POÉSIE DE COUR
- des écrivains innommés ont recueilli les souvenirs des tribus, les
légendes, les coutumes, les chants du lointain autrefois, lorsque les Abrahamides faisaient paître leurs troupeaux dans la steppe,
- où bien lorsqu'il n’y avait pas encore de roi en Israël et que
chacun faisait ce qui lui semblait bon :.
L'influence royale sur l’évolution littéraire d'Israël s’est surtout manifestée par l'apparition d’une littérature de cour. La vie de cour à la manière orientale, telle que David et Salomon l’avaient établie’, supposait un luxe et des divertissements où
. l'art pouvait avoir quelque place. Pour égayer la table royale et pour rehausser l’éclat des fêtes, il y avait des chanteurs et des chanteuses, qui disaient leurs chansons en s’accompagnant du
nébel*. Il y avait aussi des sages diseurs de sentences. C'était là
un luxe royal, comme les chevaux, les chars et les almées. Ici encore Salomon paraît s'être appliqué à faire grand. Un texte
. quelque peu hyperbolique du rédacteur du livre des Rois célèbre
1896, Bernhard Luther, Die Persünlichkeit des Jawisten dans Ed. Meyer, Die Israeliten und ihre Nachbarstämmie, 1906, p. 129 à 141, Causse, Les Pauvres d'Israël : La tradition patriarcale dans l'Histoire sainte, p. 45 à 49.
? On peut estimer aussi qu'à l'époque des premiers rois ont été formés les premiers recueils de chants liturgiques (analogues aux collec-
tions des chants profanes. La tradition qui considère David comme le !2
grand psalmiste d'Israël n’est sans doute pas dépourvue de toute base histo-
rique. D'autre part, après l'établissement d’un sanctuaire royal à Jérusalem, » on à très probablement commencé à fixer certains morceaux lyriques. .… C’est ce qui pourrait ressortir de I Rois VIII, 53, d'après les Septante. A s'en
tenir à l'interprétation littérale, nous aurions ici la première allusion à
- une collection de cantiques et de paroles cultuelles.
? La vie de cour commence effectivement sous David. La maison de
Saül n'était encore qu’une famille de grand propriétaire et les mœurs
» y restaient toutes patriarcales. Avec David, et surtout avec Salomon, la cour développe des proportions tout orientales, et elle étale un très grand
» éclat. Mais toujours elle a pour centre la table du roi où sont reçus les à «gens du roi», les sérîm, les grands dignitaires et les chefs des gardes.
® V. II Sam. XIX, 36. Plus tard Sinnacher ib mentionne parmi le butin
. qu’il a emporté de Jérusalem les musiciens et les musiciennes du roi
Ezéchias. Gressmann, Altorientalische Texte, p. 121.
sa sagesse et son intelligence et énumère en ces termes les mechälim et les cantiques qu’il aurait composés.
Il a prononcé trois mille sentences, et ses chants sont au nombre de mille cinq. Il à parlé sur tous les végétaux, depuis le cèdre du Liban
jusqu'à l’hysope qui sort de la muraille ; il a parlé des quadrupèdes, des oiseaux, des reptiles et des poissons ‘.
Plus loin nous voyons comment la reine de Chéba éprouva Salomon avec des énigmes. « Et Salomon répondit à toutes ses questions, et il n’y en eut aucune qui fut obscure pour lui »*.
Quelle que soit en tout cela la part du mirage et de la légende, ces textés nous fournissent des indications précieuses sur les genres littéraires en vogue à la, cour royale. La poésie hébraïque est devenue plus savante, elle développe des formes nouvelles où les paroles ne sont pas accompagnées de chant. La fable et l'énigme étaient sans doute pratiquées depuis longtemps dans les villagésisraélites, comme nous pouvons en juger d’après la fable de Jotham et les-énigmes de Samson. Cependant les sentences sapientiales, telles qu’elles paraissent avoir été présentées par les sages du roi, n'avaient rien de précisément autochtone, et sans doute faut-il chercher leurs modèles dans la sagesse orientale en Egypte et à Babylone*’. Dans les collections des livres : des Proverbes nous avons probablement des restes de la khokmâ…. « Salomonienne ». Par contre il nous est resté très peu de chose de la lyrique de cour. Elle était beaucoup trop profane pour être conservée par les seribes du judaïsme. Israël ne devait vraiment
1 T, Roïs V, 12 à 14.