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Les plus belles cathédrales de France

Si parmi nos monuments nationaux quelque édifice religieux jouit d'une réputation populaire bien méritée, c'est

sans conlredil la iiia^'iiitique cathédrale d'Amiens. Hàtie au xiii* siècle, dans un court espace de temps, elle ne jjiesente point , dans son ensemble , ces fâcheuses disparates de s(yie qui blessent toujours le regard; elle offre un tout d'une bar^ ^onie merveilleuse » d'une perfection sans rivale. On pourrait choisir cette église comme Pexpresasion de la pensée chrétienne et artistique du moyen âge. Elle y est complète: elle s'y montre dans tous ses dévcloppemenls ul IduU' sa splendeur. Il faudrait ^tre insensible aux ^moHons toujours produites en présence d'un chef-d'œuvre pour ne pas comprendre la supériorité de cette cathédrale , que nous regar-' dons comme un des plus beaux types de Tarcbitecture chré> tienne. Quand on pénètre pour la première fois dans cette vaste enceinte, au milieu d'une forêt de colonnes, sous, ces voûtes élevées qui ont tant de fois retenti aux chants des générations passées, à la vue du rond- point élincelant de l'aliside, devant la majesté du sanctuaire, on éprouve involontairement le» vi£s sentiments de respect et d'admiration qu'inspirent la maison du Seigneur et la présence de Dieu ! commencements de Téglise d'Amiens sont obscurs;

<:AT1IÉI)RAIJ1S MV. ¥VI\SV.K.

mtïï berceau fut entv)uré de perséi- niions. Son pri iiiier apoire , saiut Firmin, rneillil la palme dn martyre enUÛ3. Suivant l'usage de la primitive Église, dans chaque contrée, ies premiers temples chrétiens furent élevés sur la sépultun* des martyrs , et Tautel ne fut originairement que le tomlieau qui couvrait leurs restes précieux. Vers le milieu du -iv' siècle, saint Firmin le tVmfesseur, troisiriiii* ('vèque d'Amiens, fit consitruiie une kisilique sur le lieu même où son saint prédécesseur avait répaudu courageusement son sang. Cet édifice, comme tous ceux de ces âges reculés. Tut d'abord simple et modeste; consacré sons Tinvocalion de Notre-Dame-des-Martyrs, il servit d*égUse épisco[»aIe pendant plus de deux siècles et demi : telle est l'origine de la ni'l)le et sainte t'irlise d'Amiens

Ivoreque saint Sai n k ou Salve monta su» le i^iù^e éi)iscopal en 013, il voulut visiter les reliques de l'illustre martyr d'Amiens déposées sous Tautel de la mère -église. Par un prodige qui n'est point rare dans les annales de la Religion, Dieu honora les restes mortels de son serviteur en opérant des miracles éclatants. Une odeur suave s*exhala des ossements du martyr: des malades obtinrent la sanl«' par sa puissante inler* essinn ; la nature .se munira sensilile en con-

*vrant les arbres de J'euilles et de Heurs au milieu île l'hiver. I^es populations environnantes accoururent en foule au bruit (le ces merveilles, pour rendre leurs hommages au glorieux

.uvôque et pour participer aux faveurs spirituelles qu'il répandait dans les âmes. Les dons de la piété reconnaissanlt* lurent si considérables, que saint Salve ré.solut d'en consai.rer le pnxluit à l»àtir une ncjuvelle église, dans laquelle il

< LViiV|ue (•mltirmx iliwiil au xiir xirete : SnurtŒ Ambimenùs Kerte-

AMIK.NS.

transféra solennellement les reliques vénérées. Il y établit son siège épiscopal, après avoir laisié h Notre- Dame-des- Martyrs quelques prêtres pour y célébrer Toffice divin, et avoir cliangi'! smi nom en celui de Saint-Achki i, . (iirellc porte encore uujuuid iiui. Lu seconde cathédrale était une construction somptueuse pour le temps, quoique rnmpnséo en grande partie de bois de charpente Elle fut dédiée à la sainte Vieige et à saint Firmin.

