‹ Les plus belles nuits d'amour de Don JuanChapitre 15 sur 18 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Un festin somptueux qui se termine par une mise en accusation et une exécution immédiate. Comment don Juan va-t-il sortir de ce traquenard ? Mais celui qui a les femmes pour lui est un homme heureux : elles Vaiment^ il l&s trahit, il lets abandonne, il les fait souffrir, mais elles Vaiment toujours. Intervention amoureuse, adroite, courageuse de Julia. Don Juan récompense son amour en Vaimant une nuit encore avant de quitter Séville pleine de dangers, et de s'embarquer pour V Italie et... pour de nouvelles aventures.

La salle à manger du palais de Jeromino Lopez flambe de mille lumières. Les murs sont tendus de tapisseries et de tentures; les fenêtres sont soigneusement fermées. Au milieu, une table richement dressée avec une douzaine de couverts; l'argenterie étincelle; les cristaux reflètent les lumières;

des valets font les derniers préparatifs et rangent les sièges.

Les dressoirs sont chargés de corbeilles de fruits, de bouteilles, d'aiguières de cristal et de vermeil. Un majordome imposant et solennel vient jeter le dernier coup d'oeil : tout est bien.

Quelques jeunes seigneurs entrent en causant familièrement; ce sont des amis que réunit un bon dîner; l'un d'entre eux traite ses camarades; rien que des jeunes gens; le plus âgé n'a certainement pas trente ans.

Le maître de la maison les compte de l'œil; il attend; il en arrive encore deux ou trois.

— 11 ne manque plus que lui, dit-il.

— Ah, le voilà, le voilà, répondent plusieurs voix.

Il fallait l'attendre pour le reconnaître; le jeune homme qui arrivEiit et que les autres annonçaient ainsi était enveloppé dans un manteau couleur de muraille la nuit; un vaste feutre rabattu sur les yeux lui cachait le visage. Il jeta feutre et m.anteau et apparut vêtu en cavalier.

— Bonsoir, don Juan, bonsoir...

Les mains se tendaient vers lui et il les serrait tour à tour; malgré sa maîtrise et son sang-froid, don Juan eut un mouvement en apercevant don Luis Martinez. L'affaire d'Anna d'Ulloa et la mort du Commandeur ne remontaient qu'à quelques jours. Mais don Luis eut un geste qui signifiait qu'entre amis ces choses-là ne comptaient guère et il lui tendit la main gauche car il avait encore le bras droit pansé et bandé. Don Juan aperçut

aussi don Fernandez, le frère de cette petite dona Elvire qui s'était poignardée; mais celui-ci se tenait à l'écart et n'avait pas l'air de le voir.

On se mit à table.

Avant de s'asseoir, l'un des jeunes gens s'adressa à don Juan et lui dit :

— Don Juan Tenorio, tu vas nous quitter peutêtre pour assez longtemps; pourquoi tu pars et où tu vas, c'est ton affaire; mais nous n'avons pas voulu te laisser partir sans t' offrir une dernière fête. Nous avons fait tous nos efforts pour qu'elle soit digne de t'être offerte, puisque c'est la fête des adieux.

Des acclamations bruyantes saluèrent ces paroles et le festin commença.

Les viandes rôties défilèrent et les poissons et les gibiers accommodés de cent façons différentes; dans la salle voisine, les musiciens faisaient une musique que couvraient par instants les exclamations et les explosions de joie; car, en même temps que les plats nombreux, circulaient des flacons remplis de vins capiteux; les coupes s'emplissaient et se vidaient; ce qui ne tarda pas à monter les têtes et le ton de la fête.

Le temps passa ainsi à manger, à boire, à chanter et à rire.

Maintenant circulaient des pâtisseries et des fruits délicieux et des flacons toujours plus nombreux.

La musique se fit plus vive et sur une estrade dressée au fond de la salle parurent six danseuses. Légères, lascives, à demi nues, faisant claquer leurs

castagnettes, elles dansèrent un fandango échevelé, provocantes, têtes en arrière, reins cambrés, jambes tendues.

Ce furent des acclamations sans fin.

On les rappela pour une séguedille qui fut un chef-d'œuvre de grâce et de légèreté sensuelles.

Cependant les heures passaient; déjà quelques convives étaient partis; il n'en restait plus que sept ou huit; bientôt, ils ne furent plus que six; et par un étrange hasard, don Juan était resté seul d'un côté de la table et les cinq autres, de l'autre côté, assez loin de lui : on eut dit un accusé devant ses juges. Les valets même s'étaient retirés après avoir apporté des liqueurs. La fête se calmait et, de brillante devenait intime.

— Tu pars donc, Juan, dit don Luis Martfnez ?

— Demain, répondit Juan, les chevaux sont prêts; demain, c'est-à-dire tout à l'heure, car la nuit est bien avancée.

— Je suis bien sûr que tu ne pars pas sans regret, dit un autre.

