Journal d'Agriculture pratique, 1919, p
Ce qui incite le métayer à cette argumentation, c’est principalement la perspective de baisse ; mais c’est aussi sa méfiance venue à propos de la question des cheptels. Il a une tendance naturelle à croire qu'il peut difficilement améliorer son sort, que la justice est une institution des riches, qu’elle ne saurait même être juste, car elle est rendue par des bourgeois.
Il voit aussi ceux qui ont quitté leurs métairies, certains d’encaisser une plus-value importante, qui en ont disposé et qui maintenant vont fréquemment à la ville voir avoués et avocats afin d'obtenir un règlement. Les mois passent, les solutions trainent en longueur ; même après les plaidories, les juges délibèrent de longues semaines (1) : et le colon anxieux attend toujours.
Il ne peut d’ailleurs pas comprendre les arrêts judiciaires qui attribuent les excédents de cheptel de fer au propriétaire, puisque le règlement monétaire était d’un usage plus que séculaire et que la tradition orale l’avait toujours enseigné.
Le colon se croit dupe; et il se dit que décidément sa part de profit sera toujours réduite. Mieux vaut alors, pense-t-il,éviter tous les risques et exiger enfin au lieu du cheptel en argent, le cheptel au poids.
1. Dans l'affaire Baïllon-Charrier plaidée à Moulins le 23 mars, le jugement n’était pas rendu au commencement de juin.