‹ Les plus belles cathédrales de FranceChapitre 33 sur 78 · COUTANCES · texte numérisé non relu

COUTANCES

(lu xui* siècle. Ainsi, sur le tympan de la porte située sous la tour Diéridionale , on voit, comme en beaucoup (i'églises de cette dernière époque, le Père éternel entouré des symboles des quatre évangélistes. Dans la nef, les chapiteaux de plusieurs colonnes sont presque romans; les feuillages n'ont pas la forme usitée pendant la premi^ période ogivale, et en plusieurs endroits des figures humaines s*y trouvent mêlées.

A rextérieui-, plusieurs clochetons sont terminés par des pyramides à quatre pans en forme d'obélisques, et les tours de Touesl, d'abord carrées, prennent la forme octogone à la moitié de leur hauteur, disposition que Ton peut remarquer en beaucoup de tours de la transition. Les toits de ces pyramides de pierre sont tous ciselés de manière à présenter des modillons imbriqués.

M. de Gerville et M. l'abbé Ddamarre ne nient point l'analogie; elle esf, en effet, évulente; luaLs ils opposent aux inductions qu'on pourrait en tirer un témoignage écrit auquel ils attachent beaucoup d'importance.

Ce sont les notes d'un contemporain insérées dans un carlulaire nommé k Livre nmr de l'éçéehé de CouUmeee, espèce de compilation faite peu de temps après 1360.

Suivant ce document, comme nous Tavcnis indiqué déjà , la cathédrale de Goiitanoes anr»t été commencée en 1030 ; les travaux auraient été conduits avec peu d'activité jusqu'à Pépiscopal de Geoffroy de Moulbray, en i040, par les soins duquel Touvrage aurait ensuite été poussé avec tant de rapidité , qu'on aurait pu consacrer l'église eu 1056, et qu'elle aurait été achevée bientôt après.

On comprend sans peine combien il serait étonnant de trouver à Coutances un monument du xi* siècle, construit en un style qui ne régna qu'un siècle et demi plus tard dans

les autres villes de la Fraxioe oeddeiitale. un moaument complètement h ogives, tandis que les édifices bàHs au xi*

sii'cle , sous la direrlion et aux frais des hommes les plus illuslios et les plus opulents, ne présentent que des arcades cintrées.

Pour citer un exemple, Guillaume le Conquérant fonda une abbaye à Caen en 1 066, et la reine Mathilde , son épouse, en fonda une autre la même année; comme on n*épai|;na pas la dépense pour rendre ces deux monuments dignes des fondateurs et de l'événement h la mémoire duquel ils forent L'ievés . il y a lieu de croire qu'on aura employé le style le plus niodeme et le plus parfait; cependant nous voyons qu'ils sont d*un style plus ancien que la catliédrale de Coutances, qui aurait été bâtie près de vingt ans auparavant, suivant le document dté par M. de Gerville et si éloquem*ment défendu par M. Tabbé Delamarre.

Longtemps après la date assignée à la Gooslruction de la cathédale de Contances , on construisît une vaste église à l'abbaye de Lessay, à la porte même de cette ville. On serait porté à croire que rarclùt(^( te chargé de cet ouvrage, ayant sous les yeux un aussi beau modèle que la cathédrale de Goutances, aurait dû l'imiter en quelques parties ; il n'en est rien cependant, on ne voit à Lessay que des arcades à pleincintre. L'église appartient au style romano^byzantin sans mélange.

On a dit : Geoffroy de Montbray , sous l'épiscopat duquel

la cathédrale de Goutances futlx\tie, était allé en Pouille, près de Robert (iuiscard et des autres barons normands, ses amis et ses parents; il eu rapporta des sommes considérables. Ne peuiK)n pas supposer qu'il ramena de ce pa^ s des ouvriers pour construire la cathédrale dans un style inconnu en Normandie?

(X)LTA.NCIiS.

