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SAINT-JUST COMMISSAIRE AUX ARMEES

Dès qu'il fit partie du Comité de Salut public, Saint-Just se passionna surtout pour les choses de l'armée. Il suivit avec une attentive sollicitude les mouvements des troupes révolutionnaires; il se réjouissait de leurs succès et ressentait cruellement leurs revers.

Avec son sens de la justice, avec la rigoureuse inflexibilité de ses principes, avec son goût inné de l'ordre et de l'administration, il s'efforçait de supprimer les abus, de raffermir la discipline, d'assurer les subsistances, en un mot de forger, pour le pays, un magnifique instrument de défense et une force capable d'en imposer aux rois coalisés.

A plusieurs reprises, il fut envoyé aux armées du Nord comme représentant de la Convention — on disait alors Commissaire aux Armées.

Et dès qu'il apparaissait au Quartier général, chacun sentait l'inexorable nécessité de faire son devoir. Cet adolescent à figure angélique faisait trembler les vieux routiers de la guerre de Sept Ans. Son regard scrutateur et froid, la dignité de son maintien, le ton péremptoire de sa parole, l'austérité de ses mœurs, et aussi la puissance attachée à sa fonction en imposaient à tous.

Il encourageait ou gourmandait les généraux et terrorisait les fournisseurs, ces chacals qui suivent les armées pour les affamer et pour s'enrichir de leur misère. Les chefs honnêtes l'admiraient et l'aimaient parce qu'ils se sentaient aimés de lui; le soldat raffolait de Saint-Just dont la présence était pour lui synonyme de justice et de bien-être.

Les dimensions restreintes de cet ouvrage ne nous permettent pas de montrer cette action bienfaisante de Saint-Just sur les armées en campagne ni de donner les innombrables rapports qu'il envoyait à la Convention.

Nous avons cru nécessaire, toutefois, de donner quelques-unes de ces brèves dépêches dont la netteté, la précision, l'énergie et le

patriotisme sont remarquables. Dans ces notes rapides écrites au bivouac et dans le tumulte des camps, rien ne subsiste de cette phraséologie alors à la mode et qui parfois dépare certains de ses discours.

Ce n'est plus le langage d'un orateur politique, c'est le style coupant et net d'un soldat et d'un chef.

A Marchienne-au-Pont, le 26 prairial, l'an II de la République française une, indivisible et démocratique.

Les Représentants du peuple près V armée de la Moselle au général Jourdan.

L'intention du Comité de salut public est que la guerre soit poussée avec une chaleur qui épuise l'ennemi, inférieur en nombre, et obligé de se multiplier sur tous les points par des marches pénibles.

Sa ruse extraordinaire étant de ne point résister à nos premières fougues, mais bientôt de nous attaquer la nuit à l'improviste, pour nous déguiser sa faiblesse et jeter parmi nous la défiance et l'effroi, il convient que nous l'attaquions avec fureur, et que nous l'attaquions sans cesse.

Il serait sage de s'avancer chaque jour à la fin de la nuit à sa rencontre, soit pour éviter toute surprise, soit pour le combattre lui-même si l'occasion se trouvait favorable.

Ta marche triomphante et rapide depuis Arlon nous fait espérer que la guerre la plus offensive sera de ton goût. Nous surveillerons les administrations, l'obéissance des chefs, les ressources; tu n'auras qu'à vaincre. Qu'aucune défiance de toi-même n'entre dans ton cœur, qu'il ne soit sensible qu'à la gloire de la République. Maintiens l'enthousiasme dans l'armée par des succès continuels et par l'audace. La guerre de la liberté doit être faite avec colère.

Tu ne seras jamais repris d'avoir suivi avec ardeur la ruine des ennemis du peuple français, tu le seras d'avoir temporisé avec un ennemi qui temporise lui-même.

Il est probable qu'il t'attaquera bientôt ; préviensle, puisque tu as pour l'attaquer les mêmes éléments militaires que tu aurais pour le recevoir.

N'oublie point qu'il faut empêcher que l'ennemi, dans son désespoir, n'abandonne un point pour se porter tout entier sur l'autre. Maintiens sa diversion, en le combattant sans cesse.

Empêche aussi qu'il ne brûle Maubeuge. Le meilleur moyen d'y parvenir est de le poursuivre sur toute la rive de la Sambre.

Nous comptons sur toi. Ce sera avec joie que nous annoncerons au Comité de salut public de nouveaux succès sur ce point. L'opinion publique en est impatiente.

Saint- Just, Gillet, L.-B. Guyton.

Les Représentants du peuple près les armées du Nord, de la Moselle et des Ardennes,

Sur le compte qui leur a été rendu par le général de division Kléber que, dans la journée d'hier, le deuxième bataillon de la Vienne a fui honteusement devant l'ennemi, tandis que les drapeaux des autres bataillons des deux divisions de l'armée du Nord flottaient sur le chemin de la victoire, et qu'il a méconnu la voix du général qui le rappelait à son poste ;

Considérant que ce crime ne peut être celui du

bataillon entier, parce que la bravoure et la haine des tyrans existent dans les cœurs de tous les Français et que, lorsqu'une troupe quitte son poste de bataille, la cause est dans la lâcheté des officiers ou dans la négligence qu'ils ont mise à maintenir la discipline et à former les soldats qu'ils commandent à l'amour de la gloire, qui consiste à braver les dangers de la guerre et à vaincre ou à mourir au poste que la patrie leur a confié ;

Arrêtent que le chef de bataillon et tous les capitaines du deuxième bataillon de la Vienne seront destitués et mis en état d'arrestation ;

Ils seront remplacés sur-le-champ conformément à la loi.

