DAVID TÉNIERS
Né à Anvers, en 1610; mort à Bruxelles, en 1694.
1/ Enfant prodigue ,
Lithographie par VANDERBUCH et Victor ADAM.
David Téniers, surnommé le Singe de la peinture , à cause de sa prodigieuse facilité à saisir les différentes manières de peindre de ses collègues, pourrait être aussi appelé le Singe de la nature, tant il a excellé dans l'art de la reproduire. Dès ses premières études, il comprit que la peinture d'histoire n'était pas son fait, et il s'adonna entièrement au paysage. Pour s'y livrer avec plus de temps et d'ardeur , il voulut demeurer au milieu des campagnes, et fixa son habitation au village de Perk, entre Anvers et Malines. Bientôt son talent se développa , et il devint bientôt , grâce à son esprit et à sa renommée , le maître et l'ami de don Juan d'Autriche , fils naturel de Charles-Quint. Ce prince , qui avait pour lui une amitié à toute épreuve , fit à Téniers de nombreux présents, parmi lesquels le portrait de son fils. Plus tard, il fit construire une magnifique galerie expressément destinée aux tableaux du célèbre paysagiste hollandais.
Les fêtes de village de Téniers sont devenues proverbiales. Un naturel extraordinaire, un mouvement, une animation parfaite , quelques particularités du maître, s'y rencontrent en foule ; et on se demande quel doit être le talent d'un homme qui, traitant presque toujours le même sujet , a su néanmoins plaire dans plus de cent tableaux.
Celui que nous donnons ici a pour sujet Y Enfant prodigue. Cette
composition est remarquable sous plusieurs rapports. Téniers s'y est peint sous les habits de l'enfant prodigue , et il a fait le portrait de sa femme dans celle qui est assise à côté de lui. Puis il a mis dans ce tableau les deux contraires : sur le premier plan , l'enfant prodigue se livre aux joies de la volupté et de la débauche ; sur le dernier plan , à droite, il est réduit à garder les troupeaux. Cette pensée est peut-être singulière , mais bien certainement elle est profonde et surtout dramatique.
Tout est joli dans ce tableau , tout est d'un fini précieux.
Arrêtons-nous d'abord au premier plan. Assis à une table bien servie et entouré d'une compagnie joyeuse, l'enfant prodigue jouit des faveurs de l'opulence. Mets exquis, vins fins, rien ne lui coûte , et je crois l'entendre dire au petit domestique qui remplit son verre : « Le vin et le plaisir sont les dieux du monde ! » Des musiciens ambulants célèbrent la fête pour laquelle toute la maison est en mouvement. Enfin, une pauvre mendiante implore en vain la charité d'une des convives. En vérité, on ne peut mieux rendre une telle scène.
Quant au second plan, c'est le revers de la médaille; après avoir connu les plaisirs de la vie , l'enfant prodigue en éprouve les misères. Il est gardeur de pourceaux. Une singularité du tableau fait que l'enfant prodigue a les regards tournés vers le premier plan. Il semble se souvenir des jours de fête et les regretter amèrement. Peut-être cette idée est-elle pour beaucoup dans la composition du tableau : si Téniers l'a eue , on ne saurait rien trouver de plu§ ingénieux. Mais on doit plutôt penser qu'il a suivi en cela l'usage des anciens peintres, qui mettaient dans leurs tableaux des allégories et des morales.
On cite cette composition comme l'œuvre la plus parfaite de David Téniers , tant sous le rapport du coloris que sous celui du fini et de la pose des personnages. Ici Téniers sort du trivial , et considère le paysage sous son côté sérieux ; ce n'est plus la danse folâtre des fêtes de village, ni les bambochades de la tabagie; il semble que l'artiste ait voulu faire une excursion dans le domaine de la peinture d'histoire.
Ce tableau est peint sur bois ; il a 2 pieds 8 pouces de largeur, sur 2 pieds de hauteur. Il se voit au Musée du Louvre, et est encore bien conservé.
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Une jeune Femme à une fenêtre .
LlTHOGKAPHIÉE PAR A. MIDY.
Jusqu'alors Gérard Dow nous a offert des chefs-d'œuvre de composition; c'étaient des scènes à plusieurs personnages; c'étaient des groupes d'expression différente. Ici , point de composition combinée ; non. Une Jeune Femme à une fenêtre , et ce modeste sujet suffit pour lui inspirer un tableau qui ne le cède en rien à ceux qui ont déjà mérité notre admiration. Voilà bien l'apanage du génie; de rien il fait quelque chose , et jamais pour lui les sujets ne manquent. Ils peuvent être ingrats , sans doute ; mais il sait les vaincre , si Ton peut s'exprimer ainsi.