Lorsque les hcmmes du Nord apportèrent sur nos côtes le ravage, l'incendie et la mort, la ville d* Amiens ne put se soustraire aux coups de œa lenibles pirates; ils brùlèrenl Tégliseépiscopale en 881. Heconstnntf au premier moment do sécurité , elle fut frappée du tonnerre ù plusieurs reprises. Eniin, en 1 2 1 8 , elle s'écroula entièrement dans un embrasement général, occasionné par la foudre, qui consuma les titres, les martyrobges, les anciens calendriers et les archives du chapitre et de Vévèché.

A celle épuqiit' était assis sur le trùne épiscopal un prélat pieux et zélé. Évrard de Fouilluy chercha les moyens de relever sou église cathédrale de ses ruines encore fumantes. Il fit un appel à son clergé et à ses diocésains. La voix du premier pasteur fut entendue : des ressources considérables lui furent immédiatement assurées.

L'architecture venait de subir un grand changement. Une impulsion extraordinaire avait lancé les archite«-tes dans des voies n(»uvelles. Aux édifices ntmano- byzantins, géuéialeuiunt iounis et massifs, avaient succédé des édifices d'une hardiesse, d'une élég;mce, d'une grâce inouïes. C'était toute une révolution qui allait remplir nos villes de constructions qui en seïont à jamais le plus bel ornement.

L'évêque fivrard comprit sans doute les tendances de cette iL'iiovatiuii apportée daiis l'art de l).\tir; il choisit pour drosser le plan de sa cathédrale le plus ( (' lèbre architecte de son temps. Robert de Luzarches, l'Ictinus chrétien, le Bramante du moyen âge, voulant justifier la confiance du prélat, tenta, par un effort de génie , de surpasser les monuments élevés avant lui. Les fondements de la nouvelle basilique lurent posés en 1220, sous le pontificat d'Honoré III, et sous le règne de Philippe-Au^îusle.

Les architectes de ces temps liéroïques jetaient les fondations d'édiiices immenses dont une vie d'homme ne pouvait voir l'achèvement. Ils comptaient sur la postérité, et la postérité rarement leur a failli. L*œuvre de la cathédrale était pour les peuples chrétiens un héritage sacré qu'une génération léguait à celle qui la suivait, héritage t«u)jours recueilli avec respei f , ruUivé avec aintuir. L'évêque Kvrard de Koulloy mourut lurs(|iip l'église sortait à peine de terre; Robert de Luzarches le suivit de près dans la tombe. Sous répiscopat de Gaudefroy ou (seoffroy d'Eu, la direction des travaux fut confiée à Thomas de Gormond, qui éleva la coDsIruction jusqu^à la naissance des voûtes, en 1228. Son fils, Renaud de Cormond, lui succéda dans la direction de l'entreprise, qu i! eut le bohheurde 'aiiiancr en 1288. Par une Siigesse qui niérile foute espèce d'éloges, le j»Iau primitif dû à Robert l'ut scrupuleusement suivi [lar ses successeurs, ce qui nous explique l'unité qui règne dans tout le monument. La seule modification qui en ait altéré l'ordonnance , c*est Taddition de chapelles latérales autour de la grande nef.

