PREFACE
« Otdt don Juan. Le voilà, ce nom qwe tout répète,
« Ce nom mystérieux que tout V univers pretid,
« Dont chacun vient parler et que nul ne comprend,
(( Si vaste et d puissant quil nest pas de poète
« Qui ne lait soulevé dans son cœur et sa tête,
(( Et pour lavoir tenté ne soit resté plus grand.,. »
Musset dit vrai. Pas un nom, si connu^ si illustre quil puisse être; pas un événement si formidable soit-il; pas une légende, si mystérieux, si troublante soit-elle, na inspiré une pléiade aussi nombreuse, aussi variée de poètes et de commentateurs.
Tirso de Molina, Zamora, Dorimond, Crébillon, Thomas Corneille^ Goldoni, Molière, Lord Byron, Richardson, Hoffmartri, Musset, A. Dumas, don José Zorilla, Scheible, Lenau, Crabbe, Tolstoï, Mérimée pris au hasard, en désordre et dans tous les pays, parmi tous les autres, Mozart en musique, Delacroix en peinture, sans compter un grand nombre de contemporain^^ ont chanté, étudié, disséqué la figure hautaine et tourmentée de don Juan.
Dans leur pensée diverse, le héros revêt des formes nombreuses^ variées, animées de caractères différents; nous trouvons un grand seigneur, un homme de cour riche, fier, brillant^ possédant des palats\, prodigue, jetant Vor à pleines mains — ou un libertin sceptique, athée, se moquant de Dieu et du diable, savourant le plaidr de séduire une
relîgkuse^ moins pour elle-même que pour le goûl de sacrilège quil y trouve — ou un esprit inquiet, cherchant un bonheur quil ne trouve pas, passant â*une femme à une autre et espérant toujours que la prochaine lui donnera ce hotiheur dont les précédentes ne lui ont encore donné que Vombre — ou un séducteur capable de tout, fourbe ei vulgaire, ne cherchant que le plaisir, et d redoutable quil savait prendre avec chacune la forme^ la qualité, le défaut qui devait lui plaire — ou un épicurien égoïste^ sombre et cruel, insensible à toute douleur qui pourrait entraver son plaisir, tuant pères et maris pour une jouissance d'un moment, pour le plaidr et le risque d*une aventure.
Ces aventures^ elles se suivdftt, se touchent, se mêlent, s* entrecroisent, s'accumulent avec un accompagnement de cliquetis d'épées, de chansons amoureuses, de sanglots, d'imprécations, de râles lascifs ou désespérés, de murmures d'amour et de soupir de guitare.
Elles sont d nombreuses, si diverses, si tumultueuses, quil a paru invraisemblable quun seul homme ait eu assez de temps, de force, d'audace pour suffire à tant d'entreprises hasardeuses, d'amours tourmentés, implacables, surhumains.
Aussi, on trouve dans les chrdniques et sous des noms pas toujours identiques, des portraits de don Juan qui ont entre eux des airs de parenté tout en marquant des différences assez sensibles. C*est que chacun de ses historiographes l'a interprété selon son génie; chaque pays l'a modifié selon ses mœurs; chaque époque, ajoutant ce qui lui est propre, l'a marqué selon son caractère.
Voilà pourquoi la Légende de don Juan est multiple, immense, inépuisable.
Ce nest pas V histoire d'un hommes cest V histoire d*une idée. Cette idée est une protestation, une révolte ; une révolte à qui il na manqué quun terrain favorable pour prendre V envergure et la profondeur d'une révolution.
L'antiquité na pas connu don Juan.
Pourtant, elle adorait la Beauté et V Amour. Aphrodite et Eros avaient leurs prêtres, leurs temples et leurs fidèles qui leur rendaient un culte constant et minutieux.
L* Amour régnait partout : dans V Olympe, Jupiter, roi des dieux et père des hommes, délaissait souvent laitière Jurton et la majesté sacrée. Descendu sur la terre, il n hésitait pas à revêtir sa divinité d'une apparence humaine, et même à prendre la forme d'un satyre ou d'un animal familier pour approcher la mortelle quil voulait honorer de ses olympiennes faveurs. Mercure, dieu des marchands et des voleurs, favorisait ceis déguisements et prêtait la main à ces clandestines amours.
Aphrodite oubliait son époux, le boiteux et calleux Vulcain, dans les bras ardents et vigoureux de Mars, le dieu de la guerre.
