‹ Les plus belles cathédrales de FranceChapitre 19 sur 78 · DE S££Z · texte numérisé non relu

DE S££Z

La cathédrale de Sées est tm des plus lematquables monument de l'architecture religieuse en France. Son histoire

est fort inij)ort.iïite dans l'élude rnisonuée de la marche progressive de l'art de bâtir. Cet édifice, partageant en cela le sort de plusieurs églises célèbres, appartient à un Age incertain, et l'on a toqIu se servir de l'obscurité qui entoure son origine pour lui attribuer une antiquité beaucoup trop reculée et le rapporter à une période architectonique à laquelle il est étranger. On n*a pas tenu compte du style, dont les caractères sont significatifs ; et parce que les ' documents historiques n'offraient pas toute I.t rlarfé désirable, ou s'est cru en droit de renverser toutes les théories scientifiques, appuyées cependant sur une multitude de faits. L'ensemble du monument de Sées est de la fin du xu' siècle et du conunencement du xm"; mais, suivant les pré* • tentions de cerlaios antiquaires normands, Téiectign devrait en être placée au commencement du xi* siècle, ainsi qu'on l'a fait pour les églises de Coulances et de Mortaïu. La i-enaissance si remarquable qui .se manifesta partout quand le x' siècle fut passé, ne serait donc pas celle dont nous admirons les œuvres dans différentes provinces de France et surtout dans le Poitou, le Maine, l'Auvergne» et sur les

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bords de la Loire ; ce serait l'inirodnction dn style à ogives. Une felle assertion n'est pas sontenable; les princiiie^ généraux de la science et les résultats non moins positifs de l'observation s'y opposent formellement. Qui admettra qiio le mouvement ascensionnel de l'arLliileolure ogivale snit parti de la basse Normandie dès le commenc emr nt du xi' siècle? On aura beau mettre en avant que les évéques de Goutances et ceux de Sées avaient suivi en Italie les seigneurs normands, qui j reçurent tant de faveurs de la fortune, et qu'ils rapportèrent de Tltalie méridionale des ressources abondantes, iriiits <le la conquête, et un système nouveau dans la manière de construire les édifices chrétiens: il restera toujours à démontrer que le style ogival emtaitau Al' siècle en Sicile et dans les régions de l'Italie qui l'avoisineut, ce qu'il est impossible de faire. La généralisation de l'ogive n*a pas été instantanée, elle n'a pu avoir lieu qu'en suivant diverses pbases, comme Tadmettent tous les archéologues français.

T.es faits historiques relatifs à la catliédiak de Séez pourront imus ctuiduireà la seule conclusion adniissilde, en les interprétant comme ils doivent l'éire. Indiquons d'aboi*d les origines de la cathédrale de Séez comme église épiscopale.

Lorsque le christianisme eut établi en plusieurs provinces son influence bienfaisante et régénératrice, la vieille cité des Sagiens eut pour évèqne saint Latuin ou saint Lain. Ce fut lui, vers 4 iO, qui jeta les premiers fondements de l'ancienne église. Suivant uac loutnnie (pie nous nous plaisons à mentionner comme une de nos traditions catholiques, la cathédrale primitive fui consacrée sous Tinvocation de la sainte Vieige. Pendant cinqsièdes les générations pieuses se pressèrent dans cette enceinte sacrée. Puis de grandes calamités pesèrent au x* siècle sur la France : les Normands marquèrent

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leur passage par les ruines et le sang. En 910, ils parurent devant la ville de Séez, et, quelques jours après, elle ne montrait plus qu*un amas de débris et de cendres. L'église

épiscopale fut entièrement détruite.

A celte é})oque caJamiteuse siégeait Azon. Guillaume de JumiégeSi dans sa chronique, nous apprend que cet évôque releva sa cathédrale, et il ajoute même qu'il la rebâtit avec les matériaux délabrés des fortifications de la ville Nous ne possédons aucun autre reufleignement sur le monument romano-bjsantin ; s'il était permis de proposer des conj octurcs, nous dirions que cet édifice devait plutôt satisfaire aux conditions de la solidité qu'aux lois de Tari. Rebâti précipitamment, à la suite de désastres, alors que les populations décimées étaient réduites aux plus dures privations, il suffisait aux besoins du culte. U fut encore victime d^m incendie. Le même Guillaume de Jumiéges nous apprend que révéque Yves de Bellesmes fut contraint de mettre le feu aux maisons qui Tentouraient , afin d'en débusquer les brigands i^ai s'y étaient réfucriés; l'église en fui atteinte et entièrement consumée. Cet accident ai-riva vers l'année 104b, .

Lorsque révèipie Yves de Beilesmes alla trouver à Reims le pape Léon IX, qui avait convoqué un concile, le 3 octobre 1049, il reçut les plus vifs reprocbes pour avoir incendié son église. 11 se soumit à la pénitence, et forma le projet de la réédifier plus grande et plus somptueuse que celle que son imprudence et sa prri ipitatirm avaient détruite, U partit courageusement pour ritalie, alin de sdilicitcr de ses {larents, Boëmoot, priuce de Tarcnte, et Tancrède de Hauteville, des secours en laveur de son entreprise. U

t Guillaume do Jamiéijes , liv. VU, chap. xiii>

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