‹ Les plus belles églises du mondeChapitre 12 sur 84 · IU);M K · texte numérisé non relu

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rement changer les plans adoptés jusque-là. Viguole termina les deux coupoles latérales.

Clément XIII et Sixte-Quint trouvèrent en Jacques de la Porta un habile interprète de la pensée de jMichel- Ange. Sixte-Quint, auquel Rome et la chrétienté sont redevables de sages réformes et d’utiles créations, accordait une attention spéciale aux développements que chaque jour amenait dans l’immense basilique; il aspirait à la voir entièrement finie ; mais ce plaisir était réservé au pape Paul V, qui fit graver son nom sur la frise de la façade. Ainsi fut achevée la construction du plus vaste temple du monde, que chaque année devait ensuite contribuer à embellir. La dépense a été évaluée à environ deux cent cinquante -trois millions de francs. En voici les dimensions principales :

Longueur extérieure 219’"

Longueur intérieure 188*" 50

Longueur du transsept lo4™ 00

Largeur intérieure de la nef. 27’" 33

Hauteur totale, jusqu’au sommet de la croix. 130'" Hauteur de la voûte 48"’

Après avoir esquissé légèrement l’ histoire de la construction de la basilique de Saint-Pierre, il nous reste à décrire les différentes parties de l’édifice.

A l’entrée des deux colonnades de la place qui précède le temple, l’imagination est surtout frappée de la grandeur des proportions. xV coté de ces gigantesques ouvrages, il semble que la taille de l’homme se raccourcisse. La place de Saint -Pierre est entourée de deux

SAINT-PIERIU:.

galeries semi- circulaires, bâties par Beriiin et surmontées de statues en marbre; elles sont composées de quatre rangs de colonnes formant trois allées , dont celle du milieu est assez large pour donner passage aux voitures. Au centre de la place, et accompagné de deux fontaines jaillissantes , s’élève l’obélisque qui décorait jadis le cirque de Néron, et que Sixte-Quint dédia à la sainte (ù'oix. Cet obélisque était seul resté debout durant tout le moyen âge ; mais les siècles avaient accumulé à la base des dél)i*is qui l’avaient enterré jusqu’au tiers de la hauteur. Plusieurs papes avaient songé à le transporter; mais ils avaient été rebutés par la difliculté de l’entreprise. Il ne s’agissait de rien moins, en effet, que de soulever un monolithe de granit pesant environ cinq cent mille kilogrammes, de le transférer et de le dresser sur un piédestal. Sixte-Quint avait une volonté qu’aucun obstacle n’effrayait; il ordonna, et Fontana réussit.

Au jour marqué pour l’érection de l’obélisque, la population entière de Rome voulut être témoin de cette hardie et savante o[)ération. Des machines compliquées avaient été exécutées à grands frais. Un silence profond règne dans cette immense multitude. On entend seulement la voix de l’ingénieur qui commande, et le grincement aigu des machines. Tous les yeux sont fixés avec anxiété sur le colosse ; rémotion est générale. L’obélisque monte lentement ; déjà il s’élève à une grande hauteur : tout à coup il s’arrête. Il y eut un moment d’angoisse inexprimable. Soudain un cri est jeté avec force : « De l’eau aux cordes ! » et le silence succède plus profond (]ue jamais. Ce cri , poussé par

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lin paysan, assura le succès nu instant douteux. Quand on vit rol)élis(|ue, d’abord suspendu en l’air, s’abaisser doucement vers la base et y rester immobile, il y eut une explosion de joie qui retentit comme un éclat de tonnerre. Fontana fut porté en triomphe aux acclamations de la foule.

Paul V avait demandé a neuf architectes renommés des plans pour la façade de la basilique : celui de Maderno fut préféré , et les connaisseurs sont loin d'en faire l’éloge. Ils en trouvent la disposition vulgaire , sans caractère, et surtout sans nul rapport avec la destination d’un édifice sacré. Le frontispice, en effet, offre l’aspect d’un palais et non d’une église. Sur le balcon du milieu, dans les solennités du jeudi saint et de la fête de Pâques, le souverain pontife donne la bénédiction à la ville et au monde, Urbi et Orei.

Cinq portes forment l’entrée du vestibule et correspondent à celles de la basilique ; la porte Sainte ne s’ouvre qu’à l’époque du jubilé. Ce vestibule est vaste, et orné comme une église. On y remarque la statue écjuestre de Constantin et celle de Charlemagne ; il est décoré de marbres de choix, de stucs dorés, de bas -reliefs et de peintures. La porte principale de la basilique est en bronze, et date de 1440; elle appartenait à l’ancien édifice. Par un bizarre mélange du sacré et du profane, dont il y a trop d’exemples en Italie, elle est couverte de bas-reliefs empruntés à l’histoire sainte, tandis que la bordure est chargée de sujets mythologiques.

L’effet que produit l’intérieur de l’église Saint-Pierre a été diversement jugé. Nous ne citerons point ici l’opi-

SAIM-PIEK KE.

nion (les autres, nous exprimerons nos propres impressions. En francliissant le seuil pour la première fois, à l’entrée de cette vaste enceinte, à l’aspect de ces voûtes élevées , de ces arceaux gigantesques , de cette coupole majestueuse , nous éprouvâmes la plus vive émotion. Le regard, conduit par les ligues de l’archilecture et l’ordonuance de rédifice , s’arrête comme malgré lui sur les lumières tranquilles des lampes sans nond)i*e qui brûlent au-dessus de la Confession du prince des apôtres. L’œil s’en détache avec peine. L’esprit a compris sur-le-champ que c’est là le centre de cette grande œuvre; et si, de l’aveu de tous, les chefs-d’œuvre se reconnaissent à la simplicité, (|ui montre avec évidence le but que l’artiste a voulu atteindre, à la noblesse des moyens (pi’il a mis en praticpie pour réussir, au choix des procédés qu’il a suivis, à la perfection des formes qu’il a adoptées, pourquoi la basilique de Saint-Pierre ne mériterait -elle pas sa lïmommée? La richesse des détails ne nuit point à l’elfet de l’ensemble. Au premier coup d’œil , les ornements disparaissent dans la masse. La raison est satisfaite, sûre de n’être trompée par aucun artifice de consiruction. Rien ne vient distraire la pensée. Qui ne sait qu’en apercevant les merveilleux ouvrages des artistes inspirés , on est d’aliord saisi d admiration? Le ravissement et l’extase se produisent ensuite à l’examen des détails.

