Journal des Economistes, mai 1883. S
3. «L'Etat pourrait acheter les terres payables comptant et livrables dans quatre-vingt-dix-neuf ans. Il est certain que dans de telles conditions, il pourrait les obtenir à un prix minin.e, car le propriétaire mettant en balance, d'une part une dépossession à un terme si éloigné que ni lui-même, ni ses petits-enfants n'auraient à en souffrir et d'autre part une somme à toucher immédiatement, n'hésiterait guère à accepter le prix, si faible qu’il fut. Nous avions même calculé mathématiquement ce prix par les tables d’annuités; 100 milliards, en admettant que telle soit la valeur de la propriété foncière en Europe, livrables dans cent ans, ne valent présentement que 798 millions comptant. Nous n'insisterons pas beaucoup pour son adoption pour cetle seule raison que s’il est'vrai que 100 milliards à toucher dans cent ans ne valent pas grand chose, ilest vrai aussi qu'une réforme sociale à réaliser dans cent ans vaut encore moins. Et de plus le taux de capitalisation s'étant élevé depuis l’époque où ce compte avait élé fait, les bases de mon calcul se trouvent gravement modifiées. Au taux actuel de 3 0/0, ce n'est plus seulement 590 millions, mais un peu plus de 5 milliards qu’il faudrait payer présentement comme équivalent mathématique des 100 milliards à toucher dans cent ans : Gide, Principes d'économie politique, p. 545, note 2, 9° édition, Paris, Larose et Tenin, 1905.
Le mouvement d'idées auquel a donné lieu le phénomène de la rente des terres a été, on le voit, considérable, Son évolution n'était pas achevé que déjà elle suscitait de nombreuses critiques. Il appartenait aux individualistes libéraux de démontrer l’inexactitude du concept de rente et des consé-
quences qu'on en faisait dériver. Parmi eux, Bastiat
se révélé comme l’auteur d’une théorie générale sur
la valeur du soLet comme le PESHrEeus des écono-
mistes qui devaient plus tard étendre la notion de rente à ses dernières limites.
Pour lui, la propriété du sol n’est pas un privilège (1). Les dons gratuits de la nature ne sont ni
interceptés, ni monopolisés par le propriétaire fon- . Cier, qui, sous l’effet de la concurrence (2), ne reçoit
en rémunération que le prix, même souvent insuffisant, de ses avances en capital et en travail (3). A son dire, il n’y aurait pas un champ en France qui vaille ce qu’il a coûté, qui puisse s'échanger contre
la somme de travail nécessaire pour la mettre en l'état de productivité où il se trouve (4). Il s’attire à
ce sujet une sévère mise au point de Walras : « Les
aies voient bien le capital entrer dans la
terre sous forme de semences, façons, amendements,
1. Bastiat, les Hagmonies, voir aussi, p. 352-360. 2. P. Go, chapitre X.