X VI
IM RODIICTION.
qui mérita jadis le glorieux titre d’^7e des Saints, nous entrons avec tristesse dans ces magnifiques cathédrales jadis consacrées à la sainte Vierge , comme la gracieuse église de Salisbury et celle de Lincoln , ou au chef du collège apostolique, comme l’église métropolitaine d’York, ou au Sauveur, comme l’église primatiale de Cantorhéry, maintenant envahies et dépouillées par le schisme et l’hérésie.
Nous aurons atteint notre but si la contemplation des merveilles de l’art chrétien, resplendissant dans nos églises, (jui sont le vestibule du paradis, éveille en nous la pensée du ciel , et enflamme de plus en plus nos désirs et nos espérances pour notre véritable patrie.
ÉfiLTSE DU SAIIST-SËPULCKE
A JÉRUSALEM
'érusalem! à ce nom tons les cœurs chrétiens tressaillent cradiniration , d’ainonr et de reconnaissance. N’est-ce pas la ville sainte ])ar excellence, la cité de la paix y où la réconciliation du monde fut scellée du sang d’un Dieu? Sur le sommet des montagnes qui renvironnent, ont été offerts les sacrifices de l’ancienne loi, symboles et prélude du grand sacrifice de la nouvelle alliance. Le souvenir des patriarches, des juges, des rois et des prophètes, les pins augustes mystères de la religion se rattachent à ces moniiments, à
î ces murailles, à ces collines, à ces vallées. Vers la cité de David et de Salomon se sont tournés constamment les regards du peuple de Dieu, soit avant, soit après l’accom plissement des promesses.
SAINT-SÉPULCRE
Mais pourquoi cette solitude, ce silence, ce deuil? Oii sont donc les enfants d’ Abraham , héritiers de la terre promise juscpi’à la fin des siècles?
Entre la montagne de Sion et le temple, dans quelques rues étroites, sombres, pauvres et mal bâties, vit un petit peuple séparé du reste des habitants. Objet particulier de tous les mépris, il baisse la tète 'sans se plaindre; il souffre toutes les avanies sans demandei* justice; il se laisse accabler de coups sans soupirer; si on lui demande sa tête, il la présente au cimeterre. Pénétrez dans la demeure de ce peuple, vous le trouverez dans une affreuse misère. Prêtez l’oreille, vous l’entendrez lire un livre mystérieux qu’il tient de ses ])ères, et qu’il transmet a ses enfants avec le plus grand soin. Quand un membre de cette société proscrite vient à mourir, on l’enterre furtivement la nuit dans la vallée de Josaphat, à fomlire du temple de Salomon h
Voilà les descendants des patriarches, les maîtres de la Judée, esclaves et étrangers dans leur ])ropre pays! Qui expliquera cette étrange révolution? Ce peuple, jadis privilégié, a-t-il été maudit?
11 y a dix-huit siècles, dans ces mêmes rues on entendait des cris, des menaces et des imprécations. On menait vers le proconsul romain un homme calme contre lequel on réclamait une condamnation à mort. Le juge, convaincu de l’innocence de l’accusé, hésitait sur son tribunal. 11 se lava les mains en disant qu’il ne voulait pas les tremper dans le sang du juste. Mais une
1 Voyez Itinéraire de Paria à Jérumiem , par GhateauLriaiid.
JÉRUSALEM
immense clameur s’éleva du sein de la foule : « Que sou sang retombe sur notre tête et sur celle de nos enfants! » Puis ou conduisit au supplice, vers uu lieu situé hors de la ville, sur une hauteur où se faisait habituellement l’exécution des criminels, ce même homme chargé d’une croix, vêtu d’une tunique de pourpre en lambeaux, se traînant avec peine, le visage couvert de sang et de meurtrissures, le corps déchiré par les verges de la flagellation. Cet homme,- dont les traits respiraient la douceur et la résignation , marchait sans proférer une seule plainte, comme un agneau qu’on traîne à la boucherie. Il s’étendit sur rinstrunient de son supplice en |)ardonnant à ses bourreaux; enfin il rendit le dernier soupir en prononçant cette parole : Tout est consommé! C’est Jésus-Christ, le I\Iessie attendu des patriarches, annoncé par les prophètes, le Fils de Dieu! Son sang a sauvé le genre humain : une goutte de ce sang divin a imprimé sur le front des Juifs une tache que l’eau du baptême peut seule effacer.