On a souvent répété que les dimensions de la basilique semblaient diminuées jusqu’aux jiroportions d’un édifice ordinaire, à cause du juste rapport de toutes les parties entre elles. Celte illusion n’a lieu que pour ceux qui ne

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se rendent pas compte des résultats de la [)erspective, dont la Mie n’est pas accoutumée à mesurer l’espace, el qui s’imaginent de loin que le sommet des plus liantes montagnes pourrait être aisément escaladé [)ar un enfant. Pour bien comprendre la grandeur de l’église Saint- Pierre à l’aide d’nn point de comparaison, il faut assister à quelqu’une des imposantes cérémonies auxquelles préside le souverain pontife. Lorsque le vicaire de Jésus- Christ apparaît dans le lointain, la tiare en tête, porté sur les épaules de ses olïiciers , bénissant à droite et à gauche, entouré du sacré collège et d’nn clergé nombreux , et que son cortège s’avance majestueusement , fendant les Ilots de la multitude, au milieu des nuages de l’encens, au son des fanfares, alors on voit la basilique telle qu’elle est réellement. Les hommes se pressent dans les larges nefs, comme des milliers de fourmis qui s’agitent sous un rayon de soleil. Nous avons eu le bonheur d’assister à la fête de saint Pierre, le 29 juin 1853. Nous n’oublierons jamais une circonstance vraiment saisissante. Au moment où le pontife arrive auprès de la Confession de saint Pierre , le chœur chante avec force : « Tu es Pet rus y et super hanc petram œdificabo Ecc testa m mearriy et portœ inferi non prœvalebwit adversus eam. Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. » Ces paroles de réternelle Vérité, répétées sur un tombeau et contenant une promesse qui doit avoir son etfet jusqu’à la fin des temps, retentissent comme l’écho du monde invisible.

Le plan de la basilique est en forme de croix latine et

SAINT-PIERUr:.

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se compose de trois nefs , coupées par le iranssept et terminées par l’abside, on brille la Chaire de saint Pierre. Deux i*angées de quatre grands arcs, soiilenns par d’énormes piliers et s’oinrant sur les chapelles, séparent les nefs. Les faces des piliers sont décorées de marbres rares ajustés avec goût, et de médaillons sculptés reu* fermant les images de cinquante-six papes, dont la tête est ornée de l’auréole de la sainteté, les insignes de la pa[)auté et les armoiries d’innocent X , de la famille Panlili. De liantes statues surmontent les arcades ; sur chaque pilier, deux pilastres cannelés, d’ordre corin- (hien, portent la corniche supérieure et encadrent deux niches superposées, où sont placéesies statues des saints fondateurs d'ordres. La voûte est en berceau , et ornée de caissons et de rosaces en stuc doré.

Au centre de la coupole s’élève le maître-autel, avec le baldaquin de bi*onze, ouvrage de Berniii : la majeure partie de ce bronze jirovient du Panthéon d’ Agrippa. Devant l’autel, vers l’orient, est la (Confession, au-dessus de laquelle cent vingt-deux lampes brûlent jour et nuit. Ln descendant dans les cryptes vaticanes, on parvient dans l’antique sanctuaire dû aux mains de saint Anaclet : c’est là (pie repose le corps du chef des apôtres ; c’est sur le tombeau de ce pauvre pêcheur' de Galilée que s’élève le plus vaste temple de la terre. En nous prosternant sur cetle tombe glorieuse, notre ame était absorbi'îe par d’autres pensées et d’autres sentiments que ceux qu’excite la vue des chefs-d’œuvre de l’art. Comment n’y pniserait-on pas le plus ardent amour pour l’Église de Jésus-Christ? L’unité catholique est ici, fondée sur une

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base inébranlable : l’autorité de Pierre survit dans ses snccessenrs ! De riiéniicyele j)artent trois nefs divisées par de solides piliers; elles sont remplies de tombeaux sans luxe, on reposent des papes, des empereurs, des reines et d’antres illustres personnages. On y conserve des statues, des l)as- reliefs, des inscriptions, des mosaïques, des peintures provenant de la basilique ancienne. Nous y avons remarqué le sarcophage en marbre de Jimins Bassns, si connu des antiquaires, et, parmi les statues les pins dignes d’intérêt, celle de saint Pierre, exécutée, dit -on, dès le iii® siècle de Père chrétienne. Cette image est moins célèbre que la statue en bronze placée non loin de la Confession : suivant l’opinion commune, celle-ci date du pontificat de saint Léon le Grand , (pii l’érigea en mémoire de la retraite d’xVttila, le Fléau de Dieu, en y employant le métal de la statue de Jupiter (’apitolin L Les pèlerins ont coutume de baiser dévotement le pied de cette statue; le bronze, qui résiste aux siècles, s’est usé sous les lèvres des fidèles.

Arrêtons-nous quelques instants devant le riche monument en bronze ou est conservée la Chaire de saint Pierre L C’est un siège en bois, d’origine païenne, et richement orné. On pense, avec raison, que c’était la

< Des voyageurs d’un caractère fort léger, et d’une érudition plus légère encore, ont avancé que la statue de saint Pierre n'était autre que Jupiter Capitolin offert à la vénération des fidèles. Cette assertion tombe devant l’inspection seule du monument; ce qui n’empècbe pas qu’elle n’ait été souvent répétée par les écrivains protestants.

