‹ Les plus belles églises du mondeChapitre 78 sur 84 · JO · texte numérisé non relu

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encore des airs de grand seigneur; la fierté castillane y conserve tonjoiirs la même assurance qii’autrefois.

Non loin des niurailles de rantitjne citadelle , ténioin des luttes sanglantes (jui signalèrent en Espagne le cominenceinent dn xix‘’ siècle, se dressent de mescpiines colonnes, à l’endroit où nacpiit, en 1020, le héros de l'Espagne, le chevalier sans peur, la terreur des Mores, le champion de rindépendance nationale, Riiy Diaz, le Cid Campeador. Le nom du Cid revit au delà des Pyrénées dans les roincwcrros et les ballades populaires. Ses exploits aventureux remplissent une épopée merveilleuse, et inspirent la muse delà tragédie. L’abbaye de Miraflores conserve ses cendres au milieu de celles des rois et des princes.

En 920, Burgos appartenait aux rois de Léon. Elle réussit plus tard à se mettre eu liberté, et fut gouvernée |)ar des juges. Enfin Fernand Gonzalès rendit hérédilaire dans sa famille le titre de comte de Castille, titre alors écpiivalent à celui de prince souverain. Sa petitefille, devenue l’épouse de Sanche de Navarre, transmit ce bel héritage à Ferdinand 1", son fils, qui ne tarda pas à réunir les royaumes de Castille et de Léon. Cet événement important eut lieu en 1038. Ferdinand mérita et obtint le surnom de Grand; il rendit tributaires les rois de Tolède, de Saragosse et de Séville, et recula les limites de ses États jus([u’à la rivière de ^londego en Portugal. Ses exploits et ses succès en firent le véritable fondateur de la monarchie espagnole.

Alphonse VI fut tiré du cloître pour monter sur le trône de Léon et de Castille à la place de son frère ,

[)K HI RCOS.

tué ail siège de Zaïnora en 107!2. Alphonse nionlra ipie les vertus du cloître u’exeluent ni le courage ni l'intelligence des aiïaires politiques. Son sang-troid et son habileté dans la guerre lui méritèrent le surnom de A'aillant. En 1080, le pape einoya Hiehard de Saint- Victor, en qualité de légat, poui- présider le concile de Burgos. Le roi, d’acconl avec le souverain pontilé, voulait changer la liturgie jusqu’alors adojitée en Espagne. Les écrivains espagnols attrilment la pensée de ce projet, et surtout Lardeur qu'on mit à rexécutei-, à rintluence de Constance de Bourgogne, épouse d’Alphonse, [irincesse fort attachée aux coutumes de son pays.

Le dessein du roi souleva la plus vive résistance. Le clergé et le peuple élevèrent des réclamations énergiques, la discussion s’échaufla , et entin , suivant les idées du temps, on convint de remettre la décision de l’atfaire au jugement de Dieu. Deux chamjiions entrèrent en lice: l’im représentait la liturgie mozarabe ou espagnole; l’autre était le tenant de la liturgie gallicane ou romaine L L’issue du combat fut défavoralile aux prétentions du roi: le chevalier du romain fut vaincu. Alphonse, mécontent, ne renonça pas à satisfaire les désirs de la reine Constance. « Duel n’est jias droit, » dit-il, et le changement de liturgie fut ordonné. « Ainsi \eulent les rois, dit tristement Rodrigue de Tolède,

t La litiiv^ie romaine était alors désignée en Espagne sous le nom de rjailicütæ. — 1). Guérangei-, Insfif. litur</., toni. l, cliap. xi. — N'oyez lloderinis Toletaims , De liebus Hisiianicis. lib. VI. cap. xw. a Ad instantiam uxoris siiæ, (piæ erat de partibiis GalUariim. »

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ainsi vont les lois. » A partir de ce moment, la liturgie romaine fut en \igueur dans les Eglises de Castille et de Léon, et fut successivement introduite dans toutes les Églises d’Espagne.

