‹ Les plus belles églises du mondeChapitre 6 sur 84 · S A I NT - J E A N - 1) E - L A T U A N · texte numérisé non relu

S A I NT - J E A N - 1) E - L A T U A N

Seigneur en avait juirgé la terre, » suivant une expression énergique de Lactance.

En visitant aujourd'hui la place Trajane et les anti- (piités qui la couvrent, la plupart des voyageurs y cherchent seulement des souvenirs de T histoire profane. Là, cependant, dans la basilique Ulpienne, dont les débris excitent radiniration des antiquaires, s’est accompli un des événements les plus mémorables de l’histoire ecclésiastique. Constantin convoqua rasseml)lée du sénat et du peuple romain dans cette basilique, dont les dimensions étaient considérables. L’empereur se place au centre de l’abside, sur le siège du magistrat; du geste il commande le silence, et prononce d’une voix grave le fameux discours dont les traits principaux nous ont été conservés dans les actes latins de saint Sylvestre.

« Que le Seigneur unicpm et vrai, dit-il, qui règne au plus haut des deux, soit seul adoré. Nous voulons qu’il soit connu de tous les citoyens de l’empire que nous avons abjuré l’erreur des superstitions païennes, moyennant la grâce du Christ notre Dieu.

« Nous ordonnons (pie les églises des chrétiens soient ouvertes, et (jue les pontifes de la loi chrétienne jouissent des privilèges accordés aux prêtres des temples.

« Pour faire connaître à tout l’univers romain que nous baissons la tête devant le vrai Dieu , devant le (dirist, nous déclarons que nous avons conçu le dessein de bâtir une église en son honneur dans l’enceinte de notre palais. »

Le spectacle que présenta la basilique Ulpienne pen-

WOM K.

(liint ce discours SC devine aisément. Antoni* de l’abside étaient rangés les sénateurs, pres(|iie tons attachés à la vieille religion de Rome. Constantin ne voyait autour de lui que des visages tristes, que des fronts couverts de nuages. Il y avait aussi un certain nombre de païens dans renceinte et les avenues de la basilique; mais la foule était chrétienne. Pressentant rimportance de cette démonstration, pas un chrétien n’était absent. A i)eine l’empereur eut-il prononcé le dernier mot de sa harangue, que la voix de la multitude retentit avec le bruit du tonnerre : « Malheur à ceux qui nient le Christ! le Dieu des chrétiens est le seul Dieu! Que les temples soient fermés, et que les églises s’ouvrent! »

En proférant ces cris, l’émotion populaire croissait toujours. Les sénateurs baissaient la tête. Les acclamations allaient changer de caractère. On entendait ces paroles : « Ceux qui n’honorent pas le Christ sont ennemis des Augustes! Ceux qui n’honorent pas le Christ sont ennemis des Romains! » Constantin était aise, sans doute, d’humilier les sénateurs; mais il détestait les mesures violentes. Il réclama le silence, et déclara qu’en protégeant les chrétiens il ne proscrirait pas les autres. En prince habile, il ajouta qu’il conserverait ses bonnes grâces à tous ceux qui resteraient fidèles aux lois de l’empire. Ces paroles adroites encourageaient les espérances des vainqueurs tout en rassurant les vaincus. L’etfet en fut subit et universel. Tous, sans distinction , louèrent à haute voix les sages résolutions de l’empereur, lui souhaitèrent une longue vie, et rassemblée se sépara paisiblement. Constantin retourna à son palais de

SAKM-JEAiN-DE-LATRAiN.

Latran, suivi d’un nombreux cortège, comme c’était Fusage dans les circonstances solennelles, où l’enthousiasme populaire était excité. Le chemin qui menait de la l)asilique Ul[)ienne à la résidence impériale passait entre le Colisée et les Thermes de Titus; c’était à peu près le même que nous suivons aujourd’hui. Les rues furent illuminées; « toute la ville, disent les anciens récits, eut une couronne de cierges et de lampes L »

La promesse faite dans la basilique Ulpienne ne larda pas à s’accomplir. Déjà le pape avait sa demeure au })alais impérial, comme le prouve le concile de 313, au témoignage de saint Optât de MilèveL L’empereur tint à honneur de mettre lui -même la main à l’œuvre; il travailla à creuser les fondations, et donna un signe public de sa dévotion envers le Sauveur, auquel le monument devait être consacré. J.’emplacement de l’édifice ne pouvait être mieux choisi. Du sommet du mont Gœlius on apercevait les trois monuments dans lesquels se résumait, pour ainsi dire, toute la force de l’antique Rome ; sur le Capitole, le temple de Jupiter, principal sanctuaire de l’idolâtrie; sur le mont Palatin, le palais des Césars, d’où étaient sortis tant d’arrêts de proscription contre les chrétiens; et, plus près encore, le Colisée, où des milliers de martyrs avaient glorieusement souffert et versé leur sang pour la foi.

