‹ Les plus belles cathédrales de FranceChapitre 44 sur 78 · DE ROUEN · texte numérisé non relu

DE ROUEN

La ville de Honen esf trrs-riche en momiments moyen âge. Dix siècles rivaux de zèle et de gloire ont accumulé dans soD enceinte des merveilles architecturales de genre divers. La pensée des populations de ces temps, que les mœurs et les croyances éloignent de nous plus peut-être que la distance des âges, s'y trouve exprimée d*une manière admirable. On dirait, à voir les monuments publics si splendideset les maisons privées si noires et si pauvres, qu'une grande foule a voulu passer rpielques jouit» au pied de ces gigantesques constructions , et qu'elle a oublié de replier ses tentes an moment du départ. D*un côté, ce sont les créations immortelles d*nn art inspiré ; de l'autre, les traces fugitives du passage de générations qui semblaient ne pas compter sur Tavenir.

ï.a rallu'dralo de Konen et l'église alibatialede Sainl-Oucn sont ail nrtinlire des plus pro'ligieuses constniclions entreprises à l'époque du brillniit cmpirt' de rarchitecture ogivale. La supériorité de l'art catholique s'y reconnaît sans peine.

Tons les auteurs s'accordent à regarder saint Mellon comme le premier évéque qui ait élevé à Rouen une égl i>e épiscopale. En quel endroit de la cité cctie basilique chrétienne

fut-elle primitivement bâtie? Serait-ce à l'endroit où Van voit encore aujourd'hui la crypte dite de Saint-Mclliin , sous l'église Saint-Gervais? Aucun document historique ue l'apprend. II 68l probaUe cep^daut que 1 oratoire chrétien fut consfcniit à Venâfoit où se trouve aujourd'hui Téglise métropolitaine. La crypte de Saînt-Melloa étant peut-être la oonstrucHon la plus andenne de France, nous n'ayons pu résistier au désir d'en donner une courte description. Les principales dispositions architer toniques sont d'une extn^'me simplicité. Au centre de la voûte se trouve un grand arc en forme de plate-bande, à courbure semi^irculaire, qui s'appuie sur deux piliers carrés. Au lieu de chapiteau, le sommet des piliers est entouré seulement d'un filet et d*une moulure taillée en biseau. La voûte elle-même, appuyée sur Tarceau central , est d'une construction grossière. Dans la muraille on ajjciçoit (juelques briques épaisses, d'une fabrication antique. Denx ouvertures cintrées," qui rappellent et par leur forme et par leur destination les moniunenla arcuata des catacombes , ont servi à recevoir les tombeaux de saint Mellon et de saint Victrice. Quelques personnes pensent que la crypte de Saint-Gervais ne remonte pas à une aussi haule antiquité, et qu'elle a été construite plus tard, sur le même emplacement que celle du iv' siècle. Plusieurs antiquaires, et entre autres M. le Prévost, croient qu'il est impossible de prouver que cette crypte n'appartient pas à l'époque de saint Victrice, à la fin du iv*" siècle. La forme des deux arcades sous lesquelles avaient été enterrés les deux évèques , fournit un argument du plus grand poids ; les corps des deux saints pontifes en ont été retirés au ix* siècle. Quelle raison aurait-on cme plus tard d'y réserver des emplacements de tombeaux , puisque leurs reliques n'y sont jamais revenues? On est donc forcé d'admettre que la crypte est au moins antérieure au

CATilÉBUALES DE 1 HAM E.

UL* sîède, ^ alors oommeDi nier que ce soit celle qui fut élevée par saint Victrice ^ la fin du iv* siècle?

La L-atiKÎdrale de W^nivn lut détruite et réédifiée h plusieurs reprises, surtout à l'qiiKpu' Je la grande invflsiuii des Normands, au milieu du ix' siècle. Elle ne larda pas à sortir de dessous ses ruines, puisque, en 912» RoUon, converti h la foi cfarétienne, y reçut solennellement le baptême et la décora magnifiquement. Après cette conversion , qui permit à la paix de refleurir dans toutes nos pit>vinces, Téglise de Rouen éprouva encore plusieurs désastres. An x* siècle elle fut agrandie par lUcliard 1". I.cs travaux , commencés avec grandeur et sur un vaste plan, furent continués par son liis, l'archevêque Robert. Ils ne furent terminés que sous l'épiscopat de Maurille, monté sur le trône archiépiscopal en 1 055. Cet évéque zélé éleva la pyramide en pierre qui portait son nom, et fit la dédicace du temple» en 1063 » en présence de Guillaume le Bâtard , duc de Normandie, et des évèques de Bayeux, d'Avranches, de Lisieux . d'Évreux, de Séez et de Cou tances.

