DS: PARIS
La cathédrale de Paris est un des rares monuments dont le nom se trouve dans toutes les bouches et dont les beautés architecturales sont univeraettement connues. Son histoire est intimement Hée à celle de la monarcbie française. Tous
nos grands souvenirs nationaux se rattachent par quelque t ôh' à Notre-Dame ou à Saint-Denis. Lorsque la victoire avait couronné la bravoure de nos armées, les voûtes de la cathédrale retentissaient de solennels cantiques d'actions de grftoeSy et tandis que les drapeaux pris sur l'ennemi flottaient aux galeries intérieures, une multitude remplie d'enthousiasme était répandue dans la vaste enceinte. Tous les cœurs alors palpitaient des sentiments les plus généreux. Des prières fei*ventos venaient encore y solliL'iler les bénédictions de Dieu sur nos onlreprises pt-rilleiises et difficiles. Dans les calamités* publiques des voix gémissantes intercédaient pour le salut de la France. A toutes les époques de nos annales, nous voyons le nom de Notre-Dame de Paris mêlé aux noms les plus illustres et aux choses les plus merveilleoses. En pénétrant aujourd'hui sous ces voûtes majestueuses, au milieu de cette immense étendue, on croirait encore entendre quelcpies sou|iir.s des prières d'autrefois, ou le dernier murmure de l'écho des acclamations de la recon-
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PARIS
naissance et de la joie , (ani les émotions sont vives el profondes. La mémoire rappelle la magnificeiice des anciens joais, et Tesprit se croit transporté an sein de ces réunions Imllantes, où la religion déploie la splendeur de ses pompes et la terre tontes ses illostrations. Le charme se prolonge sans peine : rimagination , celte puissante enchanteresse, se plaît à évoquer les personnages dont la renommée traverse les siècles, el ù ranimer ces scènes éblouissantes trop tdt passées !
11 est peu d'églises en France sur lesquelles on ait publié autant de descriptions historiques et pittoresques que sur la cathédrale de Fiaris. Cependant son origine est toujours enveloppée de doutes et d^obscurités. Tous les auteurs qui ont
écrit l'histoire de la capitale de la France se sont livrés à des conjectures plus on moins vraisemhlahles, et dans un temps rapproché de celui où nous vivons, quand de funestes pré- ▼entîons r^naient dans tous les esprits au sujet de nos belles constructions ogivales , on débitait les récits les plus incroya • liles sur les dates architectoniques du monument. Aujourd'hui la sdenoe a soufSé sur les niaiseries gravement débitées sur le style barbare ei gothùfue des cathédrales; elle a mis à la place de pins sévères eÀ de plus impartiales appréciations. Un des premiers titres de notre àire à la reconnaissance de la postérité sera certainement cette juste réhabilitation des édifices dus aux générations catholiques du moyen Age.
Nous ne discuterons pas les traditions incertaines sur les principes et les développements de l'église épiscopale de Paris. Le premier oratoire où saint Denis réunissait les néophytes de Lutèce, fut sans doute une crypte inconnue, comme cela se fit partout. Iji religion, comme son dhn-n auteur, devait passer quelques jours an sein de la terre pour en sortir radieuse. Les persécutions, les catacombes et le
CATUÊDRALiS DE FRANCE.
martyre , trois mots qui rappellent les coimnencemeuts et la gloire de 1 Église !
Lorsque Constantin eut pris la croix pour étendard , et que plus tard Clovis, le guerrier franc, eut courbé la tète sous le joug de la rdigion chrélieune» la paix fleurit dans nos prtfTinoes. Alors les basiliques religieuses eurent droit de bourgeoisie et s'introduisirent dans les murs de la cité. De ce sièclé date la l'ondalioii de la plupart des rglises épis- . copales en France. C'est alors que fut construite la basilique modeste de Paris, sur les rives désertes de la Seine, à ce même endroit où nous contemplons actuellement le gigantesque édifice. Bientôt insuffisante pour les besoins de la population religieuse, cette église primitive fut remplacée par une autre. Saint Fortunat, évèque de Poitiers, fait connaître, dans son enthousiasme.poéfique, Tadmirationquelni firent éprouver sa grandeur et la richesse de ses ornements. Cette seconde basilique fut éh-véeen 555, par LbddcLert, à la sollicitation de saint Germain , évôque de Paris» sur les ruines d*un temple de Jupiter, si Ton doit s'en rapporter au témoignage de certains écrivains.
