‹ Les plus belles églises du mondeChapitre 5 sur 84 · BASILIQUE DU SAUVEUR · texte numérisé non relu

BASILIQUE DU SAUVEUR

ORSQUE le voyageur sort des quartiers populeux de Rome moderne, en se dirigeant vers la porte antique qui jadis donna passage à Totila et aux Vandales , et plus tard à Robert Guiscard et aux Normands, il traverse des rues presque désertes, où rien ne rappelle la richesse ni l’agitation d’une capitale. A droite et à gauche se trouvent des maisons isolées , des jardins , des vignes , des cyprès, des églises et des ruines. Il arrive, l’esprit calme et porté à la rêverie, sur la vaste et silencieuse esplanade qui précède la basilique de -Jean-de-Latran. Quelle n’est pas son émotion quand •rête en face du portique majestueux sur lequel il

saixt-ji:a.\-üe-latiun.

lit cette incription : s. s. ecclesia laterane^sis omnivm vRiîis et orbis ecclesiarvm mater et capvt; très- sainte é f/lise (Je iMtran , 7nère et maîtresse de toutes les églises de Home et du inonde. La l)asili(jiie de Latmn est, en elîet, la catliédrale du pontife romain, snccesseiir de saint Pierre; après les persécutions, saint Sylvestre la choisit pour y établir son siège épiscopal , et ses successeurs ont confirmé ce choix.

La façade du monument, œuvre de Clément X et de rarchitecte Alexandre Galilée, est bâtie en travertin. La lumière vive du soleil a doré légèrement la pierre, et l’a l(‘inte de cette chaude couleur tant aimée des peintres. Le grand balcon de la galerie est réservé an pape pour les bénédictions solennelles I rhi et Orhi. Le coiironm'fuent est formé d’nne balustrade surmontée de (piinze statues colossales, an milieu des([iielles domine celle du Sauveur, tenant la croix triomphale. La porte principale est en bronze, et provient de la basilicpieÉmilienne située sur le Forum.

A l’aspect de l’édifice sacré, mille souvenirs s'éveillent dans la mémoire. Ici se trouvaient le palais et les jardins de IMantius J.aleramis, que Néron condamna à mort. Ce Plautius Lateranus, égorgé par nn tribun dans un réduit obscur réservé au châtiment des esclaves, et qui mourut, dit Tacite, plein d’un invincible silence^ ne se doutait guère que son nom , répété de siècle en siècle et en tonte langue avec celui de la basilique du Sauveur, deviendrait un des noms les plus connus de toute la terre. Le

1 Tacit., AnmK. liv. XV, ch. lx.

RO M v:.

palais de Lateraiiiis devint mie des résidences impériales. Maximien le donna à sa fille Fausta, épouse de Constantin le Grand. Après sa conversion, et lorsqu’il transféra sa capitale à Byzance, celui-ci en fit présent au pape saint Sylvestre. C’est là que les souverains pontifes demeurèrent pendant plus de dix siècles, qu’ils tinrent des conciles célèbres, et qu’ils firent des lois obéies de r univers chrétien.

Avant d’entrer sous le portique du temple, jetons les yeux sur les objets qui nous environnent. Du pied de l’édifice, en regardant l’orient, on jouit d’un magnifique spectacle, comme il en existe seulement à Rome. A gauche s’élève le baptistère de Constantin ; le Colisée n’est pas loin, ainsi que l’église des Quatre saints Couronnés, quatre frères, héros chrétiens martyrisés sous Dioclétien. Vous apercevez les larges arceaux de l’Esca lier saint, la Scala Santa, formé des degrés que monta Jésus-Christ en allant chez Pilate. Les pèlerins montent à genoux ces mêmes degrés , sur lesquels ils baisent l’empreinte, pour ainsi dire, des pieds du Sauveur. Les lourdes arcades de l’antique aqueduc de Néron , qui vient de la porte Majeure , se rattachent aux vieux remparts de Rome. A droite vous voyez la basiliipie et l’abbaye de Sainte-Croix-de-Jérusalem ; les ruines d’un temple de Vénus, les débris de l’aniphithéâtre des prétoriens et du palais d’Héliogabale , habité dans la suite par sainte Hélène, leur servent d’encadrement. Par-dessus les murs de la ville, où l’on distingue des brèches faites et réparées par vingt siècles, la vue s’étend sur la campagne romaine , coiqiée en dilférents sens par de longues lignes

