SAINT-MARC
trarKjiiille des ondes; le costume pittoresque et varié des habitants et des voyageurs venus de toutes les contrées de r uni vers.
Si vous voulez voir Venise sous un aspect non moins saisissant, montez au haut du campanile, au sortir des gondoles. On arrive au faîte par une rampe douce et à l’aide de degrés. De là le regard s’étend sur un horizon presque sans limites. A vos pieds, la ville semble sortir du sein de la mer, étalant, dans un désordre qu’on dirait un effet de l’art, coupoles dorées, flèches aiguës, tours majestueuses, portiques, colonnes, statues, constructions ogivales et byzantines. A l’orient, la mer Adriatique est semée de petites îles groupées autour de la cité ; au nord, les Alpes du Frioul montrent leur tête blanchie de neiges; à l’ouest, se prolongent les vertes campagnes du Padouan et du Yicentin, arrosées par la Brenta, aux bords si j)euplés et si fertiles; au midi s’étend le littoral, où l’on distingue le port de Malamocco, Pelestrina et ses murazzi, Chioggia et le bassin qui lui sert de port.
Ce beau point de vue, où tout paraît extraordinaire et ne ressemble nullement à ce qu’on observe ailleurs, dispose l’esprit et les yeux à l’examen de l’église Saint- Marc, la merveille de Venise, monument qui diffère de tous les autres édifices religieux. Dans son inépuisable fécondité, le génie chrétien n’a rien produit en architecture d’aussi original que ce noble bâtiment. « Mélange d’architecture grecque, romane, ogivale, musée de dépouilles opimes apportées du Péloponèse, de Constantinople, d’Espagne, de Syrie, de tous les pays enfin où Venise voyait flotter ses pavillons, galerie magnifique
VEMSE.
de peintures nationales, l’église Saint- Mare redit à sa manière toute Fhistoire de la puissante répnblicpie F » Si Venise ne peut pas se glorifier d’une très- ancienne origine, si son histoire ne remonte pas jusqu’aux temps de la puissance de l’empire romain et n’a inspiré aucune page à la littérature classique, elle fut néanmoins, sous plusieurs rapports, la véritable héritière de la grandeur de Rome. Des auteurs ont douté s’il n’y avait pas dans cette cité plus de vrai sang romain que dans nulle autre ville de l’Italie. Fondée et peuplée par les habitants d’Aquilée, de Padoue et d’autres colonies romaines, elle échappa aux terribles dévastations d’Alaric et d’Attila ; plus tard même elle fut assez forte pour défier le glaive des conquérants barbares. Rarement Vénitienne vit la fumée d’un camp ennemi. En 1797, l’armée française commandée par le général Raraguay-d’Hilliers s’empara de la ville. Comme l’antique Rome, la république de Venise se distinguait par un vif amour de la liberté, le patriotisme, la fermeté, la persévérance, l’observance des lois, un respect profond pour la religion ^ Heureuse si elle n’avait pas oublié la belle parole d’un de ses héros, (jiii disait à ses concitoyens en mourant; « Vos justitiam et concordiam, quo sernpiternum hoc sit imperium, conservate. Conservez la justice et la concorde, afin que cet empire soit immortel. »>
1 L’ahbé J. Gaiiine, les Trois Home, tome III, p. 489.
2 Au palais ducal, sous le portrait d’un des anciens doges, on lit cette maxime mémorable, que personne ne devrait ignorer : « Nous sommes tous esclaves des lois, afin d’être libres. Leyum idcirco omnes servi su?nus. ut liberi esse possimus. »
SAINT-AJ ARC.
On voit devant la façade de l’église Saint-Marc trois élégants piédestaux en bronze où jadis étaient arborés les trois gonfanons aux armes de la république. A la fin dn siècle dernier, ils portèrent le drapeau tricolore; aujourd’hui ils soutiennent le pavillon autrichien! N’est-ce pas là l’histoire abrégée de toute une révolution?
L’église Saint- Marc n’est devenue cathédrale qu’en 1807, épocpie à laquelle le siège patriarcal y fut transféré; le {)ape Pie VII régularisa ce changement par une bulle datée du 29 septembre 1821. Jusque-là ce temple s|)lendide fut chapelle ducale, et consacré unicpiement aux grandes cérémonies qui avaient un caractère national. La fondation en remonte à l’année 828. Le doge Justinien Participazio en commença la construction , dans le but d’y placer les relicpies de l’évangéliste saint Marc. La possession de ces précieuses rcli(|ues fut alors considérée comme une sauvegarde })our la ville. Les peuples chrétiens attachaient à cette époque un grand prix à ces trésors, dont l’esprit de foi conq)rend seul la valeur. Deux marchands vénitiens avaient réussi à les soustraire au pouvoir des musulmans, maîtres de l’Egypte, et à les transporter d’Alexandrie dans leur patrie. Le culte de saint Marc devint bientôt })0[)ulaire, et l’image du lion, symbole de cet évangéliste, brodée sur les drapeaux et sur les pavillons, flotta au mât des navires , et surmonta le sommet des tours. Justinien laissa le nouvel édifice inachevé. Ses successeurs le terminèrent, et l’enrichirent de mille ornements. Il subsista ainsi jus([u’aux désastres qui terminèrent la vie et le règne de Pierre Candiano, en 97(L
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Pierre Orseolo s’em|)rcssa de re])atir l’église Sainl- Mare, et la |)i*einière |)ierre fut [)osée en 977; mais plus (i’nn demi -siècle s’éconla avant (jiic l’extérienr dn monument lïd fini par Domenico Cantarini, en 1043. Pinsien rs mosaïques s’exécutèrent par les ordres dn doge Domenico Selvo, en 1071 ; enfin la consécration solennelle de cet illustre sanctuaire eut lien le 8 octobre 1083 on 1094; d’antres soutiennent qne cette cérémonie ent lieu seulement en 1111 , Ordelafïb Faliero étant revêtu de la dignité de doge.
On a beaucoup discuté et l’on discutera, sans doute, longtemps encore pour savoir à cpielle époque précise appartient chacune des parties principales du monument de Venise. Le plan remonte-t-il au x® siècle? En (pioi consiste l’œuvre du xF siècle? La dédicace n’a belle [)as été immédiatement précédée de travaux importants? Les anti(piaires ne sont pas d’accord pour répondre à ces difficiles questions L Quoi qu’il en soit, ce grand ouvrage porte l’évidente empreinte du goût byzantin. L’architecte, imbu des principes de l’école greccpie, a cherché à reproduire les traits principaux de Sainte -So])hie de Constantinople, tout en donnant au bâtiment un caractère original. Il faut convenir qu’il a réussi dans son dessein; Saint-Marc passera toujours, aux yeux des connaisseurs, pour une des plus nobles créations de l’art. Les dispositions générales de l’édifice sont vraiment imposantes; les plus difficiles problèmes de l’architecture y ont été
1 Vasari fait remonter à tort l’édifice actuel à l’année 828, tandis que Félibien, nous ignorons d’après quelle autorité, le fait bâtir seulement en 1178, sons le doge Ziani.
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