Sous quel vocable le temple chrétien fut-il érigé t Des ' titres» auxquels il est impossible de ne pas ajouter foi, établissent qu*il porta d'abord le nom de saint ÊHame, premier martyr, et que plus tard on bàlit à rôle une auti*e église dédiée à Notre-Dame. Quand les deux: églises furent détruites , une seule occupa leur place et fut consacrée sous la protection de la sainte Vierge.
Les hordes descendues du nord, qui désolèrent tant de contrées, ruinèrent Péglise de Paris en 875. Lorsque la tranquillité fut assurée par la conversion de RoUon , le monument se releva de ses débris, et à Taide de réparations et de reslauralions successives, dont il serait difficile de suivre
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toutes les tiaces, il parvini jusqa'à l'épiacopat de Maurice de Sully, c'esi-à-dii L j a^ip'enrannée 1 1 64. Cet illustre ëTécpie i^lttt de rebâtir, sur un plan nouvean et dans de plus
grandes proportions, sa cathédrale qui tomliait de vétusté. Il cédait sans doute à reiilraînemenl qui lançait alors le monde dans des voies extraordinaires et inconnues. Secondé dans son entreprise par le zèle du peuple et les largesses des princes, Maurice en jeta les fondements.
Le pape Alexandre III, alors réfugié en France, en posa la première piene en 1 163. Les travaux furent commencés avec une incroyable activité. Maurice de Sully avait à cœur ti'a\aiiccr l apKlenient Texécution de son hardi projet. M il m e son ardeur, il mourut sans avoir la ronsnlalion de teniaiier sa cathédrale. Bieutâl les guerres, les discordes intestines, les malbeiin publics paralysèrent les cfibrts de ses successeurs, de sorte que plus de deux siècles après l'ouverture des travaux, le dernier couronnement n*était pas encore posé à l'oeuvre. Ces lenteurs expliquent poiu rpioi Ton ne fit jamais la dédicace solennelle de la basihque. L'autel fut consacré par Henri de Châtoau->îarray, légat du saint-siége, au moment où l'on achevait le chœur et où l'on commençait les nefs, et cette cérémonie fut la seule accomplie avec pompe et solennité. Malgré les variations du goût, cette majestueuse cathédrale présente aux yeux de Tobservateur une surprenante imité. Toutes les parties offrent un accord frappant.
La suite des dates et les caractères de la construction nous font connaître que la nef est postérieure au chœur. Celui-ci appartient à Maurice de Sully, tandis que le vaisseau appartient, sans contredit, à l'architecture élancée du xiu* siècle; il fut terminé , de môme que la façade principale , sous le règne de Philippe-Auguste, en 1223.
Une inscription en caractères gothiques qu'on lit autour
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de rembasement du portail méridional, atteste que cette partie de l'édifice o'ezisf ait point encore en 1 257, et qu^elle lut commencée au mois de février de cette année, sons Régnaolt de Corbeil , évéque de Paris , par /emi de Chdles,
maître mneon.
\je portail soptcnirional , consfruit en 1313, remonfe au ^^gne de Philippe le Bel , (jiii y consacra en partie le produit de la confiscation des biens des templiers.
Pùnr terminer cette indication des époques qui ont vu 8*élever les parties les plus importantes du monument, nous dirons que les chapelles abddales furent bAties dans le courant du XIV' siècle. La Porte^Rovgc, ainsi nommée de la couleur dont elle était couverte, ne fut achevée que dans le xv«. Mil* lijues auteurs en ont atlribm' la t'onslriirtion à Jean sans Peur, tandis que d'autres prétendent quelle est due aux bienfaits de Jean, duc de Berry, frère de Cliarles V.
En traversant les siècles pour venir jusqu'à nous , cet auguste monument a soulfert des injures du temps et beaucoup plus encore des injures de Thomme. Le temps lui a donné cette teinte obscure, si^e d'antiquité, que l*on aime à retrouver sur ces nobles édifices l)Atis sous les auspices d'une religion immort(^lle qui ne pense qu'à l'éternité. L'intempérie des saisons, la rigueur des éléments, la violence des tempêtes ont altéré la pureté de quelques détails accès* soires. Les orages politiques, au contraire, y ont laissé des traces d'une fureur aveugle et d'efforts insensés. Le saint édifice, si fermement assis sur sa base, n'a dû d'échapper au vandalisme révolutionnaire qu'à l'inébranlable solidité de sa masse.
