‹ Les plus belles églises du mondeChapitre 45 sur 84 · I .loaii. Di.'u',., cap. xxi · texte numérisé non relu

I .loaii. Di.'u',., cap. xxi

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fut arrêté par le peuple romain, et peu de temps après, malgré les résistances de son humilité, il monta sur le siège de saint Pierre.

Saint Grégoire pouvait-il oublier un dessein à l’exécution duquel il avait mis tant d’ardeur? En 596, il fit partir pour l’Angleterre le moine Augustin, prieur du monastère de Saint-André, qu’il avait fondé sur la pente du mont Cœlius, dans la maison de ses aïeux. Cette [)ieuse retraite, d’où la vue s’étend sur les ruines gigantesques du Colisée et du mont Palatin, était l’asile de la science, de la régularité et de toutes les vertus chrétiennes. On peut dire qu’il est encore rempli du souvenir du noble fils des Anicius, qui brilla dans l’Église de la triple gloire du génie, de l’éloquence et de la sainteté. Ici s’élève la chaire où furent prononcées tant de l)elles homélies; là se dresse le modeste autel où saint Grégoire célél)ra souvent la messe; plus loin, on conserve la table de marbre sur laquelle il servait les pauvres de ses propres mains : une charmante peinture à fresque représente le miracle de notre Seigneur assis parmi les indigents, et récompensant ainsi sa charité.

Après avoir traversé les Gaules et s’être arrêté quel- (pies jours à Tours auprès de Pélage, successeur de saint Grégoire, pour lecjuel il avait une lettre de recommandation, et auprès de Childebert, que le pape appelle (( le plus grand des rois, » le moine Augustin aborda heureusement aux rives de l’Angleterre. Ce pays était alors divisé en plusieurs petits royaumes, et plongé dans les ténèbres de l'idolàtj'ie. Ethelbert, roi de Kent, ac-

DK CANTOUBÉHY.

cueillit favorablement l’envoyé du jiontilé romain, et ne tarda pas à recevoir le baptême. Alors commence en Angleterre line civilisation nouvelle. La douce morale de l’Evangile remplace des usages barbares, et adoucit la violence des caractères. La foi va bientôt porter des fruits si abondants, que les nations catholiques salueront cette terre privilégiée du glorieux nom d’Ile des Saints.

Augustin revint en France recevoir l’ordination épiscopale. De retour en Angleterre, il bâtit une église à Cantorbéry, et la dédia au Sauveur. Telle fut l’origine de l’illustre métropole qui depuis a toujours joui de la primauté sur toutes les églises d’Angleterre. Le pape accorda plusieurs privilèges au premier évêque de Cantorbéry, en lui envoyant le pallium, insigne de la juridiction métropolitaine. Il lui donna le pouvoir d’instituer des évêques â York, à Londres et en d’autres lieux, mais de manière â réserver au siège de Cantorbéry la prééminence sur les autres églises épiscopales. Saint Grégoire ne cessa de témoigner le plus vif intérêt à cette chrétienté naissante; il consentit même, avec une bonté toute paternelle, à laisser aux nouveaux convertis l’usage des repas pris en commun , sous des berceaux de feuillages, aux fêtes des martyrs et des autres saints, « afin, dit- il, que par des réjouissances simples et innocentes on leur inspire insensiblement le goût d’une joie intérieure et toute céleste \ » Saint Augustin mourut le 26 mai 604, et fut enseveli dans le cimetière du monastère qui porta

1 s. Greg. M., Epist., lib. IX, ep. 58,

c\T hédhalh:

son nom j)ar la suite. Lorsque la cathédrale fut achevée, son corps y fut transféré et placé sous le porche (lu nord, où il l’esta jusqu’en 1091; il fut alors déposé à Fintéi’ieur de l’église. L’apôtre de l’Angleterre a droit à la reconnaissance que des enfants bien nés doivent à leur père. Il eut pour successeurs des prélats distingués plus encore ])ar leurs vertus, leur science, leur zèle, leur charité, que par l’influence qu’ils exercèrent sur les affaires de l’État. Le rôle que jouèrent les archevêques de Ganlorbéry dans les événements de la Grande-Bretagne ne fut pas sans gloire, et en mainte occasion ils méritèrent par des services signalés et l’admiration et la gratitude de leurs contemporains. Plusieurs ont été inscrits dans le catalogue des saints, et si dans leur propre h]glise ils sont oubliés par une génération (jui se glorifie de renier ses ancêtres, la |)iété catholique leur paie toujours un juste tribut de louanges et d’hommages.