2 Cathedra Pétri. On en trouve une description détaillée dans l’ouvrage de Torrigi. On peut consulter une très-intéressante dissertation écrite en 1832 par son Ém. le cardinal Wiseman.

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SAINT-PIEU R E

(‘liaire cimile du sénateur Pudens, chez lequel logeait Taputre; il s’y plaçait soit eu célébrant les mystères sacrés, soit en prêchant la foi. Conformément à l’usage de toutes les églises apostoliques, cette Chaire fut conservée avec soin. Il suffit d’être seulement initié à la science des antiquités ecclésiastiques, pour savoir que dans les églises d’Orient et d’Occident la coutume se conserva d’introniser les nouveaux évêques, qui s’y asseyaient en prenant possession du siécjc épiscopal et de la juridiction sur leur diocèse. La Chaire de saiiil Pierre présente des bas-reliefs en ivoire, rehaussés d’ornenients en or. Le cachet artistique qui s’y trouve empreint indique évidemment le temps des premiers empereurs , époque à laquelle les arts étaient parvenus à un haut degré de [)erfection. L’origine en est encore prouvée par les anneaux de bronze fixés sur les cotés, et destinés à passer les brancards que les porteurs chargeaient sur leurs épaules : usage en vigueur à Rome du temps de saint Pierre, et qui convenait à la dignité du sénateur Pudens. Tous les écrivains ecclésiastiques ont parlé de la chaire de saint Pierre, et leur témoignage ne saurait être révoqué en doute. Le monument élevé en 1667 par le pape Alexandre VII porte cette inscription : prima seues, FiDEi RECELA, ECCLESiÆ FUNDAMENTUM f premier siéfic , régie de la foi, fondement de V Eglise).

Dans les nefs latérales de la basilique se trouve une suite de tombeaux d’un traAail très-soigné, quoique le style de la sculpture ne soit pas toujours d’un goût assez sévère. On regrette d’y voir uniquement des statues allégori([ues , dont l’expression est peu d’accord avec la

ROMl*.

piravité du lieu. Le luoiiunieiil du j)a|)0 Paul III en ofire un exemple lmp célèbre. Au pied de Purne sur lacpielle est assise la statue en bronze du pontife, sont couchées deux statues en marbre, la Prudence et la Justice; la première sous la figure d’une femme âgée ; la seconde sous les traits d’une jeune femme sans vêtements : par respect pour la sainteté du temple, on la couvrit d’une draperie en bronze que Bernin fut chargé d’exécuter. Le lombeau de Clément XIII, terminé en 1795, est le chef-d’œuvre de Ganova : on est frappé d’étonnement en regardant cette tête de pontife si grave, si recueillie, si pieuse, et, à la base du sarcophage, les deux lions dans une attitude si grandiose L

La plupart des tableaux qui décorent les chapelles et le dôme de Saint-Pierre sont en mosaïque. Les anciens ont fréquemment employé, pour orner leurs appartements, la mosaïque, formée de petits cubes de marbre ou de verre diversement colorés; mais il était réservé- aux modernes de perfectionner ce genre, propre à communiquer l’immortalité aux chefs-d’œuvre des maîtres, en mettant

1 Pour donner une idée exacte du système de froides allégories adopté dans la plupart des monuments funéraires élevés à Saint-Pierre, nous ne saurions mieux faire que de citer le programme de celui qui sera élevé à la mémoire du pape Grégoire XVI, mort en 1846. « Ce monument se composera lie trois figures principales en marbre de Carrare, dans des proportions gigantesques. Vous verrez le pape assis, tenant les pieds sur une urne en bel albâtre oriental; d’uii côté, il y aura la statue allégorique du Temps, réfléchissant sur les événements du monde ; de l’autre, la statue de la Prudence, appuyant son coude sur le sarcophage. Un bas-relief sculpté sur l’entablement représentera la propagation de la foi. C’est à Luigi Amici d’Iesi qu’on devra la composition et l’exécution de ce bel ouvrage. » [ Rome, par Robello, p. 7(i, no 235. )

SALNT-riERRE.

en usago dos Iragiiicnls de verre colorés selon toutes les nuances (jiii se produisent sur la palette des peintres. Le temps, (pii use si vite les ouvrages les plus brillants du génie humain, n’a pas de prise sur ces pierres inaltérables, (jui ont à la fois et l’éclat et la solidité de l’émail. Les ju’incipales compositions reproduites de cette manière dans l’église Saint-Pierre sont : le Martyre de saint Sébastien, par le Dominiquin ; la Communion de saint Jérôme, par le même; la Descente de croix du Garavage; Saint Processus et Saint Martinien, par Valentin; Saint Lrasme, par Nicolas Poussin; Saint Vinceslas, par Cai-oselli ; la Transfiguration , par Raphaël ; l’Archange saint Michel terrassant le dragon, par Guido Reni; l’Inhumation de sainte Pétronille , par le Guerchin. Les connaisseurs estiment que cette mosaïque, œuvre de Cristophori, est la plus belle ipii existe.

Le perfectionnement de fart de la mosaïque est du principalement à Jean-Raptiste Calanda, qui trouva le moyen de lixer les émaux dans un ciment plus fort que celui dont on faisait usage jusqu’alors. 11 faut dire cependant {[lie le travail de la mosaïque est autant une œuvre de patience qu’une œuvre d’art. Si les produits en sont éternels, les procédés touchent en beaucoup de points aux pratiques du métier.