Et Eros^ lui-même, enlevait son amante Psyché et la déposait, toute pantelante, aux pieds de Jupiter tout-puisr sant, en le suppliant de lui donner la jeunesse éternelle.
Comment les adorateurs de ces dieux et de ces déesses, dont Vamour est la plus importante occupation et Vétemel plaisir, n auraient-ils pas suivi leur amoureux exemple ? Ils sont eux-mêmes à V image de leurs dieux — à moins qu^ils n aient façonné leurs dieux à leur propre image.
Ils oW( le culte ardent de la Beauté, le sentiment exalté de r Amour.
Comme il règne dans le ciel, Vamour règne sur la terre, libre^ honoré, sans eintraves. Il tient dans la vie antique
une place dont on peut mesurer Vtmportance à la cond' dération dont jouissaient les courtisanes.
Les personnages légendaires sont des glorifications ou des victimes de V amour : Hélè\n\e, Paris, Thésée, Ariane, Antiope, Oreste, Hermione, Phèdre...
Les dieux, les demi-dieux, /ets héros et les simples mortels qui oivent sur des plans pourtant bien délimités, s* unissent et s allient, oublient leur hiérarchie, se trouvent égaux devant les droits et les désirs du cœur, et s aiment sous un ciel toujours pur, dans un& atmosphère d^allégresse, de joie de vivre et de jouir.
Parmi eux, don Juan aurait aimé comme eux, aussi librement queux; ses amours n auraient point constitué ume exception singulière et scandaleuse chez ces peuplas pour qui Vamour est le sentiment le plus naturel^ cest-àdire le plus légitime et le plus sacré.
Leur philosophie proclame que la vertu consiste a donner à la 'vie son expresdon la plus haute ^ la plus complète dans un équilibre de toutes les facultés, de toutes les activités, dans la satisfaction équitahlement balancée de toutes les fonctions.
Leur ligne de condmte est donc la recherche du bonheur, c est-à-dire V obéissance à la nature^ la soumission aux impulsions de la nature.
Ainsi, parmi tant de héros, don Juan nawait pas fait figure de héros; ou du moins, il n aurait été quun de plus parmi eux; son désir et sa force d*aimer ne rauraieni jyas distingué parmi tant d'autres, animés du même désir et de la même force qui s épanouissaient librement.
De même que la vapeur ne donne sa force que comprimée en vase clos, il faut la contrainte à un sentiment ou à une idée pour éclater.
Cette contrainte^ ce sera la religion chrétienne.
Avec le paganisme, V amour fleurissait sans entraves; la religion chrétienne en fait un péché, prêche la pénitence et interdit le plaisir. La vie ne vaut pas la peine d'être vécue; elle nest quun bref et misérable passage dans cette vallée de larmes et son seul but est de préparer notre salut éternel.
Notre esprit, n^tre intelligence sont des sources d'erreurs et de faussetés quil faut étouffer par une foi, une soumission humbles et aveugles; notre corps, un vil ramassis d'impuretés, rempli de désirs malsains, quil faut mater par la pénitence et fair^ macérer dans le jeûne et ^a mortification; la femme, un être impur, inspiratrice de fautes damnables, corrompue fef corruptrice, quil faut fuir avec une sévérité d'autant plus rigoureuse quelle est séduisante et que sa séduction est péché mortel.
Mater la nature; mépriser la tête, foyer d'erreurs et de mensonges; maîtriser la bête, foyer de vices et de hortr tes -... Mais la nature ne se laisse pas aisément mater.
Ses instincts sont des forces invincibles; si elle n'obtiennent pas une satisfaction raisonnable, hypocritement, elles se déforment; ouvertemeisni, elles se révoltent.
Leur déformation, ce sont les obsessions, les dépravations hideuses, les turpitudes avilissantes, les perversités cruelles qui hantent l'eisprit et la chair de tous ceux qui, par contrainte ou par conviction^, tentent de brider la nature; ce sont elles qui hantent les nuits des cloîtrés et de tous ceux qui vivent en dehors du monde, d'imaginations lascives, sensuelles et qui peuplent la grotte de saint Antoine des formes voluptueuses et impudiques qu'il a tant de peinte à chasser.
Leur révolte, c'est don Juan,
Maiwa'ise, la vie ?