Après de longues années de prospérité, l’église métropolitaine de Cantorbéry tomba sous les coups des barbares. Les Danois envahirent a [)lusieurs reprises le territoire et la ville; chaque fois ils ne laissèrent que des ruines fumantes comme témoins de leur passage. L’édifice fut tellement endommagé, que les archevêques furent contraints de l’abandonner. Le sanctuaire était couvert de ronces et d’épines, lorsque, en 938, saint Odon, triomphant de mille obstacles, réussit à le restaurer et a y faire retentir les chants sacrés trop longtemps interrompus. A ce saint archevêque succéda uu prélat de naissance illustin, célèbre par ses talents, ses vertus

DK CAMOKHKUY.

et sa piété, (|iie l’Eglise honore également d’nn culte public, saint Dnnstan. Le pa|>e Jean XII, (pii connaissait son mérite, le nomma légat en Angleterre, où il rendit d’éminents services à l’Eglise et à l’Etat. Saint Dnnstan monriit en 988.

Vingt-quatre ans après, en 101^2, les Danois vinrent de nouveau apporter la terreur et la désolation. Leurs navires aux longues voiles jetèrent l’ancre dans le poid de Sandwich, et les pirates pillèrent et saccagèrent la ville de Cantorbéry. L’archevêque saint Elphège s’eltorça de conjurer l’orage, et, comme le bon Pasteur, il n’hésita pas à sacrifier sa vie pour ses brebis. Il se porta seul à la rencontre des barbares qui massacraient sans pitié une population faible et désarmée. « Quelle gloire y a-t-il à verser le sang des innocents? » s’écriait-il. Il fut lapidé comme saint Étienne; et les dernières paroles qu’il proféra en mourant furent celles-ci : « Seigneur, ayez pitié des enfants de votre Eglise! »

Cette malheureuse cité eut de la peine à réparer de si grands désastres. Les habitants que le glaive avait épargnés étaient réduits à une extrême misèi*e. L’église incendiée montrait des murs ébranlés et noircis par la fumée. Le monument resta dans un triste état de délabrement jusqu’à ce que le roi Canut, monté sin* le lixjne en 1017, eût réussi à rétablir l’ordre dans le royaume. Ce prince seconda de tout son pouvoir les efforts de l’archevêque Living et de son successeur Ethelnoth. Les chroniques du temps nous apprennent que ce roi, aussi pieux que vaillant, oflVit à l’église de Cantorbéry des présents considérables, et entre

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autres , sa couronne d’or, qu’on y voyait encore à l’époque des premiers troubles religieux.

Vers 106 7, peu de temps après la conquête de l’Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, la cathédrale de Cantorbéry devint la proie des flammes Elle fut réédifiée, sur un vaste plan et dans un style d’architecture nouveau, par le célèbre Lanfranc, promu au siège métropolitain en 1070. Lanfranc fut un prélat aussi distingué par son zèle pour la pureté de la foi et la discipline ecclésiastique, que par son savoir e( les services qu’il rendit à sa patrie adoptive. Guillaume le Conquérant avait une telle confiance en lui, qu’il le chargea plusieurs fois du gouvernement de l’Anglelerre, lorscju’il était obligé de passer sur le continent. L’archevêque de Cantorbéry avait d’abord enseigné à Pavie, à l’abbaye du Bec, à Avranches et à Caen. Il réfuta les erreurs de farchldiacre Bérenger, en passant à Tours, où il discuta publiquement dans l’école de Saint-]Martin , et surtout au concile de Rome en 1050. Le dogme catholic|ue de la présence réelle de Jésus- Christ dans l’eucharistie fut maintenu dans son intégrité, tel que l’Eglise fa reçu de son divin fondateur et des apôtres. Bérenger, après une rétractation sincère, mourut au prieuré de Saint-Côme, près de Tours, dans de vifs sentiments de pénitence et de piété. L’archevêque Lanfranc joignit à ses autres qualités le talent du littérateur, de Thistorien et de l’architecte; il composa de nombreux ouvrages, rebâtit sa cathédrale et fonda plusieurs hôpitaux. Ses contemporains ont rendu hommage à son mérite, et la postérité, dont