Robert de Luzartlies, Thomas et Beuaud deCorraond sont du petit iioinlni' des architectes de ce temps dont le nom soit parvenu jusqu'à nous. Il fallait que ces hommes eusseut

AMIENS. :i

des coniiaîssances (lès- étendues en architcclurc , pour parvenir à élever une basilique aussi vasre et aussi remarquable; Jous trois faisaient sans doute iKirtie de ces < orporations d'artistes qui, s'élant vouh à la contructiou des édifices religieuic, parcouraient alui-s le monde chrétien, offrant leurs services dans les diocèses pour bâtir et réparer les églises. Le chef de l'entreprise était ordinairement appelé maUre de rœnvre, et quelquefois, plus modestement encore, maiire ma^. !1 dirigeait les travaux sous Tinspection de l'évèque. Les an liitecles qui Làticent, au xui* siècle, les églises cathédrales de Cologne, de Straslw»iiri^, de Fribourg en Hrisgau et plusieurs autres églises d'Allemagne , étaient agrégés à des associations de même nature

L'intérieur de la cathédrale d'Amiens» par ses dimen^ sions, Télévation des voûtes, la hardiesse des arcades, l'élanceinent des colonnes, la grandeur des fenêtres, l'heiii-eux accord des propoitinns^ l'iuiité dv .style, la régularité de l'ensemble , rharniiaiie des détails, est i>eut-élit* l'œuvre la plus irréprochable de toute la période ogivale. L'ampleur des différentes parties qui s'étendent dans de justes rapports, la majesté des nefs qui s'allongent dans une perspective surprenante, la gravité du chœur et du sanctuaire, tout concourt à donner au monument un caractère imposant et reli.t'ieux. Ou ils soûl loin de là, la plupiirt de nos iiioiinmenfs modernes avec leui-s dorures, leurs marbres et leurs peintures ! Ils éblouissent l'œil par Téclat de leurs ornements : mais ils ne produisent dans Tâme aucune émotion élevée : ils ne sont point habité par cet e^rit my$lérmix et dtvni dont on sent si bien la douce influence en entrant dans nos grandes basiliques! Les églises gothiques sont vivantes,

I (iiLBCHT. I>C!>eri|)liua <ie la vaUu'dnile d'Amiens.

pour ainai dire, elles sont animées par un symbolisme expressif, elles sont remplies de la grandeur de Dieu.

La cathédrale d'Amiens, dont le plan est en foi me de croix latiijc, [Mvsenle 138 mètres cenlimèlres dans sa plus grande longueur, 32 mètres Oo c«'ntimèlres de largeur dans œuvre,; la croisée a 60 mètres centimètres de longueur, sur 14 mètres 25 centimètres de largeur; la hauteur totale sous voûte est de 44 mètres dans la nef et de 43 dans le choeur.

Selon le langage populaire, la auf (iAuuons. unie an chœur de Beau vais, au portail de Reims et à la ilèclid de Chartres, formerait une cathédrale parfaite. Nous avons apprécié ailleurs cette alliance qui n'est pas aussi bien assortie qu'on se Tmiagine vulgairement ; mais il est impossible assurément de trouver rien de comparable à la grande nef de la cathédrale d'Amiens. Un auteur moderne a dit : « La Imsiliijue d'Amij^ns est aux autres temples gothiques ic (|iie Saint-Pierre de Uome esf aux temples modernes du pieiuit i ordre » voulant expriinci ainsi la supérioriU'; de cet édilice siu* tous les monuments du même genre et de la môme époque. Les colonnes se groupent avec une rare élégance , s'unissent étroitement en faisceaux d'un effet pittoresque » s*élancent hardimcut Jusqu'à la naissance des an-ades des travées. Elles sont couronnées dit chapiteaux dignes d'attirer l'altentiftii ;iulant par la variété de leur rx)mposition que par l'exécution soignée de leurs ornemonts. Ce sont des feuillages choisis avec un goût exquis, d'une pareté de formes, d'une délicatesse de découpure, d'un fini de travail qui ne sauraient être surpassés. La verve et le talent des i)rtistes ont élevé la sculpture d'omemen-

I lluET. Parnlléic)) des leuiiilci» anciens. j,ailliii|u«> ol inudcrms.

latîon à un degiv de perfection égal aux admirables modèk's (|UL* nous a It^gurs raiiiiquité classique.