Le chef d'état-major fera exécuter le présent arrêté.

A Montigny-le-Teigneux, le 29 prairial, Tan 2e de la République française une, indivisible et démocratique.

Saint- Just, Gillet, L.-B. Guyton.

Au quartier général, à Marchienne-au-Pont, le 1er messidor, Tan II de la Republique française une, indivisible et démocratique.

Les Représentants du peuple près les armées du Nord, de la Moselle et des Ardennes,

Considérant que le citoyen Capella, chef de brigade, commandant la 132e demi-brigade, n'a ni les connaissances, ni l'énergie nécessaires pour remplir un poste aussi important ;

Que cette demi-brigade, composée de bataillons qui se sont acquis dans la guerre la plus haute réputation, a été exposée à voir sa gloire s'éclipser sous un chef inhabile et sans caractère, notamment

dans la journée du 28 du mois dernier, sous les yeux mêmes d'un des Représentants du peuple ;

Arrêtent que le citoyen Capella cessera d'être employé. Il présentera à la Commission de la guerre l'état de ses services pour obtenir sa retraite.

Le citoyen Pouchin, capitaine au 4e bataillon de la Manche, est promu au grade de chef de brigade. Il prendra, en cette qualité, le commandement de la 132e demi-brigade d'infanterie.

Il est ordonné à tous, officiers, sous-officiers et soldats, de le reconnaître et de lui obéir conformément aux lois militaires.

GlLLET, SAINT-JUST.

Les Représentants du peuple près Varmée du Nord, de la Moselle et des Ardennes, réunies sur la Sambre, au Comité de salut public,

Charleroi, le 7 messidor, l'an II de la République française une et indivisible.

Citoyens collègues, nous avons attendu la prise de Charleroi pour vous donner les détails qui l'ont précédée.

Le 28 du mois dernier, l'armée marcha, à une heure du matin, au-devant de l'ennemi; l'ennemi, à la même heure, marchait sur nous. On se rencontra. Le brouillard était épais; le combat fut terrible jusqu'à trois heures de l'après-midi. La gauche, commandée par le brave général Kléber, fit des merveilles; le général de brigade Duhesme s'y distingua. Le centre se battit de même. Le général Dubois chargea à la tête de la cavalerie, fit cinq cents prisonniers, prit sept pièces de canon, et massacra sept

à huit cents hommes. L'avant-garde, commandée par le général Lefebvre, eut un égal succès et montra le même courage. Un bataillon de grenadiers y chargea trois fois la cavalerie ennemie et en fit un grand carnage. Nos canonniers chargèrent en hussards, et reprirent leurs canons, qui leur avaient été enlevés pendant le brouillard. L'ennemi perdit six mille hommes, au lieu de trois que nous avions annoncés.

Le soir, faute de munitions, on se replia, et l'ennemi se replia lui-même. Nous perdîmes quinze cents hommes tués ou blessés.

Le 30, le siège de Charleroi fut repris avec plus d'acharnement que jamais. L'officier de génie Marescot s'est fait beaucoup d'honneur par l'activité avec laquelle il a poussé les travaux. L'artillerie a mis la ville en cendres.

Après six jours de tranchée ouverte, l'ennemi a été sommé; il a refusé de se rendre. Le 6, le feu a redoublé; le 7, il a demandé à capituler. On lui a donné un quart d'heure pour se rendre, après lequel l'assaut serait commandé et la garnison passée au fil de l'épée. Il nous a envoyé un parlementaire; nous avons renvoyé la lettre sans l'ouvrir. Le général Reygnac, commandant la place de Charleroi, s'est rendu à discrétion, se remettant à la générosité de la République. Jourdan doit vous adresser les articles honorables par lesquels vous verrez que l'orgueil de la maison d'Autriche a passé sous le joug. La garnison prisonnière est de trois mille hommes. Nous avons trouvé cinquante

pièces de canon. La place est en poudre et n'est plus qu'un poste.

Nous regrettons de ne pouvoir vous faire part aujourd'hui d'une infinité de traits d'intrépidité ; nous les rechercherons et nous les ferons connaître au peuple français.

Ce point de Sambre-et-Meuse est devenu le plus intéressant; l'ennemi y porte ses forces. Nous présageons la victoire. Nous envoyons les drapeaux. Saint- Just, Gillet, L.-B. Guyton.

Les Représentants à l'armée du Nord, le Représentant à V armée des Ardennes et de la Moselle, et le Représentant aux frontières du Nord et de l'Est, au Comité du salut public.

Du champ de bataille de Fleurus, 8 messidor, an II.

L'armée sur Sambre a remporté aujourd'hui la plus brillante victoire dans les champs de Fleurus, déjà fameux par la valeur française. Nous vous adressons les détails de la victoire. L'ennemi avait ramassé toutes ses forces; il avait une artillerie formidable; il est en déroute, après douze heures d'efforts et de combats: on le poursuit.

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