— Certes ! pourraiti-on sans regrets quitter une ville comme Séville, si riche en merveilles...

— Et en femmes.

— Et en femmes, répéta lentement don Juan en se tournant vers celui qui avait parlé.

Et il resta songeur; voyait-il au moment de s'éloigner passer devant lui les images de celles qu'il avait aimées, qu'il avciit meurtries, ou tout au moins de celles qui avaient marqué plus que les autres dans son souvenir. Et il murmurait, comme se parlant à lui-même :

— Les femmes, délices et tourment de ma vie; femmie, être incompréhensible et si divers que pas une n'est pareille à Tautre. Pendant que nous en aimons une, une autre passe qui attire notre regard et notre désir, et notre amour... L'amour, mystère insondable, problème souverain, infini, secret prodigieux, terrible dont chaque femme recèle une parcelle; à chaque femme que l'on possède, il semble que l'on fait un pas dans la connaissance de l'éternel mystère... mais pour posséder le secret, il faudrait que le genre féminin n'ait qu'une seule tête pour qu'on puisse l'embrasser d'un seul baiser, et un seul corps pour qu'on puisse en un seul enlacement étreindre toutes les femmes... Oui, toutes les femmes, toutes, la patricienne qui se pâme dans un boudoir où s'accumulent tous les raffinements de l'élégance et des commodités amoureuses; et la femme du peuple qui passe en portant un fardeau qui fait saillir sa hanche et arrondit son bras comme l'anse d'une amphore antique; et la jeune fille fraîche encore de sa virginité et qui s'avance vers le monde inconnu de l'amour en ouvrant de grands yeux candides et craintifs et dont il est si doux de guider les premiers pas... oui, toutes, toutes...

— Toutes, interrompit un ricanement I

— Oui, toutes, répondit don Juan. Je n'ai pas besoin de souligner l'extravagance de cette pensée : l'humanité entière n'y suffit pas; mais si je ne les ai pas toutes effectivement, et c'est mon rêve le plus amer, le plus désolant, je les prends toutes en pensée, celles des autres pays, celles des

autres temps, celles qui ont laissé dans le souvenir des hommes un nom illustré par l'amour..,

— Je pense, don Juan, que sans aller si loin, tu n'as pas à te plaindre, tu n'as pas eu besoin d'explorer d'autres pays ou de remonter en d'autres temps; de nos jours et sans sortir de Séville, elles sont assez nombreuses celles que tu as fait succomber...

— Elles ne sont jamais assez nombreuses...

— Combien, voyons, combien, sois franc...

— Il parait, dit un autre, que tu en tiens une liste exacte avec leur nom, leur âge...

Don Juan haussa les épaules :

— Besogne de séducteur aux abois qui fixe le passé pour y revenir à son aise parce que l'avenir, le présent même, se dérobent à lui. Est-ce qu'on peut fixer un rêve, même sous un nom qui a été aimé ? Non, Lorsque l'amour a crevé comme une bulle de savon, rien ne peut le faire revivre; son souvenir n'est qu'amertume et dégoût; mieux vaut ne pas se retourner vers le passé et regarder l'avenir prometteur de nouvelles amours.

— On m'a pourtant assuré que la liste existe.

— Si quelqu'une, par hasard, in' a laissé un souvenir un peu plus émouvant que les autres, son nom reste là, répondit don Juan en mettant la main sur son cœur, et encore s'effaco-t-il peu à peu et souvent bien vite.

— 11 faudrait donc t' ouvrir le cœur pour trouver leur nom, dit don Luis dont la main se crispa.

Les cinq convives qui restaient avec don Juan échangèrent un rapide regard.

— Si tu as oublié leur nom; peut-être du moins sais-tu leur nombre.

Don Juan eut encore un geste d'indifférence :

— Qu'importe !

— Voyons, insista l'autre, sont-elles dix ou vingt celles qui ont entendu tes serments, celles à qui tu as promis un amour éternel, quitte à les abandonner après une seule nuit d'amour...

Un éclat de rire avait salué ce nombre :

— Dix... Vingt !... C'est bon pour nous... msûs lui...

— Alors, elles sont cent, reprit un second, celles dont tes lèvres ont pressé les lèvres brûlantes; celles que tu as pliées sous tes baisers et que tu as tâchées de la marque indélébile de ton amour...

Ce fut un nouvel éclat de rire.

— Cent I Deux cents... Plusieurs centaines...

— Alors, poursuivit un troisième, c'est par centaines qu'il faut les compter celles qui ont cru trouver en toi le bonheur de leur vie, et dont tu t'es détourné sans un mot de pitié, sans une larme, sans un serrement de ooeur, et que tu laissais éplorées, pantelantes, désespérées, sanglantes parfois... par centaines I...

Don Juan écoutait avec un demi sourire ironique, et il commençait à donner des signes d'impatience, car il y avait dans les discours de ses amis comme un ton de blâme qui ne lui plaisait pas. Il allait répliquer. Mais don jLuis Martinez se leva et étendit la main pour avoir le silence et attester qu'il allait prononcer des paroles solennelles :

— Don Juan, dit-il, des centaines, c'est beaucoup, c'est trop, c'est assez.