En 1117, la foudre Itnnbe sur la cathédrale. A peine relevée de ses œndres, elle est de nouveau consumée par un incendie, en 1200. Malgré la gravité des événements qui, après trois siècles de séparation, replaçaient la Normandie sous la puissance immédiate des rois de France, il parait que la nouvelle construction fut exécutée avec une incroyable activité, puisque, dès l'anuée 1217, on ik; s'occupait pliis (pie des [uarties secondaires de cette entre[irise gigantesque, dont l'immensité effraie aujourd'hui la pensée. L'église actuelle est donc dans sa masse principale l'ouvrage des premières années du xiu* siècle, avec quelques parties plus anciennes, comme la base de la tour Saint-Romain et beaucoup d'autres , qui ont été ajoutées postérieurement ou qui

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ont subi des modifications conndérables. La ehapelle de la

Sainte -Vierge appartient au xiv« siërle: les deux poilails latéraux, au siècle suivant ; le graml portail de la Tour-deiBeune. ainsi que la pyramide qui s'élevait au-dessus du centre des transsepts , objet de la libéralité des archevêques de la maison d'Amboise, furent édifiés dans la première partie du xyi* siècle.

Malgré la distance des temps, on retrouve dans la cathé* drale de Rouen cet ensemble qui ravit, ce cbarme du rhylhme qui oxcrro toujours une vive impression, l ne pensée unique règne dans tout l'édifice, quoiqu'elle soit exprimée différemment. Line aahitecture étrangère à celle du moyen âge est venue au xviti' siècle , par une disparate choquante, élever un jubé d*oidre ionique en marbre blanc, qui brise les lignes et heurte les couleurs. Il semble avoir été placé entre la nef et le chœur de cette basilique imposante , dit l'auteur des Vues de la France romantique et pillorraqur, ftour prouver qu'il y a (juelque chose de pire dans los arts que Tiguorance absolue des règles du goût : c'est le manque de goût.

L'aspect de l'intérieur de Notre-Dame de Rouen est majestueux; la gravité du style ogival primitif y est tempérée par,ralliance des formes les plus pittoresques. On comprend la noblesse de cette magnifique architecture , quand on pénèlre [)Gur la première fuis dans cetti; immense enceinte, vers le courher du soleil, lorsque les vitraux peints brillent aux dernièi*es clartés du jour, et qu'un religieux silence permet à l'âme do goûter les émotions qui la remplissent. L'dtendue des nefs, l'ordonnance des travées, les mystères de Tabside, tout se réunit pour foire une impression profonde et exalter le sentiment de Tadmiration. Les yeux seuls ne sont pas frappés et éblouis, comme il arrive dans les édifices

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modernes; Tesprit esl pénétré de ce sentiment religieux que les chrétiens éprouvent sous l'influence des idées de

la foi.

Le plan gém'ral vsi en forme de croix lafine, avec deux (•ollatéranx jusqu'au transscpt, et quatre jusqu'aux chapelles absidalcs. Les bas cMùs se prolongent dans les croisillons du transsept : disposition d'un bon effet et qui contribue peutêtre à donner une plus grande régularité au plan géoméiral. On compte vingt-cinq chapelles, cent trente fenêtres et un nombre infini de colonnes et de colonnettes. Voici les dimensions principales du monument : longueur totale, cent trentesix mètres, depuis le ^rand portail jusqu'à l'extri^mité de la « hapelle de la Sainte -Vieige; larcrenr, trente-deux mètres trente centimètres, d'un nuir à Tautre ; hauteur de la grande nef sous voûte , vingVhuit mètres; au centre est la lanterne élevée de cinquante^trois mètres trente centimètres sous def de voûte , et soutenue par quatre gros piliers portant chacun douze mètres soixante centimètres de circonférence; la longueur de la croisée est de cinquante-quatre mètres soixante centimèires.