La vie est bonne; elle nest pas un simple passage; elle vaut la peine d'être vécue; elle est le jaillissement d'une force qui a le droit de fleurir^ de s'épanouir, de porter ses fruits parmi d'autres forces dont certaiites so^t néfastes, certes; mais dont d'autres, beaucoup d'autres, sont la source de joies ineffables, douces ou vives.
Passer la vie dans l'obscurité et la pénitence alors que le soleil qui brille donn^ aux fleurs des couleurs et des parfums et aux femmes la grâce et le désir d'être aimées; alors quelle peut être itne suite de jouissances sereines ou enivrantes; sacrifier cette vie, ce bien présent qui s'enfuit si vite et sans retour à U7i»s espérance future, lointaine et si incertaînement établie, quelle imprudence, quelle duperie, quelle maladresse I
U\ne source d'erreurs, notre intelligence ?
Mais elle est une émanation divine, une étincelle, si faible soit-elle, du foyer créateur et capable, elle-même, de créer.
Un ramassis d'impuretés, notre corps ?
Mais c'eisi une merveille de mécanique, un assemblage de fonctions qui se complètent, qui s'équilibrent et dont la satisfaction est une source de plaisirs. Ne 'pas les satisfaire^ tous, et surtout, surtout, se soustraire aux appels de l'instinct de la propagation de l'espèce, plus puissant, plus Impérieux encore que l'instinct de la conservation lui-même, car l'amour est le frère triomphant de la mort, mais c'est vouloir mettre un obstacle à l'œuvre suprême du Créateur!
Corruptrice et corrompue, la femme; source de péchés, cette créature source d'ineffables voluptés?
Dans quels espfits dépravés, dans quelles imaginations faussées cette idée-là a-t-elle pu germer? Par quelle force
persuasive, par quelle menace étemelle^ en vertu de quelle puissance usurpée ont-ils pu V imposer à une humaaiité soumise et craintive ?
Créature peSrûerse cette femme, dont le corps, aux lignes délicates et aux tendres couleurs, n*est que^ grâce et harmonie, modelé dami une argile idéale, fraîche et tiède, si douce et si ferme sous lesi baisers, si souplei sous les caresses, si docile aux pressions ardentes ! Danger, cette nuque ambrée et frissonnante et cette chevelure qui nimbe ce front pur et couvre les blanches épaules de ses ondes sombres ou dorées; et cette voix au timbre de pur cristal qui sinfléchit en modulations musicales pour murmurer les ferments d* amour /...
Ces lèvres humides et ve)rmeilles ne sont-elles donc quun piège d'autant plus danger\eux qu elles sont plus sensuelles et plus irrésistibles; et la lumière radieuse de ces grands yeux limpides n est-elle quun reflet des flammes de Venfer ?
Toutes cesi mWveitles ne sont-elles pas plutôt le chefd'œuvre d*un créateur soucieux du bofiheur de ses créa^ tures ?
Est-elle donc animéei d'un esprit satanique cette femme dont r intelligence vive et pétillante est un charme si doux? Et celle-ci dont le cœur généreux est capable de tous les dévouements envers Vhomme quelle aime; jusqu'à sacrifier pour lui ses espoirs, sa lib^té^ sa beauté, sa vie.,. Et cette autre qui met sa joie et son orgueil en ses enfants qui sont le reflet charmant et la prolongation vivante de sa félicité amoureuse... Ne sont-elles pas plutôt animées d'une flamme divine, ces femmes belles comme l'Amour, douces comme Psyché, harmonieuses comme les Grâces ? Ce sont elles qui donnent du prix à la oi^. Elles stimulent
Vambîtion des hommes et enflamment leur courage ; elles allument en eux le flambeau d'amour qui les grandit et leur donne la tendresse et Vaudace.
Par elles, pour elles, ils cherchent la douceur des mots, la grâce et la splettdeur de la forme; elles sont le charme, la poésie, V enchantement de la vie^ semblables à la lumière qui embellit et qui dore tout ce quelle touche.
C'est d'elles que viennent à l'homme les aspirations artistiques, les consolations spirituelles, les œuvres magnifiques qui le font survivre à lui-même.
C'est leur esprit et leur beauté qui donnent à l'homme le sens du divin, qui font naître en lui le génie créateur qm le rapproche des dieux et lui inspirent dds œuvf^s aux contours admirables ou aux accents pathétiques.
Et aittsi, on trouvera toujours une femme à la source de toutes les grandes choses.
