul recovrier; Je ne ment pas, certes, ançois di voir, Car trop me puet durement essaier.
Onques nel soi amer en décevoir.
Qu'en amor n'a de deçoivre mestier,
1 5 Par ce porrai encor grant joie avoir, Se lealtez valoit mielz de trichier.
Por quoi se poine de moi a eissillier Amors ? certes, molt en fait a blasmer!
Et quant je plus me poine de li servir
20 Et elle adés entent a moi grever, Por tant que m'a trové a son plaisir.
Si vuet sor moi son pooir esprover.
Deus! qu'ai je dit? qui porroit desservir Le bien qui vient de lealment amer!
2 s Mes leals cuers ne se puet repentir, Ne je nel vuel de son voloir oster.
Ne seroit fais, mielz se lairoit morir, Qu'en fine amor a mis tôt son penser.
Si n'est pas mais que l'en puisse soffrir,
30 Poine toz jors, senz joie recovrer; Bien serai mors, s'ensi m'estuet finir; En ce se doit fins amans conforter.
Bels sires Deus I. si m'a mort entresait Ce dont deûsse avoir gringnor déduit.
3 5 Li bels semblans que ma dame me fait Ce est la riens qui m'ocist et destrait.
Por Deu li pri qu'ele merci en ait, Ou se ce non, tote joie me fait :
Et sadie bien, s'en tel dolor me lait,
40 T02: i morrai, ja n'en istrai, ce cuit.
A fol. 100 V {U coupl. 4 manque) BfoL 13 5 v (Us couplets \,
2 et 4).
a por longue demorée, Que face de moi aidier.
Ne sera entroblîée L'amors dont partir ne quier, 5 Tant ai chier
Celi qui en son dongier Me mist quant l'oi regardée.
En perillose contrée Me sot fine amors jugier :
10 Champagne bien eûrée.
Que ne m'eûstes premier!
Plus ligier Fussent tuit mi desirrier Entre la gent a penser.
1 5 Tant s'est amors afermée En mon fin cuer droiturier, Que ce me plaist et agrée Qui plus me doit anoier,
l8 GAUTIERS D'ESPINàL.
Ne proier 20 Ne sai fors humilier
Sens orguel et sens mellée.
Haï m'a ma desirrée Quant la vi a comencier, Tôt cuidai avoir trovée :
2 5 Merci encor la requier.
Del cuidier Ne me poez aligîer Por rien, que me soit vée.
Dolce dame désirée, 30 Ou nos aler n'envoier ?
Por la gent maleûrée, Qui toz jors sont costumier
D'agaitier Les amans et d'anuer.
3 5 Deus lor doinst maie durée !
A Selley, senz demorée Va chançon, por solacier Guion, qui set ma pensée De mon plus grant desirrier, 40 Qu'el vergier
Fut entre nos dous l'autrier Ma joie renovelée.
K foL 180 r* {Imprimée par M, Ed. du Miril, Mél. arch. et litt. p, 534).
Jhenisalem, grant damage me fais Qui m'as tolu ce que je plus amoiç ; Sachiez de voir, ne vos amerai mais, Car c'est la riens dont j'ai plus maie joie; 5 Et bien sovent en sospir et pantais ; Si qu'a bien poi que vers Deu ne m'irais Qui m'a osté de grant joie ou j'estoie.
Bels dois amis, com porroiz endurer La grant paine por moi en mer salée, 10 Quant riens qui soit ne porroit deviser La grant dolor qui m'est el cuer entrée ? Quant me remembre del dolz viaire cler Que je soloie baisier et acoler, Granz merveille est, que je ne sui dervée.
1. Laborde affirme que cette chanson est attribuée à Jehan de Nuevile par le ms. du roi [K). Cette fois encore, il a eu le tort de ne consulter que la table, dont j'ai signalé Pinexactitude à plusieurs reprises : la rubrique qui se trouve en tête de la pièce l'assigne à Gautiers d*Espinau. Jehan de Nuevile partage avec Jehan Erars le privilège d'être enrichi par l'auteur de cette table de bon nombre de pièces que les rubriques dans le corps du volume réclament avec plus de droit pour d^autres poètes.
Je rectifie à cette occasion une autre des assertions erronées de Laborde qu'on a trop souvent reproduites sans examen au lieu de les contrôler sur les mss. La chanson Au comencier de ma nouvele amoff attribuée à Gautiers d'Espinais par le ms. F, serait, selon lui, assignée à Cuveliers dans le ms. du roi. C'est Cevaliers qu'il aurait dû hre. Je retrouve cette erreur chez Passy {Bibl, de l*Éc. des Ch,, i8$9, p. î6).
1 5 Si m'ait Deus ! ne puis pas eschaper Morir m'estuet, tels est ma destinée Si sai de voir, que qui muert por amer Trusques a Deu n'a pas qu'une jornée Lasse! mielz vuel en tel jornée entrer
20 Que je puisse mon dolz ami trover, Que je ne vuel ci remaindre esgarée!
(U scribe a' laissé du blanc pour deux couplets.)
