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milieu du temple, et d’appuyer au sommet, comme sur une base aérienne , le dôme si vanté du Panthéon d’Agrippa. Ce projet audacieux frappa d’étonnement, et fut accueilli avec enthousiasme. On croyait voir déjà s’élever à une immense hauteur cette coupole imposante qui domine la ville et la campagne de Rome. Mais conduen d’années devaient s’écouler encore avant que la croix brillât au faîte du monument!
On abattit d’abord le centre de l’ancienne basilique; rofïice divin fut célébré dans les autres parties de l’édilice. Le 18 avril 1506, le pape Jules II posa la première pierre, après avoir chanté la messe au grand autel, au milieu d’une cérémonie pompeuse. On grava sur le marbre l’inscription suivante :
ÆDEM PRINCIPIS APOSTOLORUM IN VATICANO VETUSTATE ET SITU SQUALENTEM A FUNDAMENTIS RESTITÜIT JULIUS LIGUR PONT. MAX.
AN. M. DVl.
Le Bramante , avec la fougue ordinaire de son caractère , déploya une prodigieuse activité , et ht avancer rapidement la construction. Déjà les piliers élevés à une grande hauteur soutenaient d’immenses arceaux ; mais ils n’étaient pas assez forts [)our porter un si lourd fardeau; la précipitation en était la cause. Que fût-il arrivé si le dôme eût été bâti? Des lézardes commençaient à montrer toute la faiblesse de l’ouvrage, lorsque
SALNT-IMERH K.
le Bramante descendit dans la tombe, qui s’ouvrit bientôl aussi pour Jules II. Le pape eut pour successeur Léon X, et l’architecte fut remplacé par Raphaël d’Urbin. D’unanimes applaudissements accueillirent ce double choix : Léon X et Raphaël, deux noms (jui résument toute la gloire du x\i" siècle en Italie! Léon X, de l’illustre famille des Médicis, eut l’honneur de donner son nom au siècle où il vécut ; honneur qui n’a été partagé que par Périclès, Auguste et Louis XIV. Rome, plus que jamais, fut le rendez-vous des artistes et des littérateurs; le pontife leur prodigua des récompenses et des encouragements. L’enthousiasme était à son comble, et, comme dans tous les accès d’enthousiasme, on dépassa plus d’une fois, dans cette brillante renaissance italienne, le but qu’on se proposait d’atteindre. Les littérateurs reçurent des titres flatteurs , de riches l)énélices , et quelques-uns aspirèrent à la ])ourpre romaine. On remarqua seulement qu’Augurullus, auteur du poëme intitulé VArt de faire de Vor, ne reçut (ju’une bourse vide du pape, qui lui dit en plaisantant : « Lhie bourse vide est tout ce que je puis offrir à un homme aussi habile que vous. » Bramante, en mourant, avait laissé une œuvre chancelante et emporté ses plans. Raphaël exécuta un modèle (]ui mérita l’approbation du souverain pontife. Les piliers furent fortifiés, et ac({uirent une solidité inébranlable; Raphaël fut aidé dans cette opération importante el délicate ])ar les deux architectes San-Gallo et Fra Giocondo. Mais bientôt le plus célèbre des artistes, Raphaël Sanzio, surnommé Vllomere de la peinture , fut frappé par la mort, te 7 avril 1520, à l’âge de trente-sept
ans. Léon X expira en 1521. Les dernières années de son pontificat furent troiililées par l’hérésie de Luther. Comme toutes les révolutions, celle de Luther débuta en promettant la destruction complète des abus; mais, suivant la condition fatale attachée aux réformes que la populace veut opérer contre l’autorité (pii la gouverne, celle de Luther causa des désordres mille fois plus affreux que ceux qu’elle prétendait faire cesser, et les horreurs de Munster ne tardèrent pas à jeter l’épouvante dans le monde civilisé. Le principal prétexte des réformateurs allemands fut la prédication des indulgences que Léon X, ainsi qne Jules II, son prédécesseur, accordèrent à ceux qui ajouteraient aux œuvres spirituelles une aumône destinée à la construction de la basilique de Saint-Pierre.
Des calamités de tout genre fondirent alors sur Rome et sur l’Italie. Tandis que la Lombardie était en proie à une guerre sanglante , la population romaine était décimée par la peste. Le pontificat de Clément VU fut attristé par des fléaux qui ne faisaient que s’aggraver. Au moment ou le roi François F% dans les champs de Pavie , perdait tout « fors l’honneur, » les Colonna s’emparèrent du palais de Latran, dévastèrent le Vatican, la (‘ilé Léonine, et ce qui restait de l’anlicpie basili(|ue de Saint-Pierre. Ces malheurs étaient le prélude de désastres plus afïligeants encore. Le 5 mai 1527, les bandes allemandes commandées par Freundsberg, et les Espagnols conduits par le connétable de Bourbon, paraissent sur les hauteurs du mont Marins. Le lendemain les soldais pénètrent dans la ville, où les Allemands, excités par le
SAINT-PIERRE
fanatisme luthérien, se livrent à toutes sortes de violences. Le sang coule à Ilots; les églises sont profanées et pillées; les reli(]iies des saints sont brûlées ou foulées aux pieds; les tombeaux sont ouverts, et la cendre des morts est jetée aux vents; j)artout la débauche mêle ses orgies à la cruauté. Cette journée est une des plus néfastes que r histoire ait jamais mentionnées. Pour mettre le comble à tant de maux, en 1530, le Tibre déborda, et la peste unit ses atteintes mortelles à celles de la guerre.