Avant d’entrer dans quelques détails sur la construc-

1 Et revertente Augusto ad palatium, tota civitas cereis iampadibusqiie repleta coroiiata est.

2 üna convenermit in domum Faustæ in Laterano. Lib. I contra Parmcn., et lib. VI contra Donat.

ROME

tion et la décoration de cette véiiéral)le basilique, disons que dès l’origine elle fut si brillante d’or, de pierreries , de marbres, de peintures et de vases précieux, qu’elle fut saluée du titre de basilique d'or par une sorte d’acclamation populaire. Au sortir de l’obscurité des catacombes, les yeux des chrétiens étaient éblouis de tant de magnificence.

Le frontispice de la basilique érigée par Constantin se terminait en une espèce de fronton fort élevé. Sur le tympan se voyait le buste du Sauveur en mosaïcpie. On lisait le long de la frise l’inscription célèbre qui atteste la primauté de cette église L Le portique était formé de six colonnes de marbre de Paros. Cinq portes donnaient accès à cinq nefs majestueuses , séparées par (piatre rangées de colonnes, dont trente surtout étaient de la plus grande beauté. Quarante- deux colonnes de marbre vert ou marbre de Tibériade servaient de sup- [)ort aux basses nefs. Les murs étaient ornés de peintures à fresque; le second concile de Nicée cite l’existence de ces tableaux comme un argument contre les erreurs des iconoclastes. Quarante-cinq lampes d'argent étaient suspendues dans la nef principale; soixante-cin(| candélabres d’argent, en forme de phare, éclairaient les nefs latérales.

< Cette inscription a été gravée sur le monuineQt actuel, où nous Eavons copiée.

Dogmate papali datur simul et imperiali Quod sim cunctarum mater caput ecclesiarum.

H inc Salvatoris cœlestia régna datoris Nomine sanxerimt, cum cuncta peracta fuerunt.

Sic nos ex toto conversi supplice voto ,

Nostra quod liæc ædes tibi , Ghriste, sit inclyta sedes.

Ail centre du transsept se dressait le maître-autel , (jiie quinze siècles ont vu constamment à la même place; il était surmonté d’un riche baldaquin d’argent et entouré de statues du même métal. On remarquait la statue de Notre-Seigneur, assis sur un trône , accompagné des douze apôtres, aA^ec quatre anges en adoration*. Le tabernacle était de l’or le plus fin. Quantité de lampes, dans lesquelles on versait de l’iiiiile parfumée, bridaient nuit et jour, et répandaient une lueur mystérieuse sur ces ornements splendides. L’autel était couvert de vases délicatement ciselés, où les pierreries an gmeni aient encore le prix de la matière. Les écrivains ecclésiastiipies épuisent toutes les formules de l’admiration en faisant l’énumération de ces trésors que l’art avait transformés et embellis.

Kclairée par quatre fenêtres, l’abside était revêtue de marbre jusqu’à la naissance de la voûte. Au milieu de l’hémicycle, le siège pontifical était élevé sur six degrés, et sur le degré supérieur on avait représenté un aspic, un lion, un dragon et un basilic, pour faire allusion au lexte du Prophète royal : « ïu marcheras sur l’aspic et le basilic, et tu écraseras le lion et le dragon. » Ces figures foulées aux pieds par le vicaire de Jésus-Christ, ne sont -elles pas un emblème des hérésies, que le chef de l’Eglise condamne et anéantit?

Au centre de la voûte de l’abside, apjiaraît l’image du Sauveur, qui remonte, s’il faut en croire les anti-

I Le baldaquin pesait 2025 livres, et la statue du Christ, haute de cinq pieds, était du poids de 140 livres. On remarquait, sept calices ministériels en or pesant chacun 10 livres.

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