Quoi de plus triste aujourd’hui que l’aspect de Jérusalem! Les maisons sont grossièrement bâties, massives et carrées, sans cheminées, sans fenêtres, se terminant en dômes ou en terrasses, semblables à des prisons ou à des tombeaux. La plupart des rues ne sont pas pavées; on y marche dans des flots de poussière ou sur des cailloux roulants. De chétives boutiques n’étalent aux yeux que la misère. De toutes parts l’image de la désolation frappe et attriste le regard. En foulant ce sol remué par tant de générations, comment ne pas se rappeler une prophétie dont l’accomplissement fut si prompt
SAIM-SÉPULCRE.
et si terrible? « Jérusalem, Jérusalem, disait le Sauveur, eombien de fois ai - je voulu réunir tes enfants auprès de moi, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu? J.e temps approche où ta demeure sera déserte et abandonnée b » Dix -sept fois la ville de Jérusalem fut prise, pillée et renversée; dixsept fois les ruines ont été amoncelées sur les ruines. Voyant dans l’avenir ces calamités peser sur sa patrie, Jérémie faisait entendre ces lamentations que nul ne Vit sans avoir les yeux mouillés de larmes, et qui serviront d’éternelle expression a la douleur, tant les accents en sont vrais et déchirants.
Le dixième jour du mois judaïque correspondant au mois d’août, l’an 70 de J.-C. , le temple de Jérusalem, le plus beau, le plus grand, le plus riche de l’univers, fut entièrement réduit en cendres, en exécution des décrets de Dieu, précisément le même jour et le même mois que le premier temple bâti par le roi Salomon avait été brûlé jadis par le roi Nabncbodonosor. I.e feu fut mis, au rapport de riiistorien Josèpbe, par un soldat de l’armée de Titus, occupé alors à faire le siège de la ville. La flamme envahit subitement le monument entier, (pii ne tarda pas a s’abîmer au milieu d’épais tourbillons de fumée. On eût dit cpi’iin soulfle puissant augmentait l’activité de l’incendie et en rendait les ardeurs })lus dévorantes. De tant de trésors accnmiilés dans l’enceinte sacrée il ne resta pas la moindre trace ; ce superbe édifice, visité par le Sauveur, ne laissa que des ruines
1 Evangile selon S. Mattliien, cliap. xxni, vers. 37.
JÉRISALKM.
informes. Quelques jours après, l’armée romaine s’emj)ara des derniers retranchements de Jérusalem. Tout fut mis à feu et à sang dans cette cite maudite; les habitants , sans distinction d’âge ou de sexe , furent passés au fil de l’épée. Ce (pie la llamme avait épargné fut rasé jusqu’aux fondements, en sorte ({u’il ne resta pas pierre sur pierre. Titus ordonna ensuite d’y faire passer la charrue, réservant seulement quelques pans de mur à l’occident, avec des tours démantelées, comme un monument de terreur pour la postérité. Dans cette catastrophe effroyable, qui méconnaîtrait la main de Dieu? Le vaincpieur lui-même, effrayé de ses sanglants succès, refusa les couronnes qui lui furent offertes en signe de triomphe , proclamant qu’il n’avait été ({ue l’instrument des vengeances de la Divinité, outragée par le peuple juif.