l>e plan de Notre-Dame de Paris figure la croix latine. L'édifice est soutenu par cent vingt piliers de proportion et de structure différentes, mais régulièrement disposés et qui
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forment une double enceinte autour de la nef et du choeur* L'ensemble offre donc cinq nefa parallèleSt un' Toste transsept et une rangée de chapelles latérales de chaque côté. H est difficile de rencontrer des dimendons plus colossales et
des proportions plus heureusement combinées. La sévérité des lignes et la sobriété des ornemenls relèvent encore la grandeur de l'enceinte. On compte cent trente mètres de longueur dans œuvre , sur quarante-six mètres soixante centimètres de largeur, et trente-quatre mètres soixante-six centimètres d*élévation sous Yoùte.
La cathédrale de Paris n'est pas en France le plus beau monument du style ogiyal , et cependant qnelle différence de grandeur, d'élanctmient , de vërilahle noblesse entre cei ëdiGce et les autres monninnils qui oineut la capitale!
L'étendue de Notre-Dame de Paris semble presque dou~ biée par de larges galeries ré£m;ml sur toute la largeur des bas côtés. On y place dans les solennités un grand nombre de personnes. Nous ayons rémarqué ces galeries étendues, dans beaucoup d'églises, même dans des monuments de l'époque romano •'byzantine , comme à Saint -Étienne de Caen, àSaint-Remi de Reims, à Notre-Dame de Cbâlons. Partout elles cuuimuniquent aux édifices un caractère imposant.
L'intérieur de Notre-Dame, considéré dans son ensemble, répond aux grandes idées de son fondateur. Maurice de Sully semblait en prévoir les hautes destinées. Les temps ont un peu modifié les dispositions primitives. Le sanctuaire surtout a été maltraité par la prétention des architectes à vouloir en ramener les dillérentes parties m des formes plus raisonnables. Louis Xr\'^ dépensa des millions et travailla quinze ans à changer le rond -point de l'abside. De gracieuses ogives, portées sur des colonnes cylindriques à chapiteaux
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oraés de feuillages, ont disparu frappées de proscription. On les a remplacées par des arcades en plein cintre et des pilastresde mauvais goût. Ainsi le choeur et le sanctuaire, surchargés à grands frais d'orncnicnls mudernes en placago , exécuté? d'après les dessins de Mansard et de Rohert-de-Coste, ne représentent , malgré Téclat des marbres et des dorures , qu'un mélange de styles incohérents. Les caprices de la mode n'ont pas été sans exercer une funeste influence sur la déco^ ration intérieure du grave monument, à une époque oh il semblait de bon ton, pour les artbtes, de dédaigner Tavclûtecture gothique. Tous les hommes qui eurent à diriger les travaux modernes de Notre-Dame ont marqué leur passage par des restaurations regrettables. Jusqu'à nos jours, nous avons été témoins des funestes apftlications d'un principe' qui devait faire disparaître le vieil édifice sous un vêtement neuf. Le badigeonnage, le regrattage et le ciment romain auraient enlevé jusqu'aux derniers vestiges de la beauté des décorations architecturales. La manie de changer et de bouleverser avait voulu même s'exercer sur une des parties les plus vénérables. On avait songe à supprimer la chapelle du fond de Tabside , dédiée à la sainte Vierge , pour y placer une sacristie. On a peine à s'expliquer un pareil abandon des traditions catholiques. Cette idée a été heureusement abandonnée, sur les justes réclamations de tous les hommes jaloux de conserver la beauté de Notre- Dame , réclamations exprimées avec énergie dans le bulletin archéologique publié par le Comité historique des arts et monuments.