Don Juan eut un sursaut qui le souleva à demi sur son siège; don Luis lui fit signe de la main; et don Juan se laissa retomber d'un air de supérieure condescendance qui signifiait : Soit, je t* écoute, nous verrons après.

— Beaucoup trop, reprit don Luis : femmes déshonorées, filles mises*^ mal, familles au désespoir, sans compter l'outrage aux lois divines et aux lois humaines, les serments violés, et les maris, les pères et les fiancés immolés pour un caprice d'une nuit... C'est beaucoup trop, et pourtant, ce n'est pas encore assez; nous sommes ici pour t'en offrir une de plus : la dernière. Rassure-toi, continua-t-il pour répondre à un geste de don Juan; elle est digne de toi; un peu froide peut-être, mais fidèle et qui ne lâche pas ceux qu'elle a marqués de son baiser; tu n'as sans doute pas pensé à elle encore, quoiqu'elle soit connue de l'humanité entière, mais nous y avons pensé pour toi : C'est la mort.

— La mort, ricana don Juan.

— La mort, répéta don Luis. Juan, il y a trop de crimes sur ton chemin. Cela doit finir. Tu étais mon ami; trop confiant, je t'avais fait confidence de mon amour pour dona Anna d'Ulloa, la fille du Commandeur. Elle m'aimait aussi : l'amour et le bonheur nous souriaient; un soir, elle m'attendait... Mais toi, tu fis poster trois estafiers et pendant qu'ils m'arrêtaient à la pointe de leur épée, enveloppé dans le manteau gris du larron d'hon-

neur, tu es monté à son balcon; elle t'a reçu croj'^ant dans l'obscurité que c'était moi; tu n'as eu soin de la détromper que trop tard et c'est en vain qu'elle s'est débattue et qu'elle a crié. Je te l'avais pourtant dit que je l'aimais...

Don Juan avait un sourire railleur et provocant.

— Oui, poursuivit don Luis, c'est un bon tour pour un être sans âme comme toi, mais c'est tout de même une trahison envers un ami et un crime envers une femme. Je n'aurai pas la joie de te

- tuer; tes spadassins m'ont blessé au bras droit et je ne puis encore tenir ni dague ni épée; mais nos amis frapperont un coup de plus pour moi et je compterai les coups.

Don Luis s'était assis. Un autre se leva.

— Don Juan, dit-il, je suis don Carlo Gonzalès d'Ulloa, neveu du commandeur. Lorsque tu eus accompli contre ma cousine doiîa Anna le crime que d^n Luis te reproche, les cris de ta victime éveillèrent la maison et son père, le commandeur, apparut. Tu as tiré l'épée contre lui et tu las tué. Don Luis ne peut pas frapper; ne t'étonnes donc pas si je frappe avec un acharnement redoublé : j'ai le père et la fille à venger.

Il tira sa dague et la planta devant lui sur la table.

Il s'assit et un autre se leva :

— Tu me connais, don Juan, je me nomme don Fernandez; tu as fréquenté notre maison et tu y as apporté le désespoir et la honte : une honte si noire et si profonde que j'hésite à l'évoquer ici; tu as fait le malheur de ma mère et tu as poussé

par tes artifices maudits ma sœur Elvire à se frapper de sa main, aussi je te hais et c'est avec une joie infernale que je te plongerai ma dague dans le qœur.

Il la tira et la planta devant lui sur la table.

Le suivant se leva et dit :

— Je me nomme don Pietro Médina, cousin de don Alphonso, le mari de Julia. Tu te souviendras peut-être de cette histoire quoique tu te fasses un jeu d'oublier tes victimes en en cherchant d'autres. C'est l'éternelle histoire qui se répète à chaque jour de ton existence à quelques détails près : la femme affolée, trompée par tes serments tombe dans tes bras, le mari survient, duel et, comme tu es une fine lame, tu le laisses sur le carreau. J'ai à venger Julia et don Alphonso et moi aussi, je frapperai avec joie.

Il sortit sa dague et comme les autres la planta devant lui. .

Le dernier se leva et dit :

— Je me nomme don Miguel.

Don Juan parut chercher dans ses souvenirs; l'autre précisa :

— Don Miguel, le fiancé de dona Flor. A elle aussi, tu as apporté le malheur et la honte; mais, moi, je n'hésite pas à en parler, car l'opinion et le jugement publics sont faux et la honte ne doit pas être pour la victime, mais pour le criminel. D'ailleurs, en parler, c'est le meilleur moyen pour m* exciter contre toi. J'étais parti à la guerre et je laissais ma fiancée après avoir reçu ses plus doux et ses plus graves serments d'amour et de fidélité.