Le mai 1085, Alphonse, avec Laide du Cid , s’empara de Tolède. A peine assuré de sa nouvelle conquête, le roi fit de cette ville florissante la capitale de ses États; il y reçut même le titre pompeux d’Empereur de toutes les Espagnes. Mais la préférence qu’il venait d’accorder à Tolède sur Burgos excita des rivalités funestes. Après de longues (pierelles sur la préséance, Alphonse XI, en 1549, décida que les représentants de Burgos parleraient les premiers dans les cortès, se réservant à lui-même de parler pour Tolède. Ce prince livra bataille aux Mores en 1540. La victoire fut complète; soixante mille infidèles restèrent couchés sur le champ du carnage. On dit que tous les chemins étaient couverts de cadavres à trois lieues à la ronde.

Les rois de Léon et de Castille, en quittant Burgos, tarirent la principale source de prospérité de cette ville. Si elle conserva encore quelque ternjis son importance militaire, il faut l’attribuer à son excellente position. Les villes des provinces, en outre, continuèrent de jouer un rôle à part , jusipi’à ce que les armes victorieuses (.les Espagnols eussent réussi à purger leur patrie de la présence des sectateurs de Mahomet. Le siège épiscopal de Burgos ne remonte pas à une très-haute anti({uité. L’évêché d’Auca y fut transféré en 1075; le pape Grégoire XIII Lérigea en archevêché à la demande du roi Philippe IL La cathédrale fut richement dotée. Le

DE BLRGOS.

l’oi en était chanoine de droit, ainsi (lu’à Tolède et à Léon. Parmi les dignitaires on trouve Rodrigue Rorgia , archidiacre, qui devint pape sous le nom d’Alexandre VI. Ce [)ontife, né à Valence en Espagne, a été l’objet de louanges et de satires excessives. Il j)ul)lia la bulle fameuse (jui partagea le nouveau monde entre les rois d’Espagne et de Portugal. « Je voudrais bien savoir, disait dans la suite François en vertu de (juel article du testament d’Adam les Indes occidentales ont été données au roi d’Espagne, mon frère, à l’exclusion des autres souverains. »

De l’avis de tous les connaisseurs, la cathédrale de Burgos , dédiée à la sainte Vierge, est un des plus beaux monuments de l’Espagne. L’architecture en est aussi remarquable dans l’ensemble que soignée dans les détails. Il est à regretter seulement (ju’elle ne soit pas dégagée des batiments qui rencornbrent. Vue à distance, elle produit l’ellet le plus agréable. Les clochers qui surmontent la façade, les pinacles (pii couronnent les murailles, appartiennent au style ogival tleuri qui précéda la renaissance. Les tours et les flèches furent achevées par Jean de Cologne. La pierre y est ciselée avec une extrême recherche : on dirait une œuvre d’orfèvrerie de Benvenuto Cellini. La construction disparaît sous les ornements : statues, statuettes, bas-reliefs, feuillages, guirlandes, tleurons , cpiatrefeuilles , quintefenilles , nuDulures , dais, aiguilles, découpures, bossages imitant de loin des [lierreries inscrutées. Au-dessus des portails, les artistes ont sculpté les faits les plus glorieux de l’histoire de la

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sainte Vierge , la (Conception , rAssomj)tion et le Couronnement. La balustrade supérieure est composée de lettres taillées avec élégance : on y lit les louanges de la Mère de Dieu : Pulchra es et décora. La rosace centrale peut être comparée aux rosaces célèbres de Saint-Ouen à Rouen, de l’église métro[)olitaine de Tours, de Saint- Pierre iï Troyes, et de Notre-Dame à Strasbourg. I.a partie inférieure de la façade a été malheureusement sacrifiée an faux goût du siècle dernier. On a fait disparaîti-e de gracieux ornements gothiques pour les remplacer par des formes alors à la mode.

