DAVID TÉNIERS
lie Rémouleur •
Lithographie pak A. MIDY.
Le genre de David Téniers est tellement connu que , d'ordinaire , lorsqu'on parle d'un tableau de lui , l'esprit se porte aussitôt sur un paysage, et notamment sur une fête de village. Ce peintre affectionne les groupes nombreux de personnages, les danses, les repas villageois, le bruit et le mouvement. Il cherche à reproduire toute une épopée de la vie des champs ; là tendent constamment ses efforts. Quelquefois, sans doute, il se contente d'une scène de buveurs, mais rien n'est plus rare ; il ne voit pas là une assez grande activité.
Le tableau du Rémouleur est comme une véritable exception à la manière accoutumée de David Téniers , et c'est justement parce qu'il y a donné une haute idée de son talent pour la figure, que nous le reproduisons ici. Le rémouleur est placé sur le devant du tableau et se détache parfaitement du fond. Sa physionomie est vive , pleine de caractère ; les traits en sont bien dessinés. Les détails du costume du rémouleur sont aussi fort soignés, mais peut-être dans un trop bon état , d'après son métier.
Cette dernière observation, jointe aux traits distingués du rémouleur , a fait croire à beaucoup de biographes que David Téniers avait voulu faire un portrait. Et alors mille conjectures; chacun a développé et défendu la sienne. La majorité , toutefois , s'est accordée à dire qu'une tête aussi spirituelle , un costume aussi coquet , aussi soigné,
devaient faire penser que le peintre avait fait le portrait de quelque personnage marquant de l'époque ; par exemple , d'un officier de distinction , renommé dans les guerres sanglantes de la Flandre et de la Hollande , pendant les premières années du dix-septième siècle. Là-dessus on bâtit une anecdote, peu admissible du reste ; on dit que ce personnage s'était fait peindre de cette manière , pour rappeler une action de sa vie militaire. Il s'était déguisé en rémouleur, et parcourait ainsi incognito le théâtre de la guerre. Il explorait les lieux et dressait ses plans avec plus de facilité.
Nous n'ajouions pas foi entière à celte supposition. D'une part, ce n'est pas du costume et de la physionomie seule du rémouleur que l'on peut l'induire. Cette moustache qu'il porte était habituelle, a cette époque, à presque toutes les classes de la société , même aux gens du peuple. D'autre part, ce fait serait assez remarquable pour que l'histoire en fît mention ; et cependant elle garde là -dessus un silence absolu.
On voit que dans ce tableau le paysage n'est qu'accessoire , et que Téniers a cherché à rendre , autant que la peinture le permet , toute l'activité d'une meule en mouvement. Le rémouleur est occupé à repasser un couteau ; nous remarquerons d'ailleurs que sa pose est fausse sur un point. En effet, son pied agit bien , ses bras présentent bien le couteau à la meule ; mais sa figure est de trois-quarts en arrière , lorsqu'elle devrait être presque de profd. Cette position formerait peut-être le meilleur argument pour ceux qui veulent voir un simple portrait dans le rémouleur , et qui peuvent prétendre que cette distraction était naturelle par la mission que l'officier s'était proposée.
Ce tableau a été fort souvent copié, et parfois d'une manière irréprochable. Il a subi en cela le sort de presque tous les tableaux de David Téniers, dont la valeur est inappréciable lorsque l'originalité en a été constatée.
L'original du Rémouleur se trouve au Musée du Louvre. Il a 1 pied 3 pouces de hauteur, et 10 pouces de largeur.
BARTHÉLEMl VAN DER HELST,
Né à Harlem, en 1613; mort à Amsterdam, étant fort âgé.
Rourgmestres distribuant le prix de F Arc 5
Lithographies pak L. BOULANGER.
Ce tableau est une des plus considérables , des plus célèbres productions de Barthélemi Van der Helst. Il est , en outre , d'un grand intérêt historique ; il nous rappelle une de ces coutumes du dixseptième siècle et des temps antérieurs, qui ont déjà disparu pour la plupart , ou qui sont près de s'évanouir. Anciennement , dans presque toutes les villes de France, d'Angleterre et d'Allemagne, existaient des corporations , des confréries destinées à perpétuer certains arts et à encourager ceux qui s'y livraient et obtenaient la supériorité. Ces sociétés avaient lieu surtout pour le tir à l'arc , à l'arbalète , ou à l'arquebuse. Le meilleur tireur était déclaré le premier entre ses pairs , primus inler pares , et par' conséquent roi de la confrérie. Cette modeste royauté avait ses insignes comme les autres; sceptre , colliers . vases de métal , diamants, en étaient l'apanage ; et elle l'emportait même en un point sur les autres : c'est que chaque roi avait dû la conquérir.
