P. 372, chap. IX
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Il n’est aucun genre de travail, depuis la banque jusqn'à la main-d'œuvre, qui ne présente le même phénomène. Il n’en est aucun qui ne voit améliorer ‘sa rémunération par’ le seul fait de l'amélioration du milieu où il exerce, Cette action et cette réaction de la prospérité de chacun sur la prospérité de tous ‘et réciproquement, est la loi même de la valeur.
Î est si faux qu'on en puissé conclure à une pré-
‘tendue valeur -qu'aurait revêtue le sol lui- -même ou ‘ses puissances productives, que le travail intellectuel, ‘que les professions et métiers où n’interviennent ni ‘la matière, ni le concours des lois physiques, jouissent -du même avantage qui n’est pas exceptionnel, mais ‘universel... [ci la demande ne contribue pas seulément à la valeur, elle la fait toute entière. Comment
pourrait-on trouver exceptionnel ou injuste que la ‘demande influe aussi sur la valeur du sol où des produitsagricoles ? » Ainsi, Bastiat, bien que n'ayant ‘Pas donné à ses constatations toute l'importance “voulue, ouvrit la voie aux déductions de nos modernes économistes individualistes et scientifiques.
: La doctrine n'eut cependant pas d’immédiates “répercussions : un économiste américain, Carey (1) “devait avoir un succès plus grand en s’attaquant ‘directement à à la théorie de Ricardo. Ricardo établis- “sait en effet qe? Je prix du blé devait hausser cons-
I. Ptacipes de “x ne sociale, et en particulier ; Past, Present ‘and Future.
tamment parce que l’homme, par suite des besoins croissants de l'humanité, devait mettre en culture desterres de moins en moins fertiles. Carey suivant une méthode scientifique rigoureuse, s'appuyant sur un grand nombre d'observations, établit au contraire que dans les sociétés naissantes l’homme cultive tout
d’abord les terres les moins fertiles, qui offrent de
plus grandes facilités au travail humain. Les faits historiques confirmant celte thèse, l’ordre de culture imaginé par Ricardo, est renversé : sa théorie même est ébranlée ! Les terres mises’ successivement en culture, devenant de plus en plus fertiles, le prix du
blé doit forcément s’abaisser. Le prix du blé s’abais-
sant, le coût de production le plus bas devient le régulateur du prix de vente et par le fait même la
rente foncière, qui provient de l'élévation continue
du coût de production des denrées naturelles, n’a plus l’occasion de se manifester. | Malheureusement, la théorie de Carey n'est pas aussi concluante qu’on pourrait le croire. Comme la théorie de Ricardo, mais dans un sens con traire, elle est opportuniste : Ricardo avait établi son ordre historique de culture d’après des observalions qui, justes pour l'Angleterre, étaient erronées pour un pays neuf comme les Etats-Unis :
Carey, lui, avait édifié son ordre historique de
culture en se basant sur des faïts constatés aux
Etats-Unis et qui étaient infirmés dans un pays vieux
-comme l’Angleterre. Ricardo avait tort, lorsqu'il prétendait que son ordre de culture avait existé aussi bien dans le passé que dans le présent, et Carey avait tort lorsqu'il disait que son ordre de culture existerait aussi bien dans le futur qu’au moment où il se plaçait. Les deux hypothèses ont l’une et l'autre quelques fondements : elles ne s’opposent pas mais se complètent. et
En aucune façon, toutefois, on ne saurait admettre les conclusions déduites de la thèse de Carey : le fait de mettre en culture des terres nouvelles plus fertiles n’entraine pas en effet la baisse des prix et la disparition de la rente. Le propriétaire de la terre la plus fertile est toujours à même, la demande étant égale, de se réserver la jouissance d’une rente : bénéficiant d’un surplus de profit quand il vendra ses produits au coût de production du propriétaire le moins favorisé, ou d’un prix de rareté, après avoir éliminé la concurrence, quand il vend à son propre coût de production (1).
C’est encore par l'analyse des faits que Paul Leroy Beaulieu (2) s’essaye à démentir la théorie ricardienne. Inspiré des idées de Bastiat et de Carey, mais
1. Passy reprend, s’appuyant sur des études statistiques considérables, la théorie de Carey. H. Passy, les Progrès de la culture et de leur influence sur l’économie sociale. Le livre de H. Passy n'est pas directement dirigé contre la théorie Ricardienne, mais la condamne implicitement. ’
2. Essai sur la répartition des richesses, 3° éd, 1888, Guillaumin,
Collectivisme, 3° éd., 1893. Guillaumin.
LA
plus scientifique qu'eux, il préfère aux discussions abstraites la certitude relative des statistiques. Il ne présente pas une doctrine, mais des réfutations.
Il montre ainsi que, contrairement à ce que Ricardo avait prétendu, l'accroissement de la population
n’était ni constant ni universel, il constate de même
les manifestations irrégulières du phénomène de
rente. Toutefois, Leroy-Beaulieu admet l’existence
d’une rente différentielle, due à l’inégale fertilité des terres, mais il se refuse à croire que l’ensemble des propriétaires fonciers jouit d’un privilège particulier. Dans certaines circonstances, il est vrai, ce privilège peut exister : en Angleterre à l’époque où vivait Ricardo il en était ainsi : « Mais Ricardo n’a pas pris garde que ces circonstances, bien loin d’être naturelles et permanentes, étaient artificielles et passagères (1). » Leroy Beaulieu n’attache par ce fait, que peu de valeur aux conceptions radicales deStuart-Mill
et socialistes de George. Comme Bastiat, il remarque.
. que tous les producteurs et non seulement les propriétaires fonciers profitent des conjonctures heureuses. Il s'étonne à ce titre que seule la plus-value foncière soit condamnée. Il n’est du reste partisan d'aucune confiscation de plus-value : si le progrès social provoque des accroissements de valeur, il aboutit aussi à des dépréciations et ainsi les plus-