Dans (jucl étlilice trouverons-nous des voûtes plus légères, plus hardies que celles qui s'étendent sur toute la cathédrale d'Amiens ? L'ceil aime à en suivre les courbes gracieuses, à s'égarer dans leurs valves séparées par de belles uervuies» à pénétrer dans leurs ciels ciselées à jour, à contempler leurs

arêtes solides. Si généralement les voûtes ogivales doivent

cire regardées comme le triomphe il» s an liitet tes chrétiens, les voûtes d'Amicuis doivent t tre cttiisidéi t'es coiuiue le clield'œuvre du genre. Ohligés de suivre le i>lan arrêté par Uobert de Luzarches , Thomas et Uenaud de Cormond réunirent tous les efforts de leur science et de leur talent pour perfectionner les parties dont ils dirigeaient Texécution. Ces grands hommes ont vaincu les plus sérieuses difficultés , et ils ont su communiquer à leurs œuvres ce cachet de grnndeui' qui les rend propres à servir de modèles et de

Pourquoi le chœur de Beau vais est -il pivféré à celui d'Amiens par quelques antiquaires? On ne saurait pourtant rien ima^er de plus harmonieux , de plus grandiose que ce dernier. Les proportions en sont heureuses, les dimen»

sions vastes, reflet saisissant. Ajoutez aux beautés architeclurales d'ininiifal)les boiseries formant une enceinte qui n'a de rivales que dans celles d'Audi ou d'Albi. Les stalles, surmontées de dais, sont sculptées admirablement. Ou y voit de tous o6tés statues, bas-relieCs représentant différents traits de rAnclen et du Nouveau Testament, trèÛes , aiguilles, pinacles, dentelures, toutes les formes riches et capricieuses de la dernière période ogivale. Le temps a éteudu sur le bois une teinte d'ébène qui relève encoie h tini précieux de l'ouvrage, et lui donne le même degré

H - r.ATHliUHAI.l> l)K I KANCK.

d'intérêt que la patine aux médailles e( aux bronzes antiques. Les boiseries d'Amiens, pins heureuses que le

monument qu'elles dt^rnrt iit , ir<»nt jamais éU; souillées ni par la peinture, ui par le hadiirenn. Elles sont restées intactes, telles qu'elles sortirent des mains des sculpteurs, et Ton y retrouve l'esprit et la iiuesse du ciseau de l'artiste. Ce superbe ouvrage fut commencé en 1508 et fini en 1522. Il fut fait aux frais du chapitre et d'Adrien de Hénencourt , doyen de la cathédrale. Les noms des sculpteurs qui ont exécuté l e ehef-d'œuvre sont dignes de passer à la postérité : ce sont Alexandre Huel, Arnoult Boulin, Jean Turpin et Antoine Avernier.

La clôture extérieure du chceur est encore une des mer^ veilles du genre. Elle est composée d*une suite de groupes de statuettes en pierre, reproduisant divers traits de la vie de saint Finnin, ses prédications, ses miracles» son emprisonnement et son martyre; la découverte de son tombeau par saint Salve à Saint-Ai heul . son exhumation, et \;\ trans lation de se^ précieux restes. Les figures, surmoulccs d"un couronnement de la plus riche et de la plus délicate exécution > conservent quelques restes des peintures et des dorures qui les embellissaient autrefois. On a cherché tout récemment à faire disparaître les traces du vandalisme aveugle des hommes de la révolution, en restaurant avec soin les ])ailies mutilées par le marteau destnicleur. Les travaux exécutés par MM. Dutiioit d'Amiens et Caudron de Paris sont généralement estimés, quoiqu'ils ne soient pas en tout irréprochables.

Malheureusement les larges fenêtres de la cathédrale d'Amiens ont perdu leur ornement Elles n*ont plus que des débris de leurs antiques vitraux, faibles vestiges de leur ancienne magnificence. La lumière, arrivant sans

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