Van der Helst a choisi le moment où les bourgmestres vont décerner le prix et offrir le sceptre symbolique au roi des archers. Ils ont fini leur délibération et touchent déjà les insignes de la royauté. Au fond, les archers attendent avec impatience la proclamation qui va être faite.
Les bourgmesires, en costume de cérémonie, sont assis autour
d'une table ; ils sont tous les quatre vêtus de la même manière : pourpoint de velours noir, culotte et bas de soie. Cette dernière observation réduit à néant l'idée souvent émise, que ces personnages ne sont pas des bourgmestres , mais de simples concurrents , parmi lesquels celui qui est assis sur le devant du tableau s'apprête à remettre au tireur qui sera nommé roi les marques distinctives de la grandeur , et notamment le sceptre à l'oiseau qu'il tient dans sa main.
Ce tableau, achevé en 1655, et où l'on retrouve la signature de l'auteur , a appartenu , dit-on , à une de ces confréries dont nous avons parlé. Il est exécuté d'une façon large et vigoureuse. Les personnages sont bien posés; tout y est d'un fini extraordinaire, et peu commun surtout sur une toile d'assez forte dimension. Les accessoires sont parfaitement peints ; l'or , l'argent, les diamants, s'y trouvent reproduits avec une vérité désespérante pour qui prendrait Barthélemi Van der Helst pour modèle. La largeur du tableau est de 2 pieds 2 pouces ; sa hauteur de 1 pied 7 pouces.
Van der Helst travaillait beaucoup , mais lentement. Bien qu'il soit mort dans un âge très-avancé , il n'a cependant pas laissé de nombreux tableaux. Le Musée du Louvre en possède quelques-uns , parmi lesquels se trouve celui des Bourgmestres distribuant le prix de l'arc.
Né à Enkhuissen, en 1625: mort a Amsterdam, en 1654
Animaux clans une prairie «
Lithographies par SORRIEU
Un architecte hollandais avait une fille fort jolie; un peintre en devint amoureux et la demanda en mariage. Le père consentit avec peine, parce qu'il ne peignait que des animaux; le mariage eut lieu enfin en 1650. Ce peintre, presque dédaigné, était Paul Potter, un des plus grands talents de la Hollande, et qui, plus tard, reçut fréquemment les visites du prince Maurice d'Orange , curieux de le voir travailler. Il ne peignait que d'après nature, et consacrait les journées d'hiver à la gravure à l'eau -forte. 11 atteignit dans cet art une supériorité assez marquée ; ses estampes sont peu communes, et surtout fort recherchées. Un travail opiniâtre, des veilles trop souvent répétées, altérèrent notablement , détruisirent même par la suite sa santé ; il devint étique, et mourut tel.
Le talent de Paul Potter pour peindre les animaux est pour ainsi dire inimitable. Parmi ses plus beaux tableaux se trouve celui que nous reproduisons ici et qu'on ne peut se lasser d'admirer. Le peintre a une science profonde des animaux ; il leur donne la vie , le mouvement. Pour les poses , il les prend dans la nature elle-même ; aussi la vérité ne lui échappe jamais. Il soigne moins les détails que les autres maîtres de l'École flamande, mais sa touche en est peut-être plus forte et plus vigoureuse. Sa manière est habile ; son dessin est correct ; il atteint , dans son genre , toute la perfection possible.
On reproche toutefois à Paul Potter un grand défaut , celui de faire toujours le paysage trop vert. Dans ce tableau on le rencontre encore : arbres, plans antérieurs, fond, tout est vert, et d'un vert tendre. Il se trouve en ce point en contradiction avec la nature , qu'il a cependant étudiée avec conscience. Que penser donc de cela, sinon qu'il prenait peu de peine pour le paysage , et qu'il lui suffisait de l'indiquer ? Une remarque que nous avons faite vient à l'appui de cette observation , c'est qu'il peint ordinairement un paysage désert, et comme accessoire seulement.
Le Musée du Louvre possède fort peu de tableaux de ce maître, dont les œuvres ne sont généralement pas fort connues en France , mais dont la réputation y est cependant bien établie. La Hollande estime beaucoup Paul Potter, et conserve avec soin ses productions, qui d'ailleurs ne sont pas fort nombreuses. En effet, il ne peignait que l'été , comme nous l'avons vu ; el il est mort à la fleur de l'âge , à 29 ans , rongé par des chagrins domestiques.
Paul Potter a fait beaucoup de gravures à l'eau-forte ; il reproduisait, pendant l'hiver, les tableaux qu'il avait peints l'été d'après nature , et qui avaient reçu l'assentiment de ses amis ou de ses visiteurs. Son talent de graveur est remarquable.
Ses estampes sont fort recherchées, et le Musée n'en a pour ainsi dire point. Presque toutes sont en Hollande.
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