PRO CE RENE
et d’autre part l’allusion aux portes antiques, pitkhé ‘ôlâm, laisse supposer qu’il s’agit d’un sanctuaire bâti depuis de longs jours ?. Il n’en est pas moins vraisemblable que nous avons ici un hymne en l’honneur du dieu de l’arche. Le caractère guerrier de Yahvé, le fait qu’il est appelé le fort, le héros de la guerre ‘zzoûz vegibbôr, gibbôr milkhâämä, convient à la religion des Benê- Israël à l’époque du sanctuaire de Silo. Ici, comme dans le chant de Miryam et le chant de Débora, la guerre est la fonction divine par excellence, et Israël est le peuple pour lequel Dieu combat. En même temps Yahvé apparaît sous les attributs du mélek, le Dieu maître des hommes et roi de la cité. Le terme mélék hakkâbôd rappelle le Dieu de l’arche. En effet, le palladium de Silo était considéré comme le siège de la gloire de Yahvé, kebôd Yahwvé.
? Comp. le vieux chant en l'honneur de Dionysos que chantaiïent les bacchantes d'Elis.
Viens, héros, Dionysos, Dans ton temple saint d’Elis, Avec les Charites dans ton temple, Frappant la terre avec ton pied de bœuf, Digne taureau, digne taureau !
Plutarque, Questions grecques,.34.
* Cela peut difficilement s'appliquer au temple de Salomon. Kittel, Die Psalmen, p. 101, pense qu'il s’agit des portes de Jérusalem, l'ancienne cité des Jébusiens déjà mentionnée dans les lettres de Tell el Amarna. En réalité dans la liturgie du Ps. XXIV il est question de l'entrée de Yahvé dans le lieu saint.
Lorsque les Philistins se furent emparés de l’arche, on dit en Israël: « La gloire d’Israël s’en est allée, car, l’arche d’Elohim est prise»*. Et d’après le récit de l’inauguration du temple, lorsque les sacrificateurs eurent porté l’arche dans le debir, ils ne purent y rester, car la gloire de Yahvé remplissait la maison de Yahvé»*.
On peut donc considérer les rudes paroles de ce cantique comme un écho des acclamations par lesquelles les Benê-Israël annonçaient le retour triomphal du coffre sacré au sanctuaire, après les guerres de Yahvé. Une fois de plus le Dieu des armées d'Israël a chassé les peuples de devant sa face, et les élohim étrangers ont été impuissants contre lui. Les vaillants chargés de gloire et de butin s’avancent à la suite de l'arche vers l’enceinte de la bâmâ. Yahvé rentre dans sa demeure. Et le chœur des chan-
teurs alterne avec les cris de la foule pour saluer le Dieu vainqueur.
L’acclamation du Dieu de l’arche est devenue dans la suite le chant de l’intronisation de Yahvé. D’après une hypothèse, à laquelle de récents travaux ont donné un éclat considérable, le Ps. XXIV serait une liturgie de la fête de l’année nouvelle, et elle célébrerait l'avènement du Dieu vainqueur, Yahvé considéré comme roi de son peuple *.
Nous savons que des rites d’intronisation étaient pratiqués à Babylone en l’honneur de Mardouk. De même aussi en Egypte
dr Sam. UV. "21.:22
? I. Rois VIII, 10. 11.
* Volz, Das Neujahrsfest Yahwes, 1912, Mowinckel, Psalmenstudien II, Das Thronbesteigungsfest Yahwäs und der Ursprung der Eschatologie, pp. 118 à 120. Mowinckel considère le Ps. XXIV comme un morceau liturgique unique que l’on chantait au moment où la procession avançait vers le temple. Avant d'arriver à la porte, le chœur acclamait Yahvé le créateur et maître du monde dont on allait célébrer la royauté, v. 1. 2. Au moment où les pèlerins entraient dans le kharam, le chœur demandait: Qui peut, entrer dans le lieu saint? et le prêtre ou le prophète répondaient en énumérant les conditions de pureté nécessaires, v. 3 à 6. Puis quand l'arche