\)V: C \NT()UHÉU Y.

les arrêts sont sans appel, a confirmé le jugement (jii’ils ont porté sur le caractère de ce grand lionmie \

Malgré la vive impulsion donnée aux travaux, l’œuvre n’était pas finie lorsque Lantranc rendit le dernier soupir en 1089; elle fut continuée par saint Anselme, ipii fut pris à l’abbaye du Bec, en J 093, pour monter sur le troue métrojiolitain de Cantorbéry. Né à Aoste, en Piémont^ Anselme avait été attiré en Normandie par la célébrité des écoles. Ses vertus et ses talents le firent ])romptement remarquer. Saint Anselme fut un des plus habiles docteurs de son temps : le premiei* il réussit à donner à rargumentation théologique la précision de la dialectique, et cette méthode scolastique dont on a tant abusé plus tard, mais qui, entre des mains exercées et prudentes, peut rendre d’éminents services pour établir la vérité et confondre l’erreur. Le génie de saint Anselme a montré ce qu’il faut entendre par philosopliie chrétienne, et comment, avec les lumières de la révélation divine, on doit appliquer la raison humaine à la connaissance et à la dénionstration de la vérité. Les livres ascétiques du saint archevêque offrent aux âmes pieuses une lecture attrayante et utile : ils sont instructifs, édifiants, pleins d’une douce éloquence, et propres à exciter l’amour de Dieu. Saint Anselme, comme Lanfranc, fut un ardent défenseur des immunités ecclésiastiques. Dans la même

1 Des écrivains protestants ont attaqué sa mémoire , parce qu’il fut moine et catholique; ils ont oublié ([u’il ne faut pas juger les hommes d’après leur habit, mais d’après leurs mérites. On trouve l’éloge de Lanfranc dans VA7Uj/io sac tri, de W bar ton.

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chaire nous verrons bientôt s’asseoir le martyr des lilærtés de l’Eglise, saint Thomas de Cantorbéry.

Les ouvrages qui s’exécutèrent durant l'épiscopat de saint Anselme, sons la direction du prieur Conrad, excitèrent rétonnement et l’admiration des contemporains.

« Bien de semblable , dit Giiillaume de Malmesbnry, ne se trouve en Angleterre. » En MIT, la basilique fut consacrée, cinq ans après la mort de saint Anselme, par son successeur l’archevêque Raoul, (pii la dédia an Sauveur. Le moine Gervais, dans son Histoire des archevê({iies de Cantorbéry, nous a laissé nue description détaillée de ce monument, propre à nous montrer (pie les moines historiens étaient élevés à la même école que les moines architectes, et que les lins comme les antres étaient capables de sentir et de juger les chefs-d’œuvre L Gervais s’extasie devant la inagnificence du chœur, et n’omet pas de louer la libéralité du roi Henri, qui fit de grandes largesses à ce temple. « Si ces trésors, disait le prince, ont contribué à accroître et à embellir la maison de Dieu , béni soit le Seigneur, (pii m’a inspiré la pensée de les donner, et qui m’a permis de contribuer à la prospérité de ma sainte mère l’Eglise. »

An moment où s’accomplissait la cérémonie de la dédicace, Thomas Becket naissait à Londres. Devenu archidiacre de l’Eglise de Cantorbéry, il obtint la charge de chancelier du royaume, et fut enfin élevé a la dignité d’archevêque, en 1 162. Thomas ne resta pas

Oii pput cniisulter Hisfnr. Anglirnn. Srripior., tom. X.