La clôture du chœur était autrefois chargée, sur ses deux faces, de sculptures remarquables. Celles de l'intérieur représentaient l'histoire de la Genèse; elles avaient été exéi utées en 1 303 , aux frais du chanoine Fayet. Celles de l'extérieur,
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dont une partie a échappé aux actes d'un vandalisme impitoyable f olTrai^i, en une multitude de soènes variées, toute la suite du Nouveau Testament. Ces figures, exécutées en plein relief, sout Touvrage de Jehan Ravy et de Jehan Bouleiller son neveu, tous deux maiù^ maçoru et ima^iiers de Nofre-Dame en Van M. CCCLI. On y admire une grande naïvek^ do ])OSù et d'expression. Le dessin n'est jias sans doQte intjprochable partout; mais, au \)iÀul do vue «le l'art et de la science, ces statuettes n'en sout pas moins trèsintéressantes. Elles avaient été peintes et dorées, comme celles d'Amiens : on ne voit plus que des restes de peinture et de dorure propres à faire soupçonner leur ancienne magnificence, propres aussi à nous initier aux procédés employés dans leur décoration. Malgré leur triste état, nous préférons encore cette suite de sujets sculptés aux énonnes tableaux qui eucombrenl le chd'ur. Nous n'avons nullement Tintention de contester leur mérite artistique : les auteurs qui les ont exécutés y ont certainement déployé un talent supérieur; nous croyons qu*ils ne sont pas à leur place, et beaucoup de personnes partagent cette opinion. Nous avons la même pensée , relativement au groupe en marbre appelé le Vom de Louis XIII. Ce groupe est placé derrière l'autel, .sous l'aicade du milieu; la Vierge y est représeniée les bras élevés vers le ciel ; sur ses genoux reposent la léle et une partie du coips du Christ , descendu de la croix ; un ange soulève une des mains du Christ ; un autre porte sa couronne djépmes. Ce travafl de Nicolas Coustou, achevé en 1723, se distingue par un sentiment éminemment pathétique.
Les galeries et les fenêtres qui entourent le chœnr et Tabside ne sout pas inférieures à celles que l'on admire dans nos plus célèbres ba-sili(iues du xiii* si^cle. Leurs larges liaies sout divisées par de légers meneaux en nombreux compar-
timents. 11 est vivement à regretter que la plupart des vitraux de Notre-Dame aient disparu : la lumière pénètre trop abondamment dans l'enceinte; Tœil aime mieux cette clarté douce, tempérée par les yerrièies peintes. Les deux roses du tmoflsept ont conservé à peu près intactes leurs riches masaïques.
Les trois roses de la cathédrale de Paris sont trois che^
d'œuvre qui peuvent rivaliser avec les plus admirables compositions du même genre. On en cfinnaîl pent-Afre de plus originales, comme celle qui décore le traussept septenirional de Saint-Ouen de Rouen , mais on n^en rencontre nulle part de plus hardies et de plus harmonieuses.
Non-seulement les peintures vitrifiées ont disparu par divers accidents, mais euoore les peintures à fresque qui recouvraient une partie des murailles, ont été ensevelies sous plusieurs couches de badigeon. Quelques fragments ont été retrouvés, nofaminoiit à la cliapelle de la Sainte- Vierge. Celte vasle composition représentait rapolhéose de saint Nicaise. lin vif intérêt s'attache à la découverte de ces peintures.
Étudions maintenant les dispositions extérieures de Notre- Dame. Le style sévère de la façade surprend et émeut. On n*7 rencontre pas ce luxe d'ornements , cette prodigalité de détails et cette variété de composition que Pon voit en beaucoup d'édifices contemporains; le taractÎTC principal et le mérile rt'el de rette construction résident dans la pureté des lignes et la symétrie, étrans'hre aux monuments de l'époque précédente. Ici Timagination n'est point séduite; Tœil contemple avec calme^ et Tespril peut raisonner ses impressions.
La fiiçade principale offre un aspect vraiment imposant. Vue è distance, sa masse gigantesque , se développant en un immense parallélogramme , offre quelque analogie avec les
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constructions Tomano-bysantmes. Mal^^é l'emploi des arcs en ogive et les détails de la décoration, on y trouve les réminiscences de l'architecture qui disparaissait devant des principes nouveaux. C'est plutôt la foi-ce des édifices du xu* siècle , que l'élégance et la légèreté des œuvres du siu". £a regardant les hautes tours si massives, on se rappelle involonlaiiemenl les églises romanes à créneaux, d'oii Ion pouvait braver les insultes du baron franc ou les attaques des hordes vagabondes.
Cette façade , flanquée de quatre grands contre-forts et divisée en plusieurs étages par d'élégantes galeries , a quarante-deux mètres soixante centimMres de largeur, sur soixante- huit mètres d'élévation. Elle présente à sa partie inférieure trois grandes ogives à voussures profondes, qui servent d'entrée aux ne&. Les sculptures qui décorent oes trois portails sont fort curieuses; elles ont été plusieurs fois déjà décrites et expliquées.