En approchant aujourd’hui de Jérusalem , on montre la porte de Bethléhem et le jardin de Gethsémani , avec des oliviers au tronc noueux et au pâle feuillage. Ces noms reportent à d’autres pensées et à d’autres temps. Comme jadis les croisés , nos ancêtres , saluons avec respect cette ville, la nourrice des prophHeSy V institutrice des apôtres, la patrie du Seigneur, la mere de la foi, suivant les expressions de Jacques de Vitry, liistorien des croisades. La terre cpii nous porte est une terre sanctifiée. Tout ici nous parle de Jésus-Christ, de ses prédications, de ses miracles, de ses bienfaits. A travers les ruines, vous voyez le cénacle où il institua le sacrement de l’eucharistie. Voici le jardin où il aimait à se retirer pour prier, l’endroit où il souffrit son agonie
SAIM'-SÉPULCRE.
cruelle et la trahison [)liis cruelle encore d’un apôtre et d’un ami. Voilà les maisons d’Hérode, d’Anne et de Caïphe. Les restes du prétoire de Pilate sont encore apparents. Sur la voie publique, vous apercevez l’arcade de I’Ecce Homo; plus loin, le Calvaire et le sépulcre!
Sous la domination des empereurs païens, la malédiction de Dieu s’appesantit de plus en plus sur une terre jadis comblée de bénédictions. Moins d’un siècle après la victoire de Titus, ce pays devint le théâtre d’une révolte insensée et la victime d’une guerre désastreuse. Jules Sévère fut le ministre de la colère d’Adrien. Cinquante forteresses, près de mille places de moindre importance, furent renversées de fond en comble. Cinq cent quatre-vingt mille hommes tombèrent sous le tranchant du glaive. Qui pourrait évaluer le nombre de ceux ([ui périrent de faim et de misère.^ Les autres furent vendus en esclavage. Telle était l’horreur qu’inspirait le nom juif, que ces malheureux trouvaient à peine un maître qui consentit à les acheter. La Judée resta presque déserte. Jamais, depuis cette époque, les Juifs ne se réunirent en corps de nation. De nos jours encore, malgré l’abolition de l’esclavage, radoucissement des mœurs, l’alfaiblissement des préjugés, les Juifs; dispersés au milieu des j)euples , comblés parfois des dons de la fortune, n’ont t)u détruire entièrement la barrière (|ui les sépare du reste des hommes. Quand l’empereur Adrien rebâtit Jérusalem, il en changea le nom, et les ])ortes (ÏÆlia Capitolina furent fermées à tous les Israélites. Il y resta seulement ({uelques chrétiens d’origine étrangère , (pii eurent à gémir sur la profanation des
JÉUüSALEiM.
saints lieux. Les yeux remplis de larmes, ils voyaient le sépulcre du Sauveur couvert d’immondices, la statue de Vénus placée sur le Calvaire, à l’endroit où Jésus- Christ nous a rachetés de la servitude du péché, et celle de Jupiter s’élever au-dessus du tombeau qui n’avait pu retenir sa proie.
Bientôt tous ces dieux de bronze, de marbre et de bois vont disparaître sans retour; Constantin est maître du monde et chrétien. Sainte Hélène, mère de l’empereur, princesse aussi distinguée par sa piété c[ue par ses autres belles qualités, entreprend le voyage de la Palestine , dans le but de découvrir et de \ énérer le tombeau du Sauveur. On rase d’abord le temple de Vénus; on brise sa statue, ainsi que celle de Jupiter; on se met à l’œuvre ensuite, au chant de pieux cantk[ues. Les travaux sont conduits avec tant d’ardeur et de persévérance, qu’outre le sépulcre et le Calvaire, on découvre trois croix ensevelies sous les décombres, au fond d’une carrière abandonnée. Saint Macaire, évêque de Jérusalem, reconnut la croix du Rédempteur a un prodige accompli sous les yeux d’une multitude innombrable. Tous les historiens contemporains nous ont conservé le récit de ce miracle.
Sainte Hélène envoya à l’empereur une partie considérable du bois de la vraie croix, et déposa le reste dans une grande châsse d’argent, pour être conservé dans une basilique superbe , merveille de ce siècle et témoignage éclatant de la dévotion de cette illustre princesse. La construction de la basilique fut commencée sans délai; elle fut achevée six ans plus tard.
