DE LYON
Il a poini d'Église en France plus ancienne et plus célèbre que PÉglise primatîale de Lyon. Son nom rappelle les plus touchants souvenirs , surtout d*une époque oh les
persécutions et le iiiartpe étaient le si^iie des progrès du la religion. Klle peut revendiquer toutes les gloires que le christianisme consacre et perpétue : des liens étroits 1 uuiiiseut aux Églises grecques de TÂsie fondées par saint Jean et les premiers apôtres ; elle présente de siède en siècle des pontifes aussi grands en science qn'éminents en sainteté. L*)iéritage sacré dés Pothin et des Irénée * toujours cultivé avec amour, toujours fécondé par l'esprit de Dieu , n*a pas cessé , j usqu'à nos temps, d'occuper une place privilégiée dans la grande coinmuuauté cathuli({ue. Les œuvres les plus généreuses, le dévouement le plus sublime sont, pour ainsi dire, de tradition chez ses enfants, lis jKirtent , comme des apôtres, pour évangéliser les peuples lointains, égarés dans les lies sauvages de Tocéan Pacifique, et au milieu d'eux prend naissance une des plus admirables institutions du génie chrétien : l'Association pour la propagation de la foi.
Autrefois rarchevcque de Lyon élemlait sa juridiction sur les l^gliscs de Valenre et de Besaneou, réunies en une même province ecclésiastique. Les nécessités des temps qui
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exigèrent une nouvelle distribution des provinces de rempire, limitèrent les pouvoirs dn métropolitain, et, par une conséquence naturelle, donnèrent lieu à une autre circonscription des métropoles religieuses.
L'insigne et sainte église de Lyon garde le souvenir de deux conciles généraux, méiiiorables par les plus grands événemcnls de l'histoire du xur siècle. C'est un spectacle bien digne de la vénération des chrétiens et de l'intérêt des philosophes sérieux que celui de ces grandes assemblées , où figuraient les prélats, les princes, les rois et les hommes les plus instruits. Uéloignement des temps et le prisme mobile des opinions humaines ne permettent pas lrtu)ours aux écrivains Je ijien juger de ces assemldci s et de leurs doctrines; mais les catholiques sincères vénèrent dans leurs décisions les oracles du Saint-Esprit, et celui qui médite sur l'histoire est frappé d'y trouver les principes qui adoudrenl les mœurs barbares des peuples du Nord et ramenèrent la civilisation.
Tout annonce que, du temps des Romains, il existait devant l'église Saint-Jean un grand monument dont les débris ont été employés à la construction du Pont^^lu-Change , de la métropr ile et d'antres édifices. Des restes considérai îles de fondations composées d'énormes blocs , des fragments d'architecture , des débris de colonnes et de chapiteaux , des inscriptions même, quoique mutilées, annoncent évi^ demment des constructions de l'époque de la domination latine. Il suffit de comparer ces ruines avec celles qui se rencontrent dans toutes les vieilles cité-s gallo-romaines, pour en reconnaître le caractère; mais quels étaient les nionumenlij ijui s'élevaient en cet endroit? Personne n'a pu répondre à œiie question.
L'histoire des développc^ments successifs de Téglise épiscopale de Lyon serait difficile à suivre à travers les siècles.
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Anz premiers temps de la prédication évangéiique, les néophytes se réunissaient dans les maisons des nouveaux eonveriis, comme cela eut lieu fréquemment en Asie et en Achate, à Tépoque des missions de saint Paul, au témoi*
^Tiage des Actes des apôtres. Des cryjites rerurent aussi , durant la persécution, rassemblée des fidèles. C'est au sein d'obscurs souterrains que se trouve le véritable berceau de l'Église de Lyon. Comme à Rome, les chrétiens, pour se soustraire à la hache des bourreaux ou aux dents des bétes féroces de Tamphithéâtre , furent obligés de célâbrer les mystères daoïs Pombre et dans les entrailles de la terre. Quand nous parlons de cryptes primitives où se réunirait les chrétiens nouvellcmi nt crinvei tis. nous ne pouvons nous défendre d*une pr(»{onde admiration pour les voies secrètes de la Providence dans rétablissement du (christianisme. En tous lieux la racine de la société devait recevoir la premi^ séve, avant de porter les fleurs et les fruits qui ont étonné le monde.
Au moyen âge , plusieurs églises furent construites aux
environs de la place Saint-Jean. La plus ancienne fut celle de Saint-Étienne , dout on attribue la fun< iaiiun h saint Patient , au v* siècle. Au commencement du vu* siècle, saint Arige construisit l'église et le baptistère , qui fut ensuite dédié à saint Jean-Baptiste. U entrait dans les usages anciens de bâtir une é^Ëse séparée pour Padministration du baptême , surtout au temps oh les catéchumènes le recevaient par immersion. Plus tard, l'église principale fut hÂtie sur Pemplacement du baptistère et conserva le môme vocable. Sous l'empire de Chaiiemagne. rarelievèque Leyderade y fil faire de grandes réparations. Enfin, trois siècles après, on entreprit de la rebâtir telle que nous la voyons aijyourd'hui. Toutes les parties du monument ne sont pas contemporaines.
ainsi que nous allons le montrer bientôt. On reconnaît facilement , en plusieurs endroits des murailles, d'énormes blocs de piene et de marbre, tirés des raines du forum de Trajan.