Ce tableau est d'abord très-curieux , remarquons-le , parce qu'il nous fait connaître une façade de belle maison hollandaise au dixseptième siècle. Il nous reporte à cette époque ; et l'on assure qu'en se promenant de nos jours dans la ville de Leyde, on en rencontre encore de semblables. Ne reconnaît-on pas bien , au reste , cette architecture cintrée de la Hollande? N'y aperçoit-on pas ces vitrages à compartiments, dont l'usage s'y est conservé jusqu'au siècle dernier? Ne remarquons-nous pas un vestige de ces anciennes coutumes hollandaises , si étranges, si singulières? Ce que nous voyons à gauche, attenant à l'encadrement de la fenêtre, c'est une galère, comme on disait jadis dans le pays. Une prison de pierre au lieu d'une cage, voilà la seule différence ; et le pauvre chardonneret n'en est pas moins captif et malheureux , je vous le jure. Pourtant , il semble posséder la
liberté ! Oh ! non une petite chaîne le retient par la patte, et il
ne pourrait seulement pas voler jusque sur l'épaule de sa jeune maîtresse. Ces constructions étaient faites dans le mur même ; et il existait peu de maisons où l'on n'en remarquât quelques-unes. Ce pauvre chardonneret ! il est obligé , pour manger quelques grains de millet , d'ouvrir lui-même sa mangeoire ; et , pour étancher sa soif , il doit, avec un tout petit seau, puiser lui-même l'eau qui lui est nécessaire, et qui se trouve placée bien plus bas dans un vase suspendu.
La situation de la jeune femme à la fenêtre a été choisie ainsi par le peintre : sollicitée par la bonne mine du cep de vigue qui entoure sa fenêtre, elle s'est décidée à cueillir une grappe de raisin. Satisfaite, elle va refermer la croisée, car déjà le vent d'automme se fait sentir.
On ne peut se méprendre sur le sentiment qui anime la jeune fille ; l'expression de la joie est retracée sur son visage; elle sourit ; elle est contente enfin. Cette figure est parfaitement dessinée, ainsi que la main qui lient la grappe de raisin. Une lumière éclatante fait ressortir le buste et le détache d'un fond très-obscur. On serait tenté de croire que Gérard Dow a fait ici un portrait , tant la jeune femme est bien posée.
Le cep de vigne, qui entoure la fenêtre, est peint d'une manière admirable ; une couleur vraie complète un dessin pur et correct. L'ensemble du tableau est d'une touche vigoureuse.
Nous ne savons ce qui peut avoir porté quelques personnes à croire que la Jeune Femme à line fenêtre n'était pas l'ouvrage de Gérard Dow, mais de Van Starve, un de ses élèves. Non-seulement ce maître l'a signé ; mais , ce qui corrobore cette présomption , c'est qu'on y retrouve toutes les qualités qui le distinguent.
Le Musée du Louvre ne possède pas , malheureusement , ce joli tableau, peint sur bois, et dont la hauteur est de 1 pied 2 pouces, la largeur de 11 pouces. 11 figure au milieu de la belle collection de Turin.
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GÉRARD TERRURG,
JszJtyji &® sûr/ j>3tji&<> Né à Zwol , en 1008: mort a Deventer, en KiSJ
La JLeçon paternelle.
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Gérard Terburg ne peignit d'abord que des portraits; il atteignit dans ce genre une facture des plus habiles, et se hasarda bientôt à composer des tableaux d'histoire. II réussit. Au reste, il excelle surtout dans les sujets galants. Cette supériorité doit être attribuée à l'habitude qu'il prit, en faisant les portraits , de soigner les étoffes , et en particulier les costumes de satin. 11 se rendit fameux , et fut par la suite fait chevalier par le roi d'Espagne. Il se retira en Angleterre et exerça pendant longtemps les fonctions de magistral dans la ville de Deventer , où il mourut.
Ce peintre aimait à retracer des scènes bachiques ou de bambochades auxquelles il se mêlait souvent. Il peignait toujours d'après nature ; et, comme ses collègues, visait au naturel et à la vérité.
La Leçon paternelle est un de ses plus charmants tableaux. Un père, soldat sévère , fait la leçon à sa fille , et semble lui reprocher des défauts habituels. La mise de la jeune fille porte à croire qu'il la gronde sur sa coquetterie, surtout si Ton examine les parents. Le père mesure ses paroles, appuie sur les mots pour en faire ressortir toute la portée ; la mère prête peu d'attention aux discours de son mari ; elle savoure un verre de vin du Rhin ; et d'ailleurs , peut-être ne partaget-elle pas la sévérité paternelle , peut-être se souvient-elle du temps
passé. Il faut que chaque chose ait son temps. La jeune fille boude, la tête inclinée et tournée vers sa mère , n'osant regarder en face celui qui lui fait la leçon.
