VANNES
de la chaire de saint Pierre, applaudissant à l'ardeur des fidèles, et rammant encore leur enthousiasme par cette distinctioii flatteuse.
Nous nuTTOiuf, autant que cela bous est possible, les di- Tefses épreuves que la cathédrale de Vannes eut & traverser, et les différentes reconstructions qui Pont amenée jusqu'à nous dans l'éfat où nous la voyons actuellement. Nous ferons usage de notes historiques dues h la bienveillanle coniininncation de M. Tabhé Gaudin, chanoine et secrétaire de Véyùché de Vannes.
Au temps où la dté se gouvernait indépendante, soumise seulement aux lois du municipe* elle fit construire à grands frais un édifice en rapport avec la richesse publique. Ce monumenl, «lesliné aux réunions des citoyens, s'élevait majestimtmnmt nu cœur de la ville, snivant les expressions de Baillet. U dut être, dès le principe , consacré à des usages profanes, peut-être même au culte idol»\frique; Vannes gémissait alors dans les ténèbres du polythéisme.
C'était vers Tan 410 de Père chrétienne. La foi catholique pénétrait de toutes parts la vieille société patenne, et apportait dans son sein épuisé des doctrines régénératrices; ];i mission des apôtres était continuée avec c^lte ft^rc^i surnaturelle qui caractérise la première prédication de l'Évangile. \)6']h les rives de la Loire avaient retenti à la voix de saints missionnaires. Saint Clair était venu prêcher la bonne nouvelle aux peuplades dispersées sur les bords de ce fleuve, à Tendroit où il a son embouchure dans l'Océan. Le bruit s'en répandît au loin , comme celui d*un fait extraordinaire , et, Dieu accompagnant sa parole de prodiges, beaucoup de persunnus enibra^ssèrent la religion qu'il apportait. Vannes alors fut chrétienne. Le nombre des croyants devenant de , jour en jour plus considérable, on voulut quitter les maisons
des néophytes pour se réunir en commun dans un lieu consacré par les prières et par les cérémonies de l'Église.
Saint Paterne, le premier évôque de Vannes, chercha les moyens de procurer au tronpeau qu'il gooveniait mi édifice convenable pour rassemblée des fidèles. Il obtînt sans peine de convertir en église Tédifice consacré auparavant aux mystères dégradants du [tnganisme, et, après l avoii- purifié, il y célébra l'auguste sacrifice. Vers le milieu du siècle, ' en 455, les oilices chrétiens s'y faisaient avec beaucoup de pompe.
De cette construction antique il ne reste plus que le souvenir historique et remplacement, que Ton est jfondé à croire celui de la cathédrale actuelle. Les évèqnes des premiers
siècles de TÉglise n'ont jamais abandonné à des usages vils les lieux oîi se dressa l'autel primilil. Ils .ivaient tant de respect pour cet endroit vénérable, qu'ils ne l'abandonnèrent même pas quand des accidents de force majeure les contraignirent à rebâtir leur église. L'autel était la pierre solide, immuable, autour de laquelle s'élevait Téglise diangée, augmentée, transformée; tout se pouvait déranger ou enlever, excepté l'aufel , qui devait demeurer immobile, comme la religion , dont il rappelle les plus augustes mystères!
La construction qui suivit la première fut sujette à de nombreuses variations; au ix* siècle, elle fut détruite par les Normands, ces ennemis jurés du culte chrétien et des monuments religieux, qui pénétrèrent deux fois à Vannes à des distances fort rapprochées, en 847 et en 86S. H fallait que l'K,L;lise d'Occident eût à i etie époque si's persécuteurs, tandis qu'en Orient Nestoi ius alt.npiait les ^triuripes du christianisme , en faussant le dogme sur la personne du Fils de Dieu. Les Normands, en Bretagne comme dans les autres
contrées devenues la proie de leurs fanatiques dévastations, écrasaient les auteli> sous los dei)ii.s des temples, chassiiient du sein de leui-s retraites les hommes dégoûtés des fausses joies du monde et les vierges effrayées de sa malice et de sa ooRuption; les barbares avaient déjà envahi tout le pays qui se trouve entre la Loire et le Blavel, précédés de leur répu* tation terrible» et ce fut pour éviter leur meurtrière et sar crilége atteinte que, suivant dom Morice, les moines de Locminé et de Rhuis se retirèrent en Berry, emportant avec eux les précieuses reliques de saint Paterne.