d’aqiiediics détruits au temps de l’invasion des barbares, l.a route d’ Albano , triste et poudreuse , s’y déploie non loin de la voie Appienne, bordée de mausolées en ruine, à peu de distance de la fontaine de la nymphe Égérie. L’horizon est borné par les montagnes du Latium et de la Sabine.

La basilicpie a une autre porte vers le nord, précédée d’une place sur laquelle se dresse l’obélisque autrefois érigé sur le Grand-Cirque. Ce monolithe, qui passe pour être le plus élevé qui existe, n’a pas moins de trentesept mètres de hauteur, sans compter la base et le piédestal.

Ap rès la victoire remportée sur Maxence, le sénat et le peuple érigèrent en l’honneur de Constantin l’arc de triomphe que l’on voit encore à l’extrémité de la voie Sacrée, près des ruines gigantesques de l’amphithéâtre de Yespasien. On salua le vainqueur des titres de Libérateur de la ville et de Fondateur de la paix : liberatori vRBis, FvxDATORi QviETis. L’inscriptiou ^ gTavée sur l’arc de triomphe offre des mots mystérieux (pii semblent annoncer les destinées nouvelles du christianisme. Les Romains

1 Cette inscription est trop importante pour que nous ne la reproduisions pas ici en entier.

IMP. CÆS. FL. CONSTANTINO MAXIMO P. K. AUGUSTO. S. P. y. R.

QUOD INSTINCTU DIVINITATIS, MENTIS MAGNITUDINE CUM EXERCITU SUO TAM DE TYRANNO QUAM DE OMNI EJ US FACTIONE UNO TEMPORE JUSTES REMPUBLICAM ULTUS EST ARMIS , ARCUM TRIUMPHIS INSIGNEM DICAVIT.

HOM i:.

attribuent le succès de la bataille gagnée par Constantin non-seulement à la grandeur de son génie , mais encore à r inspiration de la Divinité. A partir de ce moment, en ellèt, la civilisation chrétienne va remplacer la civilisation païenne, et apporter enfin un remède efficace aux maux (pie la philosophie seule est impuissante à guérir. Constantin ne tarda pas à promulguer plusieurs édits favorables aux chrétiens, tant à Rome que dans les différentes provinces de l’empire. Les débauches que le paganisme avait autorisées et que les lois avaient tolérées , furent proscrites sous des peines sévères. Afin d’ijter tout prétexte au meurtre des enfants, crime horrible trop fréquent alors , l’empereur ordonna que les enfants des pauvres fussent nourris aux frais du trésor public. L’affranchissement des esclaves fut favorisé , et même consacré par une cérémonie religieuse. Si le divorce ne fut pas entièrement aboli , au moins fut -il entouré de difficultés propres à le rendre plus difticile et plus rare. La confiscation des biens des criminels cessa d'atteindre ceux de leurs femmes et de leurs enfants. Les rigueui’s de la législation relative aux prisonniers furent adoucies : les accusés ne furent plus jetés dans les cachots les membres liés de chaînes de fer. L’appel à l’empereur était toujours permis aux veuves et aux orphelins, jamais à leurs adversaires L Ces principes chrétiens, proclamés lois de l’empire peu de mois après les terreurs des persécutions, annonçaient le triomphe des maximes de l’Évangile. Le règne des dieux impurs était fini; « le

1 Baronius, Annal, ad an. 313 et seq.

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