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LES PREMIÈRES COLLECTIONS DE CHANTS

conservation des œuvres littéraires. Les poètes et les chanteurs — œeux qui savaient — n’avaient pas besoin de livres. L'héritage du passé leur était transmis par la tradition orale, et, d'autre part, nous avons vu que les récits et les chants étaient destinés à être représentés, non à être lus. | Cependant, avec la nouvelle civilisation, et au milieu des crises politiques et sociales qui marquèrent l’établissement de la royauté, la tradition commençait à devenir moins ferme, et le

peuple, trop absorbé par les agitations du travail actuel, risquait .

d'oublier. Alors le stylet du scribe allait apparaître comme un aide-mémoire fort utile pour conserver les paroles anciennes, les chants et les récits qui, depuis des générations, sous des formes plus ow moins variables, étaient transmis de bouche en bouche.

Ce furent d’abord les chants nationaux. Vers le milieu du Xe siècle ont été rassemblés les deux premiers recueils de chants nationaux dont il est question dans la Bible, le séphér milkhämôt Yahvé, le livre des guerres de Yahvé, et le séphér hayyâchär, le livre du brave’. Il est question à diverses reprises de ces livres dans les parties les plus anciennes de l’Hexateuque et des livres historiques, et les fragments qu’on en cite, malheureusement fort courts, nous en donnent une idée bien insuffsante. Le livre des guerres de Yahvé conservait les chants du temps de la conquête. On y célébrait les gestes de Yahvé vain-

? Voir plus haut p. 59. Et ce qui est vrai des chants profanes comme le chant de Débora, l'est plus encore pour les chants religieux qui étaient pour ainsi dire une partie de l'action sacrée.

? Cette fixation de la parole traditionnelle par l'écriture devait avoir les conséquences les plus considérables pour l'avenir. Mais au moment où elle a commencé elle n'avait qu'une importance secondaire et toute de conservation. À un certain point de vue elle marquait une décadence, car, elle devait suppléer au manque de spontanéité et de ténacité de la tradition orale.

* «C'est pourquoi il est écrit dans le livre des milkhämôt Yahvé ». Nombres XXI, 14,

«Cela n'est-il pas écrit dans le livre du Yâchâr?» Josué X, 13; II. Samuel I, 18. On peut traduire le livre du juste ou du brave.

queur des peuples, et la vaillance des gibborim qui s'étaient dévoués pour la cause sainte. Le livre du brave, sans doute un peu plus récent, avait, lui aussi, des chants épiques, ainsi que l’attestent les citations de Josué X, 12. 13, et de II. Samuel I, 19 à 25. Il est probable que dans les deux collections les poèmes étaient accompagnés de récits en prose qui les expliquaient, comme nous l'avons vu pour le cantique de Débora. C’est en tout cas à la même époque que la tradition héroïque d’Israël a commencé à se fixer.

On s'accorde généralement à penser que c’est directement sous l'influence des rois que ces premières collections ont été formées, et les critiques se sont volontiers représenté David et Salomon comme des princes de renaissance, à la manière de Charlemagne, ou tout au moins d’Assourbanipal’, fort curieux de choses anciennes, et s’appliquant à faire rassembler par les scribes le trésor littéraire de leur peuple. Mais cette interprétation n’est peut-être pas aussi évidente qu’elle paraît d’abord. L’atmosphère d'indépendance anarchique et de vie primitive, et les tendances plutôt hostiles à la culture et à l’organisation : royales qui se manifestent dans les plus anciens documents de la Littérature écrite, semblent bien attester que nous avons ici assez autre chose qu'une littérature composée ad usum principis. En réalité, l’âme d'Israël était toujours tournée vers le passé. Dans les nouvelles conditions politiques et écono- | miques au temps de Salomon et des Omrides, elle gardait la nostalgie des temps patriarcaux *, et pieusement, avec ferveur,

1 V. Budde, Geschichte der althebräischen Literatur, p. 19, R. Küttel, Geschichte des Volkes Israel, II, p. 289, et J. Meinhold, Einführung in das A. T., 1919, p. 95. As

? C'est aussi vers cette époque que commence l’histoire officielle, les annales des rois. Maïs ce qui nous reste du séphér dibrê chelômô ou du séphér dibré hayyâmim lemalké yisrd'él atteste une autre manière littéraire et d'autres tendances politiques et religieuses que les récits des anciens conteurs. Voir comme caractéristique du genre I. Roïs IV, 1 à 19.

3 V. Budde, Das nomadische Ideal im A.T., Preussische Jahrbücher, |

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