Comme dans presque lous ses tableaux , Gérard Terburg a peint ici une robe de satin blanc. Il rendait cette étoffe à merveille et se plaisait à en mettre partout.
Cette composition est expressive ; les deux têtes , quoique un peu lourdes, laissent facilement deviner la pensée particulière qui les anime l'une et l'autre. Le père ouvre de grands yeux presque méchants, et son mécontentement éclate sur ses traits. Quant à la mère, ses regards plongent dans le fond du verre qu'elle tient à la main ; sa figure est calme , épanouie , et le seul sentiment qu'on y découvre est celui du plaisir qu'elle éprouve à avaler les dernières gouttes.
Sans doute le dessin de Gérard Terburg eût pu être plus pur et plus correct ; mais ce défaut est suffisamment compensé par la netteté et la propreté de l'ensemble , et surtout par un talent inimitable pour les étoffes.
Gérard Terburg avait une fille nommée Marie , qui ébauchait ordinairement ses tableaux. Elle ne manquait pas d'un certain savoirfaire , si bien qu'une légère retouche de son père suffisait pour leur donner le cachet du maître et toute la perfection dont ils étaient susceptibles.
Terburg a fait très-peu de tableaux ; ils sont d'une extrême rareté. Son ouvrage le plus fameux est la reproduction du congrès de Munster auquel il assista.
Le tableau de la Leçon paternelle a 2 pieds 6 pouces de hauteur , sur 2 pieds de largeur.
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GABRIEL METSl .
lie Chimiste en méditation,
Lithographie par A. MIDY
Assis près d'une fenêtre , tenant un livre manuscrit à la main, l'œil fixe et presque hagard , les vêtements en désordre , le chimiste est en proie à de profondes réflexions. Il médite quelque découverte , ou cherche a pénétrer quelque mystère de la science. Son abattement physique est complet , son esprit seul travaille, et son front contracté laisse deviner tous les efforts de ce cerveau laborieux.
On comprend tout ce qu'il doit y avoir de naturel , de dramatique même dans une telle situation. Propre surtout à retracer les objets physiques , il semble que la peinture se refuse à reproduire les sentiments immatériels , et qu'elle ne puisse donner à ses personnages cette vie active, mais profonde, de l'âme. Ce tableau découvre cependant ce double mérite ; et, sous ces vêtements si vrais, si parfaitement peints, il semble qu'il y a un cœur qui palpite, une pensée qui se meut et cherche à se produire.
Tout ce qui l'environne concourt avec les idées qui l'absorbent. Un mortier, des livres, une mappemonde, meublent son humble logis; et l'on voit accrochée, à droite, une image, une de ces légendes sacrées, sortes de superstitions communes aux savants du nord de l'Allemagne. Et cet oiseau de nuit, qui voltige presque au-dessus de sa tête! Ah ! sans doute, c'est son génie , qui vient lui souffler l'inspiration , et qui va l'initier aux mystères de la création et de l'humanité. Le chimiste ne s'aperçoit pas que son chapeau est de travers et tient à peine sur sa
lête , que son col est défait , son vêtement mal boutonné. Selon l'heureuse expression de M. Xavier de Maislre , « Pendant que son âme fait des réflexions, l'autre, c'est-à-dire la bête, va son train , et Dieu sait où elle va ! »
On pense que c'est le fameux chimiste Boerhaave, l'un des plus grands médecins de l'Allemagne et professeur à l'Université de Leyde ? où l'on sait que Gabriel Metsu est né, et a travaillé fort longtemps. Ce qu'il y a de certain , c'est que c'est un portrait ; et , loin de considérer les accessoires que le peintre a placés dans son tableau comme la critique amère des travaux de l'alchimiste, vivant de chimères et cherchant la pierre philosophale , nous pensons tout simplement que, par-là, Gabriel Metsu a voulu intéresser, et faire disparaître tout ce qu'il y a de spécial dans un portrait. C'était d'ailleurs son habitude.
Le tableau est soigneusement peint. La figure du chimiste est expressive et d'un naturel achevé; ses mains sont d'un dessin fort exact. La couleur du tableau est généralement bien ménagée. Un trait de lumière éclaire le savant, et forme dans le fond un clair-obscur admirable. Tout y est bien disposé ; et les accessoires , selon le talent de Gabriel Metsu , sont arrangés de manière à remplir les vides du tableau.
Cette curieuse peinture sur bois a 10 pouces de hauteur, sur 8 pouces et demi de largeur. On la voyait autrefois dans le magnifique cabinet de Choiseul, et elle fait maintenant partie de la collection du Louvre.
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