SAINT-SÉl’ULCllE.
Telle est l’origine de l’église bâtie sur le saint sépulcre , sous le titre de la Résurrection du Sauveur. Voici la description abrégée de ce monument, telle que nous l’ont transmise les historiens. La grotte du tombeau fut entourée de colonnes élégantes et enrichie d’ornements précieux. Avant de pénétrer dans l’enceinte sacrée, il fallait passer du porti(jue en un vaste parvis bordé sur trois côtés de larges galeries , et terminé à l’orient par la façade du temple. Chacun admirait les nobles proportions de l’édifice et la somptuosité des décorations. Au premier aspect, on comprenait que la puissance impériale ne s’était pas pro})osé en vain d’ériger un magniiiipie monument. Aucune dépense n’y fut épargnée, et les artistes les plus habiles y mirent la main. L’intérieur était incrusté des marbres les plus variés et les plus rares; l’extérieur était bâti en pierres taillées et si bien jointes, que la perfection du travail causait plus de sur- [irise (pie le choix des matériaux. La voûte était formée d’un lambris en bois de cèdre sculpté et resplendissant de dorures. Les bas-côtés formaient deux galeries à double étage, dont les plafonds étaient également enrichis d’or. Trois portes s’ouvraient sur le parvis. Après avoir franchi le seuil de la basilique, on voyait une colonnade en demi -cercle , composée de douze hautes colonnes, dont chacune portait l’image d’un des apôtres, et dont les chapiteaux étaient ornés de grandes coupes d’argent : c’était le sanctuaire. A l’autre extrémité des batiments, en deçà du parvis et des portiques, régnait une avant-cour accompagnée de deux galeries latérales. On y entrait par une première porte donnant sur la place
JÉRUSALEM
publique, où se tenait le marché. De là, le regard plongeait jusque dans la profondeur du sanctuaire, à travers mille ornements (pii brillaient du plus vif éclat; personne ne contemplait cette perspective enchantée sans éprouver un saisissement religieux qui approchait du ravissement.
Autour de cette église si justement révérée , une nouvelle ville ne tarda pas à s’élever hors de l’emplacement de l’anticpie cité, et à reprendre le nom de Jérusalem. Dans son enthousiasme pour ces merveilles , Eusèbe liésite s’il ne l’appellera pas la nouvelle Sion prédite [>ar les prophètes. Le monument de sainte Hélène, objet de l’admiration et de la vénération des fidèles, subsista jusqu’en 1009 de l’ère chrétienne, après avoir soidfert les violences de Ghosroës, roi des Perses, et d’autres ennemis du nom chrétien.
Lorsque les infidèles démolirent la basilique de la Résurrection, au commencement du \f siècle, un longcri d’indignation et de douleur retentit dans le monde chrétien. C’était un prélude à la grande voix des croisades. Toutefois le saint édifice fut réparé par la mère du calife; les efforts de cette femme, issue d’une famille chrétienne, furent secondés par les fidèles. Mais nous sommes à la veille de voir le Calvaire et le saint sépulcre tomber au pouvoir des chrétiens. Le xU siècle ne finira pas avant que l’Europe envoie ses vaillants guerriers à la conquête du tombeau de Jésus-Christ, armant leurs bras pour arrêter et refouler la barbarie musulmane.
Les échos de l’Orient retentissent du cri mille fois répété : « Dieu le veut! Dieu le veut! » Les Francs, guidés par l’élite des chevaliers, enveloppent les murs deJéru-
SAliNT-SÉPüLGHE.