1)1-: CAMOHBKIW.

longtemps en faveur auprès du roi Henri II. Ce prince empiétait sans cesse sur les droits de l’Eglise; il laissait les évêchés vacants, afin de s’emparer des revenus : son amour insatiable de l’argent le portait à mille excès. L’archevêque de Cantorbéry fit entendre d’énergiques réclamations. De là naquirent des démêlés qui forcèrent le prélat à quitter l’Angleterre et à se réfugier en France. En 1170, le roi et l’archevêque se réconcilièrent; mais à peine celui-ci était-il de retour dans sa ville métropolitaine, que la lutte se renouvela. « Est-il possible, dit Henri dans un accès de colère, qii’ancnn de ceux que j’ai comblés de bienfaits ne me venge de ce prêtre! » Aussitôt quatre gentilshommes de la cour se retirèrent à l’écart, ourdirent un complot, et partirent pour l’Angleterre. Ils arrivèrent à Cantorl)éry le 28 décembre, proféi'ant d’horribles menaces contre l’archevêque, qui demeurait impassible. Le lendemain, le courageux pontife se rendit à l’église à l’heure des vêpres. Il y était à peine, que les conjurés s’y précipitèrent, avec les gens de leur suite, les armes à la main. Les clercs voulurent fermer les portes; mais l’archevêque leur dit: « C’est ici la maison du Seigneur, on n’en défend pas l’entrée comme celle d’un camp. » Puis, se tournant vers les conjurés , il leur défendit , au nom de Dieu , de faire aucun mal à ses amis et à ses serviteui’s. Il fit ensuite cette prière à haute voix: « Je me recommande, avec la cause de l’Eglise, à Dieu, à la sainte Vierge, aux saints patrons de cette église et an martyr saint Denis. » Les assassins lui brisèrent la tête de (juatre coups de massue; le sang jaillit à flots; la cervelle se répandit sui*

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le pavé, et le martyr, sans proférer un cri, sans faii*e le moindre mouvement, tomba comme prosterné en prière. Cette mort glorieuse arriva le 29 décembre de l’année 1170.

A la nouvelle de cet attentat, il y eut dans le monde chrétien un long frémissement d’indignation. Le roi en parut consterné, et se soumit à la pénitence; il fonda quatre monastères en Touraine, en expiation du crime (pi’il avait occasionné par d’im[)rndentes paroles. La cathédrale de Cantorl)éry resta fermée pendant un an. Le service divin y fut interrompu, les cloches restèrent muettes, on voila le crucifix, les images des saints furent enlevées, des épines couvrirent le pavé. Le sanctuaire présenta l’aspect de la désolation. Le deuil du saint lien cessa en 1171; le 21 février 1173, le |)ape Alexandre III inscrivit an catalogne des saints le nom de saint Thomas de Cantorbéry, et institua une fête en son honneur. Les fidèles accoururent en foule au tombeau du martyr, et chacun s’empressa d’y faire de riches oflrandes. l.a chasse où furent déposées ses reliques était d’une rare magnificence; elle était d’or, et l’on y voyait biâller les jùerres les pins précieuses. La jualière avait moins de valeur encore que le travail, (Tune délicatesse extrême, qui en faisait un ouvrage inestimable. Ce trésor excita dans la suite la convoitise de Henri VIH, (pu pilla les richesses de tant d’autres églises.

Lu 1174, le chœur, les chapelles et le transsept furent détruits par un violent incendie. La région al)si-^ (laie de Téglise fut entièrement rebâtie de 117o à 1180,

DK CAMOKDKUV.

:î(jo

sons la direction de l’architecle Giiillaniiie de Sens, el d’nn antre Gnillanine dont la patrie est inconnue, L’arcliitectiire snhissait alors en France une transformation reinanpiable; les éléments en furent transportés en Angleterre à la fin du siècle, de même (pie le beau style romano-byzantin y avait été introduit par les Normands an milieu du siècle précédent.