A foL 1 $8 r, B foL ^6 r {les couplets 2 et ^ sont intervertis).
e puet laissier fins cuers, qu'adés ne plaigne Leal amor, dont se sont estrangié Li fais amans désespéré, changié; Mais ne di pas que li miens cuers se faigne 5 De li servir, qui que li ait trichié.
Ançois atent en si dolce espérance, Que toz mais traiz mi torne en aligence.
Adés me croist fins voloirs et engraigne, Desque je m'oi a ma dame otroié.
10 Mais de tant m'a amors rasouagié, Qui que die, qu'ele nevre et mahaigne, A li me sui liges donez en fié ; Car fins amis doit avoir conoissance Qu'adés valt mielz en tote rien soffrance.
1 5 Ahi amors, en com foie bergaigne Se sont cil mis qu'ont l'anui porchacié, Traï en sont et leal empirié.
Qu'a VOS n'afiert, ne perde ne gaaigne?
Ains eschivez cels qui vos ont trichié, 20 Mais quant savez cuer qu'en vos a fiance,
A cent dobies guerredonez pesance.
Droiz est qu'onors et joie li sofiraigne,
Qu'envers amor a son cuer adrescié,
S'ele li a un poi son bien targié, 25 Qui por ce part de sa dolce compaigne
Que li sien sont en poi d'ore avancié ;
Mais fin amant soffrent mainte nuisance
De bel servir, par lor désespérance.
Deus! qui sauroit com norrist et aplaigne 30 Amors toz cels qui ne sont entachié
De faketé ne de boise empirié,
Poi puet prisier dolor que l'en avaigne !
Que tuit si mal sont en joie plongié
Et je qui l'ai servie des m'enfance, 3 5 N'i ai trové qu'onor et bienvoillance.
Sans nom d'auteur dans Us mss, A fol. 172 v et M fol. 92 v (I coupL), Attribue à Gautiers par le ms. Kfol. 179 v (1 couplet).
Oltrecuidiers et ma foie pensée Me fait chanter et si ne sai por quoi, Se por ce non, que je Tai esgardée :
Se je la vi, qu'en afiert il a moi P 5 Donc auroie je bien Cocaigne trovée,
S'il est ensi miens, tôt quanque je voi !
Ce ni ai pas, mais mis m'a en eflfroi Uns dolz pensers, dont li chanters m'agrée.
Or chanSi or l'aim : se m'est guerredonée
I G Geste poene, c'iert par ma bone foi, Onques par moi amors ne fut falsée, Ainz l'ain toz jors et serf et dot et proi.
S'ele un petit se fùst amesurée Que ne m'eûst si mené a besloi,
1 5 Altresi bien eûst trestot en moi, Com li cuens a Loheraigne trovée.
A fol, 1 84 r.
^artis de dolor.
En joie tomez, Marris de paor Et aseûrez,, 5 Chanterai d'amor,
Dont sui esgarez Par un traïtor Semblant et dervé.
Mais mes fins cuers verais, 10 Senzfalseté,
Frans et dolz, simples et gais, Enamorez A choisi mielz assez Par quoi lais 1 5 La false, plaine de crualté.
De joie et d'onor, De fine bialté, De pris, de valor Sui resconfortez, 20 Car a la millor
Me sui atomez, Dont ja a nul jor Ne serai sevrez.
Ains vuel softnr en pais 25 Et en boen gré
Mais et biens et esmais,
Corn esprovez En espoir de bonté.
De tel fais 30 Est mes cuers apris et endurez.
Tant a resplandor Qui done clarté, Espris de dolçor Ses vis colorez, 3 5 Que li mons entor
Seroit ralumez , S'or iere de jor Solels anublez.
L'altre bien, que j'en tais, 40 N'iert ja contez,
Tant en i a a fais
Et a planté, Dont Deus soit merciez.
Ne jamais, 45 S'a ceste amor £ail, ne soie amez.
24 GAUTIERS d'eSPINAL.
Fais losengeor, Quant vos ne savrez Ma joie gringnor, Si devinerez; 50 Mais s'a la millor
Garde ne prenez, Ja par altre tor Seur n'en serez.
Dame» tôt senz defois, 5 5 Mon cuer avez
Por Deu ! désormais De moi pensez !
Deus ! corn seroit buer nez, Qu'une fois 60 Seroit de vos bels bras acolez !
A fol. 1%^ V {le 4' couplet et l'envoi manquent) B fol. 1 5 v,
D, grans chans XLL
Par son dolz comandement Me sui a chanter enpris, Car toz estoie marris Et plains d'ire et de torment.
5 Mais il covient nuit et jor
Moi et mon cuer senz retor A ma dame et a amor Toz jors estre obedient.
GAUTIERS D'eSPINAL. ,2$
Onques n'amai altrement^ 1 Car cil n'est pas fins amis,
Puis qu'a bone amor s'est mis,
S'il s'en part vilainement.
Deus me gart de tel folor!
