‹ Les plus belles cathédrales de FranceChapitre 2 sur 78 · AMIENS · texte numérisé non relu

AMIENS

obstacle, est hefiiicniip trop n^pandue sous les voiUes et dans les nels. Luiicuinte entière, ouverte aux rayons du soleil, ne présente en aucun instant de la journée cette obscurité mysténeose qui» dans nos vieilles églises, plaît tant aux âmes méditatives; le jour ne descend point jusqu^au pavé, teint des mille nuances de Tazur, du rubis et de Pémeraude, emproritées aux riches vitraux de couleiir. Pour exciter en nous de plus vifs regrets, il reste enrx»re quelques tr.ignu nts [ir<i])res à nous donner une idée de la somptuosité des verrières primitives.

Autour de l'église règne une suite de belles chapelles latérales : ceinture mystérieuse qui entouie le corps de la basilique. On y trouve un grand nombre de monuments de sculpture irès-recommandables; le petit phmrmr^ statue en marbre du tombeau placé derrière r;«l)si(ie. est connu de tous les voyageurs. On serait font»' de dire que les artistes, inspirés par l'aspect d'un ( hef-d\i>uvre , n^ont voulu placer dans son enceinte que des travaux dignes de sa grandeur et de sa magnificence.^- Durant les troubles de la révolution, les barbares qui ont profané tant d'églises en France n'ont pu pénétrer dam la cathédrale d'Amiens aussi facilement qu'ailleurs et y commettre les mêmes destructions qui feront à jamais l'opprobre de cette éfioque. Le sommeil des tombeaux n'a pas été troublé, cl îles mains impures n'ont point arraché de leurs sépulcres les dépouilles mortelles des hommes qui avaient cherché un dernier asile au pied des auteU.

La &çade principale des églises gothiques nous offre presque toujours la plus étonnante profusion de sculptures et d'ttrneau'ulij de toute espèce. La grâce des formas sV trouve alliée à l'abondance, et comme il n'y a rien de plus varié que la richesse et l'élégance dans cette architecture

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ri^ivale ofi le génie de Tartisle , maître de Tinvention des

sujets, de leur arraiiLTeinent et de leur exécution, semble disjkoser lilneiueiit de toute la notiiir, radiniiiilioii ti-ouve loujoui's un iniuxel uliment devant le frontispice des cathé* drales. C'est d'ailleurs un privilège de l'archîtecture de ( es àgf!s iogénieax, qu'on a osé appeler barbare» , d'être admiraBle partout et de n'être la même nulle part.

On trouvera difficilement, si ce n*e8t à Reims, à Stras^ hnuii: , à Tours, à Bourses, àTroves, une façade où Tarciliteele ait étalé avec plus <le juodigalité tous les Irésoi-s de Timaginatiou et du goût. 11 n'est pas jusqu'aux plus minutieux détails qui ne puissent délier l'observation la plus attentive et la critique la plus sévère. La sculpture des dais, des tabernacles, des aiguilles, des guirkmdes, des crosses \ ëgétales ne peut se comparer qu^à une œuvre d'orlévrerie : c'est le mùme lini , la môme exactitude , la môme délii'alesse.

Trois portiques occupent la partie inférieure de la façade ; ils sont disposés en avant -corps, et leur saillie est de niveau avec celle des contre-forts. Ces espèces de porches détachés du fond laissent en retraite tout le reste de la façade et lui donnent plus de légèreté. Us sont décorés d'un système uniforme d'ornementation. Vn soubassement enriehi de caissons en forme de trèfles. çouUiiciiil ( eut dix -huit lias-reliels, rè^'ue tout autour. 11 soutient un rang île tolonnes peu engagées, dont chacune porte en avant une statue de grande proportion, élevée sur un socle et surmontée d'un dais. De profondes voussures, formées de lignes nombreuses, chargées de dais et de statuettes, présentent une pers[)ecfivc fuyante d'un bon effet.

