‹ Les plus belles églises du mondeChapitre 65 sur 84 · IÎ · texte numérisé non relu

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gés, servent d'encadrement à vingt- huit statues d’un mètre vingt-cinq centimètres de haut. On reconnaît sans j)eine les personnages historiques ou allégoriques les plus connus de la Bible. Les vierges sages, le visage radieux, tiennent leurs lampes droites et allumées; tandis que les vierges folles, la figure triste et abattue, ont leurs lampes renversées. Auprès des vierges prudentes apparaît sainte Marie-Madeleine, à qui beaucmi/j a été jjardonNé , parce quelle a beaucoup aimé : elle porte en main le vase de parfums. Sainte Marguerite et sainte Catherine font partie du cortège des bienheureux. Ce n’est pas sans surprise (ju’on aperçoit au milieu de la sainte compagnie des ligures symboliques que nous regardons maintenant comme profanes, représentant l’Arithmétique, la Géométrie, la Grammaire, la Musique et les Arts libéraux. Leui* pi*ésence autrefois semblait naturelle dans le lieu saint: les sciences et les arts, quand ils restent fidèles à leur mission, viennent de Dieu et mènent à Dieu. Au milieu du groupe on distingue la grande figure d’Abraham, le père des croyants; celle d’Aaron , le pontife de l’ancienne loi; celle de saint Jean-Baptiste, le dernier des prophètes et le premier des évangélistes.

Ce magnifupie ouvrage n’est cependant que le prélude de la composition admirable qui brille au portail, l.es pieds-droits de la porte sont garnis, de chaque côté, de quatre grandes statues. La Synagogue, la couronne sur la tête, les yeux couverts d'un bandeau, tient d’une main un sceptre brisé , et de l’autre les tables de la loi, tpii tombent à terre. En face, l’Église, portant

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également la couronne, montre un visage radieux ; d’une main elle lève la croix triomphale, et de Tautre, qui a été cassée, elle montrait le calice. Puis viennent l’Annonciation et la Visitation. Les trois rois Mages, statues lièrement drapées, suivent l’Eglise, comme ayant été les prémices des gentils. Le tympan, au-dessus de la porte, est partagé en trois zones. On y voit sculptés en bas-reliefs les faits qui résument toute la religion chrétienne : l’Incarnation, la Rédemption, le Jugement, le Triomphe de Jésus-Christ et des saints. La voussure qui encadre cette œuvre si savamment conçue et si adroitement exécutée, est entourée de soixante statuettes; elle présente en outre trois rangées de statuettes au nombre de cinquante. Enfin le pilier qui partage en deux la porte d’entrée, soutient la statue de la sainte Vierge tenant l’enfant Jésus entre ses bras.

Il est très-difficile, d’après cette sèche nomenclature, de se faire une idée de l’effet que produit cette vaste composition, où la science ecclésiastique a tracé au ciseau de l’artiste le plus beau programme qui ait été jamais exécuté. L’imagination peut ici suppléer à la description. En vous introduisant dans ce vestibule qui a onze mètres de largeur sur huit mètres un quart de profondeur, elle vous montrera les statues adossées à la muraille dans des poses variées, habillées de riches étofiès, au visage grave et méditatif, paraissant fixer sur le spectateur un regard doux et pénétrant. Elle vous arrêtera surtout devant cette porte oii l’art de y uncujier et du tailleur de pierres a épuisé sa verve, son adresse, sa j)atience, dans mille combinaisons char-

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mantes. En voyant se développer en plusieurs tableaux les grandes vérités dont la foi se nourrit : la Naissance de Jésus-Christ, le Supplice de la croix, la Résurrection des morts, le Jugement dernier, le Triomphe des élus ou le Supplice des damnés, comment résister à l’émotion qui vous gagne insensiblement à l’aspect de la Vierge, ÎMère de Dieu, le signe de l'espérance? Si (jnelques formes de détails n’ont pas toute la régularité possilile, l’ensemble absorbe tellement la pensée, qu’on n’a pas le temps de s’en apercevoir. N’est-ce pas le but aiupiel doit tendre l’art chrétien? L’impression pieuse et recueillie (]ue vous ressentez ne vous dit- elle pas clairement que tout autre effet est frivole?