Bien des siècles déjà se sont écoulés depuis la construction de la basilique de Saint-Jean, et le temps, qui a dévoré tant d'antres ouvrages des hommes, n*a presque pas endommagé les ornemenl> d architecture de cet édifice précieux pour l'histoire des ai"ts. LV'dise métropolitaine de Lyuii se montre à nos yeux, avec sa litur^e et son ar(hit( Liure, comme un des plus vénérables monuments de l'antiquité ecclésiastique, et l'étude qu'on en peut faire sous ces deux rapports ne saurait être stérile.
L^observation des divers styles architeetoniques dont on retrouve l'empreinte à la cathédrale de Saint-Jean, prouve ([ue la cûiistiuctioa primitive n'est pas arrivée jusqu'à nous dans son intégrité. Le chœur est plus ancien que la nef, où l'œil le moins exercé découvre aisément les caractères de l'aicbitecture ogivale usitée aux xiv* et iv* siècles.
La disposition des arcades et des ouvertures de la partie supérieure du choeur présente un contraste fort singulier. Les cintres sont superposés aux ogives, et cette singularité qui surpiciid d'abord s'explique bientôt quand ou se rappelle Tige de l'édifice. A l'époque de la transition, au xii* siècle, nous voyons apparaître les courbes de l'arc en tiers-point , sans que pour cela la forme semi-circulaire, plus ancienne , ait été proscrite et abandonnée. Les archéologues considèrent Faltemance des deux procédés comme le caractère des constructions âevées alors. Les fenêtres, composées de trois cintres accolés , à trois lobes inégaux , posés sur des colonnettes, ajoutent »'ucore à la liizarrerie de l'ordonnance, de sorte qu'à la preniu re \ ue les étages élevés du cliœur paraîtraient plus anciens que les étages inférieurs. La réflexion
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ne lai-de pas à tout expliquer et à restituer à diaque style arcbitectonique ce qui lai appartient èn propre.
Quand on regarde, dn bas de la nef» le lond-point de Talïside, on ne peut s'empêcher d'admirer V effet qui résulte à distance de cette composition pleine de grandeur et de simplicité. L'ensemble rapin'lU; le style Ityzaulin si riche et si pittoresque des belles églises d Alleuiague sur les bords du Hhiii.
Autour du cbœut, un triforium se déroule derrière les faisceaux des colonnes et va suivre les contours des bas * côtés et de la nef. Quelques antiquaires Font considéré comme appartenant au xiu* siècle et peut-être même au xiv*. L'architecte aurait ainsi cherché à accorder son ouvrage avec l*fs parti(>s antérieures. Cette opinion , appuyée sur des Conjectures et luilleiiu'ul sur des titros historiques , n'est guère vraisemblable. Cile présenterait nii^me de graves diificultés» et nous préférous suivre le sentiment du plus grand nombre, qui regardent tousles membres du chevet de l'église Saint-Jean comme contemporains ou bâtis à des époques très-rapprochées.
Les ornements inférieurs des murailles se coiuposeiit d'une, série de ]>ilastres cannelés, à chapiteaux feuiilt^ ou hi^;loriés , réiuiis pur de petites arcalures eu encorbellement; toute celte partie est en marbre. Le sanctuaire est garni de boiseries provenant de 1 abbaye de Cluny. Quoique
le travail en soit très -riche et que les ornements soient sculptés avec délicatesse, on regi'ette de les voir occuper la place oii elles sont actuellement. Il est impossible de se dissimuler qu'elles nuisent à la gravité de l arcliilecture et qu'elle déparent le diœjir entier. Le principal ne doit jamais être sucriiié à l'accessoire.
L'église Saint-Jean oilî-e un genre d'ornementation très-
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remarquable, (jui lui est commun avec l'ancienne cathédrale de Saint- Maurice de YieuBe; ce sont trois frises en marbre incrusté de ciment rouge, qui , à différentes hauteurs, ceignent le chœur : ces pièces offrent des détails assez eu* rieux, et Ton distingue surtout un fragment qui re|irésenfe un chameau monté par son conducteur» et en regard uu coq battant des ailes : Vun et Tautre sont dessinés avec exactitude. La proiiiirre fiLTure rappi'Ur l'vidi'iiimt'iit uu dv^ souvenirs qui avaient le plus vivement irappé l'imagination des croisés, quand ils virent pour la-première fois ces ani» maux organisés pour le désert, d*un aspect et d*une allure si bizarres.
La grande nef de la cathédrale de Lyon peut le disputer en magnificence à tout ce que Tart chrétien a construit de
plus imposant. C'est un magnifi(]ue loii]» d a il, non-seulement pour l'arcliéulu^ue, mais aussi pt)ur toute personne accessible à'i'idée du beau , que ces lignes si pures , si «^^légantes, que ces colonnes hardies» que le plan général de l'édifice s'indinant vers la gauche , expression touchante du mystère de la rédemption chrétienne, si souvent reproduite dans les églises dn moyen âge.