Il uou.s est impossilile d'entrer dans la de^i rijilinii détaillée de toutes ces admirables sculptures. Ce sont des scène:»

entières d'une complication étonnante, rendues avec une exactitude scrupuleuse, avei un bonheur incroyable, l^e jugement dernier y est iiguré dans des compartiments séj»t(*s, i*enfermant des drames isolés d'tmo expression vraie 6t saisissante. Toute celte grande composition est dominée par la figure du Christ, figure grave et sévère , entourée d'anges, ayant à ses pieds la sainte Vierge et saint Jeàn, le disciple bien-airaé. Au-dessus de la tète du Sauveur, on voit le Père éternel dont la tète repose sur le nimbe traversé de trois rayons symboliques.

L'ornementation des vnussures est savammont courue et bien exécutée. L'idée de i^rtiste est une allusion à certains passages de l'Apocalypse. On y voit dans les premiers cinlresi les vingt -quatre vieillards, prêtres et rois, assis sur des trônes, la couronne en téte, tenant divers instruments do musique, ils portent des vases remplis de parfums, dont l'odorante vapeur est Pendilt me des piières des saints, l ne foule de birnlit un ui s'y montrent avec des palmes à la main, vèlus de longues robes blanches, accompagués d*8nge$ placés autour du trAne de Dieu, selon les lois de la hiérarchie céleste.

Comment traduire exactement la pensée de Tartiste dans Uius U'S bas-reliefs qui décoienl . sur doux lignes parallèk'.s, rhacim des i:ô\v.s du porfnil? On y trouve des allégories d une 'simplicité, d'une naïveté charmantes. C'est la Charité, donnant un vêtement à un pauvre, mise en opposition avec l'Avarice , qui renferme plusieurs sacs d'argent dans un coffre-fort; TEspérance chrétienne, sous la forme d'une femme modeste tenant un étendard à double croisillon, placée en parallèle avec le Di'st spoir, lii^uié par un horiinie (jui se perce de son épée et toiiil i' à la renverse. Ln personnage, couvert d'un vÊtcmcnt militaire, porte à

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la main un boudier oné d'un lion, symbole da Courage; il est opposé à la Lâcheté , i-eprésentée par un homme qui , ayant laisst; tomber son rpre. prend la fuite poursuivi par un lièvre r h cAu] de sa lùle est une choucllc perchée sur un arbre. La Candeur est représentée ^us 1 emblème d'un lis : L'innocence qui surpatte la candeur du Ht, produira la paix en nnut; nous détiront qa*élle nout toit envoyée du cttfl*. Un autre bas- relief nous offre les tristes effets de la Discorde : deux hommes se battent, et Ton d'eux veut étrangler son adviisiiire; à coté de ce dernier est une cruche renversée , pour indiq^ier que les querelles sont souvent les suites de rivrognerie.

Nous ne pouvons indiquer tous les snjcis de cek basreliefs si curieux. La farade de la cathédrale d'Amiens présente une des pins belles pages de l'iconographie chrétienne du moyeu Age. M. Gilbert en a donné une explication bien supérieure à celle qu'avaient hasardée plusieurs auteui-s qui ont écrit avant lui sur l'éu-lise d'Amiens.

Au-dessus des voussuit;s, le frontispice est coujié par deux belles lignes. Ce sont deux galeries à jour dont ia pre< mière est composée d'une série de petites arcades ogivales, resserrées encore par une colonnelte qui les partage en deux, et dont le chapiteau de feuillages supporte deux arcs trilobés , au-dessus desquels s'ouvrent d'élégantes ouvertures en trèfle. ï.a seconde, plus riche (pie la pre*uière, renferme vingt-deux statues colossales. Un crt»it (|u elles représentent des rois de France, depuis Childéric 11 jusqu'à Philippe-Auguste.

Cette mafestueuse façade est surmontée d'une rose magnifique. Les pétales en pierre sont disposés avec beaucoup de

1 Siiinl Bernard. In Cmlico canticuruin.

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