Mais tu as paru dans sa vie; tu n'as pas eu pitié de cette enfant aimante et confiante; tu as capté son amitié et tu as exercé contre elle tes sortilèges; car il faut bien que tu aies des secrets infernaux pour subjuger ainsi toutes les femmes, quelque pacte avec Satan lui-même pour amener ainsi les femmes les plus respectables, les plus vertueuses à oublier honneur et devoir... Mais par la Mort- Dieu, ajouta-t-il en tirant sa dague, ceci va t* envoyer revoir ton complice...

Il passa la main sur son front couvert de sueur froide et sur son visage crispé de douleur. Et il continua, plus calme :

— Dona Flor, comme tant d'autres, a succombé sous tes caresses sacrilèges; et la preuve qu'elle n'a cédé qu'à tes maléfices, c'est que tu n'as pas tué l'amour dans son cœur, et qu'elle né t'a cédé, à toi, qu'en pensant à moi. Lorsqu'elle est revenue de cette erreur épouvantable, le réveil a été si terrible qu'elle en est devenue folle... Oui, elle est folle. C'est atroce, mais il y a plus atroce encore. Dans sa folie, elle a gardé le souvenir de tes caresses qu'elle s'imagine être mes caresses; fascinée par toi, elle avait confondu ton visage avec mon visage; cette confusion subsiste dans sa démence, elle me cherche, elle me reconnaît dans la personne de tous les jeunes gens qui passent et elle leur donne des baisers et elle s'offre à eux...

Don Miguel s'arrêta, accablé de douleur; mais bientôt, reprenant courage, il poursuivit :

— Oui, une folle, une fille des rues, voilà ce que tu as fait de celle qui m'aimait et que j'aimais;

voilà ce que tu as fait de mon amour; voilà comment je l'ai trouvée à mon retour... Cependant, quand elle ma vu, moi, vraiment moi, son visage a paru s'éclairer; je lui ai tout pardonné, car elle n'est pas coupable, mais toi; je la soigne, je l'aime toujours, je la garde auprès de moi, j'ai la joie de la voir peu à peu revenir à la raison; mais, en même temps que cette joie, monte en moi une crainte, la crainte qu'elle garde le souvenir de son abjection, souvenir qui empoisonnerait sa vie comme ta trahison empoisonne la mienne. Heureusement que je vais y ajouter le souvenir et la satisfaction de la vengeance. Et si iin jour je peux la guérir, et si sa raison survenue garde ces épouvantables souvenirs, du moins aurai-je la consolation de lui feûre partager la joie amère de la vengeance.

Et comme les autres, il planta sa dague dans la table.

— Oui, répétèrent-ils tous, la joie de la vengeance, une joie qu'elles partageront avec nous.

Les quatre dagues faisaient autant de croix; les quatre jeunes gens étendirent la main vers elles comme pour prêter serment, et s'inclinant, s'agenouillèrent.

Don Juan, assis, les jambes croisées les regardait tour à tour d'un air sarcastique.

— Mes chers amis, leur dit-il lorsqu'ils se relevèrent, je vous ai écouté, il me semble, avec une patience dont je suis moi-même étonné.

— Parce que c'est la dernière fois que tu nous entends.

— Peut-être. Vous m'avez dit des choses auxquelles je pourrais répondre../ Mais à quoi bon! Je n'en veux relever qu'une seule. Vous prétendez qu'elles partageront avec vous les joies de la vengeance... Non, mes chers amis, c'est une erreur profonde; il est impossible que Julia, Anna, Flor, Elvire et tant d'autres se réjouissent de ma mort si par hasard vous réussissez à me tuer... Non... parce qu'elles m'ont aimé, parce qu'elles m'aiment encore... Oui, répétart-il avec force, elles m'aiment encore... Vous prétendez que je les ai fait succomber par maléfice; ce n'est pas vrai... Vous prétendez que sous mes caresses c'était un autre qu'elles aimaient : ce n'est pas vrai. C'est l'amour et l'amour seul qui les a jetées dans mes bras; c'est moi qu'elles ont aimé et non pas un vain fantôme qui se substituait à moi dans leur pensée... Ce n'est pas vrai, c'est moi et moi seul qui étais dans leur cœur alors qu'elles gémissaient sous mon étreinte... C'est de mes caresses qu'elles se souviennent, ce sont mes baisers qu'elles regrettent et je suis sûr que si je me trouvais encore avec elles, je n'aurais qu'à leur tendre les bras pour qu'elles s'y jettent, éperdues...

— Ah! c'en est trop, s'exclamèrent les quatre en arrachant leur poignard...