Jamais le voyageur ne quitte la basilique sans visiter la plate-forme (pii règne sur l’édifice, et sans avoir vu de près la coupole qui jouit d’une si grande réputation dans l’univers. On monte à la plate-forme par une rampe douce, composée de cent quarante-deux degrés larges chacun d’environ (piatre mètres. En arrivant à la balus-

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trade (|iii couronne la façade, on joiiil d’nn s|:)ectacle inagniluine. La ville s’étend à vos pieds, avec des églises sans noml)i*e, des palais, des ruines. Ici, à (piekpies pas, le môle d’Adrien domine le cours du Tibre et le pont Saint -Ange; là, le mont Aventin, sur le(|nel l’imagination vous montre le sépnlcredeRémns, l’antel d’Évandre, le temple élevé à la liberté par Tibériiis Gracchns, le sanctuaire impur de la Bonne Déesse, et oii votre œil découvre les monastères de Saint-Alexis et de Sainte- Sabine ; pins loin, le mont Palatin, tout couvert des débris gigantesques du palais des Césars; le campanile de l’église Ara Cœli s’élève à la place du temple de Jupiter Capitolin, et met aujourd’hui sous la protection de la sainte Vierge la colline et les monuments du ("apitoie; au bord du Tibre et de l’anticpie voie d’Ostie, la basilique de Saint-Paul, plusieurs fois dévorée par l’incendie, déploie ses vastes nefs; au delà de la Campagne romaine, aimée des poètes et des artistes à cause des restes de vieux monuments et de ses solitudes mélancoliques, les montagnes du Latium et de la Sabine découpent leurs crêtes azurées sur un ciel transparent , dans une perspective enchantée. Combien de révolutions se sont succédé sur les rives de ce petit fleuve aux eaux troubles et malsaines! Combien de générations ont foulé ce sol, où se sont accomplis tant d’événements qui remplissent les annales de riiistoirel Mais que sont aujourd’hui ces illustres souvenirs? nn écho affaibli qu’on entend à peine dans le lointain des âges. Si Rome possède encore et garde pour la durée des siècles son titre de Ville éternelle, c’est parce cpie ses destinées ont été

SAINT-PIEHRE.

associées à celles de l’Kf^lise de Jésus-Christ , qui ne périra jamais. La cité de Komulus, des consuls et des Césars, a disparu devant la cité des pontifes successeurs de saint Pierre !

li A s 1 1, 1 O U E HE SAIN T E- M A M I E - M A J E EUE,

UASlUOl'E

DE

SA 1 N TE - M ARl E - M A J E ï ? R E

A ROME

U moment oii l’Empire succédait à la République romaine, le mont Esqnilin était couvert de somptueux palais et d’habitations élégantes. Les poètes chantèrent le calme dont on y jouissait et la pureté de l’air qu’on y respirait. Juvénal, Properce, Virgile , Horace , y avaient une maison ; IMécène , le patron des littérateurs et des artistes, y fit bâtir une villa magnifique. Néron s’empara des pentes les plus agréables pour construire sa Maison d’or, et planter ses jardins et ses parcs. Là s’élevait le temple de Junon; et, ce qni peut j donner une idée des superstitions païennes, on y voyait aussi un temple dédié à la Mauvaise Fortune. Aujourd’hui deux beaux édifices couronnent les deux

7 5 SAINTE-MAIUE- MAJEURE.

sommets de TEsquilin : la basilique de Saiiite-Marie- Majeure, qui remplaee le temple de Junon, et l'église Saint -Pierre-ès-Liens, où l’on conserve les chaînes portées par le prince des apôti‘es,.et où les artistes admirent la fameuse statue en marl)re de Moïse, par Michel-Ange. Les révolutions ont changé l’aspect des lieux. Aux monuments antiques ont succédé de pauvres maisonnettes, et la basilique, placée sous l’invocation de la sainte Vierge, le temple le plus riche élevé à l'honneur de la Mère de Dieu est situé dans un quartier prescpie désert.

Cette basilique est précédée d’une esplanade assez étendue, mais irrégulière. Au centre de la place se dresse une colonne superbe, d’ordre corinthien, provenant du temple de la Paix, et (pii fut érigée en cet endroit par ordre du pape Paul Y; elle a plus de vingt mètres de hauteur, sans compter le piédestal. La statue (^le la Vierge, en l)ronze doré, est posée sur le chapiteau : la Mère de la divine grâce, du Christ qui doniie la paix véritable, a pour marchepied le monument symbolique de cette paix (pie le monde ne saurait procurer. Lue fonlaine coule au pied de la colonne: les troupeaux du voisinage viennent se désaltérer dans le bassin de marbre où tombent les eaux.

La piété conduit sans cesse de nombreux fidèles vers ce sanctuaire auguste, (jui, avec celui de Lorette, attire une multitude de pèlerins. Dans une chapelle où l’art et la richesse ont accumulé tout ce (pie les hommes estiment de plus précieux, l’or, l’argent, les pierreries, le bronze, les marbres rares, les œuvres les plus délicates de la ciselure, de l’orfèvrerie, de la sculpture et de la peiii-

ture, on conserve une partie de la crèche de l^ethléhem où Jésus naissant fut déposé par sa mère, les pauvres langes (pii enveloppèrent ses membres délicats, et un peu de foin sur le(]uel fut couché le roi du ciel, le maître dn monde, le créateur de l’univers ‘ !

Que de louchants et imposants souvenirs se rattachent à la basilique de Sainte-Marie-Majeure, fondée quarante ans à peine après la conversion de Constantin ! Ce monument élevé à la gloire de Marie dès le milieu du iv® siècle, au siè'cle d’or du christianisme, n’est-il pas une des preuves les plus frappantes de la tradition et de la légitimité du culte que la piété catholique se plaît à rendre à la Vierge qnr tous les siècles proelameront bienheureuse? Les peintures des catacombes antérieures au iv'‘ si(Vle, exécutées, sous le feu des persécutions, de la main des martyrs, sous la direction des premiers pontifes, et relatives à la sainte Vierge, nous reportent plus loin encore et jusqu’à la tin des temps apostolicjues. La dévotion envers la Mère de Dieu, l’avocate des chrétiens. auprès de son divin tils, est donc pour nous une tradition de famille que nous tenons de nos premiers j)ères dans la foi. Plusieurs conciles furent célébrés dans cette basili(pie; plusieurs papes y furent élus et préconisés; d’illustres personnages, parmi lesquels nous devons nommer Charlemagne, y assistèrent aux othees en diverses circonstances solennelles. Les souverains pontifes Adrien II , (dément lit, Nicolas IV, Martin V, Nicolas V, Calixte III ,

1 C’est pour cela que les auteurs ecclésiristi(|ues désignent souvent cette église sous le titre de Sancfa Maria ad Prœscpc.