Salem, oiil)liant leurs longues soiillrances à la vue du terme de leur pèlerinage. Avec une ardeur qui ne connaît [)as d'obstacles et renverse tous ceux qui se présentent, ils les battent en brèche et montent à l’assaut. En vain les Sarrasins font des prodiges de valeur pour repousser les assaillants. La résistance est inutile; l’heure de la victoire a sonné. Les croisés s’élancent sur les remparts. L’histoire n’a pas oublié le nom de l’intrépide chevalier ([Lii le premier escalada la muraille; il s’appelait Létolde, et ce nom glorieux ne s’effacera jamais de la mémoire de la postérité. Tous frappent de grands coups d’épée, renversant les uns sur les autres les ennemis, dont ils font un horrible carnage. La ville retentit de clameurs confuses et du clicjuetis des armes. Enivrés par la victoire, les croisés massacrent plus de vingt mille Sarrasins : les rues sont inondées de sang.
Bientôt les vaimjueurs remettent l’épée au fourreau et se dépouillent de leurs habits ensanglantés. Ils se lavent les mains , se couvrent de vêtements modestes , et se rendent en procession, nu-pieds et en silence, les larmes aux yeux, se frappant la poitrine en signe de pénitence, vers les lieux sanctifiés par les souffrances et la mort de Dieu. Ces fiers chevaliers, lions terribles au comliat, doux agneaux au Calvaire, adorent humblement Jésus -Christ, prosternés sur ce sol arrosé de son sang, et baisent avec foi la pierre de ce tombeau, le seul, avec celui de la vierge Marie, qui n’aura rien à rendre au dernier jour.
Cet événement mémorable eut lieu le vendredi 15 juillet 1099, îi trois heures après midi. Il était impossible
JÉRLSA L EM.
de ne pas remarquer que c’étaient le jour et T heure auxquels Jésus expira sur la croix. L’étendard chrétien surmonte les tours de Jérusalem délivrée. Le Tasse n’a pas en tout son poëme de stance plus sublime que celle où il montre le signe de la rédemption se dressant au sommet des édifices.
« JTétendard triomphant se déploie dans les airs; les vents respectueux soufïlent plus mollement ; le soleil , plus radieux , le dore de ses rayons ; les traits et les flèches se détournent ou reculent à son aspect; Sion et la colline semblent s’incliner et lui offrir l’hommage de leur joie. »
Le premier roi chrétien de Jérusalem , animé de sentiments dignes d’un héros de la croix , refusa de se laisser mettre sur la tête une couronne d’or dans une ville où Jésus-Christ avait porté une couronne d’épines. Nous ne suivrons pas toutes les alternatives de gloire et de douleur, de succès et de revers (jui forment la courte histoire du nouveau royaume de Jérusalem ; il tomba en 1187 pour ne plus se relever, grâce à de basses jalousies et à de funestes rivalités. Entrons maintenant dans le saint temple; voyons-le tel qu’il est arrivé jusqu’à nous, à travers de si longs siècles de tristesse et d’humiliation. Le Turc veille toujours aux portes, comme un maître avide et jaloux; il ne les ouvre qu’au prix de l’or, et,. s’il cède à son caprice, il les tient fermées. O Providence dont les secrets sont impénétrables!
Le monument actuel du Saint-Sépulcre comprend trois églises distinctes, ce qui en expli(|ue l’irrégularité. A l’édifice primitif les rois chrétiens réunirent les autres.
SAlM-SÉPüLCKE.