Mais don Juan n'avait pas pris garde à leur exclamation ni à leur geste de menace. On aurait dit qu'il ne voyait pas ces quatre hommes armés qui le menaçaient de mort, mais les chères amantes dont on évoquait les souvenirs. Il se leva,

croisa les mains, leva les yeux et poursuivit comme s'il s'adressait à elles :

— Chères aimées, tour à tour, je vous ai donné mon cœur, tour à tour j'ai eu soif de vos caresses... Ce n'est pas ma faute si un désir toujours nouveau me pousse de l'une à l'autre; je vous laisse dans la désolation, mais croyez-vous que je sois heureux, moi? Ah! combien j'aimerais mieux fixer mon oœur, connaître enfin le délire divin de l'amour dans la communion des âmes et mêler étroitement ma vie à la vie de la femme que j'aurais choisie... Hélas, cela ne m'est pas permis; je cherche l'amour et je ne le trouve pas; et dans ma détresse, je cherche toujours et je ne trouve jamais... Mais je garde votre souvenir, amantes adorables; je sais encore que tes baisers, à toi, étaient plus tendres, et les tiens, à toi, plus passionnés... Je sais encore que tu t'abandonnais à moi avec une sensibilité, une langueur câline et sereine... et toi, tu agaçais mon désir par une résistance qui donnait plus de prix et plus de délectation à la victoire... et toi, dans l'ardeur de l'amour, tu te tordciis dans mes bras, tu appelais le plaisir de tous tes nerfs crispés, de ton corps tendu, de ta voix qui gémissait entre tes dents serrées, et tu me rendais mes baisers avec une exaltation délirante... Oui, toutes, toutes, je vous ai aimées et vous m'avez aimé, Flor, Cristina, Julia, Anna... et vous m'aimez encore...

Et il détaillait ainsi son plaisir et leur honte comme s'il eût voulu les exciter plus encore contre lui.

Quatre coups de poing sur la table T interrompirent :

— Cette fois, en voilà assez. L'heure est venue. Nous ne voulons pas nous battre avec toi. Ce n'est pas un duel, c'est une exécution : elle est nécessaire car il y a trop de sang sur ta route, et elle est inévitable car nous sommes quatre ici contre toi et tout est fermé.

— Vous oubliez que moi aussi, j'ai une dague.

— Tu as donc l'intention de te défendre?

— Jusqu'à la mort. Ma vie doit être longue encore et je la vois devant moi comme un chemin bordé de fleurs, inondé de soleil et parfumé d'amour. Vous vouliez que je vous dise tout à l'heure combien de femmes j'avais serrées dans mes bras. Je n'en sais rien. Mais ce que je sais, c'est que j'en veux encore, et encore plus. Je ne renonce pas aux belles inconnues qui attendent mon passage au bord de mon chemin. Je m'adressais tout à l'heure à celles du passé, je pourrais m* adresser à celles de l'avenir : O vous, toutes, les altérées d'amour, attendez-moi, je viens; personne encore n'a su faire vibrer votre cœur, personne encore n'a su donner à votre chair les frémissements infinis de la volupté; mais patience, je viens; par moi, vous connaîtrez l'amour, car l'amour est mon seul désir, le seul but de ma vie; l'amour, c'est moi-même. Je vous prendrai toutes palpitantes dans mes bras et je vous révélerai la plus haute, la plus ardente, la seule raison de vivre. Ahl je vous vois, impatientes, la chair exaltée, les lèvres frémissantes, les yeux brillants de

désir... attendez, mes baisers calmeront vos désirs, vos lèvres s'abreuveront à la source d'amour et mes étreintes apaiseront l'exaltation de votre chair...

Il ramena son regard sur ses amis qui allaient devenir ses bourreaux :

— Insensés ! s'écria-t-il, vous trouvez qu'il y a trop de femmes dans ma vie! Que diriez-vous si vous pouviez me suivre... Je veux en avoir plus et toujours plus encore...

— Tu as compté sans nous, Juan; tu as tort; l'issue de cette affaire n'est pas douteuse; tu ne sortiras pas d'ici vivant, malgré tes visions. Mais, nous sommes chrétiens; nous te donnons le temps de faire une dernière prière, si toutefois tu sais encore prier...

— Pour faire une dernière prière, il faudrait que j'en fusse à mes derniers instants, or...

— Bon. Et nous sommes humains : nous te promettons d'obéir à ta dernière volonté.

— Ma dernière volonté et, en même temps, un bon conseil pour vous : cachez ma mort à celles qui m'ont aimé; vous vous imaginez qu'elles s'en réjouiraient; au contraire, ce serait pour elles une désolation de plus et définitive celle-là, car vous tueriez en leur cceur l'espoir qu'elles ont toutes de me voir revenir à elles et les aimer encore.

— Soit. Il en sera fait comme tu le veux.

— Et maintenant, défends-toi.

Don Carlo et don Fernandez passèrent d'un côté de la table, don Pietro et don Miguel de

l'autre; ils allaient, la dague au poing, penchés, ramassés sur eux-mêmes, prêts à bondir.

Don Juan avait, lui aussi, la dague au poing; il ne chercha pas une issue par laquelle il put fuir; il était trop sûr qu'elles étaient bien fermées; mais il chercha de l'ceil la position qui lui permettrait de faire face à ses assaillants au lieu de se laisser cerner par eux.