Sons le règne de Jean sans Terre, })rince ambitieux, cruel et débauché, d’effroyables malheurs pesèrent sur l’Angleterre. Après une élection douteuse (jni avait donné nn nombre égal de voix à deux compétiteurs an siège archiépiscopal de Cantorbéry, le pape Innocent III fit nommer le cardinal Étienne Langton , Anglais d’origine, personnage d’nn mérite distingué. Le roi fnl très-irrité à la nouvelle de cette promotion, à lacpielle il n’avait pris nulle part. Sa colère tomba d’abord sniles moines de Cantorbéry, (|ii’il chassa dn monastère attenant à l’église métropolitaine, et il s’emporta en injures et en menaces contre le souverain pontife. Une sentence d’interdit lanc'.ée sur le royaume, suivie bienp'^l des foudres de l’excomninnication , cpii atteignirent le monarque lui -même, souleva les clameurs dn peuple et força le prince à se soumettre. Ces dissensions empêchèrent la continuation des travaux de l’église. L’érection de la chapelle de la Trinité et de la chapelle circulaire, appelée aujourd’hui Couronne de Becket, absorba toutes les ressources dont les directeurs de l’œuvre pouvaient disposer dans ces tristes circonstances. Le 7 juillet I^^O, eut lieu la translation des relicpies de saint Thomas dans la chapelle triomphale,

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({iii mérite vraiment le nom de Couronne par rélégance de rarchiiectnre. Cette cérémonie eut lien en présence du roi Henri III, de Pandolplie , légat du saint-siège, du cardinal Langton, archevêcpie de Cantorbéry, de l’archevêque de Reims et d’un grand nombre de prélats. Rien ne lut omis de ce (pii pouvait relever l’éclat de la fête.

Vingt ans plus tard, l’Eglise de Cantorbéry voyait un autre de ses pontifes placé au rang des saints. Saint Edmond, né à Abington , reçut de Mabile, sa mère, une éducation vraiment forte et chrétienne. Il se forma à la science ecclésiastique à l’université de Paris. Elu primat de toute l’Angleterre en 1^31, saint Edmond refusa d’abord par humilité, et consentit avec beaucoup de peine à accepter cette dignité. Comme ses prédécesseurs, l’archevêque de Cantorbéry, dévoué aux libertés de l’Eglise, eut à souffrir des atteintes continuelles (jue lui portait le pouvoir civil. Enfin, accablé de douleur, il se condamna à un exil volontaire, et se retira à l’abbaye de Pontigny, où reposent ses restes.

L’archevêijue Peckham s’employa avec zèle à l’embellissement de son église; c’est à lui et au prieur Eastry (jii’on doit la clôture du chœur, chef-d’œuvre de goût, de finesse et de patience. Ce travail admii*able appartient a la fin du xiif siècle ; il fait honneur à l’habileté du ciseau anglais. Le chancelier Renolds, en 1313, ajouta plusieurs constructions accessoires au monument, (pii avait alors atteint de nobles projiortions; mais l’archevêque Sudbnry, en 1376, entreprit de bâtir la nef dans le style à ogives, qui dominait dans

Di: cam()Uiu:hv.

les autres parties de rédifice, et (jiii devait lui donner enfin ce caraelère d’unité sans leipiel toute œuvre d’art est incomplète. L’ouvrage était digne de son génie hardi et un peu aventureux. Il en commença l’exécution avec ardeur, encourageant les ouvriers par tous les moyens en son pouvoir, quand tout à coup il disparut, victime d’une des émeutes qui ensanglantèrent le règne de Richard II. L’ œuvre fut confiée à de dignes mains, el de belles constructions, d’un style grandiose, de vaste dimension, sidïisent pour immortaliser les noms de Courtenay, d’Arundel et de Chicheley, dans l’histoire de l’insigne église de Cantorbéry.

En 1430, la tour méridionale de la grande façade était terminée; le prieur Molash y ht placer la belle cloche Diwstan y (jui donna son nom à cette tour. Du coté opposé s’éleva le clocher Arundel, qui à la suite d’un accident fut rebâti tout récemment. Peu de temps après, la chapelle de la Sainte- Vierge, non loin du transsept septentrional, fut construite et ornée avec une extrême magnificence. La piété des habitants de Cantorbéry, conforme en cela aux traditions les plus aneiennes, se plut à y prodiguer tout ce que Part peut concevoir et exécuter de plus élégant. Ce sanctuaire était regardé comme la perle du style ogival fleuri en Angleterre, à cause de la pureté du goût qui avait présidé au choix des décorations.