Cette explication y séduisante au premier abord, est loin de satisfaire lorsqu'on a examiné les belles vues des monu-

meutsde Sicile publi(^e5? par M. lliltorf. Que voyoïis-iioiis. en etfet, dans les é^'lisos bâties en ce pays au xir siècle, cent ' ans après la cathédrale de Coulances , notamment dans la magnifique église de Mooiéai, près de Païenne, élevée par Guillaume le Bon? Nous y trouvons des ogives pour ainsi dire de transîtton, qui nW pas, à beaucoup près, Télancement de celles de Coutances, et le goût byzantin domine dans les riches ornements qni décorent Tédifice.

Bref, si le sfvie (uis d était connu dès le xi' siècle, en Sicile et en Italie, il différait considérablement de celui que nous voyons dans la cathédrale de Coutauces, et ce dernier ne peut en être l'imitation exacte

Toutes ces raisons sont d'un grand poids, et M. Tabbé Delamarre ne s'en est pas dissimulé la gravité. Il a essayé d'y répondre catégoriquement. Nous avouons qu'U cite des docinnents écrits auxquels il est dilBcile de répliquer : il fau hail compulser les archives de l'évèché de Coutances, analyser et comparer les textes , rechercher le livre noir qui a été perdu, en examiner l'authenticité et tous les caractères de véracité pour suivre pas à pas les syllogismes de Tauteur du mémoire. Nous confesserons en même temps que la va> leur des preuves tirées de l'analogie n*a pas été suffisamment appréciée , et que M. Tabbé Delamarre n*a pas réfuté victorieusement les objections de ses adversaires. Comment ne pas reconnaître les membres d'une m» djl iainilie dans des monuments frères par la resseuiltlance . [lar une foule de caractères identiques, par le même sang et la même vie, si je puis m'ezprimer ainsi, qui circulent partout, qui animent

■ M. de Camnont, Antiq, JAm., tome IV'

tout? Comment se fait-il que tous nos grands édifices chrétiens du xiiT siècle, Mtis dans des provinces éloignées et jusque dans les contrées de TEurope septentrionale, offrent entre eux des traits frappants dans les dispositions essentielles

et jusque dans les détails accessoires? Comment expliipierat-on la similitude parfaite des lormes de la cathédrale de Coutances avec les formes de tous ces monuments contemporains? Voilà des difficultés insolubles. Nous ne voyons nulle raison d^admettre une exception en faveur de l'église de Coutances : elle se serait élevée au milieu des plus célèbres monuments de Yaxi romano-byzantin, sans principes préliminaires, et elle aurait atteint la perfection du style o^val sans avoir ( onnu de transition! ce serait un fait inexplicaMe. Ou.iiid un a étudié la marclu» des arts, à diil'énMites époques et cliez plusieurs peuples , on demeure convaincu que les révolutions ne sont jamais instantanées, mais qu'elles sont amenées par des causes que nous pouvons suivre et coordonner. La perfection littéraire et artistique, pour employer une expression empruntée à l'antiquité classique, est placée au sommet du Parnasse; on ne peut y parvenir qu*en gravissant péniblement les Uanes escarpi's île la montagne.

Voici les dimensions principales de la t atliédrale de (jmitanccs ; longueur totale, soixante- quatorze mètres; largeur des trois neis, vingt mètres soixante centimètres; bauteur des voûtes, vingt-six mètres soixante centimètres; hauteur du dôme, soixante mètres ; hauteur des deux flèches, soixantequatorze mètres.

Le plan de la cathédrale de Coutances est très-régolier; il est en forme de ( roix latine, avec Iranssept et nefs déambulatoires. Les chapelles qui accompagnent Wibside sont |>eu prononcées; elles n'olTrenf presque aucune profondeur, et sont édairées par trois belles fenêtres à lancettes. Les autels

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GOtTANCES.