Aussi la pensée, l'instinct, le désir de l'homme^ toutes les forces de son corps et de son cœur se révoltent conïtre ces écrasantes zt ténébreuses théories de pénitence et de renoncement qui présentent la vie comme indigne d'être vécue et la femme comme un être pervers et corrupteur.
Mais, au temps de don Juan^ cette révolte n'ose pas encore se manifester avec éclat et au grand jour; elle se cache, car il est dangereux de ne pas penser comme les puissants du jour qui détiennent tout à la fois le dogme spirituel et le pouvoir temporel.
Seul, don Juan n'a pas peur de la lumière; il étale sa révolte conte cette contrainte qui veut briser son dédr, contre la mainmise de cette sépulcrale autorité sur sa vie, sa liberté, sa jouissance. Il veut vivre, il veut profiter de sa vie. Il brave l'autorité avec d'autant plus d'éclat et d'âpreté quelle est plus étroite, plus tyranmque, plus puis-
santé. Il exagère sa révolte, il Ve^aspère par bravade, il y preOTid goût.
Non seulement cette révolte est éclatante; mais elle prend plus d*éclat encore par opposition; les contrastes s appellent et se font Valoir. Ce nest pas par hasard que dosi Juan, Ihomme du désir sans frein, sans conkainte surgit à Vépoque d'Ignace de Loyola, Vhomme de Voppression obscure, fanatique, exterminatrice.
Toute parole, tout acte qui nest pas strictement conforme au dogme est un péché qui ne se peut expier que dans les flammes des autodafés e)n) attendant les flammçis de l'enfer.
Mais don Juan se dresse et répond : Je suis libre de mon corps et de mon cœur; je ne reconnais aucun obstacle à ma liberté, à mon désir, à mon plaisir.
De quel droit lui défend-on d'aimer?
Chaque femme quil prend est un péché; alors il les additionne^ il les accumule, il les attroupe avec une satis faction infernale car chaque péché est une jouissance.
S'il s'insurge ainsi contre les commandements de l'Eglise, ce n'est pas pour respecter les conventions établies, la morale et les sentiments humains, les lois de la société et de la famille. Il se donne la double joie de braver les lois humaines et les lois divines; il ne cannait que les lois de la nature.
Il se prend à son propre jeu : le jeu de la séduction qui devient le seul but de sa vie^ plus plaisant, plus pasdonnani encore que le jeu de la possession; si bien qu'apr'cs avoir recherché les femmes pour les jouissances qu elles donnent elles-mêmes, il en arrive peu à peu à entreprendre d'en séduire sans avoir toujours envie de les posséder, corrompant ainsi pour le plaisir et sans plaisir.
Et Icrsquil la Lient à sa merci, il s*en détourne sans la prendre; elle aurait été à lui s*il avait voulu, ça Im suffit; comme il le dit lui-même, il ne va pa& plus loin que sa cht' mise; et il la laisse avec sa désillusion, le dépit et la honte d* avoir cédé en pure perte et de ne pas avoir la joixissance de sa défaite.
Aussi, il se détowne toujours de celles qui ^ vendent ou qui se donnent trop facilement; il lui faut des difficultés à vaincre et des dangers à braver; il faut que la conquête d'une femme soit une véritable conquête, une victoire sur elle-même, sur sa pudeur, sur sa vertu, sur ses engagements antérieurs, comme aum sur les précautions dont Ventourent les frères, amants, fiancés, pères et maris qui ont la charge et le souci de la garder intacte.
Mille e tre ( 1 ) c'est le nombre que nous a transmis la légende.
Dans cette incroyable suite d'aventures, le plus grand nombre, certes nùnt aucune originalité et ne se distinguent ni de la précédente, ni de la suivante : séduction, brèves amours, désillusion rapide de don Judjt^ abandon de la femme dans une désolation plus ou moins amère, avec une désinvolture plus ou moins cruelle; mais sans aucuni regret.
Il ne regrettait jamais une femme; il se tournait toujours vers Vavenir, jamais vers le passé; il na jamais regretté que celles quil na pas eues.
Nous n'avons pas essayé d*en établir une énumération chronologique et corriplète; une telle compilation, interminable, fastidieuse et monototJe, en admettant quelle fut pos^ble, neut présenté aucun intérêt.
(1) Mille et trois : c'est le nombre des amantes de Don Juan, que nous a transmis la Légende.