Délivrés de la crainte de ces hordes sauvages après la conversion de RoUon, leur chef, les fidèles relevèrent la cathédrale avec toute la magnificence dont ils étaient capables» à hi suite des malheurs qui venaient de peser sur eux. Cet édifice fit place, sans doute, quelques siècles après, à une nouvelle cuiistruLtion romano- byzantine, qui, vers le xiv* siècle, chancelant de vétusté, menaçait de s'écrouler entièrement. Ce fut alors qu'elle attira 1 attention des pontifes romains, qui, à des époques éloignées dans le temps, mais rapprochées et unies dans une même pensée, adressèrent aux Vannetais les quatre brefii dont nous avons parlé précédemment. On conserve soigneusement encore, dans les ar^ chives du chapitre, celui de CalLxte III, de glorieuse mémoire; il porte la date de 1455, et parle de la cathédrale comme d'un édifice inhabitable et abandonut' *. Celui de Pie I! vint quatre ans ajffès, c'est-à-dire en i 459 ; il exhorte les fidèles à contribuer par leurs offrandes à la réparation et à l'édification de l'église et du doltre. Le bref de Gatixte IV la suppose en partie tombée et menait ruine Enfin Léon X
• Tôt aliter discooiterta.
2 VetmtalecoUapiaet HùnoM.
CVlUElliKALtiS 1>Ë FRAiNŒ.
éleva pareillement la Toii en 1 51 4 ; il parle àn maltre^utel et ilu chœur comme ne ]t" tuvaiiL, sans graml daii^^ci , «n-vir aux offices'. L'examen de la catliédraU' de Vannes monlre, au premier aspect, Tellet des paruies des souverains pontifes sur les populations. La plus belle portion du monument ao ' tuel porte les caractères du style architectural de la fin du XV* siècle et du commencement du xvi*. Une dernière restauration a laissé la cathédrale dans son état présent; elle eut lieu sous l'épiscopat de Valadire.
En cherchant à apprécier les styles architectoniques qui ont laissé leur empreinte dans la cathédrale de Vannes, nous reconnaissons le signe évident de deux phases remarquables. La grande nef et les bras du transsept appartiennent au style ogival flamboyant fleuri qui précéda immédiatement la .décadence des arts chrétiens, tandis que le chœur, bâti dans les dernières années du xvn« siècle, attriste l'œil de la pauvreté de son architecture. Deux procédés sont ici en présence : on n'a pas besoin de prononcer un jugement, la première impression suffît pour décider de la supériorité du style ca- ' tbolique sur un style bàtaid. La nef, sans piliers et sans colonnes, présente une belle voûte ogivale : tout autour elle est aocoiniKignée de huit chapdles asses régulières et élégantes.
Deux chapelles, dont lame est consacrée au tombeau de saint \ mcent-Ferrier, et i autre à la sainte Vierge, occupent les deux extrémités du transsept. Nous recommandons l'attention de Tartiste deux belles statues^ pleines de grandeur et d'expression, représentant saint Vincent et un abbé, que Ton est porté à croire saint Guenbaâ. On rencontre rarement
t Majns ,tllare et chorus <iJm< ruijxtin initMntUT^ptûdCttlIOlMiobpuiclUum iiMuindUis ruinœ.... ab im/c recedere cog<uUm. *
des œuvres plus digues d'altirer les regards, et plus parfailcs d'ensemble et de détails. Nous n'oublierons pas non plus deux autres statues en marbre de saint Pierre et de saint Paul, patrons de la cathédrale et du diocèse» placées aux deux petits autels coUatéranx situés à rentrée du chœur et adossés à c^eux énormes piliers.
Le portail uccideutal pi'ésente quelques motiis gracieux cl délicats de la sculpture monumentale à la fin du xv* siècle. A gauche s'élève la tour, dont la flèche fut frappée de la foudre en 1824. Une construction de mauvais goût a remplacé cette aiguille hardie et élancée; le prîndpe qui devait guider rarchitecte dans cette restauration était simple let clair : il fallait reproduire le plus exactement possible l'édifice détruit par le feu du citl. La ijase de la tour indique une auciennuLé un peu plus reculée que le reste de la façade; elle appartient au xiv^ siècle, suivant l'opinion de H. Taslé, maire de Vannes. Une autre partie accessoire à la cathédrale, mais néanmoins fort intéressante, accuse une époque plus éloignée encore : elle doit être rapportée à cette àre n>mano-b3^2antine qui nous a laùsé dans plusieurs villes des cloîtres si curieux. Telle est la pensée de M. Charrier, architecte distingué, et cette appréciation peut être facilement constatée aux caractères positifis de la construction.
n est f Acheux que Pextérieur de la cathédrale de Vannes , le seul monument dont la ville puisse se glorifier, soit encombré de masures et d'échoppes. Nous faisons des vœux
pour qu'où débarrasse le saint édifice de ce hîdenx entourage, d'autant plus que le travail exlérieui- e.st soigné. De belles galeries découpées à jour circulent autour de la nef» et de hardis contre-forts sont couronnés de clochetons aigus dWe disposition pittoresque. Au centre de la façade du
aTHËDftALES DE FIU14CE.
traiissept septentrional il existait autrefois une porte, aujourd'hui murée , dont la décoration rappelle les beaux jours du style ogival fleuri.