SAIN ri:-MAlllE-M AJEÜUE.

Sixte IV, liabilèrent le palais patriarcal qui en dépendait. Du chapitre sortirent des cardinaux célèbres, dont (piel(|ues-uns, après avoir rendu d’éminents services à FÉglise, s’assirent sur le siège de saint Pierre. Sainte- Marie -iMajeure est encore à présent une des quatre l)asili(lues qui doivent être visitées dans l’année du jubilé; jadis les papes en prenaient possession solennellement, comme de Saint -Jean -de- Latran et de Saint-Pierre du Vatican , la première année de leur pontificat.

La fondation de cette église remonte au temps du |)a|)e saint Libère, au témoignage d’Anastase le Bibliothécaire et .des plus anciens auteurs ecclésiastiques. Elle se fit au milieu de circonstances merveilleuses dont le souvenir s’est perpétué dans les documents de la liturgie, ainsi (pi’il est facile de s’en convaincre en jetant les yeux sur les plus vieux sacramentaires manuscrits î. Nous rapporterons ici le fait tel (ju’il est raconté par les historiens.

Sous le pontificat de Libère, le patrice Jean et son épouse vivaient à Rome dans la pratique des œuvres de charité et de toutes les vertus chrétiennes. N’ayant jias d’enfants et possédant des richesses considérables, ils désiraient consacrer leurs liiens à riionneur de la sainte Vierge; souvent, dans leurs prières, ils demandaient au Ciel de leur manifester l’emploi qu’ils en devaient faire, et de leur désigner l’œuvre (jui lui serait la plus agréable. Leurs vœux furent enfin exaucés.

< Paiüus de Angelis, Basilicu Sanctœ MariæMajoria^ lib. II, cap. xi.

On entrait alors dans le mois le plus ardent de rannée ; la terre était bridée par le soleil, et une chaleur extrême desséchait les feuilles des arbres et les végétaux à la surface du sol. Pendant la nuit du 4 au 5 août, une neige épaisse, symbole, par son éclatante l)lanchenr, de la pureté de la Vierge sans tache, tomba sur le sommet du mont Esquilin, et en couvrit un certain espace. En même temps la sainte Vierge apparut au pape Libère et au pieux patricien, leur indiquant le prodige qui venait d’arriver, et leur ordonnant de l)âtir un sanctuaire à l’endroit qu’elle s’était choisi. Le bruit du miracle se répandit promptement dans la ville de Rome. Dès le matin, une foule innombrable accourut sur le penchant de la colline. Bientôt le pontife parut, accompagné de son clergé. Tons les spectateurs étaient saisis d’admiration. On entendait de toutes les bouches sortir ces paroles : « Béni soit le Tout-Puissant; que ses louanges soient chantées et répétées dans la suite des siècles! » Libère traça le plan de la basilique, et, dès que les fondements furent marqués par des lignes assez creuses, la neige fondit, et les rayons du soleil enlevèrent dans le ciel de légers nuages de vapeur, comme la fumée odorante de l’encens.

La basilique ne tarda pas à s’élever, grâce aux largesses du patrice Jean et de sa digne épouse. La dédicace eut lieu le 5 août, jour anniversaire du prodige. Libère la dédia au Sauveur, sous rinvocation de la très- sain te Vierge , et y plaça de précieuses reliques. Quelques années après, les l)ienfaiteurs de ce sanctuaire y furent ensevelis. La nouvelle église reçut le titre de Sainte-

SAINTE-MAIUE-MAJKURE.

Marie-des-Neiges fSancta Maria ad NivesJ; on l’appelle encore basilique Lil)érienne , du nom du saint |)ontife qui eu fit la consécration.

A peine les jours de fête occasionnés par cette dédicace solennelle étaient -ils passés, que des jours de lutte et d’angoisses commencèrent pour le pape Libère. Le persécuteur de saint Atbanase, l’empereur Constance, fit enlever de Rome le courageux pontife, qui refusait de souscrire à la condamnation du plus vaillant défenseur de l’ortbodoxie contre les erreurs d’Arius. Après avoir (‘ssayé vainement de l’intimider, il l’envoya en exil à Itérée, en ïhrace. Le pape revint à Rome en 358, la troisième année de son exil. On l’accusa d’avoir failli dans la foi; mais sa mémoire a été justement vengée par le savant Mansi et par les Rolland isl es b

En 366, saint Damase succéda à Libère. On vit pour la première fois l’élection du pape donner lieu à des scènes violentes. Le diacre Lrsin, dévoré d’ambition, contesta la légitimité du choix qui portait Damase sur le trône pontifical; il chercha par ses intrigues à usurper sa place. Il se fit sacrer par l’évêque de Tibur, ameuta ses partisans, et recourut aux armes. Le diacre révolté s’enferma dans la petite basilique de Sicinius, voisine de l’église Sainte-Marie-des-Neiges, et y soutint un siège durant la journée entière du 26 octobre 366. On fut obligé d’en briser les portes, et même d’y mettre le feu pour en déloger les rebelles; cent trente-sept personnes perdirent la vie dans cette funeste rencontre.

> Acta Sanctoruw, mens. Sept.