pour ainsi dire, sous le même toit. Pour se rendre compte du plan, il faut savoir que les fondateurs, afin de réduire en plate-forme la surface inégale dn mont Calvaire, furent obligés de trancher le rocher en plusieurs endroits et de Fexhansser en quelques autres, ayant soin toutefois de ne rien changer ni diminuer aux diverses parties de la colline où s’est accomplie la dernière scène de la passion du Sauveur. Le principal agrandissement eut lieu dans l’intention d’enfermer dans la même enceinle le Calvaire, à peine éloigné de cimpiante pas du sépulcre. Le monument présente à peu près la forme de la croix latine, ayant, d’après les mesures données par Quaresmius, environ soixante-cinq mètres de longueur sur (jiiarante-ciii([ mètres de largeur, sans y comprendre la chaj)elle de Sainte-Hélène, ([ui a vingt mètres de long sur douze mètres de large. Celle du Calvaire a seulement neuf mètres de long et dix mètres de large. 11 y a trois dômes. Celui (pii couvre le Saint-Sépulcre est ouvert au sommet comme celui du Panthéon, à Rome, mais il n’est pas en pierres, comme ce dernier; il est seulement en bois et en plâtre, depuis l’incendie de 1808 (]ui a consumé la belle charpente en bois de cèdre, dont les pièces les plus considérables, tirées du Liban, remonlaient au temps de sainte Hélène. Au centre de cette rotonde et au-dessous de l’ouverture cpii donne entrée au jour, s’élève un édicule en marlire, surmonté d’une petite coupole et entouré de colonnes. Cette voûte recouvre le saint tombeau. Avant de pénétrer dans la grotte du sépulcre, on entre dans un vestibule appelé Chapelle de V Ange. Là se tenait le messager céleste qui
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annonça aux pieuses femmes la résurrection de Jésns- Clirist. « Il n’est point ici, leur dit-il, il est ressuscité, comme il l’avait dit; venez et voyez le lieu où le Seigneur avait été mis\ » De là, en s’inclinant sous une porte basse, on passe dans le sanctuaire ou chambre sépulcrale. A droite, un autel est érigé sur le Sépulcre neuf; par devant, trois ou quatre personnes à genoux tiennent à peine. Des lampes d’or et d’argent, présents de princes chrétiens, y brûlent jour et nuit.
Arrêtons-nous ici pour nous recueillir. Le cœur chrétien déborde de pieux sentiments à l’aspect de ce sépulcre, qui rappelle la mort et la résurrection de Jésus- Christ, double fondement de notre religion. Qui pourrait en approcher sans émotion? Devant cette pierre tout front baptisé s’incline et s’humilie dans la poussière.
« Je restai, dit Chateaul)riand, près d’une demi-heure à genoux dans la petite chambre du Saint-Sépulcre, les regards attachés sur la pierre, sans pouvoir les en arracher. L’un des religieux qui me conduisait, demeurait |)i*osterné près de moi, le front sur le marbre; l’autre, l’Évangile à la main , me lisait, à la lueur des lampes , les passages relatifs au saint tombeau. Entre chaque verset il récitait une prière : « Seigneur Jésus-Christ, après avoir été déposé de la croix, vous avez été reçu dans les bras de votre douce mère, et vous avez voulu, à la dernière heure, que votre corps privé de vie reposât dans ce monument. » Tout ce que je puis assurer, c'est qu’à la vue de ce sépulcre triomphant je ne sentis que
1 Évangile selon S. Matthieu, cliap. xxvni, vers. 0.
SAINT-SÉPULCRE
ma faiblesse, et quand mon guide s’écria avec saint Paul : (( O mort, où est ta victoire? ô mort, où est ton aiguillon? » je prêtai l’oreille comme si la mort allait répondre qu’elle est vaincue et enchaînée dans ce monument \ »
La seconde église, moins considérable en étendue, est plus vénérable encore : c’est celle du Calvaire. On y monte j)ar des degrés rudes et étroits, et elle est, pour ainsi dire, à deux étages; la partie inférieure , sous le titre de Chapelle (VAdam, renfermait les tombes de Godefroi de Bouillon et de Baudouin, violées et détruites par les Grecs fanatiques durant l’incendie de 1808. Après avoir gravi une vingtaine de marches inégales, on arrive au Golgotha, sur le sol même arrosé du sang de Jésus- (dirisl. Voici Lendroit où fut planté l’arbre de la croix. Lorsque les chrétiens, guidés par sainte Hélène, eurent enlevé la terre et les immondices que les païens avaient amoncelées, ils trouvèrent Lexcavation pratiquée dans le rocher pour recevoir le pied de la croix, et profonde de cinquante centimètres environ, l.a Providence avait permis, pour la consolation des cœurs chrétiens, que cette place auguste fiït préservée, grâce aux précautions insj)irées par la haine de nos ennemis, et qu’elle fut reconnaissable sans que le doute fut possible. Quantité de lampes brûlent sans cesse dans ce sanctuaire.