Dam cette suite formidable d* aVentuT*es prodigieuses^ d*amours effrénées^ de chevauchées épiques, de drames sanglan\ts, d'idylles tournant au tragique, de duels, de coups de dagues et d*épées, de sérénades amoureuses^ d'escalades, de folles étreintes, de trahisons, de bravades intrépides^ rapportées par /es écrivains dont nous avons cité quelques-uns plus haut, nous avons choisi celles qui dessinaient le mieux notre héros, [es plus ardentes^ les plus tragiques, les plus passionnantes.
Le lecteur trouvera dans ce premier volume celles qui ont illustré sa jeitnesse; le& premiers traits de son adolescence, les premières aventures qui ont vu son éveil à Vamour, celles qui ont contribué à former son caractère, celles qui sont encore marquées sinon par des hésitations ou des scrupules, du moins par de brefs accès de sensibilité. En cherchant son plaisir^ il lui arrive de ne pas oublier tout à fait c^lle à qui il le demande; il ressent ericore devant ses victimes une certaine émotion; il leur accordera un peu de pitié^ parfois une larme.
Mais sa sensibilité s'émousise vite; son cœur se ferme à tout ce qui nest pas son plaisir; ses amours sont bientôt éclabouzsées de sang... jusqu'au jour où le meurtre du Commandeur l'obligera à quitter l'Espagne.
Un second volume rapportera les aventures qui remplissent son séjour en Italie et son retour en Espagne. Aveniures plus âpres encott que les premières; l'homme s'est endurci; il est de plus en plus inaccessible à la pitié; les larmes des femmes écroulées à ses pieds et sanglotant d'amour et de désespoir ne lui inspireront que ricanements et haus^memts d'épaules; bien mieux, leur douleur sera une bonne part de sa jouissance. A peine aura-i-il quel-
que froide réflexion devant lei cadavre de celle qui a préféré se tuer...
Plus encore que dans la première période, il les aime toutes et il n0n aime aucune; il ne les aime que pour lui; il naime que lui; il ne les prend quavec Vespoir qu elles lui donneront des sensations nouvelles, qu elles ccmtente" ront svn désir inapaisé de toutes hs femmes, qu elles éteinr dront cette soif d'inconnu qui le dévore.
Mais elles n éteignent cette soif que pour un temps souvent très court.
Alors, quen fait-il? Que fait-on d'une orange quand il ne reste plus que Vécorce, d*im jouet quand le ressort est cassé^ d*un verre quand il est vide?...
Le désenchantement tue Vamour; il veut que la femme soit nimbée d'une pure auréole; et en même temps, il exige d'elle des joies peu séraphiques; il ne lui veut cette auréole de pureté que pour la lui oter; et quand elle ne l'a plus, il en est tout désillusionné; alors, désenchanté, il s'en va.
Voilà don Juan.
Mais la diversité même de son caractère, le nombre, la Variété, l'âpreté^ la cruauté même de ses aventures font de son histoire le plus profond, le plus émouvant, le plus formidable hymne d'amour.
Chacun veut le connaître, chacièn s'y cherche et tous s'y retrouvent :
— ceux qui ont aimé et qui gardent encore dans leurs yeux et dans leur cœur comme un reflet de Vamour,
— ceux qui aiment et qui liront ce bréviaire de la passion comme le prêtre lit à l'autel ses livres saints,
— ceux qui espèrent en un avenir rempli de joies ern-
vrantes et qui palpiteront d* enthousiasme et de fièvre à la lecture de cette merveilleuse histoire^
— les komm^s^ en ne se défendant point d'une troublante envie et en fixant des yeux ardents sur la gloire prodigieuse de Vamant des mille e tre,
— les femmes en pensant avec une ardeur secrète que, si elles avaient vécu de son temps, sans doute auraientelles rêvé d'allumer Vamour d'un aussi irrésistible séducteur, de faire ce qu aucune n avait pu faire : fixer son désir et son cœur ou tout au moins lui donner, une mille et quatrième,
— et tous, en re^nidant hommage au dieu le plus: puissant et le plusi aveugle, le plus tendre et le plus cruel, au dieu qui soumet à ses lois les sages et les fous, qui s'amuse parfois à donner la &agesse aux fous et à inspirer des folies aux plus sages, si bien qu'on ne sait plus où est la sagesse et où eM la folie, ^ au dieu qui se fait un malin plaisir de réduire en ejsclavage ceux qui prétendaient se soustraire à son empire, à l'Amour qui mène le monde.