Environ nn demi-siècle après, saint Sixte, troisième du nom, résolut de rebâtir la basilique Libérienne. Le monument tut agrandi, et prit alors la forme générale (pi’il a conservée jusqu’à nos jours. L’ordonnance de l’édifice est admirable : c’est le plus beau modèle de la basilique clirétienne. Sixte -Quint et Paul Y y ajoutèrent dans la suite la chapelle de la Crèche et celle de la Sainte- Vierge. Jfœuvre de Sixte III s’exécutait pendant la célébration du concile d’Éphèse, où les erreurs de Nestorius furent anathématisées : au moment où l’Eglise universelle protestait ainsi de sa croyance dans la maternité divine de Marie, le souverain pontife donnait un témoignage solennel de la dévotion de l’Église romaine , mère et maîtresse de toutes les autres Églises, envers cette auguste Vierge. Le pape fit peindre plusieurs tableaux en mosaïque, et les dédia au peuple chrétien en ces termes : Sixte, évêque, au peuple de Dieu. Ces précieuses mosaïques, restaurées à diverses reprises, subsistent encore, s’il faut en croire l’opinion des antiquaires italiens. Elles représentent des sujets empruntés à fAncien et au Nouveau Testament : on les cita souvent, par la suite, en réfutant les erreurs des iconoclastes. Ne prouvent -elles pas, en effet, contre les hérétiques modernes, ainsi que les mosaïques du siècle précédent, exécutées par ordre de Constantin et du pape saint Sylvestre, ainsi que les naïves peintures des catacombes et les délicates sculptures mentionnées dans les premiers écrivains ecclésiastiques, (pie l’usage des images dans les édifices sacrés fut constamment en vigueur dans l’Eglise? Ainsi l’antiquité chrétienne, non moins que

so

SAIME-MAHIE-M AJKl RE.

le bon güüt et la raison, condamnent les froides théories et les doctrines erronées des protestants.

Non content d’avoir rebâti et embelli l’église, Sixte III la dota d’un revenu de mille six cents écris d’or romains, et l’enricbit d’une quantité de vases , de lampes , de candélabres d’or et d’argent; il fit couvrir le maîtreautel de lames d’argent du poids de trois cents livres, genre de magnilicence que l’iiistorien des papes, Anastase , nous apprend avoir été longtemps en faveur â Home b

L’exemple du pape fut imité. Les ornements les plus précieux furent successivement accumulés dans ce sanctuaire , on l’on admire les marbres rares , le porphyre, le jaspe, le granit, l’agatlie, le lapis- lazuli , les pierreries, l’or et l’argent. Les princes, les cardinaux, les simples lidèles , contribuèrent à l’envi à le décorer. Les matières les plus estimées ont pris sons le ciseau des artistes ces formes élégantes , ont été couvertes de ces dessins délicats, aux contours fermes et corrects, dont la vue procure de si vives jouissances aux artistes et aux hommes de goiit.

Nous ne devons pas omettre ici un fait glorieux dans l’histoire de la basilique de Sainte-Marie-Majeure, et dont le souvenir est, pour ainsi dire, encore vivant. Une peste allreuse, à la suite d’une inondation du Tibre, désolait la ville de Rome depuis le commencement de 1 année 590. Le fléau avait enlevé le pape Pélage II;

' Paiiviiiius, h SeifeChiese, trad. par Lanfranchi , p. 305. - Ariastas., in Sisio III.

ROM K

ot lait (riniionil)ral)les victimes. Saint Grégoire l(‘ Grand, voyant répidéniie étendre de plus en plus ses ravages, eut recours à l’intercession de la sainte Vierge pour obtenir de Dieu la cessation de cette horrible contagion. « La mort n’attend pas la maladie, s’écriait saint Grégoire, elle enlève le pécheur avant (ju’il songe à faire pénitence; ce n’est pas une partie des habitants (pii périt, tout tond>e à la fois, les maisons demeurent \ides. » Le pontife ordonna une grande procession (]iii devait se rendre à Saiide- Marie -Majeure le jour de la fête de Pâques, et aller ensuite à l’église Saint- Pierre au Vatican. Telle était la violence du mal, que (piatre-vingts personnes moururent dans les rangs de la procession. Saint Grégoire-, pieds nus et en habits de pénitent , portait l’image de la sainte Vierge. La foule pleurait et priait. De toutes parts s’élevaient les plus tristes lamentations. Le cortège traversait les rues désertes d’un pas lent et lugubre : arrivé en face du môle d’Adrien, on entendit tout à coup une voix douce comme celle d’un ange , qui prononçait ces paroles :

Regina cœli, lætare, alléluia,

Quia quem meruisti portare, alléluia,

Resurrexil sicul dixil, alléluia.

Saint Grégoire se jette à genoux , et s’écrie avec force : Ora pro nobis Deum, alléluia.

Au même instant , un ange paraît au sommet du mausolée , remettant une épée dans le fourreau. La peste cessa sur-le-champ. Depuis cette époque, le

S\L\ TE-M ARIE-M AJEÜRE.

môle d’Adrien s’apjjelle le Château -Saint-Ange; l’Église chante le Regina cœli lœfare durant le temps pascal, et une procession votive fut fixée au avril de chaque année, sous le nom de grande Litanie.

Après saint Grégoire le Grand, nous comptons parmi les bienfaiteurs de la basilique saint Grégoire 111, Adrien V'" et saint Léon III. Ce.s papes y placèrent des ornements d’un haut prix, dont les historiens se plaisent à faire rénumération. Ainsi, Adrien fit revêtir l’autel de la Crèche de lames d’or du poids de cent cinquante livres, sans parler des vases d’or et d’argent, enrichis de perles et de pierreries, qu’il offrit à la fin des travaux de restauration. Les bâtiments furent alors consolidés et une partie des toits renouvelée, sans que le caractère du monument subît la moindre altération.

