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du moyen âge sous un aspect nouveau. J.es religieux sont libéraux. Ils consacrent à l’avancement de l’œuvre des ressources très- considérables; ils s’occupent aussi de la bonne gestion des deniers du monastère : ils désignent un d’entre eux qui rendra fidèle compte des recettes et de la dépense , et sera tenu d’en faire rapport à la communauté plusieurs fois dans l’année. On comprendra l’importance de cette mesure quand on saura que l’abbé Marc-d’x\rgent dépensa , de 1318 à 1339, une somme de soixante-trois mille neuf cent soixante-six livres, qui équivaudrait, d’après les évaluations de Géraud, à une somme de cinq millions de notre monnaie \
Après la mort du fondateur, l’ouvrage marcha lentement. En 1441 , la tour et le transsept méridional, avec la rosace qui en fait l’ornement, étaient terminés. Entre 1459 et 1490, plusieurs bulles d’indulgences accordées par les papes produisirent des aumônes assez abondantes [)our payer la construction d’une partie de la nef; l’autre partie est due au zèle de l’abbé Boyer, mort en 1519. Enfin le cardinal Gibo, abbé commendataire de Sainl- Ouen sous François F", fit édifier le portail, auquel ont été ajoutés les grands travaux modernes.
L’église Saint-Ouen a cent trente- sept mètres de longueur, vingt- six mètres de largeur, et trente -trois mètres de hauteur sous les voûtes de la grande nef. Elle est éclairée par cent vingt-cinq fenêtres, sans compter trois superbes rosaces. Onze chapelles entourent le chœur et le sanctuaire.
> M. J. Qiiicherat, ouvrage cité.
SAL\T-()UEN.
En entrant dans cette église, on est vivement frappé de la régularité de l’ensemble, de la grandeur des dimensions et de l’harmonie des diverses proportions. I.e vaisseau est magnifique. Les nefs ne sont pas encombrées de monuments accessoires, comme cela eut lieu troj) fréquemment dans une foule d’édifices d’architecture ogivale. Le chœur et l’abside sont également libres; le jubé, œuvre du cardinal d’Estouteville, a été démoli à la révolution. Les lignes architecturales se développent dans tous les sens, suivant mille combinaisons ingénieuses qui satisfont à la fois et les yeux et la raison. Ajoutez l’elfet des verrières de couleur qui garnissent les hautes fenêtres. Celles de droite représentent les personnages les pins illustres de l’Ancien Testament, parmi lesquels on distingue les figures des sibylles : le moyen âge professa constamment une vénération particulière pour les sibylles, qu’il place honorablement à la suite des prophètes. Les vitraux situés du côté gauche représentent les apôtres, ([uehjues saints évêques des premiers temps du christianisme, des Pères de l'Eglise et les al)bés les [)lus illustres de l’ordre de Saint-Benoît.
Il est à remanpier (jiie, même à l’époque où l’architecture gothique n’était pas goûtée, on citait l’église Saint-Ouen comme un chef-d’œnivre. Les écrivains sont unanimes à ce sujet. Aujourd’hui que les édifices à ogives sont plus justement appréciés, cette église a été louée à l’envi par les anticjuaires français et anglais. Un accord si général est propre à faire ressortir le mérite de ce noble bâtiment bien mieux (pie les descrijitions les plus détaillées, (pii ont toujours la froideur de
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l’analyse. « Nul éditice peut-être ne trappe les yeux et n’étonne la pensée comme l’église Saint-Onen, » a (lit M. le comte Bengnot; et ces deux mots rendent trèsbien l’impression tpi’oii é])ronve dans la vaste enceinte de la basilique.
Dans nue des chapelles, on ^oit une belle pierre tombale, avec l’inscription suivante :
(Ci gist maistrc ÎUtxanîire îif ficrneuül, inaistre bes cniores bc mûdjimnene bxi rog nostre sire au bailliage be llouen et be ceste église, qui tres^)assa l’an be grâce mil (CCÊCCXIT, le tH® jour be janoier. |)riez Bieu :pour l’ame be luy,.