Brusquement, il saisit un siège et avec une violence inattendue, il le jeta dans les jambes des deux qui s'avançaient à droite; le choc les fît trébucher et leur arracha un cri de douleur; pendant qu'ils se remettaient d'aplomb et se rajustaient, Juan, sans perdre une seconde, saisit un second siège, et, s'en faisant un bouclier, il se précipita sur les deux qui s'avançaient à gauche.

Surpris par cette attaque subite alors qu'ils croyaient le tenir, ils s'efFacèrent pour ne pas être frappés; Juan profita de ce mouvement pour passer et pour aller s'adosser dans un coin, toujours la dague d'une main et la chaise de l'autre.

Certes, sa position n'était pas brillante et il était toujours seul contre quatre; mais elle était meilleure. Ah! s'il n'avait pas laissé son épée à la porte avec son manteau! Un gentilhomme ne devrait jamais se séparer de son épée I Mais qui aurait pensé que cette fête entre amis cachât ce piège...

Les quatre assaillants, revenus de leur surprise, se retournaient vers lui et s'avançaient avec précautions; la manoeuvre que don Juan venait d'effectuer leur montrait qu'ils avaient affaire à un

rude adversaire et quils ne seraient pas trop de quatre.

Don Juan les regardait venir d'un œil calme; il se disait que 1* attaque vaut mieux que la défensive parce qu'elle démoralise l'ennemi; ramassé sur ses jarrets, se protégeant avec sa chaise d'un xôté, la dague levée, il se préparait à bondir sur celui qui s'approchait le plus près.

Ils étaient encore loin et n'avançaient que très lentement.

La minute était tragique; un lourd silence planait; et tout à coup, dans ce silence angoissant, don Juan entendit une voix, une voix qui le fît tressaillir, une voix qui venait du ciel, sans doute, car tout secours humain lui était interdit, une voix qui murmurait :

— Viens, Juan, viens, laisse- toi conduire, c'est pour te sauver...

Don Juan était le jouet d'une illusion, car enfin, d'où aurait pu venir cette voix angelique.

Mais non, ce n'était pas uiîe illusion; la voix répétait :

— Viens, Juan...

Et en même temps, une main passa entre les deux parties de la tenture qui se rejoignaient là, le saisit par la manche et le tira. Il céda et se glissa à son tour par la fente, et étouffa un cri :

— Julial...

— Oui, c'est moi, murmura-t-elle. Tiens...

Elle lui tendait une épée et, le faisant passer derrière elle, prenait sa place.

— Fuis par là, dit-elle en le poussant par une porte ouverte.

En voyant disparaître don Juan, ses quatre exécuteurs s'étaient précipités; msiis ils s'arrêtèrent net, car à sa pla*ce, surgissait une femme.

— Julial murmura l'un d'eux.

Et, maîtrisant son saisissement, il répéta :

— Julial Comment êtes- vous là et que faitesvous ici?

— Vous ne prenez pas bien vos précautions, mes beaux conjurés, réponditVelle fièrement, dans la maison où je vous ai donné l'hospitalité, Pietro, dans votre chambre où vos amis sont venus vous retrouver et où vous avez comploté votre beau coup de ce soir, vous avez parlé trop fort, emportés par votre courroux; j'eii entendu une fois par hasard, puis j'ai écouté à dessein et j'ai ainsi tout appris. M'introduire dans ce palais sous un prétexte quelconque n'était qu'un jeu, gagner la faveur de deux ou trois domestiques, connaître les escaliers et les vestibules, prendre deux ou trois clefs n'était pas difficile non plus et voilà comment j'ai pu ouvrir cette porte que vous aviez fermée; et dissimulée sous ces tentures, comment je vous écoute en silence depuis longtemps.

— Vous êtes venue pour nous trahir!...

— J'ai voulu sauver un homme qui n'est coupable que de m' aimer et vous épargner un crime.

— C'est vrai, Julia, je t'aime...

Elle se retourna, épouvantée :

— Comment, Juan, tu es encore là, tu n'es pas partil...

— Peux-tu penser, Julia, que je puisse partir sans toi 7

Les autres poussèrent des rugissements de joie et de rage. Il était encore là, il n'était pas encore sauvé. Ils se ruèrent en avant. Mais Juan, prompt, faisait passer Julia devant lui et s'engageait dans le couloir. Ce couloir étroit était en sa faveur car il n'avait devant lui qu'un ennemi, les autres s' agitant inutilement derrière le premier; et maintenant qu'il avait une épée, l'avantage était pour lui. Sa main droite tenait l'épée et il abandonnait sa main gauche à Julia qui l'entraînait aussi vite qu'elle; mais ils arrivaient au grand escalier si large que les quatre allaient encore pouvoir l'entourer et l'accabler, lui, encore embarrassé d'une femme. Il fallait à toute force prévenir ce danger.