Ces plaies cependant ne tardèrent pas à se cicatriser. Le bruit des armes et la mort frappant à coups redoublés avaient dispersé les savants et les artistes. La paix les rappela, et l’on vit |)araître au milieu d’eux Michel- Ange Buonarrotti. La construction de Saint-Pierre fut re[)rise parPeruzzi, et, grâce au zèle du souverain pontife et aux efforts de rarchitecte, ral)side fut achevée.
En 1531, Paul 111, de la famille Farnèse, succéda à (dément VIL En montant sur la chaire de Saint-Pierre, il se proposa de corriger les abus, de calmer les différends religieux, d’apaiser les passions, et de réconcilier entre eux les princes de l’Euroj)e. C’était une tâche digne du vicaire de Jésus-Christ sur la terre. Si le succès était impossible, il y avait au moins gloire à la tenter. Ce pontife, doué d’un grand esprit et d’un grand cœur, alliait a toutes ses vertus l’amour des arts; il donna une forte impulsion à l’œuvre de Saint-Pierre. L’architecte San-Gallo seconda les desseins du pa[>e : des milliers (1 ouvriers, comme un essaim d’abeilles industrieuses, étaient occupés autour du monument. Paul 111 ne permit pas que 1 ofiice divin fût interrompu dans les parties de
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l’ancienne église qui subsistaient encore. Lorscjue San- Gallo rendit le dernier soupir, en lo i6, on vit |)araltre sur la scène le fameux Michel-Ange. Ce grand homme refusa d’abord les offres qu’on lui fit de diriger la construction de la basilique ; vaincu à la fin par les instances du pape, il accepta, mais à la condition qu’il travaillerait gratuitement; il exprima la résolution de tout faire « pour l’amour de Dieu, de la sainte Vierge et du prince des apôtres ». Michel- Ange avait l’ame fière et ardente, non moins que généreuse : il tenait à être indépendant. Il commença par congédier une foule d’employés inutiles , qui consumaient sans profit les ressources de la chrétienté. Cette mesure lui attira de nombreux ennemis; mais son caractère ferme ne ploya ni devant de vaines clameurs, ni devant les menaces; il ne craignit pas même le poignard. Jamais les travaux n’avancèrent avec tant de promptitude et de régularité. Le pontife fournissait des sommes énormes, dont on apercevait immédiatement l’utile et sage emploi. Les murailles grandissaient à vue d’œil.
11 faut en convenir, le génie de Michel-Ange avait une teinte de rudesse et d’austérité presque farouche ; aussi ses ennemis et ses envieux le poursuivaient - ils sans relâche. A la mort de Paul III, survenue en 1549, ils éclatèrent avec fureur. Mais Jules III, bien informé de la véritable cause de ce tumulte, réduisit au silence les détracteurs de l’artiste. Ceux-ci essayèrent des armes de la calomnie, et lancèrent les traits non moins dangereux du ridicule ; ils se raillaient même de la vieillesse du maître, alors octogénaire. Michel- Ange, dédaignant les
SAINT-PIEHHE.
artifices et les satires de ses indignes adversaires, con tiniiait de travailler avec la même persévérance « pour Tamoiir de Dieu, de la sainte Vierge et du prince des apôtres. » Un si noble dévouement, un si intrépide courage méritaient récompense. Micbel-Ange Tobtint. 11 ent le bonheur d'achever la tour du dôme; ornée d’un double rang de colonnes, elle dominait au loin la Campagne romaine, et était |)rête à recevoir cette magnifique voûte que le voyageur, en approchant de Rome, salue toujours avec respect et admiration. L’œuvre présentait un tel cachet de perfection, que les Romains et les étrangers étaient ravis en extase à la vue de ce chef-d’œuvre. A ce spectacle, amis et ennemis partagèrent la même pensée ; la jalousie se sentit désarmée. Dans la crainte que le génie de l’architecte ne fut trop tôt glacé par l’age, on exigea de lui qu’il construisît un modèle propre à être suivi jusipi’au plein achèvement de la coupole. Michel “Ange termina ce modèle en moins d’un an. Ce fut, pour ainsi dire, le testament de ce fier génie, qui s’éteignit le 17 février 1564. Michel- Ange avait vécu (juatre-vingt-huit ans; ses obsèques furent un triomphe pour sa mémoire, la ville de Rome tout entière y assista. Plus tard sa dépouille moilelle fut enlevée, et déposée dans l’église Sainte-Croix, à Florence.
Sous le pontificat de Pie IV, qui fit des dépenses considérables, Pierre Ligorio etVignole furent chargés de la continuation de fédifice. Saint Pie V, que la victoire de Lépante recommande à jamais à la reconnaissance de la postérité, ne négligea rien pour seconder les progrès de l’entreprise. 11 éloigna Ligorio, qui voulait témérai-