La cathédrale de Rurgos est bâtie sur une pente; il en résulte (pie le portail du nord est à neuf mètres environ au-dessus du pavé de l’église. La porte Haute n’est pas moins ornée ciuc les autres; les voussures sont remj)lies de sculptures, et même de statues. L’escalier est une œuvre de la renaissance , due à Diego de Siloe. Suivant les fausses \oics dans lescpielles l’art resta (piehpie lemj)s engagé au commencement du xvi® siècle, on y rcmanpie un singulier mélange du sacré et du j)rofane. Des images de saints s’y montrent à côté de figures mylhologi([ues. I.a |)orte du midi se ilistingiK' également j)ar le luxe de sa décoration. Les (“onnaisseurs estiment paiTiculièremenl les statues de la sainte Vierge tenant l’enfanl, de saint Pierre et de saint Paul. Nous signalerons en onti’e , près de la porte du Pardon, une statue du Sauveur, portant cette inscription :

ECO SCM PRIXCiriL M ET I IMS , ALPHA ET 03IECA.

DK BI RGOS.

Xotre-Daiiie de Hiirgos, coininencée en , sous

le règne de saint Ferdinand, tnt aclievée, eonnne on a pu s’en convaincre d’après les détails (pii précèdent, au xvi^” siècle seulement. L’évècjiie de Bnrgos Ibndatenr de l’édifice est appelé l'ami du roi j)ar les clironicpieiirs contemporains. Saint Ferdinand seconda jniissamment l’exécution de cette belle entreprise. Ce prince élait neveu de la reine de France Blanche de (bastille, mère de saint Louis. Il occu[)c, à plus d’un titre, une place glorieuse dans l’histoire d’F^spagne. Pendant (pie les murs de la cathédrale de Burgos s’élevaient , Ferdinand poursuivait le cours de ses exploits contre les Mores. Cordoue tomba en son pouvoir en J 2 3 b. Jadis le calilè Almanzor avait fait porter à Cordoue, sur les éi)anles des chrétiens, les cloches de Compostelle; |)ar une jusie vengeance, le vainqueur les fit reporter en Galice sur les épaules des Arabes. Séville fut encore une de ses con(jiiêtes. Persuadé (pie la vraie grandeur ne consiste [)as à gagner des batailles, mais à gouverner sagement les peuples, le monarque espagnol rédigea un code de lois, étalilit des règlements utiles, s’appliqua à déraciner les abus, et, en plus d’une occasion, humilia les grands, qui tyrannisaient les petits. Il fut le bienfaiteur desF]glises, et celle de Burgos, plus que toute autre, reçut d’éclatants témoignages de sa munificence. Saint Ferdinand mourut en 1 2! 5^.

Lorsqu’on entre à la cathédrale de Burgos, l’œil esl ébloui par la vivacité de la lumière. Cet inconvénient est dû à la blancheur des matériaux, et surtout à l’absence de vitraux peints. La lanlerne du dôme, ou n//n-

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borio, au-dessus du transsept, haute de cinquante-cinq mètres, contribue encore à répandre à l’intérieur de l’édifice une lumière plus abondante. Ce dôme, bâti sur un [)lan octogone, est une construction hardie, entièrement revêtue d’ornements et d'armoiries. Le transsept est d'une richesse él)louissante : tous les détails en sont si élégants, (pie les Castillans l’appellent ouvrage des anges. Le style ogival de la dernière époque y a produit ses feuillages les plus toutïus, ses fleurs les plus gracieuses; nulle jiart plus qu’à Burgos il n’a mérité le nom de gothicpie fleuri. Ce nolde bâtiment, où l’on découvre l’influence de la renaissance en plus d’un endroit, fut achevé le 4 décembre lo07; les travaux se tirent aux frais de rarchevêcjue Jean Alvarez de Tolède, fils du duc d’Albe. l.a voûte [irimitive était tombée le 3 mars lo39.

On vante beaucoup la richesse du maître-autel et la clôture du chœur, f.e retable de l'autel, orné de colonnes torses, couvert de dorures et de sculptures, date de lo7o. On y remanpie plusieurs statues estimées, entre autres le groupe de la sainte Vierge, œuvre de Miguel de Ancheta. Le sanctuaire ])eut être regardé comme chapelle rogale , à cause des sépultures des princes et princesses de sang royal (pii y ont été faites à diverses époques. Ces tombes, recouvrant les corps des puissants du siècle, (pie la mort a poursuivis jusqu’au delà du néant, selon une parole élocpiente de Bossuet , relèvent d’une manière saisissante la grandeur de la seule majesté qui ne subit pas l’atteinte des siècles, et qui domine tous les événements du monde.

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