Alors, don Juan, arrachant sa main de celle de Julia, se fendit et enfonça son épée dans l'épaule de celui qui était devant lui : c'était don Miguel. Le blessé tomba, découvrant celui qui le suivait; d'un deuxième coup d'épée, don Juan l'envoya à terre auprès du premier : c'était don Pietro; les deux autres eurent un mouvement de recul, puis ils s'empressèrent auprès des blessés, mais avec précautions, car ils craignaient un retour offensif.

Alors don Juan, dédaigneux, reprit la main de Julia :

— Maintenant partons, dit-il.

Deux minutes après, ils étaient dehors et se hâtaient dans la nuit, la jeune femme tremblant au bras de don Juan.

jLorsqu'ils furent assez loin, elle lui dit en tâchant de maîtriser son émotion :

— Tu devais partir dès ce matin. Où sont tes chevaux?

— Julia, répondit don Juan, je vous dois la vie; et s'il est doux d'être encore en vie, il est peut-être encore plus doux de devoir son salut à l'amour d'une femme aimée.

— Où sont tes chevaux ?

> — Aussi, je veux tout d'abord te dire mon éternelle reconnaissance et mes félicitations pour ta perspicacité. Mais comment avez-vous pu faire, mon amour, pour ouvrir cette porte et m'y attendre lépée à la main.

— J'ai surpris leur conversation... mais, par Dieu, où sont vos chevaux?

— Voilà un trait que je n'oublierai jamais et qui est un bon exemple de ce que peuvent fEÛre la finesse et le courage des femmes quand elles aiment.

— Juan, vous me désespérez; je vous ai sauvé, soit; mais ne rendez pas mon intervention inutile. Vos ennemis sont furieux, vous leur avez échappé, vous les avez blessés, ils vont tout mettre en œuvre pour vous rattraper. Où sont donc vos chevaux?

— Mais, ma toute belle, mes chevaux sont à l'auberge.

— Eh bien, courez-y vite, réveillez l'aubergiste et partez.

— Que je parte!

— Au plus tôt.

— Que je parte, quand vous êtes venue à moi

pour me sauver, quand nous avons réussi à sortir de ce guêpier tous les deux... Que je parte quand je vous tiens là, toute frémissante, presque dans mes bras... Que je parte quand le souvenir de nos heures d'amour fait battre mon c<]eur et mes tempes et qu'entre nos lèvres si passionnément unies autrefois palpitent de nouveaux baisers... Que je je parte... Ah! ma bien-aimée, que penseriez-vous de moi... de moi qui n'ai jamais reculé ni devant un duel, ni devant une nuit d'amour...

— Juan, Juan, vous êtes fou, vous me désespérez... vous me faites mourir...

— Ce sera donc d'amour, ma belle, car je ne partirai qu'après t' avoir enlacée dans mes bras...

— Partez, Juan, vous êtes fou!...

— Peut-être, mais qu'importe! Il ne fallait pas venir me délivrer, Julia; vous deviez bien penser que si je vous voyais, je ne vous quitterais plus.

— Partez... Et don Pietro qui loge chez moi...

— Nous avons laissé don Pietro là-bas avec un bon coup d'épée; je partirai quand vous voudrez, quand vous aurez été une fois de plus à moi. Si vous voulez que ce soit bientôt, hâtons-nous...

Ils marchaient dans la nuit; ils avaient pris le chemin de la demeure de Julia; il la serrait tout contre lui et il l'entraînait, toute tremblante de peur, d'amour, de désir qui remontait en elle. Et tout en marchant, il l'embrassait.

— Et voyez comme le hasard fait bien les choses, disait-il..., le hasard! Ou plutôt le dieu de l'amour, le vrai, le seul dieu qui nous gouverne, mon auberge est toute proche de votre maison.

Ils arrivaient. Elle guida don Juan dans 1* obscurité; bientôt ils furent dans sa chambre; le souvenir de leur amour les enfiévrait de nouveau; ils pensaient, sans en rien dire, au drame qui l'avait cruellement interrompu; Julia se reprochait de lui céder encore... mais pouvait-on résister à cet homme!... Et ne 1* aimait-elle pas toujours?...

Ils venaient de passer par des émotions terribles; leur . étreinte ne fut «pas seulement une étreinte d'amour; elle fut un véritable retour à la vie; ils s'y donnèrent avec tout ce qu'ils avaient d'ardeur dans le sang, de fièvre dans les nerfs, d'exaltation dans le qœur; ils savaient que c'était la dernière fois qu'ils s'aimaient, et ils voulaient garder de leur amour un souvenir enivrant.

Ils n'avaient pas fait de lumière; par la fenêtre ouverte la clarté indécise de la nuit entrait; don Juan avait posé son épée sur une chaise, sur la robe de Julia; sur le lit, leurs corps pantelants ne formaient qu'une masse plus claire; et de leur gorge haletante sortaient des râles étouffés et des paroles délirantes.

Don Juan céda à la fatigue et s'assoupit.

