‹ Les plus-values de cheptel en BourbonnaisChapitre 45 sur 49 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Au cours d'une réunion provoquée par le Syndicat des Agriculteurs de l’Allier au commencement de l’année 1921, M. Lassimonne, président du syndicat des experts agricoles de ce département, rappelait le large tribut de souffrances endurées par les travailleurs du sol pendant la guerre. Et repoussant bien loin l’idée de compensation, car de compensation il ne peut en exister pour les douleurs humaines et pour le sang répandu, il lui semblait être un étrange paradoxe, que de vouloir changer une législation existante consacrée par une jurisprudence ancienne, le jour où cette même législation se trouvait jouer en faveur de ceux qui furent la grande masse des défenseurs du pays.

C'est qu'en effet, si les soldats de France à quelque catégorie qu’ils aient appartenu, ont fait preuve d’une égale abnégation et d’une même bravoure, il faut néanmoins remarquer que la mobilisation industrielle se fit chaque jour plus nombreuse avec les besoins croissants de matériel, et que ce furent les commerçants et les agriculteurs qui, pen-

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dant quatre ans, firent de leurs poitrines un rempart mouvant contre les hordes de l’envahisseur. Certes, ils n’ont fait qu’obéir à la loi du devoir et eux-mêmes ne voudraient pas de ce fait demander un traitement de faveur. Mais ils ont bien le droit de se plaindre, si à leur retour on leur apprend que leurs croyances passées étaient des croyances erronées el qu'il faut renoncer à toutes les idées léguées par les générations antérieures.

D'ailleurs pourquoi reprocher ses profits à l’agriculteur ? « Il est indéniable qu’il a gagné de l'argent dans ces derniers temps. Faut-il s’en étonner ? Fauiil s’en plaindre ? Tout le monde en gagnait à côté de lui: des usines se créaient et s’amortissaient en deux ans; des commerçants presque ruinés refaisaient leur fortune ; une spéculation effrénée l’entourait de nouveaux riches. S'il avait été le seul à rester dans l’indigence, alors que son travail était plus intense, c’eût été le comble de l'injustice, et en même temps le comble de l’imprudence. Car la fortune de la France est attachée à la prospérité de l’agriculture.

«Si l’agriculteur n’a pas gagné plus que les autres, il s’est peut-être enrichi davantage ; mais c’est là un mérite et non une faute. D’autres ont dépensé à pleines mains l’argent dont ils avaient les poches remplies ; nous avons vu une clientèle impatiente se disputer les automobiles de grand prix; nous

avons vu des valeurs de bourse gravir, dans une course rapide, des hauteurs inattendues ; nous avons vu sur les champs de courses, les opérations du pari mutuel se chiffrer en 1920 par un milliard et quatre cents millions — trois fois plus qu’en 1913 — nous avons vu partout le luxe triomphant: les bijoux et les pierres précieuses achetées à des prix invraisemblables, les salles de spectacle toujours bondées malgré le renchérissement des places, les tables des restaurants à la mode retenues plusieurs semaines d'avance à des prix qu'on a honte d'écrire. Etaient-ce là des agriculteurs ?

«Non, les agriculteurs étaient à l'ouvrage... Ils épargnaient l’argent gagné à la sueur de leur front ou le prêtaient à l'Etat. » (1)

Il nous semble téméraire de vouloir dépouiller les ruraux d'un capital acquis par de laborieux travaux. Nous ne saurions donc que souhaiter à l'ancienne jurisprudence des plus-values une nouvelle jeunesse. La hausse insensée et rapide des produits de la terre a fait mettre en doute les conceptions d’autrefois. Mais déjà le mouvement de baisse est survenu et a pris une allure plus vive que celui de hausse ; et la question des excédents de cheptel semble près d'appartenir au passé.

L'ère des difficultés n’est pas encore achevée.

1. Article du Marquis de Voguë paru dans le Correspondant (numéro du 25 avril, Les Agriculteurs devant l'opinion).

« Crises économiques, crises sociales : nous aurons peut-être encore de durs moments à vivre. Ne gaspillons point nos réserves de forces. Il n’en est pas de plus sûres que nos classes rurales : gardons-nous d'affaiblir leur confiance par des querelles injustes ou inutiles (1). »

Puissent donc nos campagnes encore toutes agitées par ce problème passionnant pour elles, connaître à nouveau la confiance et la tranquillité ! Puissent nos paysans bourbonnais acquérir l’intime conviction que leur patrimoine demeurera intact et reprendre enfin leur long et pénible effort au sein de la paix sociale !

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