Au-dessus du porche se trouve une cliapelle dédiée à saint Michel, éclairée par trois fenêtres ogivales, et s’ouvrant sur la nef par une large arcade à balustrades. L’autel a disparu. Le beffroi des cloches forme le troisième étage de la tour. On compte trente -neuf mètres vingt-trois centimètres d'élévation depuis le sol jusqu’à la galerie où finit la tour et où commence la flèche; de là à la naissance de la pyramide proprement dite, il y a trente-cpiaire mètres cinipiante centimètres, et la pyramide n'a pas moins de cinquante et un mètres soixantedix-huit centimètres. Le clocher de Fribourg est moindre de douze mètres environ cpie celui de Strasbourg.

Le sommet de la tour, par une disposition habilement calculée, j)résente une figure à douze pans, qui réunit à la fois le carré de la partie inférieure et l’octogone de la ])artie supérieure. Elle est destinée à ménager la transition d’une forme à l’autre d’une manière insen-

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siljle. Le laleiit de l’arcliiteeLe se reeuiiiiaît à cette combinaison ingénieuse. De la plate-forme on monte à la galerie haute, à l’aide d’un escalier de soixante-dix marches. De cet endroit on jouit d’une vue magnitique : l’œil embrasse tous les détails de la construction, et l’on peut se rendre compte de la hardiesse du bâtiment, et des précautions que l’architecte a prises pour en assurer la solidité. Rien n’est abandonné au caprice; tout est prévu, et soumis aux règles d’un calcul exact. La llèche est divisée en sept étages, et chaque étage oflre des dessins découpés à jour, formant des rosaces, des quatrefeuilles, des trèfles, des triangles, à l’aide de meneaux ornés de moulures anguleuses; ce qui donne à tout l’édifice une apparence d’extrême légèreté. La pointe même a sa décoration particulière, et se termine en un bouquet de feuilles largement épanouies. Sous les feuilles grimpantes qui couvrent les angles, disparaissent les lignes sèches de l’architecture. Gomme on le voit, aucune espèce d’embellissement n’a été omise. Aussi les connaisseurs sont-ils d’accord pour regarder le clocher de Fribourg comme supérieur à ceux de Vienne et d’Anvers. Simple à la base, il se pare d’ornements qui acquièrent plus de délicatesse à mesure qu’ils s’éloignent du sol : ainsi l’attention, suivant les vues de l’architecte, s’arrête uniquement sur l’œuvre principale. Le clocher de Strasbourg seul lui est comparé, et peut lui être préféré.

Bâtie à diverses reprises, la cathédrale de Strasbourg laisse beaucoup à désirer dans l’ensemble. Le chœur et le transsept appartiennent aux \f et xn® siècles. J.a

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nef date de la fin du xiii® siècle. En 1277, l’évêque Conrad de Lichtenberg posa la première pierre du portail principal; la flèche fut achevée en 1439: l’architecte Erwin de Steinbach en donna les plans, dont l’exécution fut continuée par Jean, son fils, et terminée par Jean Hültz, maître de Cologne. Plusieurs statues sont dues à Sabine, fille d’Erwin, artiste dont le ciseau sut allier l’énergie à la délicatesse. On montre toujours aux voyageurs les œuvres que la tradition lui attribue. Quoique le vaisseau soit d’une belle architecture, le défaut d’unité empêche de placer l’église de Strasbourg au rang des édifices de premier ordre. La décoration de la façade et la flèche élancée qui domine toute la ville, lui ont valu la juste célébrité dont elle jouit dans toute l’Europe. Selon le projet d’Erwin, deux flèches parallèles devaient couronner la façade. Cette entreprise gigantesque n’effrayait pas le génie hardi de Conrad; mais le temps a prouvé qu’elle était téméraire. Le trésor du chapitre s’épuisa longtemps avant la fin des travaux, si bien que la seconde flèche n’a jamais été commencée. La flèche de Fribourg est unique; n’est-ce pas là, en partie du moins, la cause de sa renommée?

Nous n’avons pas la prétention de juger un procès pendant depuis des siècles, et qui se poursuivra sans doute longtemps encore; de part et d’autre on a produit des arguments puissants; contentons-nous de mettre en regard ces deux chefs-d’œuvre, dignes également d’admiration. On parvient au sommet de la tour de Strasbourg au moyen d’un escalier de six cent trentecinq degrés : cette tour sert de base à la pyramide.

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