Le chœur est entimré de quatorze colonnes et éclairé \nir quinze grandes fenêtres. Avant 1430, sa partie supérieure ne recevait le jour que d'un petit nombre d'ouvertures étroites et sans élégance. U faut suivre le pourtour de Tahside pour trouver les caractères du style primitif du monument. Les fenêtres à lancettes, la plupart géminées, attirent les regards autant par la grâce de leurs formes que par la vivacité éblouissante de leurs peintures; les tr»lonnes cylindriques, ou engagées aux angles des piliere, sont surmontées de chapiteaux à crochets , où les feuillages sont variés et très-délicatement sculptés. La base appendiculée laisse voir, parmi les moulures qui la composent, une gorge profondément

UOUEIN.

cieusée, amsi qa'on le pratiquait Gommunémeikt au oommencement dn xni* siècle.

Les arcades sont généralement très-aigui's , et l'ogive présente celte pureté de forme et cet élancement qu'on rencontre seulement après la généralisation du systèmtï. Celles qui se trouvent au point d'union des nefs et de la croisée sont d'une bardiesBe prodigieuse. Les galeries du Iriforium ne sont à jour qu'autour du cbœur et du sanctuaire.

En 1467» sous le caidinal d'Estouteville, lediapitie fit faire les stalles qui existent encore, dont les consoles sont décorées de sculptures curieuses. M. E.-il. Langlois en a publié, il y a quelques années, une monographie intéressante. Tous les sujets sont traités avec le sentiment particulier à cette époque : naïveté, finesse» verve, facilité, telles sont les qualités de ce travail » qui excite sans oease Tatlention des ' dl)8ervateuTs.

Autrefois un jubé en pierre , d'un style en harmonie avec le reste de Tédifice , ornait l'entrée du chœnr. Par ses ciselures nombreuses et ses mille dentelles légî»res, il rappelait le voile qui, dans le temple judaïque, cacliait le Saint des saints aux regards profanes. 11 a fait place, eu 1 777, à celui que nous voyons aujourd'hui. La ruine en a été froidement consommée sous Pinfluence des préjugés qui inti'oduisirent dans nos églises du moyen âge les molles créations du ciseau grec et romain. Cette perte est vivement regrettable pour les arts et la piété. Citons, au sujet du jubé moderne, des paroles maille ureusement troji justes ; a On dirait qu'une colonie païenne , inspirée des croyances de la théogonie grecque, aussi bien que des règles de la statuaire classique, a passé dans ce lieu, et qu'elle n'a vu dans l'occasion d'orner le sanctuaire qa*un prétexte pour satisfaire à ses dieux, en outrageant quelques-unes de nos solennités. » Voyez la fi-

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gare de sainte Cvnlc qui se trouve sur Vm des deux côtés, et convenez qu'elle représente platôt Viniage d'une des Muses mythol<^ques que les traits d'une vierge chrétienne.

Deux chapelles surtout se font remarquer par leurs dimensions : celle de Saint-Étienne , qui servait à la paroisse de ce nom, su|tpriiiu''é à la révolution, et rolh' de la S mile- Vierge, dont iious parlerons [)lus lont^uemeiil en laisuni connaître les magnifiques monuments funéraires qu'elle renferme. Cette dernière chapelle , longue de plus de vingt-cinq mètres, est une des plus belles qui existent. EUe constitue à elle seule une construction indépendante qui formerait un oratoire très-distingué. Elle étale toutes les richesses de Farchitecture, comme un témoignage permanent du dévouement des |i<i[»ulalioii.s au culte de Marie, mère de Dieu.

On admire à la métropole de Rouen plusieurs \t mères bien conservées. Elles ornent des fenêtres à compartiments variés. Les plus belles remontent au xni« siècle; elles sont distinguées par Tédat et la symétrie des couleurs : nous devons surtout mentionner le magnifique vitrail légendaire qui contient la vie de saint Julien THospitalier. Au nombre des vitres de la renaissance dignes d'être mentionnées, est celle de Saint- Uomaio, placée dans la chapelle dédiée à cet évèque.

L'édifice est encore éclairé par trois grandes roses, placées au-dessus des trois portails. Les meneaux en sont délicatement entre<croisés. Quelque belles que soient les roses de la cathédrale , elles sont cependant inférieures à celles de Saini-Ouen. An centre de la rose du portail occidental, on voit le Père éleinel environné du légions d'anges, exprimant leurs seutiments de bonheur et d'atloration en juuaut dti divers instruments de musique. Les poses en sont pleines de grâce et de naturel; les visages respirent cette paix

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