En 817, Pascal C, marchant sur les traces de ses prédécesseurs, entreprit la décoration du chœur. 11 fit construire au fond de l’abside un trône magnifique en marbre, et élever devant l’autel principal six colonnes de porphyre, dont les bases et les chapiteaux étaient en marbre de Paros. L’autel lui -même fut orné de bas-reliefs en vermeil du poids de trois cent quatrevingt -cinq livres. Le devant de raiitel était soutenu sur seize colonnettes d’argent, servant de support à des arcs de même métal. Tout accoutumés qu’ils sont â contempler des ornements du même genre, les écrivains contemporains ne tarissent pas d’éloges en parlant de ces somptueux ouvrages L

1 Severauft, Memorie .^rirre, tome I, p. 693 et suiv.

i;OM K.

Eugène IH, (liscij)le (le saint Bernard et ancien ahhé du monastère de Saint-Anastase, conslrnisit, en 1145, le porticfue de l’église, restauré plus tard par Grégoire XII, en 1532, et démoli enfin par Benoît XIV, en 1743. C’était un travail remarcpialjle , dans lequel on avait employé huit belles colonnes, et dont on peut juger, sons le rapport de la pureté du goût, en voyant les admirables mosaïques du pavé , avec les plaques rondes de porphyre et de granit, si fort estimées des antiquaires \ (jui furent exécutées à la même époque.

En 1290, à la fin du siècle, qui vit s’élever en France et en Angleterre tant d’édifices en style ogival, Nicolas lY, sorti des modestes rangs des franciscains , rebâtit l’abside de Sainte-Marie-Majeure, et recourut au talent du moine franciscain Jacques de ïorrita, l’habile artiste auquel on doit la restauration de la mosaïque du Sauveur à Saint-Jean-de-Latran. Jacques de Torrita était aussi architecte; mais son talent dans l’art de bâtir, moins connu ou moins apprécié de ses contemporains, l’a rendu moins célèbre que son adresse dans l’art brillant de la mosaïque , dont les œuvres sont impérissables. Les cardinaux Jaccpies et Pierre Colonna firent exécuter, ou restaurer seulement, les mosaïques de la façade, attribuées communément à Gaddo Gaddi, élève de Cimabue. Ces précieux tableaux ont été l’objet d’une nouvelle restauration en 1825.

En 1376, Grégoire XI fit construire le campanile de

1 Les antiquaires désignent cette espèce de pavé en mosaïque sous le nom d’Opus Alexamlrinum,

S\IME-AIAHIE-:UAJKl lU:.

Sainte-Mario-Majeure, le pins élevé de ceux qui existent à Rome. La tour est ornée de légères arcades superposées, et surmontée d’un clocher en charpente. Pie VII y fit exécuter des réparations assez considérables, a la suite d’un violent orage qui en ébranla les murailles.

Vers la fin du xv*" siècle, le cardinal Guillaume d’Estouteville, archiprêtre de la basilique, prélat magnifique et qui portait dans ses entreprises une ardeur toute IVançaise, s’applkpia a restaurer et à embellir l’édifice : on reconnaît encore les marques de son zèle et de sa munificence. Il n’y a guère de monuments religieux à Rome (pii ne gardent le souvenir des sentiments généreux de la France. Le même cardinal d’Estoiiteville édifia, pour les religieux augustins, la charmante église dédiée à l’élocpient évê(pie d’Hippone, la première, à Rome, ([ui ait été surmontée d’une coupole, sous la direction de l’architecte Baccio Pintelli. Lors(pie Charles VIII, roi de France, passa par Rome, en 1495, méditant la conquête du royaume de Naples, il ordonna de bâtir à ses frais, sur le mont Pincio, un monastcVe pour les religieux de saint François de Paule. C’est la noble église de la Trinité-du-Mont, habitée par des minimes français jusqu’à la nwolution de 1793, et occupée aujourd’hui par les religieuses françaises du Sacré-Cœur.

Nous sommes arrivés à l’épo([ue ou les arts et la littérature reçurent des encouragements extraordinaires à Rome et en Italie. Le mouvement qui distingua le commencement du xvF siècle causa une passion excessive, une espèce de culte pour les œuvres de l’antiquité. Si les Romains scandaliseVent en suivant processionnel-

ROME

lemeiît dans les rues, au milieu de Tivresse générale, les statues des dieux du paganisme retrouvées au milieu des ruines, l’esprit de foi créait en même temps des merveilles : dans la ville des papes , la tradition des grandes et saintes œuvres n’est -elle pas impérissable? Lorsque Ferdinand le Catholique, roi d’Espagne, et la reine Jsal)elle envoyèrent à Rome le premier or apporté du nouveau monde, Alexandre VI voulut qu’il fût consacré à la sainte Vierge : on l’employa à la décoration de la basilique de Sainte-Marie-Majeure. N’est-ce pas la même pensée qui dirigeait en 185 4 le pape Pie IX, lorsqu’il décida que les médailles commémoratives de la définition du dogme de l’immaculée Conception de la sainte Vierge seraient frappées avec l’or récemment découvert dans les lointaines et sauvages régions de F Australie?

Personne aujourd’hui n’entre dans la basilique de Sainte -ûlarie -Majeure sans être frappé de l’aspect général du monument: on y retrouve, mieux que dans aucun autre édifice antique, la disposition de la basilique chrétienne, disposition qui existait à Saint-Pierre du Vatican avant le xvF siècle, que l’on reconnaît encore à Saint-Jean-de-Latran , malgré les changements opérés par l’architecte Borromini. La vénéralde liasilique de Saint-Paul-hors-des-Vlurs a repris ce même caractère en sortant de ses cendres. La nef principale est soutenue par trente -six colonnes d’ordre ionique, en marbre blanc veiné de gris, et provenant du temple de Junon, s’il faut en croire l’opinion commune. Ces colonnes sont très- belles; elles portent un entablement dont les

SALNÏE-.MAFUE-M AJEIRE.

