‹ Les poèmes à tous crinsChapitre 3 sur 56 · LETTRE-PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

LETTRE-PRÉFACE VII

à faire pour les poètes sous les arbres'de l'avenue de Villiers. La lutte est impossible.

Cela durera ainsi jusqu'au moment où l'Etat se décidera à caserncr les poètes à l'Odcon, au lieu de les laisser errer sur la voie publique. Le livret individuel ne nous humilierait pas plus que la formalité de l'appel de neuf heures. On donnerait de nombreuses permissions de nuit, voilà tout. LOdéon, divisé en petites chambres de garçons, complètement transformé, contiendrait un bataillon d'élite. Quel beau caporal-sapeur ferait Armand Silvestre ! Il y aurait lutte entre Carjat et Charles Frémine pour l'emploi de tambour-major; les petits journau.x en parleraient. Chose plus grave, malheureusement, l'architecte prendrait probablement toute la place pour loger l'état-major. Ils n'en font jamais d autres, les architectes.

Malgré le beau vers de notre vieu.x confrère Mécène :

Non tumulum euro; sepdit natura rclictos

VOUS verrez par mon volume que je me préoccupe quelque peu « des choses du tombeau. » Dame! on ne sait pas ce qui peut arriver. Tant de femmes

nous préfèrent encore^ en l'an de grâce 1887, l'épicier d'en face ou l'agent de change du coin ! Cette obsession est peut-être un travers. Soyez persuadé, toutefois, mon cher ami, que ma santé est excellente et ma joie de vivre profonde. Vous lavez déjà appris, d'ailleurs, par mes Folles ballades. A d'autres, plus malins que moi, les squelettes, les peaux bleues et vertes, les faces morguéennes ! Les vrais martyrs sont souriants. Cependant, comme mon camarade Maurice Bouchor lit par dessus mon épaule, je me vois forcé de reconnaître que l'hésitation n'est pas permise entre le monde élyséen, où vivent Jean-Sébastien Bach, Shakespeare et Hugo, et le monde réel, où l'on peut rencontrer deux fois dans la même journée M. le vicomte Xavier de iMontépin. Il est évident que le premier monde est de beaucoup supérieur à Fautre.

Voilà, mon cher ami, à peu près tout ce que j'avais à vous dire. Amitiés à Rutebeuf, à Villon, à Gringoire, si vous les rencontrez, et bonne poignée de main de

Votre sincère adfnirateur,

Page 1