Julia résista et veilla. Aux premiers frissons du matin, elle le couvrit et le regarda dormir. Les premières lueurs du jour vinrent estomper le conr tour des objets et les dessinèrent d'une façon de plus en plus nette. Elle le laissa dormir encore. Elle le regardait : scn amour soulevait sa poitrine; son amour tragique et qui allait vivre tout à l'heure sa dernière minute.

Çlle le regardait et des larmes amères coulaient

de ses yeux; des rêves insensés tournoyaient dans sa tête et enflammaient son cvœur; elle imaginait qu'elle partait avec lui ou bien qu'elle le cachait et le gardait pour elle, rien que pour elle, et mille autres folies qu'inventait son amour...

Mcds elle reconnaissait vite l'inanité de pareils projets, et elle se pencheiit vers lui et posait ses lèvres sur son front en versant de nouvelles larmes. •

Le jour montait. «

Aux premières rumeurs de la ville qui s'éveille, elle se pencha encore vers lui et l'embrassa de nouveau en lui parlant :

— Juan... mon Juan... c'est maintenant qu'il faut partir... vois, il fait déjà grand jour...

11 ouvrit les yeux, surpris et ne reconnut pas tout d'abord où il était; mais il voit sa belle amante qui se penche vers lui et lui sourit à travers ses larmes; il veut la prendre dans ses bras; mais elle se dérobe et bondit dans la chambre :

— Non, Juan, maintenant ce serait une impardonnable folie; ce serait vouloir nous perdre tous les deux; vois, il fait grand jour; je t'ai laissé reposer deux heures pour que tu reprennes des forces; je t'ai veillé pour ne pas laisser peisser l'heure; maintenant, le moment est venu, et le danger est pressant; il faut partir...

Don Juan entend ces sages paroles; ah! que ne peut-il rester dans ce logis où l'amour le plus tendre et le plus passionné lui ferait la vie la plus douce...

Hélas, fautî-il que nous nous agitions sans cesse

et que nous ne sachions pas garder un bonheur simple dans un coin ignoré!...

Don Juan se prépare : hélas, Julia a raison.

Les familles qu'il a offensées en séduisant les femmes et en tuant les hommes vont se dresser ouvertement contre lui. Elles seront rendues plus furieuses encore et plus implacables par l'échec de la tentative de cette nuit. Elles vont dresser contre lui d'autres vengeurs, et qui sait, peut-être des bandes de spadassins ou des hordes de valets armés.

Certes, don Juan n'a pas peur d'un adversaire loyalement dressé devant lui ; mais il serait stupide et honteux de tomber dans un piège et désormais les rues de Séville seront pavées de pièges.

Don Juan est vite prêt; Julia lui donne le manteau de don Pietro; elle-même s'est habillée, elle a tordu ses beaux cheveux et les a serrés dans une résille; don Juan la prend dans ses bras et il a vraiment à cette minute un élan de véritable amour :

— Julia, murmure-t-il, je n'oublierai jamais ta beauté, ton courage, ton amour... Ah, qu'il est doux d'avoir une dette de reconnaissance envers celle qu'on aime... Ah ! qu'il est douloureux de quitter celle qu'on aime au moment même où on sent le plus ardemment son amour...

Ils restaient tous les deux étroitement embrassés et s'abandonnaient à cette minute exquise et déchirante.

Un instant, don Juan eut la pensée de ne pas partir... Qui sait s'il n'avait pas trouvé là l'amour

définitif qu*il cherchait à travers ses aventures... 11 se cacherait bien...

Mais elle eut un sursaut de courage et de volonté; elle s'arracha de ses bras :

— Pars, Juan, pars, déjà il est bien tard...

Un dernier baiser...

Il bondit dans la rue; en quelques enjambées, il est à l'auberge où il a remisé ses chevaux; il secoue l'hôte et son valet Antonio qui s'activent.

Julia s'est enveloppée d'un manteau; de loin elle a suivi don Juan; elle arrive en vue de l'auberge au moment où il sort de la cour à cheval. Elle se cache dans une porte pour qu'il ne la voie pas, pour qu'il n'aie pas la tentation de revenir à elle.

Il passe devant elle. Elle ne peut pas retenir un cri qui se perd dans le galop du cheval; elle porte ses mains à sa bouche comme pour le rattraper; mais don Juan ne la pas vue; il ne Ta pas entendue; il pousse son cheval; il s'efface peu à peu dans le lointain de la route; chaque pas qui l'éloigné arrache le cœur de la pauvre femme et accentue sa douleur; épuisée, à bout de force, les nerfs trop tendus se relâchant tout à coup, elle tombe sur les genoux en sanglotant, tandis que don Juan disparait là-bas et s'élance vers de nouvelles aventures.

l'Auis & CouRTRAi. — Les Imprimeries réunies (Imprimé eu Belgique.)

Table des Chapitres

Si Don Juan na pas établi une liste complète de ses amantes, voici du moins celles dont nom avons fixé le souvenir dans de volume :

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