La tour centrale , d’un effet si imposant, avec (|uatre hauts clochetons aux angles, fut l’ouvrage du cardinal Morton, archevêque de Cantorbéry, prélat de grand talent , qui joignait à ses (|ualités l’amour des arts

C A TIIÉl) U A LE

et (les connaissances en architecture. A cette épocjiie, la cathédrale de Cantorhéry montre avec orgueil d’immenses proportions, un double transsepi , la charmante (Ronronne de saint Thomas, les chapelles de la Trinité et de la Sainte-Vierge, des voûtes hardies, une forêt de colonnes, des vitraux peints, la clôture du chœur, mille oi’uements variés, un trésor rempli de vases d’or et d’ai’genl, des reli(piaires où étincellent les pierreries, des statues en métal précieux, d’innombrables objets d’art, dons des rois, des princes, des pi’élats et des fidèles. L’église de Cantorbéry est vraiment la métropole de tonte l’Angleterre. Les étrangers ne se lassent pas d’admirer les merveilles (]ue cluupie siè'cle y a déposées , vivants témoins de la dévotion catholicpie. De pieux pèlerins viennent s’y mêler à la foule des fidèles pour y ju’ier Dieu, et invo(]iier la puissante intercession des saints pontifes dont la dépouille mortelle y repose. Dans la crypte et dans l’enceinte du temple, de nombreux tombeaux, plus on moins richement scnlptés, éveillent le souvenir de belles actions, rappellent la mémoire de puissants personnages, et font naître en même temps des réflexions snr le néant des grandeurs et la vanité des pompes mondaines. On lit sur certaines tombes des inscriptions fastueuses; sur d’antres, on voit cette simple invitation où respire la piété catholirjue, comme sur le séjndcre de .Teanne de Mohun : « Priez Dieu pour l’Ame de .Tehanne Ihirmashe, (]ui fut dame de Mohun. » Tout , dans la vaste basilicpie du Christ, porte l’empreinte des siècles de foi, exhale un parfum de tendre dévotion, élève la pensée au ciel; fout prie, s’il est permis de

DK CA.NTonHKUV.

parler ainsi, (‘t (ont |)Oi‘te à la |)rière. Mais hiontol , sous ees vorites, on entend retentir le cri de réfonne; et sons le |)rele\te de rélbriner les abus on dépouille le saint lieu, on renvei’se les autels, on [)rofane les loin beaux, on livre aux tlainines les ossements des martyrs, des pontifes, des vierges et des confesseurs, on décliire les images du Christ, des apôtres et des saints, on foule aux pieds les vêtements des prêtres, on pille les vases sacrés, on brise les croix et les reliipiaires. A (piels excès plus affreux des infidèles eussent-ils [)u s’abandonner? Pour comble d’horreur, la noble église des Augustin, des Dunstan, des Elphége, des Anselme, des Lanfranc, des Thomas et de tant d’illustres archevêipies, fut enfin transformée en caserne!... Ce dernier crime fut commis en 16 i3, par Richard Culmer, ininislrr (le la parole de Dieu \

Si nous détournons les yeux de ce triste spectacle, pouvons-nous ne jias apercevoir encore les traces des violences de Henri VUI? Aux taches de sang (pu souillent le front de ce [irince débauché, se mêlent les stigmates ini[)rimés par l’ambition, la colère et une insatiable cupidité. En 1537, il donna au monde chrétien un spectacle où le ridicule le disputait à la passion de l’argent. Henri VHl, jouant le rôle d’accusateur public, cita saint Thomas de Cantorbéry à comjiaraître devant

I Ce préteiKlii ministre dp. la parole de Dieu se mit à la lèt(‘ il'iiiie troupe de fanatiques, et commit toute sorte de [irofanatioiis dans la cathédrale de Caiitorbéry, sous prétexte de la puriper. Ces désordres eurent lieu par suite d’iiii acte du itarlemeut, eu 1043, époijue si triste dans l’histoire d’Angleterre.

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un tril)iiiial comme coupable de trahison envers son prince. Thomas Becket, ne s’étant pas présenté en personne devant ses juges dans le délai fixé, fut condamné sur tous les chefs d’accusation : on ordonna que sa chasse serait lirisée, et (pie toutes les richesses^ pierreries, métaux précieux (pii lui appartenaient, seraient confis- (pfés au profit du trésor royal. Cette comédie sacrilège excita l’indignation universelle et les railleries même des réformateurs.