La troisième église, qui est souterraine et dépourvue d’ornements, est consacrée sous le vocable de sainte Hélène, et communique à la grotte de 11 mention de la
1 Itinéraire de Paris ù Jérusalem.
JÉRUSALEM
vraie croix. On y descend par iin escalier d’environ trente degrés.
Les cliapelles accessoires sont nombreuses autour de la vaste enceinte que nous venons de parcourir. Ici , dans la chapelle des hnproperes, est un bloc de marbre sur lequel Notre -Seigneur était assis pendant que les soldats l’insultaient et le frappaient. Là les bourreaux jetèrent au sort les vêtements de la victime. Plus loin est la prison où Jésus fut enfermé tandis qu’on terminait les apprêts du supplice ; à cet endroit se tenait la sainte Vierge, stahat Mater, lorsqu’elle reçut les adieux de son fds et qu’elle nous fut donnée pour mère dans la personne de saint Jean. Près de la porte du midi se trouve la pierre de VOnction, sur laquelle le corps inanimé du Sauveur fut étendu et couvert d’aromates. Dans le transsept du nord, on montre la place où Jésus ressuscité apparut à Madeleine. Quelques pas plus loin est une chapelle où une tradition rapporte que Jésus-Christ, après sa résurrection , se fit voir premièrement à la sainte Vierge.
La coupole domine une partie de la ville, et l’abord du temple est assez facile. Malheureusement l’église est presque entièrement encombrée de batiments élevés à diverses époques. Elle est accessible du côté méridional seulement. La façade offre tous les caractères de notre arcliitecture française du xiU siècle. Deux portes, dont une est murée actuellement, sont en ogive et ornées d’archivoltes finement sculptées. Une espèce de frise est couverte d’un bas-relief représentant l’entrée triomphante de Jésus-Christ à Jérusalem au bruit des cris de joie de
SAINT-SÉPLLCRE.
Vhosanna. Deux fenêtres en plein cintre sont décorées de colonnettes et de monlnres variées. Ce portail est dû évidemment à des mains chrétiennes, et fut exécuté sons la domination des rois chrétiens de Jérusalem. « Telle (pi’elle est aujourd’hui, dit l’auteur du Voyage en Orient, cette église, avec les déchirures mêmes, stigmates du temps et des barbares, qui restent imprimées sur sa façade, ne fait point contraste avec la pensée qu’on y apporte, avec la pensée qu’elle exprime. — C’est, ajoute le même écrivain , un digne pavillon jeté par la j)iété des hommes sur le tombeau du Fils de l’ homme. »
Jadis les pèlerins accouraient en foule à ce temple; les catholiques n’ont pas oublié le chemin qui y conduit. Félicitons-nous de le voir aujourd’hui plus fréquenté (pie jamais. Du temps de saint Jérome l’alïluence était c(msidérable. « 11 serait trop long, écrit-il à Marcelle, d’énumérer les évêques, les martyrs, les docteurs cpii sont venus à Jérusalem depuis l’Ascension jus(pi’aux jours où nous vivons. Tous auraient cru qu’il manquait (juelque chose a leur piété comme à leur science, s’ils n’étaient pas venus adorer le Seigneur là même où l’Evangile avait commencé à briller du haut de la croix. » Dans un autre passage, saint Jérome ajoute qu’on voyait accourir à Jérusalem des pèlerins de l’Inde, de l’Ethiopie, de la Grande-Bretagne et des îles voisines. Il finit en nous apprenant (pie les louanges de Jésus -Christ étaient chantées dans toutes les langues du monde. I.orsque Chateaubriand visita la Palestine en 1806, il écrivit des pages éloquentes sur les sanctuaires aux- (piels la protection de la France n’a jamais fait défaut.
A. Sépulcre de N.- S.
B. Calvaire.