I.e style ogival a imprimé dans cette partie son cachet distinctif, c'est-à-dire la e-randeur, la noblt^sse et la crrAce. Tout est digne d'attention, jusqu'aux moindres détails. Le ciseau du sculpteur a su rendre avec délicatesse les formes qu'il traitait, aux chapiteaux et ailleurs. La lumière, teinte de couleurs variées, en passant à travers les vitraux peints, se joue sous les voûtes et y produit un effet ravissant. Pour comprendre ta cathédrale de Lyon , il faut être au milieu de la multitude, à l'entrée de la grande nef, quand les chants (*lirélieus letentissent cl que des nuages (rciueus entourent l'autel de leurs vapeurs odorantes. L'esprit ,
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transporté hors de lui-même , rempli dhin sentimoit religieux piitloiitl et intime, élevé à des considérations d'un ordre sublime, saisit sans effort et goûte ie^ beauléb qui brillent dans le temple cathoiiqae.
Quelques feaélies sont encore garnies de leura précieuses verrières peintes. Les vitraux ont toujours formé un des traits les plus frappants de la décoration de nos basiliques. Les dorures et les peintures que le mauvais goût ne cesse de pnxliçner éblouissent le regard; ici, au contraire, il aime à se reposer sur les figures dv. la sainte Vierge , des apôtres, des martyrs et des confesseurs, dont le corps lumineux et transparent semble déjà posséder quelques-uns des glorieux attributs dont il jouira après la résurrection. Cette vue, d'ailleurs, n'est paâ seulement propre è flatter les yeux , elle est instructive^ de longues légendes de la vie des saints édifient les fidèles et les portent à Timitation des vertus chrétiennes.
I.es chapelles latérales de la cathédrale de Lyon n'oni rien de remarquable ; cependant on veut s arrêter devant celle que fit construire Charles de Bourbon, au xvi* siècle. Les détaOs en sont traités avac ce goût plein de sentiment
qui, en tout pays« marque la transition de Tart gotbiqne à l'art de la renaissance. L'architecture de cette chapelle est
admirable, tout à jour, d'un dessin si flexil)le et d'um» broderie si abondante, que l'on conc-oit qu'elle doit être Tœuvre d'un sculpteur tailleur d imaige», comme il y en avait beaucoup à cette époque, plutôt quecelle d'un architecte. Que de patience et d'adresse, par exemple, n*a-t>il pas Tallu pour sculpter cette charmante balustrade , portant le nom du fondateur combiné avec des feuillages? Cette composition est d'une fraîcheur et d'une perfection exquises. Nous espérons que les traces du vaudalisuie, qui a souillé
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cette fleur gothique , comme la chenille gâte les corolles les plus parfumées, ne larderont pas à disparaître entièrement.
La catht^dualc du Lyon présente les dimensions suivantes : longueur totale, soixante mètres; largeur, vingt-six mètres soixante centiniL-tres; hauteur, sous voûle, trente -trois mètres trente oeulimètres.
Uextériear de Téglise Saint^ean est grave et majestnmx/ . On aperçoit quatre grandes tours dont deux sont placées à la façade et deux aupt^ du transsept : hien qu*elles n'aient jjas reçu tout l'exhaussement projeté , et qu'elles soî^t terminées hrusquuraent en plate-forme, elles n'en Luinuiuniquenl pas moins à tout l'ensemble un mouvement remarquable. Ces tours sont anciennes à la base et relativement modernes au sommet : elles portent la marque du style en vigueur à la fin du xv* siècle, après le règne de Louis XI, époque à laquelle on construisit la façade et d^auties parties importantes. Les fenêtres flamboyantes, les galeries, les clochetons, romemmitatîon ne laissent subsister aucun doute à cet égard. •
La l'ae.'ult' a de belles proportions et une décoration symétrique. Les trois voussures inférieures sont enrichies de sculptures fines et variées. L'art du XV* siècle y a l'épandu le luxe de sa décoration savante. Les moulures les plus délicates Y sont unies à la végétation la plus altondante, aux dessins les plus caprideux. Les frontons aigus, posés au sommet des ogives de la voussure, sont évidés à jour et remplis de rosac<*s et de (lualre-feuilles à lobes lancéolés, groupés avec goût. Les lignes rampantes sont chargées de feuilles découpées qui se terminent en s'épanouissant sous forme de croix.
Une galerie composée d'arcs trilobés sépare les deux étages du frontispice. De petits clochetons, placés au-dessus des
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coatre-forISf dominent la galerie et l'embellissent de leurs flèches aiguâs, garnies de feuilles comme les tiges d'une plante vigoureuse. Entre deux fenêtres simulées, à meneaux
prismatiques, on volt une niairiiifique rose flamboyante. I^s divers compartimeuts en sont attaoliés les uns aux autres avec la même facilité que les mailles d'un filet de pécheur. Partout où s'ouvre la fleur gothique» elle étale les formes les plus attrayantes.
Une balustrade légère , qui couronne la plate-forme des tours» semble entourer le Iront du monument d'un diadème de dentelles transparentes.
NOTRE-DAME