En entrant aujourd’hui dans la cathédrale de Cantorhéry, on est frapjié de l’étendue, des dimensions et de la régularité de rordonnance. Le plan est à deux transse[)(s, en forme de croix archiépiscopale. La longueur totale de l’édifice, dans œuvre, est de cent cinquante- (piatre mètres; la largeur de la nef, y compris les hasc(')tés, est de vingt mètres ; la tour centrale n’a pas moins de soixante-douze mètres de hauteur. Sous l’église règne nne cryjite (jiii a soixante-dix mètres de long sur vingtciii(| mètres de large : c’est la plus curieuse de toutes celles (pii existent en Angleterre \ et une des plus s[iacieiises (pii aient jamais été bâties. 11 y avait autrefois dans cette crypte, au-dessous du maître-autel de l’église métropolitaine, une cluqielle dédiée à la sainte Vierge et très -richement décorée. Quel contraste elle offre actuellement avec sa splendeur primitive! On distingue encore les ornements de la voûte, les armoiries du roi

1 Les dimensions de la cathédrale de Cantorhéry sont : longueur hors œuvre, 345 pieds anglais; longueur dans œuvre, 505 pieds; longueur du tninssept oriental , 150; largeur de la nef, li jâeds; longueur de la crypte, 230 pieds; largeur, 83 pieds.

DK CAMOKHKKV.

Henri VI et de plusieurs des bienfaiteurs. Le marteau des iconoclastes modernes a broyc^ tout le reste.

L’extérieur du monument n’est pas moins imposant (pie l’intérienr. La façade, accompagnée des deux hantes tours, produit un effet pittorescpie ; mais rien n’esi comparable à la perspective (jiie présente le liane de l’édifice du côté du midi. De belles lignes d’arelntecture, de larges fenêtres garnies de meneaux élégants, de hardis contre-forts surmontés de clochetons, la saillie du (hnible transsept, la tour centrale, d’une structure si distinguée, la Couronne de saint Thomas, les créneaux (jui garnissent le sommet des clochers, tout contribue à donner à ce noble batiment un caractère digne de sa destination.

I.a cathédrale de Cantorbéry, située à l’extrémité nord-est de la ville, était jadis entourée d’une muraille dont il subsiste encore de beaux restes. C’était l’ouvrage de Lanfranc, et elle renfermait dans une même enceinte l’église métropolitaine, le logis archiépiscopal et le monastère. Ne peut-on pas le considérer comme le vieux rempart des libertés de l’Église catholicpie en Angleterre? A l’ombre de cette mumille séculaire, de courageux prélats luttèrent pour le droit et le respect des serments contre la puissance temporelle, (jui opprimail la conscience, et cherchait à détruire la puissance spirituelle établie par Dieu lui -même. Quand, au nom de la liberté et de la prétendue réforme, on chassa les moines de leur couvent, et (pie Cranmer vint s’asseoir sur le siège primatial des Augustin, des Thomas, des Edmond, des Dnnstan , des Eljihége, il n’y eut [)lus de libertés

3ir> CATHEDRALE DE CAMORHÉKY.

ecclésiastiques à défendre: l’Eglise anglicane, tombée dans le schisme et l’hérésie, fut réduite à rhumiliation de n’être autre chose qu’une branche de l’administration civile!

CATHÉDRALE D’ÏURK,

CATHÉDRALE

A première église d’York fut bâtie sur les débris d’un temple païen.

P Elle fut fondée en ()!27 par Edwin, roi du Northumberland , récemment converti à la foi chrétienne, et consa crée à Dieu , sous l’invocation de saint Pierre, par saint Paulin, l’un des missionnaires romains envoyés par le pape saint Grégoire le Grand. La conversion d’Edwin fut accompagnée de circonstances dont l’histoii’e a gardé le souvenir. Le prince convoqua l’assemblée des notables du royaume avant de prendre une résolution décisive. Saint Paulin parut au

milieu des seigneurs, dont plusieurs étaient en armes; il fit retentir à leurs oreilles des paroles si éloquentes, peignit l’excellence de la religion sous des couleurs si

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