proportions répjiilières donnent naissance à des lignes simples, et [)rodnisent un ellet imposant. Au-dessus s’élève im attiqne décoré de grands carrés en mosaïque. Au fond de l’abside brille la grande mosaïque de Nicolas IV ; elle représente le couronnement de la sainte Vierge. Ce tableau, où les personnages q)rincipanx se détachent sur fond d’or, est d’un effet [)rodigienx. La figure de Notre -Seigneur et celle de la sainte Vierge, d’une expression doiice et mystique, dominent l’église, et montrent à tons les yeux que ce temple est consacré à la IMère du Sauveur.

l.a chapelle de la Crèche, œuvre du pape Sixte-Quint, forme à elle seule nue église complète ; elle est recouverte d’une coupole et acconn)agnée de chapelles latérales. On y remarque vingt colonnes en porphyre ; le berceau de Jésus-Christ est placé dans une chasse d’argent. La statue de Sixte-Quint s’élève au milieu de quatre jolies colonnes de vert anticjue et entre les statues de saint François et de saint Antoine. En face est le tombeau de saint Pie V; le corps est déposé dans une magnifique urne ornée de bas-reliefs. Au centre de la chapelle est l’autel du Saint -Sacrement : quatre anges en bronze soutiennent le tabernacle. 11 serait impossible de décrire et même d’énumérer tous les objets d’art qui décorent cette chapelle, et que la piété des pontifes et des fidèles y a accumidés depuis des siècles. Au milieu de ce déploiement de magnificence, on peut saisir facilement la pensée (|ui préside à renseinl)le : l’artiste célèbre le joyeux avènement du Sauveur; au sommet de la coupole, le ciel entr’ouvert montre le Père éternel bénissant

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le monde au moment ou eommence la rédemption du genre liiimain par l’incarnation du Verbe. La voûte entière de la coupole est couverte d’anges qui chantent en chœur: « Gloire a Dieu au plus haut des deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. >* La chapelle de la Sainte-Vierge, bâtie aux Irais du pape Paul V et possédée par la célèbre famille Borghèse, a les mêmes dimensions que celle de la Crèche. Les connaisseurs y admirent des ornements dont rien n’égale la richesse. Tous les murs sont revêtus des marl)res les plus rares d’Afrique et d’Asie. L’image de la sainte Vierge est placée sur un fond éclatant de lapis-lazuli : elle est entourée de pierres fines dont les facettes brillantes lancent des éclairs. Les quatre colonnes de l’autel sont en jaspe oriental , et rentablement est en agate. Les chapiteaux et les bases des colonnes sont en bronze. Ln grand bas-relief en bronze doré et argenté montre le pape Libère occupé à tracer sur la neige le plan de la basilique primitive. Le monument du pape Paul V, de la famille Borghèse, attire les regards : on y distingue des bas-reliefs de grand mérite, représentant la canonisation de saint Charles Borromée, la conversion des Japonais et la fondation de la chapelle de la Sainte- Vierge. Plus de cent artistes ont travaillé à embellir ce sanctuaire : nommons seulement Guido Béni, Flaminio Ponzio, Baldazzare Croce, Lanfranco, Étienne Maderno et le chevalier d’Arpino.

Parmi les bienfaiteurs de la basilique de Sainte-Marie- Majeure, nous ne devons pas omettre le pape Benoît XH . Ce savant et saint pontife avait une dévotion particulière

SAIME-MARIE-MAJELRE.

pour ce sanctuaire véncral)le; il y venait cliacpie samedi assister au cliant des litanies. Le pape Léon XII, qui occupa le trône de saint Pierre depuis 1823 jusqu’à 1829, fit également exécuter des travaux importants, et surtout le baptistère actuel, dont la magnificence est comparable aux œuvres anciennes.

Avant de (juitter la basilique de Sainte-Marie-Majeure, le pieux pèlerin récitera cette belle prière de saint L|)lirem, qui vécut au iv*' siècle^: « O Marie, mère de mon Dieu, vous êtes la reine du ciel et de la terre, l’espérance des alïligés. Vous êtes entourée d'une auréole |)lus radieuse que le soleil; vous êtes couronnée de plus d’iionneurs que les Chérubins, de plus de sainteté (pie les Séraphins; vous êtes })lus élevée que toutes les créatures célestes. Vous avez été Lu nique espérance de nos pères, la joie des prophètes, la consolation des apôtres, la gloire des martyrs, l’honneur de tous les saints. O Vierge qui apportez aux hommes la lumière et la consolation , ô la plus sainte et la plus accomplie des créatures, à (pii vous comparerai-je? C’est vous (pii êtes cet encensoir d’or d'où s’exhalaient des parfums si doux. Vous êtes la lampe qui nuit et jour éclairait le sanctuaire; vous êtes l’iirne (pii renfermait la manne du ciel, la table sur hupielle était écrite la loi de Dieu. \oiis êtes l’arche de la sainte alliance; vous êtes le buisson ardent (pii brûlait sans se consumer. Vous êtes la tige de Jessé, cpii porte la plus belle de toutes les Heurs, et cette tleiir c’est votre fils! Ce fils est à la fois Dieu et

( Sormo do laiidibiis hoatæ Mariæ Virgiiiis.

ROME

homme, et vous ôtes sa mère! C’est par vous, ô Vierge mère, (pie nous avons èt(‘ nVoncilk's avec notre Dieu. Vous ôtes resp(3rance des |)ôelieurs et la ressource de ceux (pii man(|uent de secours; vous ôtes le port où les malheureux naufrages abordent avec sûreté, la consolation dn monde, l’asile des orphelins, la rançon des captifs, le soulagement des malades, le bannie des infirmes, le salut de tous. En vous, le solitaire se repose en paix; en vous, riiomme du monde retrouve ap[)ui et repos. Nous venons donc, ô sainte Mère de Dieu , nous réfugier sous les ailes de votre protection ; couvrez-nous de votre miséricorde; ayez pitié de nous. Oui, les yeux baignés de larmes, nous vous supplions d’intercéder pour nous, afin cjue votre divin fils, notre clément Sauveur, ne nous rejette point à cause de nos péchés , et ne nous retranche point comme des arbres stériles. »

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