Le père Pommeraye , dans son Histoire de U Abbaye de Saint-Ouen , s’est rendu l’écho d’un conte populaire au sujet de l’architecte Alexandre de Berneval , représenté par une gravure au trait sur la pierre tunéraire, ayant à ses côtés une autre figure gravée de la même manière, mais sans inscription qui puisse la faire reconnaître. « Les deux roses de la croisée, dit le bénédictin, furent faites l’an 1439, l’une par Alexandre de Berneval, maistre ma(;on, et l’antre par son serviteur ou apprenty, (pii fit la sienne avec tant d’industrie et de bonheur, qu’elle eut l’approbation de tout le monde, et mesme fut jugée plus belle et mieux conduite (jiie celle où son maistre avoit travaillé. Celuy-cy, an lieu de dissimuler et de souffrir patiemment les louanges (pi’on donnoit à ce s(;avant apprenty, ou plus tost d’en estre bien aise et d’y prendre part, estant certain (pie c'est une gloire et non pas un déshonneur à un maistre de former un disciple plus habile (pie luy; celuy-cy, dis-je, se laissa
SALNT-OUEN.
tellement emporter à l’envie et ensuite à la colère, qu’il tua l’autre, et mérita, par cette action si lâche et si noire , de finir misérablement sa vie par les mains d’un bourreau. Les religieux de Saint-Ouen, touchez de compassion envers ce malheureux artisan, obtinrent son corps de la justice, et pour reconnoissance des bons services qu’il leur avoit rendus dans la construction de leur église, non obstant sa fin tragique, ne laissèrent pas de lui faire l’honneur de l’inhumer dans la chapelle de Sainte-Agnès. »
La fable débitée par le crédule bénédictin tombe devant une explication fournie par un document contemporain. Le 23 janvier 14 40, c’est-à-dire dix-huit jours après la mort d’Alexandre de Ilerneval, son fils, « Colin de Berneval fut reçu par mon dit seigneur et les religieux à estre l’ouvrier de machonnerie de leur église pour le temps advenir, en la semblable manière comme feu son père Alixandre de Berneval a esté en son temps. » Nous connaissons maintenant les deux personnages couchés sur la même pierre. Ayant le droit d’être enterré à Saint-Ouen en sa qualité de maitre de l’œuvre, suivant la coutume du temps. Colin de Berneval choisit sa place à côté de son père; et, comme il fit exécuter immédiatement leur tombeau commun , il voulut qu’une même pierre portât leur double image. Loin donc d’être un monument de l’envie, le tombeau de Saint-Ouen est un monument de la piété filiale. La rosace qui aurait excité la jalousie du maître contre l’apprenti, fut exécutée assez longtemps après l’année 1440; elle n’était pas dessinée lorsque Alexandre avait les yeux fermés.
HOL'KN.
La tour centrale de l’ép^lise Saint-Ouen constitue nn monument à part; elle est surmontée d’une couronne élégante. La constiaiction enlière est d’une hardiesse et d’une légèreté merveilleuses; aucun édifice analogue ne [)eut lui être comparé : c’est vraiment le chef-d’œuvre tlu genre. L’elîet en est admirable, soit (pi’on l’aperçoive de loin, des hauteurs qui dominent la ville de Rouen, soit (pi’on l’examine de j)rès, et (pi’on s’attache à en étudier les moindres détails. La hauteur totale de cette tour est de quatre- vingt- deux mètres; elle s’ap[)uie sur quatre piliers, composés chacun de vingt -quatre colonnes groupées.
Le portail, connu vulgairement sous le nom de Portail des Marmousets, mérite l’attention à cause des scul[)tures lines et variées qui le décorent. Les curieux admirent surtout un bas-relief charmant, représentant, en trois tableaux, la Mort, l’Assomption et le Couronnement de la sainte Vierge. Le ciseau de l’artiste n’a jamais rien taillé de plus gracieux et de plus achevé. La façade principale, que le x\C siècle avait laissée incomplète et dont le temps avait fait une ruine, vient d’être reconstruite sur un plan remar([ual)le.
Comment ne pas exprimer ici un regret pour l’ancienne maison abbatiale de Saint-Ouen, démolie en 1816? Cet antique logis était rempli de souvenirs historiques, non moins glorieux pour la cité de Rouen (jiie pour le vieux monastère. Plusieurs rois de France y séjournèrent, tels que Henri II , Charles IX, Henri IH, Henri IV, Louis XIII. Henri IV y demeura quatre mois entiers. C’est là qu’il adressa aux échevins de la ville de Rouen ces paroles
SÂINT-OUEN.
mémorables, qui peignent si bien le cœur de cet excellent prince: « Mes amis, soyez-moi bons sujets, et je vous serai bon roi, et le meilleur roi que vous ayez jamais eu. »