Ja n'en doit sentir dolçor, I j Qu'en gré n'en set la dolor
Sofirir debonairement.
Amé l'aurai longuement,
N'onques encor ne li dis,
Mais j'aor en son pais 20 . Et serf quanqu'à li apent.
Mais de tote la vigor,
Que j'ai en mon cuer gringnor
C'est, quant devant li demor.
De remirer son cors gent.
25 Si bel dolz contenement
Li doblent honor et pris,
Et se je la lo et pris,
Ausi font celé altre gent.
Mais se fais losengeor 30 Ne meïssent en error
Le bien qui sordroit d'amor,
Bien garroient cil amant.
A mon très dolz errement
M'i vaille, chançon, mercis, 3 5 Et s'onques rien li meffis,
C'est ce que l'ain lealment.
Et de sa fresche color
A mes cuers fait mireor,
26 OAUTtKRS DhSSPtNAL.
Mais li oil qui vont entor 40 Ne sevent pas que fe sent.
Hanri, se pris et valor Conquiert l'on en bone amor, Molt est fols qui s'en repent.
A fol. 1^6 V (l'envoi est incomplet), M fol. 100 v, g fol. 42 V {le premier couplet seulement, qualifié de son poitevin par le copiste). Voyez ce que je dis sur le ms. g dans V introduction.
Puis qu'en moi a recovré seignorie Amors, dont bien me cuidoie partir, Deus la me doinst si bonement servir.
Que de moi soit bone chançons oie.
5 Que ferai , Deus, et coment iert servie ?
Que je ne sai, se Deus m'en doinst joïr Ne mielz amer, n'a millor obéir !
Molt devroit bien, par droite cortoisie, Leals amors et faire et establir 10 Qu'ele volsist ses biens a droit partir Et fin amin assenast a amie.
Mais quant plus est de leal cuer saisie Si fait l'un vivre et l'altre fait morir Et a poine s'entremet del merir.
I $ Je ne di pas, qu'en bone amor se fie Et qui la set et atendre et servir, Qu'il peûst pas a guerredon faillir.
Mais fols se crient et sages s'umilie.
GAUTtEKS D'ESt>lMAL. fj
De pitié dot, que ne soit endonhië^ 20 Bien deûst amors desorémais sofFrir,
Que je peûsse a ma joie venir.
Amors le vuet, pitiés est esveiilie,
Or covendra et entendre et oïr
Le gent respons et le très dolz plaisir, 25 Que ma dame me fera, et l'aie,
Mais encor n'ai la volenté sentie.
Por Deu, amors, car li faites sentir,
Ou cors faldra a tel fais sostenir.
He, franche riens, plaine de coktoisie, 30 Que chascun jor poez tant embelii*,
De toz bien fais, quant je plus en remit,
Vostre solaz et vostre cortoisie.
Bien auroit cuers sa volenté complie,
Se oil pooient lof voloir acompHf, 3 5 De vos veoir bonement a loisir.
Barrois, amors, qui les fors afbibfie,
Drois est, qu'ele vos ait a SOil plaisir.
Bien savez li et guerrfe maintenir.
Phelipe amis, se d'ami et d'amie 40 Voloit amors le plus leal choisir
Bien li devroît de Guion sôvehir.
A fol, 201 r {les vers 41-44 manquent) B foL 54 r.
Quant je voi l'efbe tnenué Poindre al prih d'esté.
Que tote riens change et mufe
28 GAUTIERS d'eSPINAL.
En gringnor bialté, S Se lors vient en gré
Ma dame, qu'aie chanté, Bien ert ma joie creûe, Puis qu'ele l'a comandé.
Molt ai dolce poine eue, 10 Que tôt mon aé
Aurai mise m'entendue A li et a Dé Qui li a doné Tantvalor et tant bonté, 1 5 Que m'arme en sera perdue
De ce que poi l'ai amé.
Bels Deus, qui l'auroit veùe Et bien esgardé Et acolée et tenue 20 A sa volenté.
Tôt auroit trové, Qu'onques par nul home né
Tant bêle ne fti veûe :
Dont j'ain mon cuer quant g'i bé.
2 5 . Vilaine gent malestrue,
S'or n'en est pensé.
Bien ert par vos decheûe Amors en vilté Et si tormenté
30 Amant par vo falseté,
Que s'amors n'est secorrue, Poi en sera mais parlé.
Chançons, Phelipe salue Le conte séné, 34 Qui a France maintenue
Et resconforté, Proece enmieldré, Chevalerie honoré, Largece, qui iert vencue 40 Ra mis en sa poesté.
Goijon, bien le se, Qu'en amor tôt vostre aé Avez espérance eue S'iert encor guerredoné.
Kfol, 179 V.
Quant je voi par la contrée L/erbe naistre et verdoier Por celi, cui j'ai amée, Vuel mon chant recomencier.
Lonc tans l'aurai désirée, Deus m'en doint mon desirrier.
Certes, ce n'est pas merveille, Se je sospir por s'amor, Qu'el monde n'a sa pareille