(lu on y trouve sont presque tous antiques; ils remontent à divei-ses iondations établies dans le cours du moyen A^e. Ils consistent en une simple table en pierre, appuyée sur quatre soutiens travaillés sans art. Depuis longtemps ces autels avaient été recouverts de planches ou de maçonnerie; on ignorait absolument leur existence. M. Tabbé Delamaire les a fait débarrasser» et les a rendus à leur forme primitive. Les antiquaires peuvent les étudier facilement, et se eon^vaincre à leur vue de la véritable signification de plusieurs tcxtt's f|ii(' nous trouvons dans des titres do celte l'pf ujue, qui [laiieiit des ornements nombreux employé:» à la décoration des autels.

La cTiapelle de la Sainte-Vierge, bâtie au ziv* siècle, est établie dans des proportions très-élégantes. Les détails de Farchitecture, quoique fort curieux, contrastent cependant avec la décoration générale de Tédifice, traitée avec la noblesse sévère du xin* siècle; les chapelles des collatéraax sont magnifiques. Nulle pai t ailleurs nous n'avons rencontré de formes aussi riches et aussi gracieuses. Elles communiquent les unes avec les autres par de larges ouvertures rempHes de meneaux surmontés de découpures rayonnantes, daus le genre des fenêtres du xiv* siècle. Les murailles intérieures sont ornées de cintres, de colonnettes et de moulures architecturales, qui produisent le meilleur effet. Quoique les autels soient généralement de mauvais goClt, ils ne cachent point cette décoration sml^lllî^renlenl grande et [littoret^que. Toutes ces chapelles poi»ix)iit reprendre facilement leur aspect primitif» sous Tiniluence des saines idées de restauration qui animent actuellement le clergé français* Nous avons remarqué des parties secondaires travaillées avec soin et délicar tesse, telles que des crédences, destinées à recevoir les vases remplis du vin et de l'eau nécessaires au sacrifice. Les sta-

2I« CATHÉDRALES DË FRAiNCE.

inettes qui embellissent la chapelle de Saint-François méritent l'attention des connai^eurs : rien ici n'a été négligé, et nous répétons qne les chapelles des bas côtés de la cathédrale de Coutances nous paraissent le chef-d'œuvre du genre.

Dans toute l'église, les colonnes et les colonnettes sont groupées avec art. Dans les collatéraui de Vabside, leur fût est cylindrique et isolé; autour du rond-point du sanctuaire, elles affectent un placement original : deux hautes colonnes

posées l'nne devant l'autre donnent à la perspective un caractère parlitnilier. Cette disposition se présente rarement dans les <'?diGces religieux. Les chapiteaux et les bases des crtlonnes élevées dans la partie supérieure du monument offrent les formes usitées au xni* siècle. Ce n*est pas seulement ressemblance, on pourrait dire que c'est image parfaite, et presque identité; les crochets recourbés sont exécutés avec une grande halnleté, et réunis sur deux rangs comme les feuilles d'acanthe dn chapiteau corintliien; les bases sont composât s de monlnres toriques, d'un grosl)ondin écrasé, et d'une scolic profondément creusée, comme on Tobserve dnns les rnnstruclions du temps. En comparant ce système à celui qui règne à Chartres, à Rouen, à Reims, à Amiens, à Tours, on demeure convaincu qu'il part des mêmes principes, et qu*il doit reconnaître une même origine.

Dans tontes les parties de l'édifice, les arcades sont ogivales. Autour tin dievet, elles sont légÎTiinent surélevées, ainsi que cela s'est pratiqué fréquemment dans d'autres monuments. Lorsqu'on voit une si complète et si admirable généralisation de l'ogive et des autres formes qui en sont un accompagnement indispensable, on devient de plus en plus incrédule aux prétentions des antiquaires normands.

OIUTANCES.

aux yeux desquels cet admirable travail serait du milieu du XI* siècle.

Les fenêtres sont généralement étroites et élancées. Les fenêtres à lancettes simples et à lancettes géminées prédominent automr du choear. Les ouveituros s'élargissent aux , chapelles latérales de la nef, qui, dans leur ensemble, ne datent que do ziv* siècle. Les grandes fenêtres des transsepts et de la façade n'ont pas été modifiées en roses; elles gardent fidèlement la disposition la plus sévère.