Dans le tympan de la porte centrale est représentée la scène terrible du Jugement dernier. Ce sujet a été Jiéquemmeut reproduit à cette même place. Le Sauveur a quitté la droite de son Père pour venir juger les vivants et les morts ; deux anges, debout, sont placés à droite et à gauche du souverain juge ; plus loin la sainte vierge Marie est à genoux, et, du cdté opposé, saint Jean l*Évangéljste se trouve dans la même attitude; vient ensuite une longue file de réprouvés, encliaînés et conduits par les dénions en enfer , lequel est figuré par des chaudières t^nflammées. Ici s'anime, sous une inspiration extraordinaire, l'art du statuaire, géoé-, ralement roide et glacé dans le moyen âge. Nous voulons parler du tableau de l'enfer et des supplices des damnés, dont les uns, culbutés par les démons armés de fourches , sont près de disparaître dans les ardentes chaudières; taudis
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que d'autres y fouettés, embrochés, foulés aux pieds, provoquent le rire de toute celte légion infernale, de tous ces diables à figures monstrueuses. L'idée première de ces emblèmes, que l'tin retrouve dans une foule ilc f,ravdres de celte époque, est évidemment empruntée aux visions de r Apocalypse; néanmoins une personniiicatioQ si in^'énieuse et si horrible tout à la fois du pécbé et des chàtimenis qui lui sont réservés , la prodigieuse variété des formes, des poses de ces êtres horribles, enfin Texpression de la douleur si bien reproduite sur la physionomie des damnés, tout id indii pu^ chez Tartiste, dont le nom est demeuré inconnu^ une trraude verve d ni la^mation. Dans les compartiments correspuudants du côté opposé sont représ»'nfés le paradis et cette glorieuse milice de martyi's, de vierges et de confesseurs qui ont mérité la possession du royaume préparé pour les justes depuis la constitution du monde. Les figures semblent sans expression; c'est qu'il est très-difficile de pemdre cette joie douce et tranquille, qui est la véritable béatitude de l'àme.
Malheureusement cette curieuse décoration a été maltraitée. On mutila ce portail en 1771 , lorsque la porte fut renouviîlée d'après les cadres de Louis XV, qui la trouvait trop étroite pour l'entrée de la cour, aux jours de cérémonie.
Les autres décorations du portail central et des portails latéraux représentent des faits tirés de la Bible ou de l'iÉvangile et de la Vie des saints. C'est ainsi que l'on reconnaît sans peine saint Marcel foulant aux pieds un dragon efirayant ; le monstre désolait les environs de Paris , comme la gar- ^'Ouille les camjia^iiLS de Rouen, et la 1 na.-ijue le pays de ïarasron. C'est probablement la persounilicatiun de l'idolâtrie vaincue par les premiers évôques. On retrouve aussi , dans une longue série de médaillons placés sur Tembrasement des grandes statues, des bas-reliefs représentant des allégo-
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lies et des emblèmes; les sujets de Notre-Dame de Paris ont de la «wsemblance avec ceux du portail de Notre-Dame d*Aimeii8; nous en avons indiqué quelques-uns en parladt de cette dernière cathédrale.
Nous ne poiivou^ nous empêcher de din (juelqucs mots du SMxliaque placé sur les faces peipemiicuiajres du portail de gauche, appelé Porlmi de la Hamte-Vierge. Les signes adoptés pour désigner les diverses saisons de Tamiée et la siiccessÎGik des mois y sont disposés avec art, mais pas toujours suivant les exigences de la science. On a fait à oe sujet des dissertations longues et fastidieuses. Le zodiaque a été tréquemiiit^iil reproduit au moyen âge dans une position' analogue ; les fautes du sculpteur qui a transposé des signes doivent être plutôt attribuées à l'ignorance (ju'à une intention. Ordinairement, dit- on, le signe placé en premier lieu correspond à l'époque de Fouverture des travaux de décoralion; la présence du zodiaque à Feutrée des égfases n*était pas sans doute étrangère à la symbolique dirétienue : le soleil , entouré des douze signes, était Timage du Soleil de justice, qui éclaire l'intelligence de la lumière de vérité, entouré des douze apôtres qui propagèrent la connaissance de la nH'élation dans toutes les régions du monde.
Le zodiaque de la cathédrale de Paris nu présente que onze signes; le- douzième, celui de ta Vierge, est isolé et adossé au trumeau du milieu. Dessiné sur de pins larges proportions et avec une perfection supérieure, il était sans doute ><n hommage du sculpteur à la glorieuse patronne du monument.