A l'extérieur de Fabsido, dans les fenêtres de la nef déambulatoire , on remarque les fenêtres à lancettes géminées , sunnontées d'un trèfle, réunies dans un plein cintre. Tout semble se réunir pour nous indiquer la fin du xii* siècle ou le commencement du xiu* comme la date principale des trap vaux les plus importants de Notre-Dame de Coutanoes.

Les voûtes sont belles et bien bâties. Leur ossature est composée de nervures toriques. Nous n'en dirons que ce seul mot. parce que notre attention est tout entière attirée par la coupole merveilleuse qui s'élève au centre de la nef, du cbœur et des transsepts. La tradition rapporte que le maréchal de Vauban, en passant à Coutances, fit placer un tapis sous le dùme, qu'il s*étendit dessus, et resta plusieurs heures en contemplation devant ce chef-d'œuyre. Il est impossible de rien concevoir de plus gracieux , de plus aérien, de plus hardi, de plus protli^poux. Nous avions souvent regardé avec admiration le (iviiu- de l'église des Invalides, à Paris, celui de l'ancienne église Sain te- Geneviève , relui du Yal-de-Grâce, et plusieurs autres : notre esprit n'avait pu résister à un sentiment de surprise et de véritable émotion en voyant ces œuvres surprenantes, en analysant les padentg efforts des hommes de génie qui les ont élevées. Mais, nous devons Tavouer, la coupole de Notre-Dame de Coutances

nous a plus profondément impressionné que le d^e mo'

derne, imité de l'antique. Des flots de lumière brillante se préripitont sous la voûte étoiléo du oentro, par d'innombrables ieuètres élancées. Chaque feuètre est accompagnée de deux colonnettes eifilées, dont les lignes parallèles produisent un effet diflidle à dépeindre, tandis que leurs chapiteaux à belles Yolutes recourbées semblent s'unir pour former une guirlande de feuillages. Deux rangées de galeries superposées ajoutent encore à la décoration des murailles intérieures. Tout ici concourt à la perfection de Tensemble : une foule d'orin monts de toute nature si; nion- Ireul partout avec une richesse prodi^^ue. Le jour, puisé à des hauteurs immenses , est versé , sur les fidèles et sur les prêtres agenouillés au pied de l'autel, comme un reflet des clartés célestes et des ineffables splendeurs qui jaillissent du trône de Dieu.

* Les galeries intérieures sont construites, autour du ehceur, dans un style simple et pur. Ce sont de petites arcades trilol)ées, semblables à celles qui régnent autour delà chapelle de la Sainte-Vierge, à la cathédrale de Tours. Au bas de la galerie , une série de quatre-feuilles court autour du monument. Nous en dirons autant des feuilles entablées sculptées sous les corniches hiférieures.

L'extérieur de Notre-Dame de Goutances est partout d'une grande simplicité. On dirait que Part a répandu tous ses trésors à l'intérieur, et qu'il s'est trouvé épuisé pour l'ornementation du dehors. Cette sévérité est rehaussée cependant par le mouvement que communiquent h la masse les flèches élevées , et une armée de clochetons aigus rangés autcjur des nefs. La façade principale ne présente à l'œil que la majesté des grandes lignes et l'harmonie des prop(Hrtions, Accompagnée de deux tours symétriques, dont le sommet se perd

COLTANCES.

dans les nuages , elle peut être encore comptée au nombre des plus remarquables frontispices.

La cathédrale do Coutances, située sur une hauteur, se voit de tous les points de l'horizon à de lointaines distances. L'extrémité de ses flèches sert de direction aux navires qui passent sur les côtes de Normandie. Cette église réalise ainsi une des plus belles idées des allégories chrétiennes : elle est le port des fidèles, et elle montre de loin les écueils aux navigateurs.

SAIM-SALVliUR

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