Au-dessus des trois voussures de la façade, la galerie des rois est vide des statues qui en faisaient aulreiuis l'ornement. Dans une des émeutes populaires, si Iréquimttis dans la première révolution, toutes les statues couronnées
aTllfiDRALES DE FRANCE.
furent brutalement jetées en bas et brisées. La populace, égarée au nom de la liberté et de rhonneur national, profanait les plus nobles gloires de la France. Les illustres ba-
sili({ii<'s de Reims et d'Amiens, plus heureuses que Téglise métropolitaine de Paris, possèdent encore la série des belles statues io\ lies qui dominent le frontispice. Au-dessus de cette premicre galerie, on eu trouve une seconde dont la décoration consistait eu une seule statue de la sainte Vierge, et qu'on appelait pour cela la Galerie de la Vierge, En 1 793 , cette statue ne fut pas plus respectée que les autres.
Le frontispice est accompagné de deux toun, terminées - en plate- forme, à une hauteur de soixante -huit mètres. *0n a prétendu que les tours devaient servir de bases à des flècht's colossales, dans le genre de celles de Chartres ou de Strasbourg. Ces couroimement^ pyramidaux seniblent manquer, en effet, et tout porte à croire que leur construction devait entrer dans le plan de l'architecte; la simple obseï^ valion justiiie d'ailleurs suffisamment cette opinion. 11 est peu de monuments gothiques entièrement acheTés sous ce rapport; la génération qui commençait les travaux les entreprenait sur une vaste échelle, sans se préoccuper si elle pourrciit les mener à entière exécution; elle comptait sur la génération suivante pour continuer son œuvre et en poser le dernier couronnement. Des malheurs imprévus, des calamités publiques, des troubles intérieurs, le refroidissement du cèle primitif, arrêtèrent souvent l'élan de la ccnstraction dans sontîours*
Les portes latérales du nord et du midi sont ornées modestement. Cependant le portail de Saint-Mareel présente des sculptures bien conservées. L'an du Scifjncur 1257, le dcuxicine des Ides de février, ce portai! fut eommcncé , en i' honneur de la tamie Mère du Chrùsl, pendant la vie de
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maUre J^n de CMUu, maçon. Telle est Tinscriptioii qu'on peut lire encore gra?ée en caractères gothiques; la Porfe- Hmige offre quelques détails dignes d*anéler l'attention. L'extérieur de Notre-Dame de Paris donne ridée de la
solidité, à laquelle on ne savait pas toujours unir l'élégance. L'abside ) considérée de loin, se dresse luajeistueusoment , accompagnée des contre- forts et des arcs-boutants; vue de près, elle est lourde et manque de cette hardiesse qui rend la perspective si pittoresque dans quelques autres monuments religieux*
Nous ne saurions terminer cette notice sans mentionner les magnifiques travaux de restauration qui s'exécutent à Notr&- Dame sous la direction des habiles architectes MM. Lassui et Viùllet- Leduc. La grande sacristie est une œuvre admirable sous tous les rapports. Les sculptures exécutées au grand portail par différents artistes sont également fort remarquables.
saint-étienm:
DE iOUl^OUâi.
L'ÉousE de Toulouse fui fondée vers le niilieu du m" nède , yat saint Satomin , venu dans les Gaules avec six autres
évéqnes. dont les noms brillent du jjlns vif éclat dans les fastes de notre histoire ercl(^sinstique. Ce tourageux apAIre, dont le zèle ne fut pas limité aux bornes de l'Aquitaine , et dont les prédications s'étendirent Jusqu'en Espace, couronna sa vie laborieuse en cueillant la palme du martyre. 11 avait établi à Toulouse un oratoire pour les réunions des premiers cbrétiens; mais Thistoire ne nous a conservé aucun détail SUT cette modeste basilique. Nous ne ferons aucune conjecture sur ce monument primitif; il vaut mieux s'attacher aux faits positifs et aux observations. I/église épiscopalc de Toulouse eut h subir de nombreuses catastrophes à l'époque désastreuse où les provinces méridionales de la France furent en proie aux plus terribles invasions. Le sort des armes fut très-varié, et dans ces vicissitudes conti» nuelles de grands malheurs pesèrent sur tout le pays. Les Vandales , les Visigoths , les Sarrasins » les Francs arrivèrent successivement à Toulouse, et y laissèrent les traces de leur domination ou plutôt de leur passage.
L'Église de Toulouse était llorissante sous la dynastie carlovingienne, autant (pi'ou peut le présumer de divers titres